| Manifestants devant la Direction centrale de la police - 04/10 |
Dans ce flot de petits et de grands drames quotidiens représentés au
théâtre médiatique l'insignifiant se mêle au significatif, et de
ce fait, à notre usure quotidienne. Pour ce qui est déjà du
significatif, les ouvriers du chantier naval d'Eleusis qui n'ont pas
reçu de salaire depuis plus de six mois, ont poussé les barrières
du Pentagone grec pour ainsi pénétrer dans les lieux. Ils
travaillaient encore récemment pour un certain nombre de commandes
de la marine nationale, sauf que la faillite intérieure,
autrement-dit le défaut (de paiement) de l'État grec vis à vis du
marché interne en a décidé différemment. La manifestation a été
violemment réprimée par les MAT (CRS). Le responsable de la police
du secteur a été suspendu de ses fonctions « pour insuffisance »
d'après le communiqué du ministre Dendias, et plus de cent
manifestants ont été arrêtés et transférés aux locaux de la
Direction
centrale de la police, avenue Alexandras.
| Manifestants devant la Direction centrale de la police - 04/10 |
C'est
devant ce bâtiment, que j'ai rencontré certains d'entre eux dans
l'après-midi, venus nombreux, pour soutenir leurs camarades, et
surtout, pour exiger leur libération. « On nous achève, travailler six mois sans salaire, puis... plus de travail du
tout, nous voulons du travail et du pain ». Effectivement. On entendait
scander à répétition: « Du pain, de l'éducation et de
la liberté », un slogan déjà célèbre à l'époque des
colonels. Puis, il y avait les badauds, plutôt bienveillants mais
muets avant les lacrymogènes et avant une première dispersion des
manifestants, lesquels se sont vite regroupés un peu plus loin. Et
pour le reste, la vie... normale. Nos chiens, place de la
Constitution, beaucoup de monde, les vendeurs et vendeuses de billets
de loterie, les mendiants jeunes ou âgés, plus un récent bouquet
de fleurs déposé sur l'arbre de Dimitri. J'ai aussi remarqué la
fermeture d'une boutique encore ouverte la dernière fois. C'est
notre « dernière fois » à nous tous qui se répète
inlassablement depuis deux ans. C'est aussi cette fin interminable
qui nous mine le moral plus qu'autre chose. Ne plus pouvoir faire son
deuil après le choc, puis passer à autre chose, recomposer,
résister et enfin rêver.
| "Les mendiants jeunes ou âgés" - 04/10 |
| "Nos chiens, place de la Constitution" - 04/10 |
Mais
voilà deux jours que notre système politique entre aussi dans un
mauvais rêve. Son personnel est en ébullition soudaine, et avec
lui, tout ce que le pays compte en faune nécrophage, à cause d'une
petite clé USB. Une clé USB d'ailleurs nommée « clé
Lagarde » et pour cause : Elle contient un fichier sous
forme de liste, dévoilant les noms des « concitoyens
économiquement migrateurs » vers le paradis des banques
suisses, fichier confié en automne 2010 (selon la presse grecque)
par Christine Lagarde au ministre Papakonstantinou, alors éphémère
liquidateur au ministère de l'Économie. C'était bien entendu, sous
la gouvernance du conférencier Papandréou, cet homme politique qui
à l'échelle de l'Europe, fut le premier à inaugurer officiellement
la privatisation de son gouvernement, livrant le pays clé en main
aux escrocs.
| "Vendeuses de billets de loterie, les mendiants" - 04/10 |
Durant
deux ans, cette clef USB dont la « procédure d'acquisition »
serait plutôt officieuse qu'officielle, n'a été exploitée que
partiellement par les politiciens Pasokiens, suivant leur humeurs du
moment et avant tout, en harmonie avec leur jeu politicien. Ces
gens excellent indiscutablement dans ce sport, on le sait. Ce
n'est qu'en début de semaine, que Venizélos, le chef Pasokien,
s'est décidé à transmettre sa clé USB à Samaras par courrier.
Venizélos à retrouvé la clé... en faisant le ménage chez lui,
après l'avoir emportée depuis son ex-ministère. En Grèce c'est
aussi cela la continuité de l'État. Le scandale est grand, sauf
qu'il n'impressionne plus grand monde.
| "Un récent bouquet de fleurs déposé sur l'arbre de Dimitri" - 04/10 |
Certains
Pasokiens et anciens ministres et amis de Papandréou, viennent de
quitter le PASOK, comme Yannis Ragousis, retourné sur son île,
Paros. C'est alors dans l'urgence que les parlementaires Pasokiens se
réunissent ce soir, car « cette
dernière crise, serait alors très grave, pour le parti déjà, mais
aussi, pour le gouvernement tripartite, c'est même un séisme »,
estiment nos journalistes plus préoccupés que jamais du sort de
notre système politique. On aurait pu penser que nous sommes
toujours dans l'insignifiant, pas si sûr. Ce soir (04/10) nous
venons d'apprendre que Leonidas Tzanis, ancien ministre au cabinet
Simitis (ex-député PASOK également), s'est pendu dans l'après-midi
au garage de son domicile à Volos (en Thessalie). Son nom figurerait
sur la « liste Lagarde » selon le reportage du moment
(Real.gr).
![]() |
| Leonidas Tzanis - Source : real.gr |
À
ma connaissance, il s'agit du premier suicide d'un homme
politique, c'est toujours douloureux, néanmoins tout laisse à
penser que nous ne sommes plus si loin d'un tournant. Finalement, la
mort de notre économie, c'est à dire du travail, des biens
nationaux, de la propriété privée, et de toute forme de
souveraineté, entraîne inexorablement avec elle, la mort du système
politique, au sens propre et figuré ce soir.
Tout
laisse croire également, que la mise à mort du système politique
serait aussi une nécessité structurelle du système bancocrate,
d'ailleurs à faire valoir immédiatement si possible. Néanmoins,
certains « résidus » dans nos réflexes citoyens, en
empêcheraient pour l'instant la mise en œuvre. Jusqu'où ? Les
Troïkans sont à Athènes, et ce soir, ils ont sans doute signifié
leur dernier ultimatum relatif aux nouvelles mesures d'austérité au
ministre de l'Économie, Stournaras. Samaras craint désormais un
hiver social... rechaussé, tandis qu'un ancien du FMI, Panagiotis
Roumeliotis (qui fut le représentant de la Grèce auprès du FMI),
vient de publier un livre-document sur... l'arrivée du FMI en
Grèce : « c'est par mon ami Dominique Strauss-Kahn
que j'étais au courant des pièges contenus dans le futur mémorandum
(à l'époque). Je l'avais dit à Papandréou, en précisant même
que Dominique Strauss-Kahn était favorable à la
restructuration de la dette grecque, condition déjà indispensable
pour la réussite du programme, memorandum ou pas. Mais les
représentants de certains pays européens ont refusé
catégoriquement cette proposition, car ils souhaitaient d'abord
protéger leurs banques, et ensuite infliger, comme ils prétendaient
eux-mêmes, une punition exemplaire à la Grèce ». On
estime par ailleurs que les banques allemandes par exemple, auraient
gagné plus de 60 milliard d'euros, rien que par leur « gestion »
de la dette grecque, ceci expliquerait aussi cela.
| En faillite - 03/10 |
Ces
derniers jours également... on dirait par coïncidence (!), le
Premier ministre de l'euro, Costas Simitis, depuis l'Allemagne (un
pays avec lequel il est visiblement très lié), a estimé de son
côté que « le Mémorandum I, a été une erreur fatale » ;
étrange et soudain « réveil »... Ce soir encore,
Antonis Samaras, a déclaré que « les hommes ne sont pas
des pièces détachées ou des chiffres nus. À la limite, les
politiciens sont des consommables. La démocratie par contre ne l'est
pas ». Simple rhétorique d'un seul jour, ou alors
« confidences » significatives ? Elles sont
d'autant plus « étranges » ces confidences, car faites, au
moment, où les États-Unis et l'Allemagne, seraient en désaccord (au moins) sur le dossier
grec. Nous comprenons (aussi parce que certains journalistes font encore leur travail), que depuis un moment, le gouvernement
espagnol exerce une répression sans précédent sur les manifestants
et que le cabinet Coelho au Portugal a du mal à faire passer
l'austérité. Et pourtant, le « Traité européen sur la
stabilité, la coordination et la gouvernance » (TSCG) et son
« Mécanisme européen de stabilité » (MES), institution
anti-démocratique par excellence est sur le point d'être ratifié
par les pays concernés...
Mais
à part la « clé USB Lagarde », nos vieux chroniqueurs
radio, ont aussi remarqué jeudi matin, le reportage sur la
dévaluation de la devise iranienne face aux monnaies étrangères,
l'interprétant comme étant un signe de déstabilisation à
l'échelle de la région.
Puis
et enfin, le numéro du mois d'octobre de la revue (de gauche)
UNFOLLOW est déjà en kiosque, sur sa couverture un
avertissement : « Voilà
qui te sauvera, si tu ne fais rien [contre] ».
Je l'ai achetée, mais c'est pour la lire finalement un autre jour...
usure quotidienne.
| « Voilà qui te sauvera, si tu ne fais rien [contre] » |

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4 commentaires:
Lagarde veille, elle a l'air très contente, tout va très bien madame la marquise. Elle a des lunettes spéciales et voit des trucs :
En faisant baisser les prix des facteurs de production, en particulier le prix du facteur travail, on espère rendre le pays plus compétitif et plus intéressant pour les investisseurs étrangers. On le voit déjà un peu au Portugal, en Espagne, et on commence à le voir un peu en Grèce.
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/10/03/20002-20121003ARTFIG00609-lagarde-je-ne-crois-pas-a-l-eclatement-de-la-zone-euro.php
Commentaire reformulé:
"C'est ainsi que tous les jours il rend moins utile et plus rare l'emploi du libre arbitre; qu'il renferme l'action de la volonté dans un plus petit espace, et dérobe peu a peu chaque citoyen jusqu'à l'usage de lui-même." Extrait de" De la Démocratie en Amérique" de Alexis de Tocqueville
Je ne savais pas que telle clé était égarée, mais il semblerait que perdue ou non, ce soit un Sésame...
Pour la dame que vous citez, je ne pense pas que qui a l'indécence, lors d'un congrès de Davos, face aux caméras, donc aux téléspectateurs, de brandir son immense sac à main, de l'agiter en disant "...Personne n'est immunisé, ce n'est pas seulement une crise de la zone euro... Et c'est la raison pour laquelle je suis ici avec mon petit sac pour, en fait, récolter un peu d'argent. Merci!" ne mérite que son nom soit donné, ne serait-ce qu'à une clé!
Il me semble que lorsque personne à telle position s'autorise de tels propos, et que telle chose est finalement, en quelque sorte admise, acceptée parce que le sentiment de ne rien y pouvoir est tenace, confirmé jour après jour par tant d’indécence de la part de qui est sensé nous représenter et parler en notre nom, l'espoir de comportements respectueux et dignes est de plus en plus faible... Usure n'est pas forcément érosion, même si la seconde peut être la cause de la première (c'est de l'humour)
Merci encore Panagiotis pour ce blog que je suis depuis plusieurs mois et que je partage pour mieux faire comprendre la situation grecque vécue de l'intérieur, loin des reportages des envoyés spéciaux et spécieux.
Merci pour cette chronique au fil des jours entre désenchantement et espoir, ces témoignages et ces photos.
Je t'envoie une modeste contribution, que tu puisses continuer à nous faire vivre la vie grecque sous l'occupation de la troïka, contribution symbolique, pour te signifier aussi que votre sort nous importe,et que nous sommes solidaires du peuple grec et aussi que ce qui arrive aux grecs peut arriver demain aux français.
Les mouvements populaires qui éclatent en ce moment en Espagne, en Italie et au Portugal, rencontrent-ils un écho en Grèce et redonnent ils aux grecs l'énergie de se mobiliser et de se battre ?
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