mardi 9 octobre 2012

Cité interdite


Athènes 08/10
La crise, c'est d'abord un temps fragmenté. Elle devient la trame des ruptures, des perturbations et des mutations multiples, lorsqu'elle ne débouche pas ouvertement à la conjoncture du chaos. Et en Grèce, tout indique que ces mutations, les nôtres, concrétisent déjà, l'union de la rupture et de l'incertitude. C'est précisément à un tel moment que la chancelière allemande est attendue ce mardi 9 octobre à Athènes.


Athènes 08/10 - "Locaux à louer"
Depuis hier (lundi 08/10), on prépare la ville d'Athènes comme jamais sans doute, depuis fort longtemps. On se prépare alors à accueillir Angela Merkel. Aux arrêts de bus, aux guichets du métro ou entre piétons, on s'interroge déjà sur le déroulement « pratique » de cette grande journée de ce mardi « le bus B5 circulera-t-il alors et jusqu'où ?  Ah on ne sait pas encore, je vois c'est une opération ville morte ». Dans le bus, la réponse est vite venue d'une passagère : « Mais enfin, vous n'avez rien compris, Athènes deviendra demain cité interdite ».

C'est vrai que la nouvelle était déjà tombée : « le ministère de l'intérieur, vient d'interdire toute réunion publique ainsi que la circulation automobile dans une grande partie du centre d'Athènes ». Dans l'après-midi, les syndicats ont fait savoir que cette interdiction ne concernera pas la Place de la Constitution, lieu de leur rassemblement, ni la Place Omonoia où le syndicat PAME (proche du parti communiste) tiendra son meeting. Déjà lundi matin, des retraités en cortège, ont manifesté devant les locaux de la représentation de la Commission Européenne à Athènes, brûlant même le drapeau de l'U.E., décidément, cette dernière n'est plus appréciée.

"Des retraités en cortège..." - Athènes 08/10


 Effectivement ce mardi, 7.000 policiers et 200 tireurs d'élite assurent la sécurité et l'ordre de cette première grande visite officielle chez nous, du nouvel ordre européen. Et les démons se réveillent. Dès lundi, nos médias ont voulu rappeler qu'à la date du 09 octobre on commémore « nos morts du dernier pilonnage d'Athènes par les occupants Allemands en 1944, trois jours avant le retrait de leurs troupes ». Le ton est donné : « Nous serons tous dans la rue, par... preuve d'amour et de reconnaissance. Mais vous vous rendez compte ? Angela Merkel vient en Grèce pour démontrer à l'Europe qui est le maître ici ou aussi ailleurs. En plus, il s'agit d'un déplacement officiel lié aux enjeux politiques internes de l'Allemagne », a ironisé le journaliste Giorgos Trangas lors de son émission matinale du lundi sur Real-FM.

Et ce matin (mardi), au lieu de son générique, il a commencé son émission en rediffusant le dernier message de la radio d'Athènes encore libre de 1941, avant de poursuivre : « La colonie est en train d'accueillir la Dame de fer de la Puissance Protectrice. Les tapis rouges sont déjà déroulés à l'aéroport. Des lois, interdisant les rassemblements populaires datant de la dictature des Colonels et non abrogées depuis, ont été réactivées ce matin pour accueillir la femme politique la plus immorale d'Europe (sic) celle qui a détruit l'économie de la Grèce. (…) Nombreux sont ceux qui n'osent pas ouvrir leur bouche à Athènes depuis des années déjà, car ils sont tenus par les pots-de-vin, de Siemens par exemple. 

D'ailleurs Vlassis Kambouroglou, collaborateur de Tsohatzopoulos [ancien ministre de la Défense PASOK, actuellement en prison] a été retrouvé mort hier, dans un hôtel de Jakarta. Coïncidence ? (…) Madame Merkel se comporte à la manière d'un deuxième Hitler, utilisant d'autres moyens. Heureusement que certains journalistes allemands informent les citoyens de ce pays sur cette autre voix de la vérité qui est la nôtre. Car il ne faut pas oublier que le peuple allemand, n'est pour rien en réalité dans cette affaire et qu'il devrait être mieux informé. Heureusement, à part ces journalistes, seul Alexis Tsipras s'est décidé récemment à emprunter le chemin de Berlin pour expliquer nos thèses en contradicteur de la politique d'Angela Merkel ». Notons qu'à propos de Kambouroglou, la presse d'hier,   précise que « ce marchant d'armes, utilisant sa société Drumilan International (Hellas), était bien de la partie lors de l'achat par la Grèce des pièces TOR-M1 », un système antiaérien mobile de courte portée utilisant des missiles sol-air d'origine russe.

Athènes 08/10
 
Hier en tout cas, notre quotidien à Athènes semblait être encore « normal ». Tout à sa place. Des magasins fermés définitivement, des immeubles entiers mis en vente, des mendiants omniprésents sans qu'on y prête vraiment attention, par habitude, et certainement par la banalisation des « phénomènes ». On se résigne, on s'accroche et on savoure comme on peut le présentisme du moment comme de chaque moment désormais. Au-delà, il n'y a plus rien d'autre. Comme ce petit commerçant du quartier, rencontré lundi midi, accroché à sa radio sur Real-FM et au temps suspendu : « Je n'espère plus rien, je savoure mon café sans sucre écoutant ma petite émission en attendant mes rares clients. Je ne sais pas combien de temps je vais encore tenir mais ceci ne m'angoisse plus tellement. Mon employée, la jeune femme qui travaillait ici encore avant l'été, est partie. Je ne pouvais plus lui assurer un salaire régulier et surtout décent, voire un salaire tout court. 

Elle s'est mariée à un agriculteur de son coin et c'est ainsi qu'elle a fait son retour au village. Il n'y a plus d'avenir en ville pour beaucoup d'entre nous. La situation est inouïe, à la radio on vient d'évoquer cette étonnante nouvelle depuis Larissa, en plaine de Thessalie. Un berger, propriétaire d'un grand troupeau de chèvres, vient de passer une annonce, cherchant à embaucher un... comment dire « aide-berger ». Depuis, son téléphone sonne sans cesse, des gens de tout âge et de toute formation postulent... pour ce poste, des gars de la campagne mais également des diplômés de Larissa et même une anglaise. C'est en rupture totale avec ce qui se passait avant... »

Athènes 08/10


Et en ce moment, il n'y a pas que les petits commerçants qui se posent la question (ou l'aporie) du futur en termes de « rupture ». De plus en plus souvent, certaines entreprises encore solides, se délocalisent pour la première fois, si possible en dehors de la zone euro et parfois hors Union Européenne. Telle une entreprise connue qui depuis peu, s'est décidée a installer ses filiales aux États-Unis et en Turquie. Et cette décision n'a pas été motivée par le manque de compétitivité lié « à l'insoutenable coût salarial » comme on aurait pu le croire. Dans son cas, il est plutôt question d'échapper à l'effondrement croissant de la demande et de la solvabilité intérieures. Notons que cette entreprise qui n'est pas endettée, vient de créer en interne, son propre service juridique, pour faire face à de nombreux impayés dont elle subit les conséquences. Ce ne sont pas seulement les petits revendeurs qui ne lui reversent plus les liquidités correspondant aux ventes réalisées, mais également, certains gros distributeurs du secteur. Ce « trou noir », représente déjà une valeur équivalant 20% du chiffre d'affaires annuel de cette entreprise. L'entrepreneur donc, n'envisage pas pour l'instant d'abaisser les salaires de son personnel ou de licencier. 

Athènes 08/10

Car, comme il l'explique (souhaitant garder l'anonymat), « même une réduction des salaires à hauteur de 50%, ne résoudrait en rien le problème du « trou noir ». Elle entraînerait en plus et fatalement, la baisse de la productivité, suite à l'effondrement du moral de ses cadres et employés. Puis, tout le monde est conscient qu'en deçà d'une certaine rémunération, ce n'est plus de la vie qu'il s'agit mais de la survie ». Pourtant... les indemnités de licenciement sont réduites à un minimum symbolique depuis quelques mois, tandis qu'au même moment, les nouveaux contrats de travail « typés mémorandum II », imposent aux salariés un temps plein pour 550 euros de salaire net par mois. En d'autres temps on aurait dit que « ceci n'a pas de sens ».

Athènes 08/10
La crise c'est aussi une pollution du sens et une déchèterie à l'échelle d'un pays... Nous devenons les déchets ainsi « recyclés » par l'École de Chicago. Je dirais même, qu'au-delà de tout pathos national cristallisé par la visite d'Angela Merkel à Athènes, c'est d'abord en bonne adaptatrice de Milton Fredman qu'elle se rend ce mardi sur « son » territoire.

J'ai quitté Athènes hier soir. En attendant l'embarquement à bord d'un vol à destination de Paris, des policiers ont contrôlé sélectivement les pièces d'identité de certaines personnes « suspectées », c'est à dire les non-européens « de visage et de faciès », provoquant la colère des intéressés : « C'est toujours pareil, dans le métro parisien ou ici, c'est cela l'Europe eh ? » Sans réponse, puis : « Taisez-vous Madame, on a compris, mais vous gênez tout le monde dans ce hall ». Devant le point du tout dernier contrôle avant l'embarquement, la file d'attente s'allonge. Brusquement, un homme est interpelé pour « usage de fausse pièce d'identité italienne ». Le vol a pris du retard, puis, la nuit et Paris. Je participerai à certains débats organisés en présence du public lors des projections du film d'Ana Dumitrescu, « Khaos - les Visages Humains de la Crise Grecque »,  (il sort ce mercredi 10/10), et c'est à cette occasion que je participerai à l'émission de Marc Voinchet « Les Matins » sur France-Culture, pour évoquer (aussi) la crise grecque.

J'ai ainsi laissé la Grèce pour quelques jours seulement, maintenant que les dinosaures de Patagonie... arrivent à Athènes, d'après ce que j'ai appris hier. Une exposition qui durera jusqu'au printemps 2013. C'est loin, très loin même.

Athènes 08/10- Les dinosaures de Patagonie...

12 commentaires:

David a dit…

Je pense que votre compte est piraté et il est pratiquement impossible d'envoyer des textes et je vois que les intervenants sont plus rares sans doute pour cette raison là. Et Google publie des alertes en ce sens d'états qui agiraient en ce sens là. Rassurez-moi

Axelle Frebutte a dit…

Quant à moi, comme je l'avais déjà signalé je ne parviens à lire que le dernier article que vous publiez et encore, uniquement si je le lis le jour de sa publication. Pour les autres, je ne vois que le titre et les plus anciens, je ne les vois plus du tout... Plus d'archives, plus rien même la disposition de votre page est modifiée ...

Kendavros a dit…

Merci pour l'info…
J'essaie de corriger ce (petit) problème… (d'IE)
MAIS…
Pas de panique svp (…on en a assez en Grèce!)
Utilisez plus tôt Firefox ou (à la rigueur) Google Crome… (Pour le moment…)

Merci encore…
Le Webmaster

Kendavros a dit…

Merci à vous... (Voir solution plus haut)

Salutations

Kendavros a dit…

Encore merci pour vos messages... Situation rétablie (ouf!)

Axelle Frebutte a dit…

BRAVO SOU !!! Si le reste pouvait se passer aussi bien, ce serait le paradis !!!

Personnellement je travaille dans une administration et cela fait plus d'une semaine que je suis bloquée dans plusieurs de mes tâches urgentes pour des soucis informatiques qu'aucun de mes collègues informaticiens n'a encore pu résoudre... Je passe un temps infini à essayer de faire malgré tout mon travail correctement mais cela provoque un de ces retards... Je vais leur dire d'embaucher un grec car eux au moins, malgré les préjugés trouvent des solutions !!!! Comme quoi, il ne faut pas croire tout ce qu'on raconte !!! Mdrrrr !!!

Anonyme a dit…


Lettre d'un citoyen européen à Mme Merckel,en visite à Athènes...
"Votre Europe n'est pas la mienne!

Mme la Chancelière,ne soyez pas choquée par ces images viriles, car vous nous avez déclaré la guerre ! Une guerre économique dont le but est d'éliminer le maillon faible de la zone euro que vous dirigez, sinon de jure mais sûrement de facto! Et comme citoyen europén des bords du Rhin que nous partageons,
j'ai bien peur que certains,
et sûrement,plutôt sicherlich,l'incorrigible Walkyrie germaine qui sommeille en vous,pensent que la Grèce doit être brûlée sur le bûcher de l'Euroland,comme le fut jadis Iphigénie en Tauride,immolée par son père Agamemnon pour plaire à la déesse Artémis. Comme le fera aujourd'hui à Athènes,à vos pieds,le premier ministre grec commis d'office pour excécuter la sale besogne que vous lui dicterait.Ce faisant,l'offrande d'Iphigénie se répète:elle s'identifie toute entière à la Grèce exsangue que vous voulez sacrifier sur l'autel de votre intransigeante Realpolitik, pour qu'un vent favorable souffle à nouveau demain dans les voiles de la zone euro, du bâteau ivre européen dont vous êtes un peu la timonière, même si votre mousse préféré a été réformé..
Un sacrifice,pour tout dire un suicide sur ordonnances, selon les règles budgétaires draconiennes,dévastatrices que vous voulez imposer à ce pays déjà profondément meurtri que vous menacez de vos gris huissiers, demain noirs croque-mort, en tout cas Besserwisser,Besser..wickser,de la sinistre Troïka bruxelloise.
Le sacrifice réitéré d'Iphigénie,Mme la Chancelière de l'Euroreich,serait un naufrage, une catastrophe pour la zone euro toute entière!
Alors,méfiez-vous inconséquente,stur wie a Fass, obstinée Merckel,que les mêmes alizés ainsi par vous déchaînés, ne permettent aux Grecs d'aller reconquérir un jour, la Troie du Nord des rives de la Spree ou de l'Europe des marchands du
temple bruxellois. Comme Berlin en 1945,dans les trümmerliche décombres de votre monstrueux prédecesseur,Broksel,Brüssel par vous annexée,un jour tombera...Ulysse et Mélénas,l'infortuné mari d'Iphigénie,veillent au grain ! Alexandre ou Charlemagne un jour reviendront et rendront l'Europe à la princesse phénicienne que Zeus,-méfiez-vous de lui-, métamorphosé en taureau, avait su séduire..

Malgré vos coups de boutoirs répétés,hässliche cousine germaine,la Grèce survivra,car nous lui devons tout:la fondation de l'Europe ne commence pas-comme vous le pensez-
chez les épiciers grippe-sous de Bruxelles,ni dans les traités pé-pères de Rome ou de Maastricht, mais sous les cariatides pillées du temple d'Athena où Ernest Renan avait eu ces mots prohétiques: "Le monde ne sera sauvé qu'en revenant à toi,{Athéna],en répudiant ses attaches barbares. Courons, venons en troupe. Quel beau jour que celui où toutes les villes qui ont pris des débris de ton temple, Venise, Paris, Londres, Copenhague, répareront leurs larcins, formeront des théories sacrées pour rapporter les débris qu'elles possèdent, en disant: « Pardonne-nous, déesse ! C'était pour les sauver des mauvais génies de la nuit » , et rebâtiront tes murs au son de la flûte, pour expier le crime de l'infâme Lysandre!"
L'infâme Lysandre ou l'intraitable Merckel, même combat! Puis ces cités repenties iront à Berlin,"maudire le sol où fut cette maîtresse d'erreurs sombres, et l'insulter parce qu'elle n'est plus." écrivait encore en 1865, européen prémonitoire, Ernest Renan,dans sa merveilleuse Prière sur l'Acropole.
Aujourd'hui,plus que jamais, nous sommes tous des enfants d'Athéna et de la belle Iphigénie massacrée,mais dont le sang versé,engendrera peut-être un nouveau mythe fondateur dont votre Europe,qui n'est pas la mienne, manque cruellement....

josé meidinger

alexandre clement a dit…

Décidément l'Union européenne aura su réveillé les vieux démons anti-allemands. Il y a quelques trente ans on nous vendait l'Europe comme facteur de paix et d'amitié entre les peuples, c'était au temps de la prospérité. Aujourd'hui toute l'Europe déteste l'Allemagne. Même en France où on commence à comprendre que l'euro c'est l'impôt de l'Allemagne prélevé sur le reste de l'Europe.
Il n'y a plus guère que les illuminés qui pensent qu'on peut encore faire une autre Europe : Avec qui ? Comment ? Mystère et boule de gomme.
En tous les cas bravo pour votre blog !! Même s'il est très déprimant tant on ne voit pas l'issue d'une telle mascarade... si ce n'est le chaos !

Anonyme a dit…

Cher Pangiotis
J'ai eu le plaisir de vous voir à l'émission "28 minutes" sur ARTE et le déplaisir de voir comment, même sur cette chaine, à cette émission, où l'information est d'un genre différent, comment elle s'est déroulée (l'émission). Et j'enrageais quand on vous coupait la parole et, que pire, on préférait la donner à Carl Meeus ce pro-libéralisme à la noix !
Je vais aller voir Khaos, (une fois n'est pas coutume je vais si rarement au cinéma), j'y retrouverai sans doute un peu de Catrastroïka ...
Merci à vous
Catherine

Kendavros a dit…

Merci pour le compliment.

Cependant, je suis certain que votre idée d'embaucher des grecs ça serait use chose facile à réaliser, vu que notre pays est en train de subir une hémorragie, et de perdre une grande partie de sa jeunesse, la quelle, désespérée, part à l'étranger. Bientôt il n'y aura plus personne pour 'trouver des solutions' !
Concernant mon propre départ, cette idée me paraît irréalisable, vu l'état de mes rhumatismes et la distance qui sépare la Belgique de ma plage préférée. Elle, en tout cas, elle n'est pas encore vendue…
Peut-être un jour… Serais-je encore la ? Mais ça serait vraiment dommage pour mes enfants, et pour ce pays qui a vu naître les plus grandes valeurs et idées, sur lesquelles est basée notre société actuelle et auxquelles on fait toujours référence, sauf bien sûr, quand on veut affamer et exterminer un peuple au nom d'une économie décadente.

Je ris aussi… noir…

Bon courage à vous.

Anonyme a dit…


PHILE MOU !
Je partage partiellement , voire un peu partialement, votre analyse révoltée, la mienne étant toute aussi scandalisée, mais également, frappée au coin du bon sens de l'Européen convaincu que j'aimerais rester malgré les vents mauvais en provenance de Germanie.
Car l'Europe n'est pas que marchande, et je demeure persuadé que les peuples qui ont construit les mêmes Cathédrales, à la suite des temples doriques, ont toujours une même communauté de destin.
Nous devons tout à la Grèce qui,de Barbares a fait de nous des peuples libres,européens,pour tout dire civilisés,nourris aux sources de la démocratie athénienne et de la philosophie platonicienne, ...et il ne faut pas oublier
- pour revenir à l'Europe des marchands et à l'actualité qui fâche - que l'Allemagne quant à elle, doit une partie de son redressement spectaculaire d' après-guerre, à l'immigration massive de travailleurs grecs fuyant la guerre civile et qui ont contribué à sa prospérité économique retrouvée.
La visite de Mme Merckel était une provocation inutile quand on se souvient des propos qu'elle a tenus, je cite la Badische Zeitung de ce jour :"Es muss wehtun !", habe Angela Merckel 2010 bei den ersten Verhandlungen über das Hilfspaket gesagt.." (il faut que ça fasse mal, avait-elle dit lors de l'attribution de la première aide européenne à la Grèce)
Un es hat weh getan,et cela a fait mal!: Mme Merckel, en dehors des lambris présidentiels, n'a vu aucun des 250 000 Grecs... "die jeden Tag'',chaque jour, ne vont pas à la plage, sondern in den Armspeisungen der orthodoxen Kirche verköstig werden" (mais dans les restos du coeur de l'Eglise orthodoxe). Même la très démocrate chrétienne Stuttgarter Zeitung le Journal de Stuttgart s'en est fait l'écho.
Mais dans sa limousine blindée aux vitres fumées, la chancelière n'a entraperçu aucun des miséreux retraités qui doivent dorénavant vivre à Athènes avec parfois moins de 400 euros par mois...Aucun membre de familles éplorées, qui ont perdu un des leurs, souvent le chef de famille, préférant se donner la mort plutôt que de faire les poubelles, comme ses aînés qui rôdent, comme des chats amaigris, autour des détritus des marchés de la capitale.Le taux de suicides à Athènes a plus que doublé en moins d'un an. Car en dehors de l'accueil réservé à Mme Merckel,... musclé,viril et pour tout dire excessif dans ses caricatures nazies de la part de manifestants souvent débordés par l'extrémisme montant, les Grecs ne descendent plus dans la rue, ne font plus grève -je peux en témoigner-, laissant ce luxe de pays riche à nos agitateurs patentés de la CGT...Les petits commerçants du quartier populaire de Monastiri, ont mis la clé sous la porte, ou se suicident, comme cet ingénieur de Siemens qui récemment encore, s'est jeté par désespoir dans le vide, du haut de l'Acropole... prolongeant le sacrifice d'Iphigénie à Tauride, ré-immolée en quelque sorte par Mme Merckel pour qu'un vent favorable gonfle à nouveau les voiles des exportations de son pays...

"Es muss weh tun !" Ça fait mal..., et ce n'est pas fini : Athènes brûle et les hommes pleurent sous les bombes lacrymogènes de l'industrie chimique de la Ruhr, mais en Allemagne comme en France, tout le monde s'en f...t !
En Alsace où je vis périodiquement quand je ne suis pas dans ma maison de Céphalonie, on va faire ses courses au Kaufland ou chez dm -moi le premier-, la Grèce c'est loin, juste bonne à devenir un Euroland du tourisme nordique ou une maison de retraite pour les Seniors qui trouvent que les Canaries ou Mallorca sont décidément devenus trop chers.
Encore un effort camarades, et la Belle Hellène sera toute à vous,elle se prostituera s'il le faut, mais elle ne perdra jamais son âme et la révolte grondera comme jamais, les Turcs en savent quelque chose...
josé meidinger

Axelle Frebutte a dit…

Sas katalavenw !! Votre réponse m'a ému car je connais votre situation au pays, ma fille est à moitié grecque et bien avant sa naissance, depuis 1983 en fait, je vais chez vous aussi souvent que mes finances et mon travail me le permettent... La Grèce est dans mon coeur et dans mon âme depuis mon enfance (j'étudiais le grec, le latin, l'histoire...). Après l'obtention de mon diplôme, fin des années 80, j'ai failli venir vivre en Grèce pour enseigner le français mais la rencontre de mon mari, un grec dont le père s'est exilé en Belgique pour travailler, et la naissance de ma fille en 1993, m'ont fait demeurer ici... Mes contacts en Grèce, les amis que j'y ai découverts depuis toutes ces années et avec qui je suis toujours restée en contact, la communauté grecque dans mon pays et surtout l'intérêt et l'amour que je porte à "n mikri patrida mas" font que je connais la souffrance et le chaos que vous vivez. Mon coeur saigne et je suis souvent en colère face à cette injustice qui vous est imposée tous les jours...Et je me sens si impuissante ... Je vous envoie toute mon affection en espèrant que cela vous apportera un peu de soutien dans ce monde cruel et déshumanisé... Solidairement vôtre, Axelle ou Xanthi pour mes amis

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