| Nettoyage de la plage de Kavouri - 05/10 |
La
récente ébullition athénienne n'est pas pour une fois, un de ces
mythes médiatiques dont on a l'habitude. Car, aux « affaires »
impliquant des politiciens du PASOK et de la Nouvelle Démocratie, à
la « liste Lagarde » et au « blocage » dans
les négociations entre les « nôtres » et la Troïka,
s'ajoute depuis hier (04/10), le récent rapport économique signé
Alpha Bank. Selon ses analystes, « la politique de la Troïka
qui ajoute de la récession à la récession en retardant sans raison
apparente le versement de la dernière tranche de 31 milliards
d'euros, conduit le pays tout droit vers la faillite ».
| Mur d'Athènes - 05/10 |
On
dirait que brusquement, certains banquiers... ont découvert
l'Amérique (ou ses élections). D'où probablement l'empressement
d'Angela Merkel à se rendre à Athènes mardi prochain, afin de
rencontrer Antonis Samaras. Qualifiée de « visite normale »
par le porte-parole de la chancellerie, il n'en demeure pas moins que
ce voyage est évidement précipitée. Et depuis que la nouvelle
s'est propagée, d'ailleurs très rapidement vendredi, les syndicats
(toutes branches confondues), appellent à manifester mardi prochain,
Place de la Constitution. De leur côté, le responsables du parti
des « Grecs Indépendants » (droite anti-mémorandum), a
annoncé son rassemblement devant l'ambassade allemande. En d'autres
temps, les chroniqueurs auraient souligné que la colonie commence à
ne plus supporter le régime de l'Indigénat, mais c'est méconnaitre
que les Grecs ont aussi voté, et même par deux fois.
« C'est
un développement positif, le fait que Mme Merkel ait accepté mon
invitation de venir dans notre pays. Nous l'accueillerons comme il se
doit à un dirigeant d'une grande puissance et pays ami »,
vient de déclarer Samaras vendredi après-midi. Paraphrasant un peu
un précédent historique déjà tristement célèbre et pas si vieux
d'ailleurs, j'imagine bien Antonis Samaras, déclarer même mardi
quelque chose de ce genre : « Cette deuxième rencontre de
haut niveau entre l'Allemagne et la Grèce marque le redressement de
notre pays. C'est librement que je me suis décidé à inviter Madame
la chancelière ici à Athènes. Je n'ai subi de sa part aucun
diktat, aucune pression. Une collaboration renforcée dans tous les
domaines, a été envisagée entre nos deux pays. J'en ai accepté le
principe... depuis juin dernier. Cette collaboration doit être
sincère... Cette politique est d'abord la mienne, puis, celle des
deux autres partis qui participent au gouvernement. C'est moi seul
que l'Histoire jugera, car c'est du maintien de la Grèce dans la
zone euro qu'il s'agit. Mon entrevue avec la chancelière Merkel à
Athènes fut même une surprise - une émouvante surprise... En
repoussant l'idée d'une relation de punition et d'oppression, la
chancelière Merkel entend permettre à la Grèce de s'intégrer
volontairement dans le nouveau système européen qu'elle créera
lorsque la crise sera terminée... La collaboration est dans l'ordre
naturel des choses. Elle est indispensable à la Grèce comme elle
est utile à l'Allemagne » ! L'histoire ne se répète
pas... la géopolitique, si.
| Nettoyage de la plage de Kavouri - 05/10 |
La
construction dite européenne s'est abîmée sous les flots... des
capitaux tournants, réels et inventés, après avoir heurté le
rocher de la géopolitique. L’importante voie d’eau a très
rapidement fait sombrer le navire
, très rapidement même, quand on
y réfléchit bien en termes de temporalité historique,
autrement-dit, de longue durée. Ce qui n'est pourtant pas la grande
préoccupation de mon cousin Costas, rencontré hier et toujours
conscient de instantanéité de l'existence humaine. La corruption,
devenue putréfaction de notre système politique, ne le concerne
même plus : « Ce n'est pas que je m'intéresse pas à
ce qui se passe, c'est que cet univers m'a toujours été si lointain
et heureusement inaccessible. J'ai toujours œuvré dans mon petit
coin, pratiquant les belles petites choses de la vie : mes cours, mes
élèves, mes formules [Costas
est professeur de mathématiques au sein d'un établissement
privée]. Ces exagérations du lifestyle
m'ont toujours apparues pour ce qu'elles étaient réellement, à
savoir, stupides et dangereuses.
Je suis resté le seul adepte d'une
certaine litote parmi les amis et nos autres cousins par exemple, et
ceci sans me priver. J'ai toujours géré en économe, je dirais même
en bon "économiste". Puis, juste avant la crise, j'avais encore de
l'épargne, constituée en vingt ans de travail, vingt huit mille
euros pour tout dire. Depuis un an, je puise dans cette épargne pour
m'en sortir... En 2010, je gagnais 16 euros de l'heure, depuis le
mémorandum II, mon salaire est descendu à 12 euros de l'heure, puis
mardi dernier, la direction nous a convoqués pour nous annoncer que
désormais nous serons payés 6 euros de l'heure. C'était le choc de
ma vie. Ce qui fait un salaire mensuel net d'environ 450 à 480
euros. Voula, ma compagne, vient de retrouver du travail dans sa
branche le secrétariat, pour... 550 euros de salaire net. Un contrat
de travail « de nouveau type » comme on dit. Avant d'être
licenciée il y a six mois, elle gagnait 1.200 euros. Et enfin, je
suis imposé trois fois plus qu'en 2010, gagnant trois fois mois. Personne ne consommera plus grand-chose dans ce pays, je ne comprends
plus rien, sauf que je n'ai plus le choix. J'ai accepté la
diminution de mon salaire, je sais que les parents de nos élèves,
ont aussi fait baisser leurs frais de scolarité à moitié presque.
C'est un cercle vicieux. Il n'y a plus d'économie, c'est de
survie qu'il s'agit.
| Nettoyage de la plage de Kavouri - 05/10 |
Je
ne comprends plus qu'on veuille ainsi couler tous les gens honnêtes
du pays. Nous ne sortons plus, nous ne buvons presque plus de café
en dehors de chez nous, nous perdons nos amis et nous devenons des
lapins dans un clapier. Je me souviens que je gagnais environ six euros de
l'heure en 1999, c'est à dire 2.000 drachmes. On dirait que nous
revenons à 1999, mais en réalité c'est pire, car tout ce que nous
payons en euros est beaucoup plus cher qu'à l'époque. Je viens de
calculer qu'en 1999 je gagnais également 500 euros par mois, c'est à
dire environ 170.000 drachmes. Mais l'essence pour ma voiture, qui
d'ailleurs est toujours la même depuis 1992, coûtait 180 drachmes
le litre (0,52 euro) et boire son café ici, 100 drachmes. Nous
faisons le plein à 1,80 euro le litre, et nous venons de payer nos
deux cafés six euros. Heureusement que nous partageons une seule
voiture pour nous rendre jusque aux bords de mer. »
| Mur d'Athènes - 05/10 |
Effectivement,
j'ai accompagné mon cousin Costas sur la plage de Kavouri hier
matin, une plage de notre enfance comme on dit parfois. Ancien
sportif amateur de natation, il pratique toujours sa discipline en
mer jusqu'en novembre, et ensuite durant l'hiver, en piscine. « Cela
me coûtera moins cher d'aller à la piscine municipale, si je tiens
compte du prix de l'essence – ajouta-t-il.
Mais j'ai également calculé autre chose. En 1999 je gagnais environ
9 souverains d'or (Elisabeth II) par mois, avant la crise (2010)
moins de six, et actuellement 1,5... pièce Elisabeth II par mois.
Donc la crise c'est la dévaluation de notre travail, plus le
lifestyle, c'est à
dire l'endettement. Et regarde notre autre cousin Petros. Il n'a
jamais travaillé ailleurs qu'à la Bourse, il a brassé de l'argent
facile, il s'est acheté sa Mercedes comme tout ce monde à crédit,
il a déjà vendu deux de ses quatre biens immobiliers depuis, car
criblé de dettes, et il cherche à se reconvertir dans le commerce,
mais pour vendre quoi ? En plus, il ne sait rien faire d'autre
que boursicoter ou rêver d'une résidence à Mykonos. En tout cas,
il en a rêvé pendant si longtemps, il était même sur le point
d'en acquérir une, en 2010. En 2012 il ne sait plus comment s'en
sortir, lui et sa famille, surtout depuis que sa femme est au
chômage. Sans jamais économiser évidement. Et toujours en nous
cassant les... avec ses amis au PASOK ou à la Nouvelle Démocratie,
lesquels l'ont laissé sombrer aussi. Je ne le plains pas Petros,
mais nous, pourquoi payons-nous, nous aussi ? »
Costas,
Petros et... Élisabeth II. La mer nous a fait du bien, le café
aussi. La sociabilité est hélas la première grande victime de
l'austérité, à moins de réinventer autres codes et manières,
mais ceci exigera du temps et... des antidépresseurs somme toute plus
puissants que notre radieux soleil. Autant demander la lune.
| "Des gardes-côtes, arrivés en bateau Zodiac" |
Hier,
cette plage de Kavouri était nettoyée par des bénévoles
américains, une action organisée en commun, par la Ligue Grecque de
la Protection de l'Environnement Marin (HELMEPO), par l'Ambassade des
États-Unis et par les établissement scolaires américains
d'Athènes. Ces gens étaient heureux, souriants et radieux. Les
rencontrer ainsi soudainement, c'était un petit choc de
civilisation. Et enfin, plus de 700kg de déchets ont été
collectés paraît-il, sous l'œil des cameras et sous la protection
de la police et des gardes-côtes,
arrivés en
bateau Zodiac.
Ces derniers ont aussi commandé leur café, l'emportant à bord. Au
moins, nous avons pu rigoler un peu nous aussi. Tout ne serait
donc pas encore définitivement perdu dans ce pays ! Comme nos
informaticiens experts en réseaux qui partent en Chine pour
entreprendre.
C'est mon ami Meletis l'informaticien qui nous le
disait cette semaine : « Ils
gagnent bien leur vie, ils se sont déconnectés enfin du système
d'extermination fiscale des Troïkans, et parfois, ils peuvent
travailler depuis Athènes ou depuis la Crète, ils n'ont pas besoin
d'être en Chine de manière permanente, leur capital c'est d'abord
leur cerveau. Après ma formation [informatique
et imagerie médicale],
j'irai sans doute les voir, quittant mon poste actuel. Je gagne
désormais 850 euros par mois, et je ne suis pas prêt à poursuivre
le chemin de la paupérisation très longtemps, d'autant plus, que la
société est incapable à réagir face à sa destruction. Peut-être
aussi parce que le système politique et les institutions ont besoin
d'un formatage complet, mais certainement pas celui opéré par le
logiciel Merkel. En tout cas, je pense aller manifester mardi
prochain, la chancelière doit enfin réaliser dans quel pays elle
met les pieds
».
| « Un miracle » |
Madame
Merkel, devrait aussi visiter une épicerie dans un quartier de
l'agglomération proche de la côte. Elle est resté la même depuis
les brèves années de notre enfance, a fait remarqué mon cousin
Costas sur le chemin du retour, « un miracle ».
Mais ailleurs, et à titre d'exemple, certains bâtiments appartenant
aux Hôpitaux Publics d'Athènes sont laissés à l'abandon complet
depuis. Non sans contraste, un récent centre scientifique est
installé à proximité, on y mène, semble-t-il de la recherche
fondamentale et appliquée dans les domaines de la biochimie, de la
biologie cellulaire, et de la génétique moléculaire, une autre
Grèce ?
| "Non sans contraste..." - Athènes 05/10 |
C'est
aussi le pays où un demi-million d'enfants vivent sous le seuil de
pauvreté selon un rapport de l'Unicef. Coïncidence de calendrier
peut-être, la Ligue de Protection de Animaux, tire aussi la sonnette
d'alarme sur la multiplication des cas de torture et de mise à mort
concernant nos animaux. Une dame rencontrée dans le Proastiakos
(notre RER... monoligne), emmenait un chat chez le vétérinaire :
« Je donne à manger aux chats et aux chiens du
quartier. Il a été torturé, comment dire pour rien. Les gens sont
devenus violents et pas seulement qu'entre eux. Je travaille dans
l'orfèvrerie, ainsi que dans la bijouterie artisanale, nous
exportons beaucoup, je suis dessinatrice. J'irai m'installer ailleurs
qu'à Athènes je crois... ».
Drôle de semaine.
| "Je donne à manger aux chats..." - Athènes, centre-ville 26/09 |
Place
de la Constitution, on vendait je crois des clochettes cette semaine, son de
cloches ?
| "Place de la Constitution..." - Athènes 04/10 |
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5 commentaires:
Je pensais à une chose: finalement, dans une certaine mesure, "les Grecs" se sont endettés tout comme l'ont fait les petits propriétaires Etatsuniens et les deux sont victimes d'un système pourri... qui a besoin de la dette pour survivre, puisque partout il faut A LA FOIS devenir de plus en plus "compétitif" ET acheter toujours plus.
Tout cela est impossible sans s'endetter. La Grèce est donc finalement à la pointe de la modernité capitaliste. Chouette.
"Paraphrasant un peu un précédent historique déjà tristement célèbre"
Pour ceux qui n'auraient pas reconnu, il s'agit du discours de Pétain en octobre 40 quand il décide la collaboration de l'Etat français (le terme de république française a été supprimé) avec l'Allemagne nazie.
Cher Panagiotis
Quelle tristesse,je ne sais même plus quoi répondre,je souffre pour le peuple grec quelle injustice,une vraie descente aux enfers,et ce sentiment d'impuissance qui m'habite ainsi que d'autres "que pouvons nous faire????????courage à vous tous cordialement Christina
Bonjour !
Pourriez-vous m'indiquer l'adresse mail de la ligue grecque de protection de l'environnement marin dont vous parlez dans votre blog ?? Je souhaiterai leur faire parvenir des photos prises dans la baie de Mirabello en Crète et leur soumettre le problème particulier de PAXIA AHMOS situé au fond de cette baie !
Merci d'avance,
Liliane
Bonjour et merci pour vos commentaires et remarques
voilà le lien :
www.helmepa.gr et helmepa@helmepa.gr
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