| "Sur la scène centrale, Goran Bregović" - 06/10 |
Mardi
prochain, Athènes se transformera paraît-il en bunker. Circulation
interdite, des milliers de policiers postés aux points névralgiques
de la ville, des interpellations préventives déjà annoncées par
le ministre de l'Intérieur, et le Parlement « protégé »
derrière les triples barricades du régime, voilà c'est ce qu'a
annoncé en substance le ministre Dendias.. Il n'y a guère de doute,
nos administrateurs coloniaux ont peur du peuple et la chancelière
ne serait pas la bienvenue à Athènes.
| "Alexis Tsipras à la fête annuelle de la jeunesse SYRIZA" - 06/10 |
Car
Angela Merkel cristallise chez les Grecs, non sans raison, toutes les
frictions et les apories de la géopolitique de la force qui les
anéantissent. À partir de ce constat, rien ne sera simple dans
l'exercice de la politique merkelienne en Grèce, même si elle
semblerait réussir. Hier soir, à la fête annuelle de la jeunesse
SYRIZA, Alexis Tsipras a appelé « à
descendre dans la rue, à occuper la place publique et à manifester
pacifiquement [au
moment de la visite officielle de la chancelière] pour
éviter au pays la catastrophe car il faut en même temps, soutenir
la démocratie et la cohésion sociale
(…) Madame Merkel ne
vient pas en catastrophe chez nous pour soutenir notre pays alors
jeté dans l'abime par cette insistance de la chancelière dans la
voie de l'austérité et du mémorandum. Madame Merkel arrive en
Grèce pour sauver un système politique corrompu, discrédité et
vassalisé à ses intérêts à elle. Madame Merkel, arrive en Grèce
en soutien au gouvernement Samaras, pourtant en phase de délabrement,
suite à l'impasse de la politique criminelle du memorandum ».
| "Éric Toussaint à la fête annuelle de la jeunesse SYRIZA" 06/10 |
Manolis
Glezos, héros de la Résistance et député SYRIZA, a adressé hier
samedi, une lettre ouverte à la Chancelière, l'appelant « à
adopter enfin vis à vis de la Grèce un comportement analogue à
celui que les Alliés adoptèrent à l'encontre de son pays en 1953
(…) Nous n'avons pas
l'attention de convier Madame Merkel en dîner officiel. Nous
l'invitons néanmoins à visiter en notre compagnie, l'ancien champ
de tir de Késariani [lieu
d'exécutions durant l'occupation - 1941-1944],
pour qu'elle constate qu'aujourd'hui, 67 ans après la guerre,
l'herbe ne repousse toujours pas, à l'endroit où tant de sang fut
versé. La terre n'oublie pas. Les hommes, n'ont alors pas non plus,
le droit d'oublier. Il est temps d'unir notre voix à celle du
président du parti de la Gauche allemande
[Die
Linke]
Β. Rixingker, dans son appel adressé à Angela Merkel. Elle doit
enfin entendre cette voix de la résistance contre la politique de
l'austérité. Car l'austérité, ne fera qu'aggraver les divisions
du pays, tout en aggravant par la même occasion, le risque d'une
véritable catastrophe humanitaire. Le prix des divisions, nous le
payons déjà, par l'apparition de l'Aube dorée. Resterons-nous
alors inactifs devant l'ampleur de la catastrophe humanitaire ? En
pareil cas, il sera déjà trop tard, pas seulement pour la Grèce,
mais aussi pour l'ensemble de l'Europe. »
| Fête annuelle de la jeunesse SYRIZA" 06/10 |
Et
à propos de 1953, et de l'effacement de la dette allemande par les
alliés, rappelons que même Daniel Cohn-Bendit, d'après Le
Monde (17/02/2012), « se place sur un "plan
moral" : "Les Allemands, qui se disent vertueux, estiment
que les Grecs ont péché et qu'ils doivent payer. Or, ceux qui ont
le plus péché, ce sont tout de même les Allemands, dont la dette a
pourtant été effacée parce que les Américains y voyaient un
intérêt stratégique. Pourquoi ne pas considérer que sauver la
Grèce est stratégique, au lieu de mettre ce pays à genoux ?" »
Athènes,
la visite... le bunker de la chancelière et1953. La tension qui
monte et l'espoir encore palpable dans l'air du temps. Comme hier
soir (06/10), à la fête de la jeunesse SYRIZA. « Il y a
trois fois plus de monde cette année », estima mon ami
écrivain Fondas Ladis. Je l'ai rencontré sur place, après le
discours d'Alexis Tsipras et de celui d'Éric Toussaint en espagnol.
À part Fondas Ladis, les autres amis de notre mouvement Enotita
2012 (Unité 2012), étaient là. Enfin, un monde joyeux
sachant au moins fêter la signification de l'instant. On y vendait
des lives dont un roman de « fin de siècle », et des
journaux Syrizistes, d'ailleurs Avgi ce dimanche titrait :
« Merkel arrive, le gouvernement s'en va », pas si
sûr tout de même. Des députés comme Papadimoulis, expliquèrent
les thèses du parti (car il y en a plusieurs), tandis qu'entre
certains militants on détectait facilement un certain désaccord
politique ou tactique. Mais on faisait patiemment la queue, davantage
volontiers pour les grillades et les autres plats à tout petit prix,
qu'en librairie, temps de crise ?
| "Des députés comme Papadimoulis" (à droite) |
| "On vendait des journaux Syrizistes, d'ailleurs Avgi..." |
Fluidité
alors des moments et d'une certaine jeunesse : « Je pars en
Australie vers Noël, c'est en terminant ma formation d'ingénieur
mais je n'irai pas jusqu'en Tasmanie. Anastase, notre ami dentiste
est dingue de vouloir y aller. La Tasmanie, ce n'est plus un coin du
globe, c'est un au-delà. Comme la Grèce » (rires).
D'autres, et sans Tasmanie, évoquaient les derniers événements
politiques : « Samaras est sur le point de chuter, d'où
la visite Merkel. Les Américains, c'est à dire le FMI a ouvert les
hostilités contre l'autre impérialisme, celui de Berlin, donc il y
a urgence. Mais il y a à craindre des incidents graves mardi au
centre ville (…) Des
économistes proches de Panagiotis Lafazanis [courant
gauche chez SYRIZA] se demandent même, et dans quelle
mesure, le moment du défaut ne serait pas finalement proche. »
Sur
la scène centrale, Goran Bregović, ce célèbre compositeur et
musicien issu de l'ancienne Yougoslavie (« Le
temps des gitans ») a connu l'apothéose. Les jeunes
dansaient, tandis que les moins jeunes imaginèrent... la fédération
de tous les peuples balkaniques, Turquie comprise, et par miracle,
les... camarades du temps des grillades ont enfin connu le répit.
SYRIZA,
ses jeunes, ses anciens, ses divisions, ses imprécisions politiques
et ses grillades à point, c'était tout cela, la nocturne du samedi
soir. La joie, le sourire et une sociabilité de toute évidence
anxiolytique, en somme retrouvée. Le pays, comme tout pays, se
recomposera ou quittera la loge de l'histoire avec (et par) ses
gauches, ses droites, plus du prix de ses divisions.
J'ai
salué déjà certains de mes amis hier pour cause de voyage. La vie
du blog changera donc un peu pour un certain temps, assez court je
crois. Dès lundi (08/10) je serai à Paris, à l'occasion de la
sortie sur les écrans du film d'Ana Dumitrscu Khaos
auquel j'ai participé. Une occasion d'en débattre et peut-être
j'espère, d'observer ce temps de crise depuis le... télescope
parisien. Je devine déjà les histoires que mes amis me raconteront
sur la visite de Madame Merkel. Croisons les doigts, et sans
catastrophes dénuées de sens.
| Fondas Ladis - 06/10 |
Message plus récent

7 commentaires:
http://www.les-crises.fr/noire-finance/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+les-crises-fr+%28Les-Crises.fr%29
BJR,
j'ai déjà écrit plusieurs fois que les manifestations MONSTRES contre les mesures d'austérité qui se déroulent dans les pays d'Europe comme l'Espagne, le Portugal, l'Italie ne modifient en rien les décisions des Troikans: pire, les dirigeants des pays où se multiplient ces manifestations, gouvernements et parlements continuent à voter et faire appliquer les pires restrictions avec le concours d'une police de plus en plus violente.
il faut vraiment se poser la question de savoir pourquoi les dirigeants de chacun de ces pays ignorent au même moment le poids politique et social de ces millions de protestataires .
de quelle informations, de quels sentiments de puissance sont ils animés pour ne pas se sentir obligés de modifier leurs feuilles de route sous cette pression?
Joli! Espérons que Dieu se bouche les oreilles.
Que les fidèles et dévots de dieu dégagent du gouvernement Grec, que les riches cupides au pouvoir dégage aussi une fois pour toute, Que le peuple Grec s'insurge dans les urnes et prenne le pouvoir à l'aide de Syriza ! Révolution citoyenne ça urge !
Parce qu'aux élections les grecs ont voté pour les partis au pouvoir, et en France, la majorité des français a voté pour Hollande qui a dit qu'il renégocierait le traité et qui vient juste de le faire passer à l'Assemblée..."c'est pas la rue qui gouverne", ce sont les urnes...
Notez toutefois que les américains ont par ailleurs tiré des bénéfices énormes de leur victoire: Décennies d'influence (politique, commerciale et militaire) sur les pays européens de l'ouest, avec l'Allemagne en 1er plan... N'oublions pas non plus ce qui a résulté de l'import des savants allemands et le pillage des centres de recherche après guerre: Conquête spatiale, industrie aéronautique (réacteur) et de défense (missilerie)... Les retombées ont été énormes... et ce cadeau une broutille en comparaison.
Il y a sans doute dans cet effacement aussi de la tractation sur des demandes de compensations allemandes qui auraient pu résulter de cette appropriation.
Les exemples d'annulation totale de dette sans trop de contreparties concernent en réalité surtout des pays africains, dont on était certain qu'ils ne pourraient jamais l'honorer... et pour des montants assez faible en regard des centaines de milliards d'€ de caution encore récemment apportées par les autres états européens et qui commencent à inquiéter même les plus optimistes.
Les autres exemples: C'est du défaut pur et simple et la coupure immédiate des marchés mondiaux, comme l'Argentine. Ce fut pour eux une décennie très dure... et encore: Contrairement à nous ils avaient des ressources naturelles sans être largement dépendants d'importations (alimentaire, énergie), ce qui leur a à minima permis de passer le cap sans massivement crever de faim et en pouvant faire un peu de troc/débrouille pour les indispensables.
D'accord avec la première réponse.
parce que, aussi, tant que ce ne sont "que" les grecs, les espagnols, les Portugais qui se bougent, les autres les français, les Allemands s'en foutent royalement tant ils sont aveugles et sourds et se contentent d'écouter les chiens de garde qui font le jeu des gouvernants actuels dont le cœur est à gauche (à ce qu'ils disent) mais le vote est à droite. Tant que les Français ou les Allemands ou d'autres peuples du "nord" de l'Europe, en opposition à ces fainéants-dépensiers de pays du "sud" de l'Europe, n'en auront pas pris autant plein la tête, tant qu'ils n'auront pas pris conscience que cette saloperie de TSCG c'est l'application de ce que la Troïka a testé en Grèce, effectivement les manifestations des Grecs, des espagnols, des Portugais ne suffiront pas.
Ceux du nord sont en train de manger leur pain blanc tout en se disant que le pain noir des autres est encore bien bon pour eux !
Enregistrer un commentaire