dimanche 29 avril 2012

Territoires


"Une femme âgée au crâne rasé" - près de la rue Phidias - Athènes 27 avril 2012
Le temps politique et celui de la crise se croisent en ce moment. Les rumeurs courent sans cesse sur la place publique, aussi vite que la volatilité des représentations. À une semaine des élections législatives du 6 mai, des sondages officieux circulant sur le web, seraient annonciateurs du « séisme ». En ce qui concerne la région d'Athènes par exemple, le parti de SYRIZA est présenté comme arrivant en tête dans les intentions de vote, provoquant de la panique chez tous les autres partis. Est-ce vrai ? Patientons encore une semaine et quelques heures pour le savoir.

Pour une fois dans ce pays, les stratégies individuelles se mêlent à celles des partis politiques, clientélisme en moins. Espérons-le.

jeudi 26 avril 2012

« Sudden death »


Capture d'écran : site professionnel de Nikos Palyvos, npalyvos.wordpress.com - 26 avril 2012
« L'argent coule à flots. Les tenants de la Baronnie arrosent ainsi notre petit monde médiatique restant. Les élections sont pour bientôt ». Telle fut l'analyse de Giorgos Trangas ce matin (radio Real-FM), sur ses collègues journalistes, sans les nommer. En dehors de ce que Trangas peut soutenir, c'est un fait désormais « visible », car le dilemme (et/ou le chantage), ne tient qu'à un seul fil :
« Quelle peut-être la chance de la Grèce, en dehors de la famille européenne et de la zone de l'Euro ? Comme si, voter pour ou contre définira le maintien du pays dans la zone euro. Seulement, ce maintien, tout comme son contraire, résultera sans doute de la destruction de notre économie et de notre société. Mais puisque ce dilemme est posé par les forces autoproclamées « de la responsabilité », à savoir le PASOK et la Nouvelle Démocratie, plus leurs « restes » qui s'y collent, levons alors nos yeux vers paradis de l'euro-zone.

mercredi 25 avril 2012

Parrhèsia

Athènes 25 avril 2012

C'est au petit garage de l'avenue Olof Palme, près de la Cité Universitaire d'Athènes que monsieur Thanassis, un client, vient de déposer sa voiture, une Toyota Carinna II de 1992 ce mercredi matin. « Aidez-moi à descendre de mon véhicule, j'ai soixante douze ans, vous, vous êtes encore jeunes, mais arriverez-vous vraiment sains et saufs à cet âge ? Juste une vidange, sans changer le filtre...» Georges, le garagiste, lui a répondu, mais après un bref moment de silence : « Nous n'y arriverons pas je pense, mais le plus grave, est réservé à nos enfants, ils n'ont pas de travail et n'en auront pas non plus dans l'avenir ». Thanassis, enfin sorti de sa voiture, a levé son regard vers le ciel : « C'est un effondrement global qui se prépare, nos voleurs venus du PASOK et de la Nouvelle Démocratie se sont bien nourris de cette chute, mais sa vraie cause est ailleurs. Où allons-nous ? Personne ne peut nous le dire. Tout le monde se déclare étonné et impuissant, que l'on pose la question à un garagiste ou à un prix Nobel, les gens ne savent plus quoi dire. D'ailleurs, quelle démocratie et quelles élections ? Les décisions ont été déjà prises il y a trente ans, mais nous étions endormis sur nos... cartes de crédit, en fait Georges, mettez de l'huile ordinaire, minérale... ».

lundi 23 avril 2012

Vote furtif



Savas Metoikidis - source : pontosandaristera.wordpress.com

« Les résultats du premier tour de l'élection présidentielle en France, sont sources de grand espoir pour le changement en France et en Europe. Les citoyens français, ont démontré avec clarté, leur volonté d'apporter une réponse différente aux grands problèmes économiques et sociaux. Ils ont ainsi plébiscité une campagne électorale sérieuse et responsable, faite dans un esprit de rassemblement, et par l'ensemble des forces socialistes.

L'extrême droite reste pourtant présente [dans le paysage politique], comme l'indique le renfoncement du Front National. Se situant aux antipodes de l'attente politique progressiste rejetant toute perspective sociale basée sur la logique de la peur et de la polarisation, l'option du Front National ne propose aucune solution, garantissant les droits démocratiques des citoyens.

Je souhaite à l'ami et camarade François Hollande, une large victoire au 2ème tour. Cette victoire, sera en plus, très significative pour l'ensemble de la famille progressiste à l'Internationale Socialiste. Georges Papandréou, Président de l'Internationale Socialiste – 23 avril 2012 » (source : real.gr)

Faut-il encore commenter les propos de Georges Papandréou ?

vendredi 20 avril 2012

Usages


Fil barbelé sur le grillage du jardin potager collectif - Athènes centre, 19 avril 2012
Nos usages et gestes du quotidien évoluent au fil des mois. Les chômeurs restent cloitrés chez eux, certains « vacanciers » ne sont pas revenus de leurs villages où ils se sont rendus pour Pâques. Dans Athènes même, la vie est au ralenti. Il y a moins de circulation, moins de monde dans les transports en commun, moins de commerces ouverts, et moins de manifestations. Étrange vraiment, ce mutisme apparent de notre transformation.

Un expert comptable s'est suicidé par pendaison ce matin en Crète. Selon le reportage (protothema.gr), l'homme, âgé de 45 ans, aurait aussi laissé un message politique : « je ne supporte plus cette situation ».

jeudi 19 avril 2012

Temps de Bruxelles

Voile déchirée - Mer Égée mai 2010

Retour à la capitale, Pâques c'est fini. La circulation était même très fluide dans le sens des retours, sous un temps maussade, voilà que toute la Grèce est sοus la tempête. Pas de résurrection en vue non plus. « Nous avons un vrai temps de Bruxelles, ciel bas et froid », c'était la blague du jour ce mercredi matin à la radio. Sinon, sur ces mêmes ondes radiophoniques, on faisait semblant de s'occuper des prochaines élections. À la télévision c'était encore plus grotesque. Sur une aire d'autoroute hier déjà, achetant un double café grec pour deux euros, je n'ai pas pu échapper à l'écran géant de la télévision en pleine... action : « Nous ne répèterons pas les erreurs graves du PASOK, nous sommes une formation politique responsable, et notre pays, il a besoin de nous, car nous gouvernerons guidés par le sens de la responsabilité... », c'était Antonis Samaras, chef de la droite (Nouvelle Démocratie). Une seule personne parmi les automobilistes de passage, un homme voyageant apparemment seul, a vaguement suivi les propos de Samaras, et encore. Indifférence.

dimanche 15 avril 2012

Les urnes de la résurrection ?


Lucas Papadémos lors de la messe de Pâques 2012 - source : protothema.gr
Ce dimanche nous fêtions paraît-il, Pâques orthodoxe. Hier, à la sortie de la messe de minuit, le banquier Papadémos et des politiciens-marionnettes, ont été désapprouvés par les fidèles et les passants : « Allez-vous en, traîtres », c'était à Kolonaki, quartier historiquement bourgeois de la capitale, (reportage sur le site de l'hebdomadaire satyrique topontiki.gr). Entre-temps, et vers 20h encore hier, « la Sainte Lumière  est arrivée depuis Jérusalem, à bord d'un avion gouvernemental ; puis, sur l'aéroport d'Athènes elle fut accueillie, suivant le protocole d'accueil en usage pour un chef d'État. Par la suite, elle a été emmenée aux quatre coins de la Grèce par des vols spéciaux de l'aviation civile et militaire » (reportage sur le sur le site de l'hebdomadaire epikaira.gr).

Je préfère ne pas commenter. Sous les Troïkans, certains usages ne changent guère. On murmure déjà à travers le pays, que cette Res publica de l'État et de l'Église est aussi à revoir. Pour le reste, les gens peuvent toujours croire ou pas, c'est une affaire de conscience, comme la politique.

vendredi 13 avril 2012

« Cloud souverain »


Dans l'espace aérien français - 12 avril 2012
J'étais dans l'avion du retour vers Athènes depuis Paris hier, lorsque j'ai remarqué un dossier paru dans le journal « Le Monde » (daté du 12 avril 2012), consacré au « cloud computing ». Dans un article intitulé : « La souveraineté des données en voie de devenir un enjeu commercial », il est évoqué justement, ce casse-tête, que constitue la souveraineté sur les données sensibles, d'un pays comme la France, où, [il n'est] « pas question en effet de les laisser dans le « nuage mondial » [c'est à dire hébergées sur des infrastructures informatiques de stockage], hors du contrôle des autorités locales. C'est la raison pour laquelle, à l'instar du Royaume-Uni et de l'Allemagne, la France a décidé de créer un grand cloud national qui aurait pour premier objectif d'accueillir les données des administrations mais aussi celles émanant d'entreprises hexagonales travaillant sur des sujets sensibles (défense nationale, nucléaire...). Une nécessité si l'on en croit Loïc Rivière, délégué général de l'Association française des éditeurs de logiciels (Afdel) : « Le cloud computing est une révolution technologique, économique et sociétale que l'État ne peut manquer. Mais, pour les données stratégiques, cela passe forcement par un cloud souverain ». Un discours auquel le gouvernement a répondu positivement puisque le cloud (outre le projet Andromède) fait partie des projets financés par les investissements d'avenir pour près de 100 millions d'euros (...) ».

L'utilisation des termes ici est significative, car on dépasse l'implicite : « investir aussi dans un avenir souverain », se protégeant par la même occasion des menaces extérieures.

mercredi 11 avril 2012

Élections


Paris - 11 avril 2012

Ce mercredi soir à Athènes, le banquier Papadémos annoncera peut-être la tenue des élections législatives pour le mois de mai. Les premières sous la gouvernance des guichets automatiques. Est-ce une bonne nouvelle ?

Je me trouve à Paris pour un bref passage lié à ma participation au débat de ce soir, rue d'Ulm (voir "billet" du 31 mars). La France étant prise dans un calendrier électoral, pourtant, mes amis français ne se passionnent pas vraiment des scrutins de cette année, même à deux semaines du premier tour.

dimanche 8 avril 2012

Testament politique

Obsèques de Dimitri Christoulas à Athènes - (source : tsantiri.gr)

« Scenarii du chaos », titre à la « une » ce dimanche le journal « To Vima » (pro-gouvernemental). Il y a de l'inquiétude alors chez Venizélos (chef du PASOK), et de l'incertitude en Europe. Au-delà des « sondages » on sait que les ex grands partis peuvent s'effondrer aux prochaines législatives que tout le monde attend, mais qui ne sont pas encore proclamées. « Ne l'oublions pas derrière l'isoloir », peut-on lire dans un des messages laissés par les citoyens sur le cyprès de Dimitri Christoulas, pharmacien à la retraite jusqu'à lundi dernier. Le banquier Papadémos donnera des précisions prochainement sur les élections, selon la presse. Le pouvoir peut aussi avoir peur.

jeudi 5 avril 2012

Le nom du mort


«Le gouvernement d’occupation de Tsolakoglou (*) a littéralement anéanti tous mes moyens de subsistance, qui consistaient en une retraite digne, pour laquelle j’ai cotisé pendant 35 ans, (sans aucune contribution de l'État). Mon âge, ne me permet plus d’entreprendre une action individuelle plus radicale (même si je n’exclus pas que si un grec prenait une kalachnikov je n’aurais pas été le deuxième à suivre), je ne trouve plus d’autre solution qu’une mort digne, ou sinon, faire les poubelles pour me nourrir. Je crois qu’un jour les jeunes sans avenir, prendront les armes et iront pendre les traîtres du peuple, sur la place Syntagma, comme l’ont fait en 1945 les Italiens pour Mussolini, sur la Piazzale Loreto, à Milan ».

Lettre manuscrite du pharmacien retraité âgé de 77 ans qui a mis fin à ses jours sur une pelouse de la place Syntagma le 4 avril 2012.
(source : kathimerini.gr)

[* Le général Georgios Tsolakoglou, signataire de l'armistice avec les forces allemandes, fut le premier chef de gouvernement grec sous l’Occupation, nommé par les nazis (30/04/1941-02/12/1942). Son nom en Grèce est synonyme de « collaborateur »].

mercredi 4 avril 2012

Cadavre du jour


Place de la Constitution - Athènes 04 avril 2012
Il y a une heure. À la sortie du métro donnant sur la place de la Constitution (Syntagma). Nous avions acheté notre petit pain aux marchands ambulants pour cinquante centimes d'euro. Puis, nous découvrons que sur cette même place des indignés de l'été 2011, il y a du monde. Les télévisions, les photographes, une ambulance et la police sont là aussi. À l'heure du bonjour au boulot pour ceux qui travaillent encore, un homme s'est suicidé en se tirant une balle et nous voilà tous immobilisés, arrêtés un bref moment.

« Oui, il vient de se suicider cet homme, il avait un revolver », m'a dit un policier. Pas trop de commentaires, pas trop d'émotion non plus. Nous avons même terminé en partant nos petits pains, certains ont fait leur signe de croix dans un pays où la seule trinité se nomme « Troïka ». Nos premiers touristes de la saison ont apprécié également, toute la Grèce en direct.

mardi 3 avril 2012

Avril comme Brésil ?


Établissement privé - "Centre des langues étrangères" - Athènes 2 avril 2012

Voilà que nos poissons d'avril iront désormais plus vite que nos ferries en mer Égée. Depuis hier, les armateurs appliquent des tarifs en hausse tout en réduisant la vitesse des navires de 20%, il y a donc du Mémorandum aussi sous la ligne de flottaison.

Mais en ce moment, tout notre univers devient flottant. À Serres, au nord du pays, les habitants du village Pigi ont adopté la drachme, après avoir débattu en assemblée populaire, le jour de la fête nationale du 25 mars. Cette initiative semble plus concrète, que l'annonce fracassante, faite il y a deux mois, par le maire de l'île de Kastelorizo sur le même sujet, car à ma connaissance, et d'après les informations obtenues à Rhodes (le chef lieu), à Kastelorizo on reste pour l'instant que sur... l'effet d'annonce. D'après la presse (topontiki.gr/article/33103), les habitants de Pigi, ont retrouvé des pièces et des billets en fouillant les fonds des tiroirs et pour fournir l'essentiel de la masse monétaire manquante, l'Union des Collectionneurs du nord de la Grèce a offert le reste. C'est d'ailleurs une « para-monétisation » déjà pratiquée par les habitants de certains villages en Espagne, en Allemagne et en Italie. « C'est notre façon de faire la révolution contre l'euro car la monnaie européenne est peut-être bonne, seulement, elle nous a causé tant de chagrins depuis sa création. Au moins, avec la drachme nous étions plus tranquilles », a déclaré Madame Kehagia, Maire de la localité.