mardi 28 février 2012

Temporalité


Nauplie - 26/02/2012
Au fil des mois, le Mémorandum impose sa nouvelle temporalité, implacable. Sa main désormais si visible, transforme nos habitudes et nos gestes à jamais. Ce n'est pas seulement notre vie dite encore active qui se transforme, mais également l'ancien temps libre ainsi que ses coupures, supposées festives. C'était déjà vu durant Noël dernier, si loin maintenant car nous avons aussi le sentiment que notre existence événementielle s'accélère souvent, sans nous prévenir. D'où l'impression d'une exclusion supplémentaire. Car perdre ses repères du temps n'aide pas à s'organiser paraît-il.

samedi 25 février 2012

Hellas SA



Nous voici en week-end carnavalesque dans sa version 2012. On s'y prépare pour un peu de dérision. « Il fait beau au moins », observait hier, cet ami journaliste, au chômage depuis un an. Je l'ai aidé à transporter du bois acheté vers chez lui. Il n'a jamais eu de voiture, ni de résidence secondaire, ni d'embarcation et encore moins, de « lifestyle » à la dernière mode. Seulement, du temps où il gagnait bien sa vie, il a toujours su gagner la vie. Il a travaillé pour plus de vingts ans au sein des équipes de deux grands quotidiens du pays. Durant ses congés, âprement négociés auprès de la direction et de l'actualité, alors supposée brulante, il partait à la rencontre des habitants et des lieux, pas toujours communs, ses livres dans le sac. Mer Égée, Grèce des montagnes, Italie profonde et France des goûts, du Plateau de Millevaches à Sète.

jeudi 23 février 2012

Sightseeing Athens


Manolis Glezos, héros de la Résistance contre les nazis
Athènes sous Mémorandum II et sous la pluie. Les passants s'arrêtaient un instant devant les écrans, c'était lundi, en direct de l'Eurogroup et du nouvel accord nous concernant. En face, les boutiques vendaient du carnaval pour quatre sous. Comme nos parlementaires automates avec la démocratie. C'est annoncé pour le 1er mars, la fin des salaires encore entiers, la fin des retraites, et celle de la dignité, mais pas encore la leur. La Constitution violée, doit être modifiée au plus vite pour s'aligner sur le droit anglais des « créanciers », ainsi Theodoros Pangalos, vice Président du Conseil, déclare sur "Europe 1", qu'il a toujours été partisan de l'abandon de la souveraineté. Depuis le Mémorandum II je crois bien que les suicides deviennent plus fréquents, ou sinon, c'est la presse qui en dit davantage. En tout cas, sur l'île d'Eubée, un homme de 56 ans se tire une balle, seul sur la plage, car selon le reportage «ce père de deux enfants, rencontrait des problèmes financiers... ». Apparemment, le Mémorandum II n'apporte pas la pierre philosophale, donc... on se tire ailleurs... comme on peut, dans ce pays.

mardi 21 février 2012

Attentistes

Athènes 19/02/2012


Le Mémorandum II est passé. Nous attendons alors ses suites. Au «Parlement» l'hyper-projet de loi doit tout faire avaler en dix jours. Tout passe à la moulinette, droit du travail, licenciements dans la fonction publique, hausse de la TVA, baisse des salaires dans le secteur privé, réduction des retraites, et même le seuil d'imposition. Actuellement c'est cinq mille euros par an, la Troïka et les exécuteurs locaux souhaitent l'abaisser, voir le supprimer. Ainsi nous serons imposés à partir du premier euro, est-ce possible ?

dimanche 19 février 2012

Nous sommes tous prêts



Les temps changent. En Grèce déjà, les premières prémices du printemps modifient notre univers. Sous un soleil radieux ce matin sur Athènes, nous nous préparons pour les manifestations du jour place de la Constitution.

Mais c'est surtout depuis plusieurs semaines que le soleil des autres peuples d'Europe et du monde arrive déjà à nous chauffer. Hier notamment, c'est avec émotion que nous avons suivi les manifestations de solidarité envers nous. Un grand merci.

vendredi 17 février 2012

Olympie outragée


Odysséas Elytis
« Un après-midi dans la mer Egée contient la joie et la tristesse en parts si égales, qu’à la fin il ne reste que la vérité »

Odysséas Elytis, poète (1911-1996, prix Nobel de littérature en 1979) - « Le Petit Marin », éd. Ikaros., Athènes 1985, p. 57.

Hier nous nous sommes retrouvés chez Pavlos. Chacun a apporté un petit quelque chose et surtout des idées. Heureusement, ainsi nous avons fait le plein d'idées. Pavlos est poète. Pas vraiment connu du grand public, de toute manière, notre grand public ne se montre guère intéressé par la poésie depuis bien longtemps, et surtout par les temps qui courent. Notre ami poète ne se porte pas très bien, mais il garde tout son moral. Parmi les gens des lettres, les moins conformistes, ceux qui n'ont pas mis le doigt dans le pot de miel des subventions du temps d'avant, souffrent. Un restaurateur du centre d'Athènes me disait récemment qu'il offre un repas par jour à un écrivain célèbre.

jeudi 16 février 2012

« Qui est ce Monsieur Schäuble qui humilie la Grèce ? »



Hôpital - Athènes 16/02/2012 "Nous ne sommes plus payés - nous avons faim"
Sommes nous en train de basculer dans nos représentations ? Allons-nous tout droit vers les derniers retranchements de la stratégie du choc ? La bancocratie serait-elle alors bancale, y compris dans sa gérance  ? Ce matin je rencontre Pétros, petit commerçant. Je le connais un peu, il a toujours voté à droite, sans plus. C'est à dire, qu'il préférait suivre les matchs de football plutôt que la politique, un gentil monsieur comme on dit, ayant conservé à peu près sa petite place gentille, au sein du rang social. Eh bien, ce matin je l'ai vu métamorphosé.

mardi 14 février 2012

Athènes - CS 199

A vendre - Grèce centrale - 12/02/2012

Retour sur Athènes. Retrouvailles sous le signe de la grande fatigue partagée. Les badauds se précipitent devant les débris encore fumants lundi après-midi. La catastrophe dans toute sa pédagogie. Certains incendies ne sont pas encore complètement éteints douze heures après. Impressionnant, choquant et surtout triste. Un homme la cinquantaine commente à haute voix devant le cinéma ravagé par les flammes : « Toujours les mêmes, les anarchistes, ceux qui ne respectent rien, ils faut de l'ordre enfin ». Aussitôt, un autre homme du même âge, laisse exploser sa colère : « Tout cela c'était bien calculé par tes amis au pouvoir, PASOK [P.S.], la droite et les banques, va voter ton PASOK la prochaine fois, le temps où on nous prenait pour des c... c'est terminé, on a pigé ».

A proximité de ce cinéma, se trouve un bâtiment ayant servi au Front National de Libération (EAM), (1941-1944). Deux autres hommes, assez âgés, s'arrêtent devant : « Oui c'était ici, je voulais te le montrer, tu vois en effet, les époques ne font que tourner, et sans cesse ».

dimanche 12 février 2012

Athènes ce soir... peuple et casseurs bancocrates



Mikis Theodorakis Place Syntagma - 12/02/2012 (photo eurokinisi)
Le Mémorandum II c'est la guerre. On le savait de toute façon. La Place de la Constitution devient ce soir un champ de bataille, pas le seul. Les journalistes sur les lieux désignent déjà plusieurs « fronts » autour et sur la Place de la Constitution. La terminologie est guerrière, comme il se doit, « attaque, replie, tactique, blessés ». Tout a commencé au moment où Mikis Theodorakis et Manolis Glezos (héros de la Résistance – 1940) s'apprêtaient à rejoindre les milliers de manifestants devant le « Parlement ». En ce moment précis, les colonels-bancocrates ont alors donné l'ordre d'attaquer les citoyens. Tel fut leur plan. Provoquer des « incidents » pour « annuler » la marche citoyenne. Plan rodé et connu.

Plan assez réussi pour l'instant. Faire bruler la ville par les "casseurs", toujours prêts à "rendre service", montrer que "la rue" est "dangereuse", rejoignant le chef de l'extrême droite dans ses déclarations. Et surtout dissuader les citoyens à manifester. Ainsi au moment du vote la place sera vidée, et on peut parier que ce lundi, les médias vont se focaliser sur les destructions en ville, et non pas sur le sens du vote.

Article 120


Kastelórizo ou Megísti est une île de Grèce baignée par la mer Méditerranée orientale et située à moins de cinq kilomètres de la côte Sud de la Turquie, environ 110 kilomètres à l'est de Rhodes.
Le 23 avril 2010, Georges Papandréou s'y rend, pour nous annoncer par un très mauvais direct télévisé et en moins de six minutes que « la Grèce accepte le Mécanisme de soutien économique, institué par le Fond Monétaire International, l’Union Européenne et la Banque Centrale Européenne (…) les marchés ne nous laissent pas le temps (…) Mais les partenaires de la Grèce, nous offrent cette possibilité, afin de conduire notre navire dans les eaux d'un port alors protégé, pour pouvoir ainsi le réparer, utilisant des pièces solides et fiables (...) ».

Notre dernière île si loin au large a été depuis surnommée par les journalistes, «île du Mémorandum ». Mais plus maintenant, et de manière officielle.

vendredi 10 février 2012

Police de caractère


Manifestation des policiers - Athènes 09 février
Ce midi Place de la Constitution il y a déjà du monde. En face du «Parlement», la police veille devant le bâtiment maudit. Les manifestants arrivent de partout. Durant toute la journée nous commentons les nouvelles. Toutes les nouvelles, bonnes ou mauvaises. Mais quelles peuvent-elles être enfin ces bonnes nouvelles? Eh bien en voilà une, qui heureusement ne passe pas inaperçue dans le reste de l'Europe: «Les agents hospitaliers de Kilkis, en Grèce, ont occupé leur hôpital local et ont publié une déclaration disant qu'il était désormais entièrement sous contrôle ouvrier. (...) Les travailleurs hospitaliers ont déclaré que les problèmes qui durent depuis longtemps du Système de santé national (l’ESY) ne pouvaient être résolus. Les travailleurs ont répondu à l’accélération du régime des mesures impopulaires d'austérité en occupant l'hôpital et l'ont déclaré sous contrôle direct et complet par les travailleurs. Toutes les décisions seront dorénavant prises par les travailleurs de l’assemblée générale» (voir par exemple le site de Mediapart en France).

jeudi 9 février 2012

6ème étage ou 6ème avenue ?


Athènes - janvier 2012

En Grèce, depuis l’arrivée de la Troïka nous devenons tous une… atmosphère. Dans des conditions de  laboratoire et sous pression. Par modélisation exemplaire et accélération des particules, élémentaires si l’on préfère. Et ces particules c’est bien nous. L’accélérateur quant à lui, relève de la mécanique du dernier méta-capitalisme bancocrate. Cela a bien fonctionné à un tel point que maintenant nous pouvons sans peur nous regarder dans le miroir du futur pour nous apercevoir que nous sommes déjà des mutants.
A commencer par notre régime politique, cette pseudo-democratie, mollement parlementaire et durement affairiste, devenue désormais une quasi-dictature après trois putschs réussis. Le premier, en 2009, s’est déroulé lors des élections, alors encore « libres ». Le PASOK (P.S. grec) arrive au pouvoir devançant de dix points la droite. Georges Papandréou, ami de Geοrges Soros, grand cosmopolite (l’expression est de lui-même) et apparemment plus à l’aise dans la syntaxe de son pays natal, les États-Unis, que dans la grammaire balkanisée du grec moderne, habille alors sa piètre rhétorique comme il le peut. Et les grands médias lui orchestrent convenablement l’image. Sa campagne est déjà un Case Study mais je parie qu’il y en a d’autres en Europe en ce moment en passe de devenir aussi cas d’école. « Le citoyen d’abord », « rupture avec les pesanteurs du passé », « gouvernance électronique », « allons-y, tous ensemble », « finissons-en avec la dictature des marchés », « prenons des mesures pour réconforter les citoyens les plus fragiles, surtout ceux qui ont emprunté de l’argent et doivent faire face à la crise », « faisons de la Grèce, le Danemark du Sud », « de l’argent il y en a », « nous sommes prêts pour la croissance verte, les nouvelles technologies et l’écologie», « augmenter les impôts, la TVA par exemple, est un crime contre les plus faibles et conduirait l’économie tout droit à la récession ». Voilà le synopsis de la rhétorique de ce premier coup d’État.

mercredi 8 février 2012

Déluge et feu

(Source www.tsantiri.gr)

Hier déjà Athènes, c'était le déluge. Les cieux se sont ouverts en attendant la clôture du Mémorandum II, entre la Troïka et les «nôtres». Et la clôture se fait encore officiellement attendre. Mais il y a eu déjà des… acquis, sur lesquels nous allons pouvoir vivre, comme par exemple le salaire minimum à 592 euros brut et le dérèglement de ce qui en reste des conventions collectives. Alors, il faut… désespérer… un accord mercredi soir. Entre temps, nos manifestants ont bravé la pluie, la Troïka et les CRS grecs devant le «Parlement». Hier soir et encore ce mardi midi.

lundi 6 février 2012

Âge de clash


Dimanche 5 février. De l'heure du laitier à celle du petit déjeuner, puis entre midi et jusqu'à l'heure du thé et bien ensuite, la Troïka et «nos gouvernants» négocient parait-il. Réunions en cohorte. Ministres Papadémiens, chefs des partis Papadémiens, et enfin Papadémos lui-même en chair, en os et en … agios, à un moment tardif de la soirée, rencontrant le patron du lobby bancaire européen (IIF) Charles Dallara et le représentant des créanciers, Jean Lemierre, conseiller de BNP Paribas.

Le Premier Banquier-Ministre, s'est empressé de déclarer à la presse à l'issue de sa réunion avec les trois chefs des partis, PASOK (P.S. grec), Nea Dimokratia (droite) et LAOS (extrême droite), qu'un premier accord sur quatre points semble acquis : «[sur] des mesures [à prendre] afin de réduire les dépenses publiques de 1,5% du PNB durant 2012, [sur]des garanties sur la pérennité des caisses de prévoyance et de retraite et [sur] le traitement du manque de compétitivité par des mesures adéquates, comme l'abaissement du coût salarial et non salarial, afin de de renforcer l'employabilité et l'activité économique. Enfin [nous allons prendre des mesures sur] la recapitalisation des banques, associée à des moyens permettant la promotion de l'intérêt général ainsi que celle de leur autonomie en tant qu'entreprises» (quotidien, Ethnos).  Et la réunion avec les chefs des partis se poursuivra lundi. Et ce lundi deja 18h, les stations de métro les plus proches du Parlement seront fermées par prévention, ah les manifestants reviennent.

samedi 4 février 2012

Sophie et Sagesse


Loukanikos Décembre 2011
Nous voilà prisonniers du futur, encore ce week-end. Ils négocient, leur va-et-vient nous énerve, émissaires de la Troïka, détenteurs de titres et autres escrocs … nécrophiles. Au gouvernement, ils paniquent semble-t-il, on ne fréquente pas impunément les loups … au pays de Loukanikos.
Les moutons et autres brebis galeuses grecques, ont réalisé que le nouveau loup est un ennemi qui anéantira jusqu'à ce qui nous reste de la mémoire collective. La Troïka veut des licenciements dans toute la fonction publique, y compris dans l'éducation, l'armée et même la police. Toute la presse se dit préoccupée. Le porte-parole du gouvernement Papadémien, Pantelis Kapsis, journaliste toujours autorisé selon sa carte professionnelle, faisait jeudi matin dans le discours funèbre, lors de l'interview accordée à la chaine Mega tv: «Faire baisser les salaires [dans les secteurs privé et public], ainsi que les retraites complémentaires (...) sont les seuls points épineux aux négociations avec la Troïka (…). Le gouvernement est devant un mur et le pays se trouve maintenant à deux doigts de la faillite officielle, donc c'est l'heure des décisions difficiles. Lorsque nous arriverons à l'accord final, cet accord sera très couteux et il engendrera de la douleur».
L'accord semble assez prêt.

jeudi 2 février 2012

Farine et neige



Grèce - Thessalie - 02/02/2012
Il neige abondamment chez nous depuis mercredi. De Salonique et par endroits, jusqu'au sud du Péloponnèse. La mauvaise réputation du mois de février n'est plus à faire. Au beau milieu de ce mois de Gamélion chez les anciens, mais nous ne célébrons plus les mariages comme eux. Nous ne célébrons plus grand-chose tout court.

Nous n'aimons pas la neige et ce jeudi matin en Grèce centrale, y compris en plaine, nous en avons pratiquement un mètre au sol. Si on y ajoute la Troïka et les siens chez les «nôtres», c'est encore pire. Car déjà tôt mercredi matin, la compagnie d'électricité a coupé le courant à des dizaines de foyers à la bourgade de Neochori du département de Serrès, frontalier avec la Bulgarie. Ce village, dans sa totalité pratiquement, avait refusé de payer la nouvelle taxe, incorporée aux factures d'électricité depuis l'automne dernier. Devant le tollé général en plus du direct à la télévision, et par -10°C, la machine a fait partiellement marche arrière.