jeudi 15 novembre 2012

De profundis



Le sens de l’histoire en gestation, n’est pas perçu de la même manière en tout lieu ni dans toutes ses subtilités. Hier, 14 novembre, “de violents affrontements ont opposé la police aux manifestants, à Madrid et à Barcelone, au terme d'une journée de mobilisation européenne contre l'austérité ayant conduit des centaines de milliers de personnes dans les rues”, selon les reportages de la... grande presse, et à Athènes, on manifestait également.



* Photo de couverture: Thessalie, le 14 novembre

21 commentaires

Anonyme a dit…

Merci pour vos textes et vos photos toujours excellents.
Mais et la photo d'un chat à la fin de celui-ci ?
J'espère vraiment que la situation ne vous fera pas abandonner cette si belle habitude.

Anonyme a dit…

Bonjour, merci pour votre blog qui nous permet de nous tenir au courant de la situation en Grèce (il ne faut malheureusement pas compter sur nos médias).

J'aimerais savoir qu'elle est votre opinion sur la proposition de tirer au sort plutôt que d'élire nos représentants, notamment pour l'écriture de la constitution ? Est-ce que de telles idées sont parfois débattues au sein du peuple ?

Bien cordialement

Panagiotis Grigoriou a dit…

Merci pour votre commentaire, les... chats seront de retour bientôt!

Panagiotis Grigoriou a dit…

Bonjour, en effet c'est une bonne vieille question, abordée également par Cornelius Castoriadis en s’inspirant des pratiques de la démocratie antique (athénienne). Je pense que la complexité actuelle, ainsi que la taille démographique de la "cité" (polis) actuelle nous éloignent davantage (et malheureusement) d'une telle éventualité.

wuwei a dit…

Il est vrai que les mégapoles ne sont pas adaptées au tirage au sort...sauf si nous recréons des communes ou quartiers de quelques milliers d'habitants.

Anonyme a dit…

Bravo pour votre blog qui nous tient au courant de ce qu'il se passe en Grèce. Et bravo pour votre Français, toujours excellent!

Anonyme a dit…

En France cela change mais cela va vraiment changer. 50000 suppressions d'emplois sont prévus tous les mois à partir de janvier nous aussi allons vous rejoindre dans la galère. On pourra dire l'UMP l'a rêvée le parti socialiste l'a fait.J'ai une question pourquoi le journal Marianne ne vous diffuse plus ainsi que Super No? C'est comme cela que je vous ai connu.

Anonyme a dit…

Je ne crois pas que la grande taille de la cité soit un bon argument contre le tirage au sort.

Au contraire c'est plutôt un argument contre l'élection. Dans un petit quartier ou commune, où je connais tout le monde, je peux élire quelqu'un dont je sais que c'est une personne honnête. Et si elle fait n'importe quoi, je peux le lui faire savoir. Alors que ces deux choses ne sont pas possibles dans nos Etats actuels.

Par contre, le tirage au sort ne change pas en fonction de la taille de la cité : c'est toujours le "premier venu" qui est désigné par le sort.

En ce qui concerne la complexité (de la gestion des Etats ?), je ne crois pas que les élus soient plus compétents que nous. Il n'y a qu'à voir le résultat de leur politique !

Je n'ai pas encore lu Castoriadis, mais il est sur ma liste d'auteurs à découvrir. Pour l'instant je lis Bernard Manin "Principes du gouvernement représentatif" :-)

En ce qui concerne la Grèce, la question du tirage au sort me semblait pertinente parce que, au-delà du clin d’œil historique, même Syriza semble souffrir d'un manque de légitimité. Vous rapportez vous-même que les gens commencent à se demander si les dirigeants du parti ne perdent pas de leur radicalité...

Panagiotis Grigoriou a dit…

Je vous remercie pour votre commentaire ainsi que pour vos encouragements.

Panagiotis Grigoriou a dit…

Bonsoir, merci pour votre commentaire, dès la création du blog il a été associé à Marianne (sans aucune obligation de suivi, et selon priorités éditoriales de Marianne2.fr). Malheureusement je n'ai pas de réponse plus précise à votre question.

pierre grandmonde a dit…

La France n'est certes pas (pour l'instant et heureusement) dans la situation de la Grèce, et le gouvernement n'est pas officiellement chapeauté par la troïka ni l'Allemagne, cependant, il semblerait que cette dernière s'arroge un droit de regard sur la politique menée en France (que je trouve personnellement déjà très libérale et antisociale, - il n'y a à vrai dire aucune rupture avec le gouvernement précédent, vive l'alternance et la "démocratie"-)en trouvant que celle ci ne va pas assez loin dans les "réformes":
http://lexpansion.lexpress.fr/economie/l-allemagne-dement-vouloir-donner-des-lecons-de-croissance-a-la-france_359739.html

Anonyme a dit…

L'ambassade US inquiète au sujet de ses ressortissants (surtout ceux qui peuvent être pris pour des "immigrés bas de gamme"):
<< The U.S. Embassy informs U.S. citizens that the “Threats To Safety and Security” section of the Greece Country Specific Information page has been updated to inform U.S. citizens of a rise in unprovoked harassment and violent attacks against persons who, because of their complexion, are perceived to be foreign migrants. U.S. citizens most at risk are those of African, Asian, Hispanic, or Middle Eastern descent in Athens and other major cities >>

http://photos.state.gov/libraries/greece/38517/uscitizens/sec_message_greece.pdf

titika a dit…

Merci encore monsieur Panagiotis de vos explications claires sur le drame grec,c'est toujours avec impatience que nous attendons vos textes et tous vos reportages photos bien sûr j'aimerai encore plus vous lire si vous pouviez nous prédire des jours meilleurs et le retour de l'espoir pour ce bon peuple grec.......malgré toutes ces mauvaises nouvelles,j'ai toujours et plus que jamais envie de retourner vivre en Grèce et oui vous avez gardé votre âme.Bien cordialement et bon courage pour votre difficile travail.Christina

Axelle Frebutte a dit…

Cher Panagiotis, en l'honneur de la commémoration de la révolte des étudiants de polytechnique face à la junte le 17 novembre 1973 en Grèce, ainsi que pour tenter de réveiller les consciences face à la montée de l'extrême droite, permettez-moi de partager cet inestimable hymne anti-fascisme de Manos Loïzos, chanté par Alexiou (ma Charoula) sur des images de luttes du temps présent à la place Syntagma...
Qui connaît son histoire, comprend son présent ...
Personnellement, chaque écoute m'amène les larmes aux yeux et la chair de poule.

ΤΟ ΑΚΟΡΝΤΕΟΝ (Δεν θα περάσει ο φασισμός)

Lien Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=0eLcW3TcIvw

J'invite tout le monde à visionner ce lien

Axelle Frebutte a dit…

Permettez-moi également, dans le même esprit, de partager cet article de Panos sur le site "Initiatives des étudiants et travailleurs grecs à Paris" - Publié le 17/11/2012 par panos

Lien : http://initiativegrecqueaparis.wordpress.com/2012/11/17/mes-jeunes-camarades-sur-les-traces-douloureuses-de-la-bete-par-margarita-yerali/

"Mes jeunes camarades sur les traces douloureuses de la bête", par Margarita Yerali

Le texte a été écrit suite aux arrestations des militant-e-s antifascistes le 30 septembre 2012. Les arrêté-e-s ont dénoncé et porté plainte pour tortures, violences physiques et psychologiques infligées par des agents de police se revendiquant du parti néonazi, alors qu’ils étaient en garde à vue dans les locaux de la Sûreté Générale à Athènes (GADA).
Margarita, fut arrêtée par la dictature des colonels en 1968, alors qu’elle était jeune étudiante et militante de l’organisation de gauche Rigas Feraios. Elle a été torturée et emprisonnée jusqu’en août 1973 et arrêtée de nouveau en février 1974.
Son texte constitue un des rares exemples de « parole pleine » instaurant le lien entre le passé et le présent, entre les politiques répressives, le corps individuel et le psychisme humain, entre les tortionnaires de jadis et ceux d’aujourd’hui.
Mais ce texte établit avant tout un autre lien qui dépasse les frontières et les générations : celui qui nous unit tous et toutes dans une chaine inébranlable, celle de la vie et de la souffrance, celle du combat et de la résistance."

... (suite dans le message suivant)

Axelle Frebutte a dit…

Voici ce texte admirable :

"Gravaritis, Malios, Smailis, Karapanayiotis, Mpampalis, Kouvas, Theofilogiannakos, Lambrou, Kalivas, Ganos, Karamitsos, Tetradakos, Tseligkas, Lepeniotis, Diplas, Stamatopoulos.
Combien de citoyens de ce pays connaissent l’activité principale de ces personnes, ou au moins de quelques-unes d’entre elles ? Non, je n’en demande pas plus, je sais que ce serait trop. Figure-toi, je ne mentionne que les plus connus, les plus réputés du panthéon des mécanismes de torture de la junte des colonels.

On nous dit souvent : les peuples qui n’ont pas de mémoire n’ont pas d’avenir. Mais la mémoire se construit à partir de disparitions sélectives, d’altérations et de mythes. Le passé prend la forme que lui imposent les idées dominantes. Les peuples sont enfermés dans la condition du présent. Cet enfermement dans le temps et l’espace trouve son appui et favorise la reproduction des mécanismes dominants du pouvoir qui sapent tout ce qui s’écarte de la logique officielle.

L’image continue et incessante du présent, c’est-à-dire la normalité de l’état grec, est une image qui contient des corps souffrants. Sanglante, elle porte son empreinte sur les corps individuels et, à partir d’eux, lance son pouvoir comme un javelot sur le corps social, sur la conscience sociale, sur la fonctionnalité psychique.

Si pour autant, durant la dictature, l’image sanglante des tortures, mise au premier plan, constituait le seul et unique moyen déployé lors des interrogatoires pour l’obtention des informations permettant l’arrestation d’autres résistants, une question se pose : pourquoi au jour d’aujourd’hui les corps des antiracistes et des manifestants sont-ils torturés, mis à nu, maltraités et humiliés ?" .../...

Axelle Frebutte a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Axelle Frebutte a dit…

"Le langage des tortionnaires est toujours sincère à en dégouter, déshumanisé au sens du non-langage, c’est-à-dire du langage dépouillé de sa dimension symbolique.

« Vous allez mourir comme vos grands-pères à Grammos »[1]. Qu’est-ce que cette image montre-t-elle ? Le noir absolu des ténèbres, le noir non médiatisé de l’immobilité et de la mort, ce noir qui a besoin et appelle le rouge du sang, pour exister par le biais des corps massacrés des autres, qui sont nommés et injuriés. Cette image porte et doit porter aussi la présence grise de la peur. Elle doit dés-historiciser, dépolitiser, désocialiser, dissoudre tout espace public ou intérieur, où pourrait se réfugier l’humanisme, la tendresse, la vie et la pensée.

Elle doit construire la caricature du regard vide qui ne voit pas, de l’oreille qui n’entend pas, du toucher qui ne sent pas.
Elle doit fabriquer une foule qui a peur, dont la présence est, en dernière instance, une absence, à travers le seul maître existant : la panique sournoise.
Les personnes en uniformes gris doivent être mises à disposition sans réserve ni scrupules en tant qu’instruments de tout type de tentative de répression. La propagande grise doit détourner tout événement à son profit et surtout coordonner le discours intimidant portant sur toutes les catastrophes à venir, au cas où certains osent lever la tête. Et l’« l’État dans l’État », habillé en force « politique » noire d’assaut, fait virevolter la peste nazie au seuil des maisons, dans les rues, dans le Parlement.

Tout est noué dans une alliance qui paraît invincible, qui exhale et transpire l’odeur intense de la puissance, de la force de fer. Ici, il n’y a pas de doute, les tortures du corps individuel doivent orner le devant de la scène. Parce que l’odeur du sang est l’anesthésiant le plus puissant de la pensée, parce que l’image du corps humilié est le noyau dur de la peur, de cette peur qui nous contient tous, torturés et tortionnaires, qui évoque le désespoir de l’impuissance que nous avons tous éprouvé à un moment de notre vie." .../...

Axelle Frebutte a dit…

.../... suite et fin
"J’avais 20 ans quand j’ai rencontré pour la première fois cet océan de douleur, quand j’ai vu le visage de la bête vorace. Je l’ai rencontré de nouveau, il y a quelques jours, à la Sûreté Générale (GADA). Je sais que je vais le revoir bientôt. J’en suis sûre. Plus les tortionnaires ont peur, plus ces rencontres vont se multiplier. L’image évoquée auparavant oblige.
Mes chers jeunes camarades sur les traces douloureuses de la bête, nous sommes tous liés dans la chaine humaine indestructible de la douleur et de la vie.
On contre-attaque avec les souvenirs de ces chansons que l’on chantait, lorsque, encore enfants, on voulait traverser des lieux sombres qui nous faisaient peur, avec les souvenirs des chants de lutte, car nos grands-parents ne meurent pas. Et c’est ainsi, avec nos chansons à nous, peut-être plus que d’autres, que nous pouvons briser la toile grise de la peur, ne plus avoir le vide dans le regard. Nous, qui avons vu le visage de la bête, plus que d’autres, nous allons combattre la stratégie de la tension que l’État grec met en œuvre avec tant de soin.
Ceci nécessite un combat continu, un combat qui va marquer notre vie et qui demande de l’endurance, de la loyauté et de la solidarité. Après tout, « même la douleur, elle est à nous » comme le disait grand-mère Loxandre[2]."

Paru le 14 Octobre 2012 dans le journal Epohi, traduit par Elsa P., lu et corrigé par Elodie A. et Marion B.

[1] Montagne située au nord-ouest de la Grèce où s’est déroulée la dernière et la plus dure séquence de la guerre civile grecque. La bataille a fini par la défaite définitive de l’Armée Démocratique, vaincue par l’Armée Nationale.
[2] Loxandre, roman de Maria Iordanidou (petite-fille de Loxandre). Loxandre est une femme qui a vécu à Istambul (Constantinople) lors du XIXe siècle. Pléthorique et soigneuse, débordante d’amour, de franc parler et de sagesse populaire, Loxandre représente le prototype de bonté et d’endurance dans l’imaginaire grec.

Anonyme a dit…

ARTICLE " Qui sont vraiment les fraudeurs du fisc grec ? "

" Ils sont armateurs, patrons de médias, diplomates avocats ou médecins. Ils ont mis leurs fortunes à l'abri en Suisse. Leurs noms sont divulgués par la presse grecque. Il n'y a pas que la "liste Lagarde". Une autre concernant les politiciens fraudeurs illustre l'état de déliquescence de la classe dirigeante. Enquête et inventaire " :

Article complet : http://fr.myeurop.info/2012/11/20/qui-sont-vraiment-les-fraudeurs-du-fisc-grec-6429

Anonyme a dit…

Bravo pour votre blog qui nous tient au courant
Jamais j'aurais imaginé une telle situation ... vraiment

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