mardi 23 octobre 2012

Argentine


Vue de l'île de Poros - 22/10

La Grèce et l’Attique effacées sous les nuages hier, le spectacle à l’atterrissage était finalement beau, et je dirais même significatif. Après deux semaines passées à Paris deux "grosses semaines" comme on dit au pays du travail existant, le blog retrouve sa vie habituelle, racontant nos petites et grandes mortes mais aussi les signes de vie, de courage et de résistance. Ce qui est déjà certain, c’est que Paris, appartient à une autre temporalité historique. Nous, nous avons pris de la distance, et suffisamment, pour réaliser enfin combien nous sommes très à l’étroit dans cet accélérateur de particules de l’histoire qui nous propulse à marche forcée vers l’utopie. Déjà qu'à Roissy, la publicité faite par une banque, annonce que "maïs et coton seront en concurrence pour les investissements". 

"Maïs et coton seront en concurrence pour les investissements"

C’est également à l’occasion offerte par cette vue d’en haut, qu’il est possible d’observer les piscines chez certains, désormais… imposables (les piscines), appartenant à des concitoyens aisés, souvent aussi grands amateurs de la globalisation, c'est-à-dire propriétaires ou initiateurs d’une myriade de sociétés offshore. Sauf que cette Grèce, tétanisée sous les nuages des institutions de l’U.E. finira aveugle, et finira ses jours tout court, pour ne pas avoir vu à temps le XXIᵉ siècle comme celui (car il l’est déjà), d’un reflux certain de la globalisation (thèse soutenue par un certain nombre d’économistes hétérodoxes, dont Jacques Sapir en France). 

La Grèce aurait pu suivre l’exemple de l’Argentine dès 2010, mais à une condition : combiner au moins trois facteurs indispensables, liés entre eux. D’abord, connaître un mouvement populaire massif et surtout déterminé à renverser la situation (et espérons-le évidemment, ne relevant pas des épigones du nazisme). Ensuite, il aurait fallu que les élites du pays aient la volonté d’accompagner la volonté populaire sur l’essentiel du choix historique, douloureux de toute manière, d’abord pour le peuple et ensuite pour elles. Et enfin, que la géopolitique qui forcément "encadre" le ou les pays concernés, c'est-à-dire les structures de l’U.E., ne soit plus une courroie de la globalisation, ni une réorganisation forcée du continent suivant les stéréotypes des élites allemandes. C’est ainsi que l’U.E. de 2012 est une utopie, c'est-à-dire un non lieu. Depuis plus de vingt ans, aucune reforme "commune" n’a été entreprise en dehors du fétichisme de la mondialisation. "On" avance, en déstructurant, c'est-à-dire en détruisant, le monde du travail et ses règles, par exemple. L’expérimentation de la vassalisation de la Grèce ainsi imposée par les "créanciers" et par les dirigeants de l’actuelle Allemagne, n’est que le stade avancé du processus qui aura cours ailleurs, en admettant néanmoins certaines variantes, au cas par cas. 

"Les piscines" - Attique 22/10

C’est d’ailleurs une des incompréhensions majeures… rencontrées à Paris, lors des débats qui suivirent la projection du film Khaos, et bien davantage évidemment, en argumentant (si possible) à la télévision. "Ce n’est pas le cadre, autrement-dit, les structures de l’U.E. qu’il faut remettre en cause, mais leurs orientations politiques", ont répété à maintes reprises, mes interlocuteurs issus du monde syndical ou de celui des partis politiques de gauche. Tout en restant politiquement honnêtes, ils s’inscrivent pourtant dans un faux historique. En Grèce également, la ligne directrice chez Syriza, commet la même erreur, surtout qu’il n’y a pas chez eux (à ma connaissance), "un plan B", prévoyant une autre voie en cas "d’accident". C’est aussi pour dire, combien les TINAlistes de tout poil, se sont imposés en maîtres du jeu. 

En attendant le RER pour me rendre à l’aéroport de Roissy, j’entendais les autres passagers évoquer leurs projets pour Noël, la planification de leurs achats ou la dernière très grosse semaine au travail. Quatre heures après, sur les quais de notre RER monoligne, les Athéniens se plaignaient une énième fois de la destruction de leur cadre de travail donc de vie, des agressions et des cambriolages. D’autres, assis sur les bancs de la station, lisaient attentivement les journaux du régime : "Difficiles négociations entre le gouvernement et nos partenaires européens", puis ensuite, deux pages pleines, consacrées aux multiples "visages de l’Aube dorée". Bravo et… merci. Il faut dire que la promotion (ouverte ou implicite) de l’Aube dorée, ainsi faite par certaines courroies du système bancocrate instauré par la Troïka de l’extérieur (F.M.I., U.E., B.C.I.) et des marionnettes de la Troïka de l’intérieur (le gouvernement tripartite de Samaras) est sans précédent. La dernière trouvaille, à mon sens significative, est l’utilisation de la pornographie. Sous prétexte de nous faire… découvrir certaines jeunes femmes (de la constellation de l’exhibitionnisme showbizness) appartenant au mouvement nazifiant du chef Mikhaliolakos, certains sites web , supposés d’information généraliste publient des photos pornographiques   de ces femmes, en ayant obtenu leur accord bien évidemment. Et comme il ne s’agit pas d’un cas isolé, on peut comprendre aisément, qu’entre le voyeurisme, les stéréotypes de la masculinité et la pornographie… la voie est bien tracée pour brancher définitivement (?) les cerveaux de certains hommes et de certaines femmes directement à l’Aube dorée. 

"Visages de l’Aube dorée" - Athènes 22/10

Puis, durant mon absence à Paris, le salut nazi du chef aubedorien a provoqué une certaine indignation, parfois d’ailleurs de façade chez certains. Mikhaliolakos a déclaré que "si nous saluons aussi de cette manière, nous à l’Aube dorée, c’est que nous avons les mains propres". On comprend aisément la mise en œuvre de toute une stratégie orchestrée dans le but de faire admettre massivement la "culture de guerre" des nazillons de Mikhaliolakos. Par la pornographie ou par le salut nazi, c’est selon, et surtout selon la plus mauvaise des transpirations de notre temps. 

Disons-nous aussi, que l’acculturation et la déshumanisation précèdent, ou sinon accompagnent la globalisation, laquelle, prépare dans sa phase actuelle (lorsqu’elle n’est pas renversée par les peuples), les Aubes dorées et les lendemains sombres. D’où d’ailleurs mon aporie, pour ne pas dire mon indignation, lorsque mes interlocuteurs à Paris, (me) posèrent souvent la question du danger auberorien décontextualisée, comme si il n’était pas lié au nouveau régime bancocrate. 

Plus sérieusement… nos radios nous apprennent ce midi (24/10) que la Troïka (dont l’U.E., je le précise), exige l’institution rapide de la semaine de six jours de travail sans aucune indemnisation ni salaire supplémentaire, car sinon… "la prochaine tranche de 31 milliards d’euros ne sera pas versée à la Grèce". Plus de trente milliards iront directement aux banques en dehors de la Grèce, mais passons. Le ministre de l’Économie, Stournaras vient de déclarer que "ce versement est primordial, car à défaut, certains grecs mourront de famine"(sic), certainement pas lui. Ce midi, les journalistes des radios généralistes ont évoqué en commentant la nouvelle, "la suppression de fait, de la convention collective nationale du travail dans ce pays" (real-FM). Nous voilà donc en guerre. 

Gare du RER d'Athènes - 22/10

Une vraie guerre sociale, une guerre contre la société, une guerre entre les composantes de cette société, une guerre qui peut devenir guerre civile, une situation bref, créé et "aboutie" autour du thème et de la réalité de la destruction du monde du travail au niveau national, pays par pays. C’est d’abord cela la politique dominante de l’U.E. et c’est ainsi qu’en Grèce on ironise aussi ces derniers jours sur cette mascarade du Prix Nobel de la Paix. Loin, très loin de ce qui est dit et répété à Paris, sur les plateaux de la télévision par exemple. Pauvres téléspectateurs, d’une époque finalement si riche ! 

C’est ainsi que depuis Paris, je ramène mes souvenirs des rencontres et des débats, ceux de l’accueil chaleureux et émouvant dont je suis reconnaissant, deux livres… et un rhume qui se termine en complications. J’irai donc voir Dr D. qui exerce trois rues plus loin, et acceptera sans doute un "tarif réduit de solidarité", car j’appartiens à ce tiers de la population grecque qui ne bénéficie plus d’aucune couverture santé. Je peux aussi m’adresser dans la mesure du possible, aux antennes médicales des consultations gratuites, mises en place par certaines associations, ONG ou municipalités, mais cette autre manière ne remplace pas (encore) les services, et encore moins les actes potentiellement pratiqués dans le cadre d’un véritable système de santé publique. Ce dernier n’existe d’ailleurs plus. En partant de France, un ami grec, m’a confié un petit sac contenant les médicaments destinés à sa mère restée au pays. Car en Grèce, certains médicaments deviennent introuvables. Aux dires de tous ici, nous entrons dans l’univers de la crise humanitaire, la première chez nous, après la période de la guerre de 1940 à 1949, la Guerre civile étant incluse dans cette décennie de guerre en Grèce. 

Attique sud - 22/10

Ma prise de contact avec la réalité d’ici, (et à ma surprise), fut alors bien brutale. Parti deux semaines, c'est comme si j’étais absent durant six mois. Je retrouve de nouveau nos bulletins d’information qui s’apparentent à des pelletons d’exécution, des salaires, des retraites, et des droits sociaux. Ce matin par exemple, nous avons appris que des sociétés privées grecques ou étrangères, iront saisir les biens des personnes endettées, (immobilier, véhicules et autres), pour des dettes s’élevant à plus de 3.000 euros. Rien que les petits commerçants en faillite (un tiers du commerce), doivent par exemple plusieurs mois, voire années de cotisations à la Sécurité Sociale. Je retrouve ainsi notre univers achronique, désarticulé dans le temps et l’espace du vécu et du devenir personnel et collectif. Mon ami journaliste au chômage rencontré dès hier soir, est invité à participer à l’aventure de la création d’un quotidien par un collectif issu du monde de la presse. Il doit verser mille euros de cotisation pour devenir "journaliste associé", puis travailler trois mois sans solde pour le quotidien. Comme il n’a pas ces mille euros, il va falloir travailler quatre mois en "bénévole". Finalement il n’ira pas. "Je n’ai même pas de quoi payer mes tickets de métro, d’autres collègues au moins, touchent encore une petite indemnité chômage. J’espère me faire embaucher par un autre nouveau quotidien qui doit voir le jour bientôt. Huit cent euros de salaire en net pour six jours de travail, nuits comprises. Avant mon licenciement [d’un grand quotidien national], et toujours en conformité avec la convention collective je gagnais 1.900 euros en net pour cinq jours de travail, après 25 ans dans le métier du journalisme. J’accepte désormais les 800 euros car il n’y a plus d’autre alternative, ni lutte syndicale, ni grève possible, sinon je vais mourir de faim, j’espère donc être rapidement embauché mais c’est déjà assez dur". 

Des amis, un couple, ont également téléphoné hier soir, dès mon retour à Athènes. "Nous voulons te voir avant la fin du mois… Tu sais, nous quittons la Grèce pour Londres, ma sœur y est depuis 2011". D’autres petites histoires font de l’émigration le sujet du jour et de presque tous les jours. Les habitants du pays partent, ceux qui le peuvent et qui ont les capacités, les attaches ailleurs et le courage, partent massivement. Après avoir perdu l’essentiel de la sociabilité, du travail et de notre dignité, voilà que nos cercles d’amitiés (et de lutte) se brisent aussi par l’émigration. Paris est décidément déjà trop loin, mais peut-être que nous nous rapprochons de Buenos Aires d’une façon ou d’une autre. 
 
Au métro parisien - Octobre 2012

28 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour,
Cette "guerre" que vous décrivez n'est pas tout simplement une sorte de mécanique pour faire "craquer" les grecs vers un soulèvement ?
Pour poussez les grecs à demander de par eux mêmes à sortir de L'union européenne ?

Je suis suis resté bouche bée après avoir lu ce qui c'est passé à Skouria, c'est vraiment irréel
( http://antigoldgreece.wordpress.com/2012/10/22/skouries-junta/#more-19091 )

olaf a dit…

La France aussi est une grande démocratie :

La liberté de vote des députés, dans le groupe socialiste, ce n'est clairement pas pour maintenant ! Pour avoir voté non la semaine dernière au traité budgétaire européen, vingt élus du groupe se voient sanctionnés par le patron des députés socialistes, Bruno Le Roux, qui va acter le fait que ces vingt députés n'auront pas le droit à accéder à la réserve parlementaire du groupe qui se monte à 130 000 euros.

"L'information est révélée par le Canard Enchainé qui nous apprend ce matin que la décision a carrément été prise par François Hollande et Jean-Marc Ayrault, ceux-là mêmes qui ont promis depuis des mois de donner toute sa place à l'institution parlementaire."

http://www.parisdepeches.fr/16-Politique/2048-France/7078-Voter_TSCG_co%C3%BBte_cher_d%C3%A9put%C3%A9s_socialistes_.html

Pierre Grandmonde a dit…

Merci Panagiotis pour cette analyse et les témoignages de ce qui se passe en Grèce qui est le laboratoire de la stratégie du choc dans l'union européenne.
Comme tu le dis, il ne sert pas à grand chose d'être contre la troïka, si on ne pense pas à l'alternative démocratique.
Car le libéralisme pourrait bien s'écrouler bientôt, mais les partis de gauche raisonnent toujours sur les vieux schémas et ne sont pas prêts, par contre les partis d'extrême droite, sont là et attendent que le système s'écroule pour prendre le pouvoir.
Les dirigeants européens lors des différents traités, Maastricht, Lisbonne, tscg... nous ont promis une europe sociale, elle se fait avec un alignement vers le bas, alors que l'europe de la finance est florissante.
L'Europe sociale ne se fera que par le peuple.
Les conquêtes sociales ont toujours été obtenues par le peuple et acceptées par les gouvernements et les entreprises parce qu'ils avaient peur de la révolution.
Je trouve intéressante l'idée de la grève générale illimitée dans toute l'Europe le 14 novembre.
Je ne sais pas si en France les syndicats appuieront cette initiative, (quoi qu'ils décident, je serai personnellement en grève) et j'aimerai connaître l'impact de cette proposition en Grèce.

Bonne nouvelle pour les habitants de la région de Marseille, j'ai vu que tu participais aux rencontres d'Averroès à Marseille le 24 novembre où tu participeras à une table ronde sur le thème:
entre tyrannie des marchés et défiance des élections, la démocratie peut-elle se réinventer?" (j'essaierai de m'y rendre)
D'autre part le film Khaos sera projeté à Aix en Provence le 3 janvier avec un débat animé par Yannis Youlountas.
si par hasard, tu te trouvais dans la région en ce début 2013, les organisateurs de la projection se feraient une joie de t'inviter.

Anonyme a dit…

Ce que vous soulignez , concernant l'aube dorée, est lumineux ..et quelque peu terrifiant.
On devrait relire plus souvent Edward Bernays!
Terrible manipulation en cours. Il est évident que pratiquement aucun français n'est conscient de çà.
La Grèce est vraiment un laboratoire...
Merçi en tous cas d'apporter votre éclairage.

Axelle Frebutte a dit…

Une émission à la radio française France Inter :
http://www.franceinter.fr/emission-nous-autres-la-grece-en-souffrances.

A écouter... très pédagogique pour certains irréductibles sceptiques...mais encore faudrait-il qu'ils acceptent d'écouter !!

J'essaie, de toutes mes forces, de décrire la réalité en Grèce mais les mythes ont la vie dure auprès de ceux qui ne veulent rien entendre...

Panagiotis Grigoriou a dit…

Bonsoir, merci pour votre remarque, je dirais que d'abord il y a un mécanisme contraire. La stratégie du choc et ses variantes visent également à désamorcer toute réaction possible, la tuant dans l’œuf. Ensuite, imaginer votre scénario, je ne le pense pas, surtout que ces derniers jours les dirigeants allemands excluent catégoriquement toute possibilité de sortie de la Grèce de la zone euro. Mais votre idée reste intéressante... à vérifier peut-être.

Panagiotis Grigoriou a dit…

Merci pour cette information révélatrice du vent de saison. Je ne ne permets pas de remarques sur la vie politique française,je rappelle tout simplement une des idées de Cornelius Kastoriadis, considérant nos démocraties occidentales comme des oligarchies démocratiques. Mais je rajouterais qu'au moins et sous certaines conditions, nos régimes peuvent ou auraient pu en tout cas,évoluer en mieux. Ce n'est pas le cas actuellement malheureusement...

Panagiotis Grigoriou a dit…

Je vous remercie pour votre commentaire. En fait, je participe aux débats durant les rencontres, et évidemment davantage en qualité d'intervenant autour de la table ronde spécifique. Concernant votre idée (Aix en Provence), envoyez-moi un mail et je vous répondrai plus précisément.

Panagiotis Grigoriou a dit…

Vous avez raison, la Grèce est un laboratoire de tout point de vue. Nous vivons un temps de vie passionnant, mais en mourant. Sauf que l'histoire n'est jamais écrite par avance, les Troïkans devraient s'en mefier je crois...

Panagiotis Grigoriou a dit…

Bonsoir, vous avez raison, la radio et spécialement France-Culture, proposent souvent des ouvertures intéressantes sur tous les sujets. Les irréductibles sceptiques seront toujours et encore là pour encore longtemps je crois.

Anonyme a dit…

Merci pour éclairer la lanterne des petits français qui ne se doutent de rien, comme d'habitude...Et bravo pour cette leçon de courage au quotidien et mille bravos à tous les grecs pour supporter encore cette lente dégradation...mais jusqu'où tiendrez vous? Je me le demande chaque fois que je lis votre blog.
J'en veux énormément à nos "gouverneux" et à la "hollandréougarchie" de ne rien faire!!!Ils n'ont pas de cou.....!Pardonnez moi cette vulgarité mais je ne supporte plus la mauvaise foi des gens de soit disant de gauche (et je ne suis pas pour autant de droite!!!)qui ne bougent pas le petit doigt pour renverser enfin Le Système;;oui ça fera mal, amis si personne ne fait rien demain sera pire encore!
comme pour l'instant on ne m'a pas baissé le salaire de 50 pour cent je me permets de penser à votre santé, il faut que vous alliez voir le médecin! Votre présence en ce monde est encore indispensable!!!!

olaf a dit…

L'oligarchie et la démocratie peuvent elles faire bon ménage ?

Selon les évènements actuels, la réponse est décevante.

Raison de plus de n'être pas déçu de la déception :

"Un dernier point me semble mériter d'être soulignée, c'est la dimension politique de l'ennui romantique, ce qui rejoint le sens que pouvait donner Hegel à l'ennui et la frivolité. C'est intéressant justement parce que nous sortons de cet ennui en retrouvant l'action historique, au profit éventuellement d'un sentiment de terreur plutôt ou d'angoisse devant un avenir menaçant, bien plus que la nostalgie d'un temps héroïque. Je trouve aussi que la tradition marxiste néglige trop les rejetons du romantisme jusqu'à nos jours et ce qui lui a succédé, non seulement toute l'aventure de la poésie moderne jusqu'aux surréalistes et situationnistes mais, depuis, ce qu'on peut définir par une attitude rock trop méprisée alors que c'est une façon d'en renouveler profondément l'esprit, plus prolétaire (moins élitiste et avant-gardiste) mais moins politique aussi bien que gardant une dimension libertaire affirmée. C'est la version actuelle des fêtes et d'une égalité vécue mais intégrant beaucoup plus le négatif sans espoir d'y échapper ni aucune nostalgie. La fin de l'utopie au profit de l'instant présent, ici et maintenant ?"

http://jeanzin.fr/2012/10/23/la-revolution-avant-la-revolution/#more-1732

Runn a dit…

Bonjour,

Vos récits fond écho avec le livre "Hard times : Histoires orales de la Grande Dépression" de Studs Terkel nous racontant la dépression des années 30 aux USA et les organisations de résistance à la misère, ici et là dans ces récits de vie recueilli au fil des ans, nous voyons la misère et le déni des problèmes, le tout étant de laisser le mythe des USA comme paradis intact pour les libéraux.
Les recettes d'alors peuvent encore être utilisées aujourd'hui, le nombre et les associations fond la force.

alexandre clement a dit…

Entièrement d'accord avec vous sur l'ensemble de vos analyses. Effectivement les partis de gauche et les syndicats jouent les idiots utiles en défendant la chimère d'une autre Europe. Il n'y a pas d'autre Europe possible. La façon dont fonctionne l'UE ne le permettra jamais. C'est bien pour ça qu'on s'est toujours gardé de faire l'approfondissement et qu'on a fait l'élargissement. C'était une manière de geler toute possibilité d'harmonisation sociale et législative entre les pays européens. La crise de l'euro et des dettes publiques fait que maintenant on voit mieux les buts poursuivis par l'oligarchie européenne.
Quand j'étais plus jeune, à gauche, on se méfiait de l'Europe comme de la peste. C'est seulement à partir de 1983 que les partis de gauche, le PS en tête, suivi par le PCF qui pensait ainsi se moderniser, qu'on a commencé à vendre la chimère de l'Europe sociale.
Mais en France on commence maintenant à penser - bien timidement à gauche - que non seulement la sortie de l'euro est une bonne solution, mais qu'en outre il serait aussi bon de sortir de l'UE.

http://www.lalettrevolee.net/article-entre-la-grece-et-la-france-combien-de-temps-99610398-comments.html#comment106819734

Il semble qu'aujourd'hui l'alternative soit entre un fascisme mou - celui de la Commission européenne qui avance de plus en plus ouvertement dans des voix anti-démocratiques - ou un fascisme dur, le nationalisme porté par des partis d'extrême droite.
Mais le pire n'est jamais sûr. Personnellement je pense que ça va évoluer d'abord vers une aggravation des dettes publiques pour cause de dépression, puis ensuite vers une sortie de l'euro, petit à petit. Mais cela va prendre des années et probablement qu'entre temps on aura abîmé tout ce qui reste encore debout en Europe. La Grèce est évidemment le laboratoire de cette connerie.
La sortie de l'euro n'est pas un drame. Selon les calculs de P. ARTUS de Natixis - pourtant pas un dangereux gauchiste, cela ne provoquerait pas une grande dépression, mais une dévaluation de la drachme de 30%, une dévaluation du franc de 2%, et une réévalution du mark de 18%. Comme on le voit, ce seraient les allemands qui y perdraient le plus.

http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=64883

Anonyme a dit…

Bonjour,

Je me pose une petite question suite à ma lecture continuelle de votre blog et en suivant ailleurs l'actualité en Grèce et dans le sud de l'europe.

Je constate que la moindre manifestation est stoppée "grâce à" (attention j'y met les guillemets) la violence policière.

Or, connaissant les effets néfastes du mémorandum sur les salaires / les retraites / la vie en générale, je me demande :

Comment est-ce possible d'avoir une répression pareille ?

Les familles / amis / connaissances des policiers / CRS ne sont-elles pas également touchées par toutes ces mesures ?

Leur métier lui même n'est-il pas non plus soumis à toutes ces mesures de rigueur en terme d'effectifs, de moyens, de salaires ?

Ne sont-ils pas affectés par ce qu'il se passe autour d'eux ?

Merci et bon courage.

Anonyme a dit…

Très bonne perception du climat à Paris... A Bruxelles aussi. C'est aussi un problème sociologique. Depuis que le mouvement antimondialisation est devenu altermondialiste (et ça remonte déjà à 10 ans) on a perdu l'essentiel, une véritable analyse de classe. Et les altermondialistes étant eux-mêmes une classe, la petite-bourgeoisie éclairée qui se paye de la fausse monnaie de ses rêves internationalistes (qui ne voit pourtant que la solidarité internationale avec la Grèce ne marche pas, bien qu'un Forum social européen ait eu lieu en Grèce il y a quelques années, la seule solidarité internationale c'est celle de l'oligarchie), totalement déconnectée du monde du travail, rejetant le cadre national où la mobilisation est possible, contribue à enfermer dans un point aveugle (une critique plus technique que politique ne se donnant pas les moyens de diffusion et de mobilisation auprès du plus grand nombre). Alors qu'on pourrait parfaitement articuler les choses et être audible, comme ici dans les Pyrénées, lors de l'occupation de la mairie suite à l'évacuation d'un squatt, on y parle de la politique socialiste, de l'industrie locale, de l'Europe et de la Grèce (voir le son) : http://lalocale.ckdevelop.org/news/news.php?id=272

alexandre clement a dit…

Oui, ça manque d'analyse de classe ! Mais la seule classe capable de penser son devenir aujourd'hui est la classe capitaliste. Vu qu'il n'y a plus de classe ouvrière organisée, que les partis de gauche et les syndicats ont démissionné, on n'a plus qu'à attendre le désastre !

alexandre clement a dit…

C'est toujours la même question avec la police depuis plusieurs siècles: elle se range toujours derrière la main qui la nourrit.

Anonyme a dit…

elle change quelquefois de camp, comme à la révolution française. L'attitude de la police est fondamentale dans l'évolution du processus.

Musée de l'Europe & de l'Afrique a dit…

Le problème serait que la petite-bourgeoisie intellectuelle s'allie résolument avec les travailleurs et les populations marginalisées, alors que là elle continue à se projeter en classe dominante de substitution... Il y a eu des révoltes de masse sans classe ouvrière organisée, et en plus il en reste avec tout ça on devrait pouvoir faire quelque chose... Faut pt'et changer d'urgences les cadres de la contestation...

michel a dit…

Allons, allons! La Commission a écouté, et elle a un projet pour sauver les Grecs, et tous les pauvres de l'Union:
http://www.touteleurope.eu/fr/actions/social/emploi-protection-sociale/actualite/actualites-vue-detaillee/afficher/fiche/6085/t/43995/from/2332/breve/aide-aux-plus-demunis-la-commission-europeenne-reagit.html

La charité, monseigneur.

Michel a dit…

... et il y a l'effet de l'uniforme. C'est très important, l'uniforme, dans la façon dont on pense le monde...

AlainL a dit…

Horrifiant!...Soutien à vous et à tous les grecs, de tout coeur mais pas d'autre moyen, malheureusement.
Je goûte amèrement votre lucidité et je me sens en harmonie avec ce que vous dites sur la Grèce comme "utopie" au sens premier - lieu de nulle part - mais j'espère que vous développerez ça. C'est-à-dire ce sentiment qu'on est maintenant chez vous au-delà de la politique, et que la pensée de réorienter la politique, c'est l'équivalent de la ligne Maginot. Je ne suis pas sûr de ça. Je crois en Grèce comme chez nous, les braises couvent encore sous la cendre, ou plutôt je veux le croire...
Bon courage

Anonyme a dit…

Bonjour, votre description est saisissante et presque incompréhensible pour un jeune français qui n'a pas connu de temps difficile. Je crois que ma génération ( les 18-25 ans, dirons-nous), en France, ne se rend absolument pas compte de ces temps cruciaux que vous vivez, et effectivement nous avons de bien futiles problèmes comparés à ceux des grecs. Comment réagirions-nous face à cette situation dans notre pays? C'est même impossible à concevoir pour moi, né dans un pays ou tout va (relativement) bien, dans lequel on ne se soucie pas vraiment de l'avenir. Mais surtout, la lecture de votre texte me fait ressentir un puissant sentiment d'impuissance. Que pourrions-nous faire, nous, français, pour aider les grecs ?

baratribord a dit…

@Alexandre.
En effet une sortie de l'UE est envisageable et c'est au peuple de la réclamer via l'article 50 du TFUE. Voir les excellente interventions de F. Asselineau.

zozefine a dit…

quand je sors de grèce pour aller ailleurs, c'est la première chose qui me frappe : l'inaudibilité de ce qui se passe ici. tu le fais très bien sentir. du bellay rêve : "heureux qui, comme ulysse, a fait un beau voyage..."... mais le retour à ithaque n'est pas garanti sans f(r)acture...

à part ça, je ne suis jamais d'accord avec la comparaison de la situation grecque avec la solution argentine. il n'y a aucune commune mesure entre ces 2 pays du point de vue des données : l'argentine est un pays immense, très "lourd" géopolitiquement, et 2 facteurs me semblent, humainement et économiquement, très importants et faisant toute la différence (à notre énorme désavantage) : l'argentine est riche, très très très riche, son potentiel à la fois minier et agricole est absolument inouï - quelque part, son existence /sa survie en disant merde à tout le monde était possible; d'autre part, la population argentine est une population éclectique, mélangée, d'émigration ancienne et moderne riche, variée, souvent d'intellectuels pointus et ouverts au monde. un ami argentin me disait qu'il était un argentin "typique" : grands parents maternels juifs urkrainiens, grands parents paternels allemand et lituanien, parents nés en pologne et en italie... à lui tout seul, il était une bonne partie de l'europe, culturellement, linguistiquement, religieusement, intellectuellement. et ces argentins, leur pays mosaïque, ils y tiennent parce que c'est l'avenir.

si on compare avec les données grecques, le tableau est accablant. aucune richesse possible (tout l'énergétique, gaz, pétrole, solaire et éolien, ainsi que tout le minier, or, nickel, etc.) vont être privatisés et/ou investis pour/par des multinationales étrangères, ou des chinois, des allemands, etc. le pays est minuscule, archaïque, peu productif, terriblement et suicidairement homogène culturellement, religieusement, mentalement. mille fois violé (par les macédoniens, les romains, les ottomans, les allemands, les troïkans), secoué par des guerres internes inguérissables (dont la dernière, la dictature, représente maintenant comme une sorte d'horizon possible et désirable...)...

pas besoin de poursuivre, tu vois ce que je veux dire, non ?

Eric B a dit…

À propos de l'effondrement du système de santé, d'après cet article
http://www.tdg.ch/economie/La-malaria-profite-de-l-austerite-pour-revenir-en-Grece/story/26505356
les épandages anti-moustiques ont dû être réduits et la malaria est de retour en Grèce...

Anonyme a dit…

Bonjour. De "passage" en Grèce pour quelques mois, je ne peux que confirmer votre analyse et la description de cette réalité d'un mode social qui se détruit de jour en jour. Cependant, je me trouve en désaccord avec vous en ce qui concerne Syriza. Leur slogan, depuis plusieurs mois est : "aucun sacrifice au nom de l'euro", et les militants que j'ai pu rencontré m'ont parlé d'un plan b au cas où ils seraient poussé à quitter l'union européenne.Mais c'est vrai que malgré les divisions qu'il existe au sein de cette organisiation,le courant majoritaire refuse une sortie de l'union européenne. Je n'ai pas suffisemment discuté avec eux pour connaître les raisons qu'ils avancent, mais pour ma part, rester ou sortir de l'UE est un faux débat, parce qu'à l'heure actuelle, il est possible de rester tout en refusant l'application des directives et des traités. Aucune sanction n'est prévue légalement ou exclusion possible. Donc, dans le cas de la Grèce, elle peut rester au sein de l'UE et refuser à minima les plans d'austérité,et les nouvelles directives européennes. Maintenant, pourquoi resterait-elle? Il est faux tout d'abord de croire que si elle en sortait, elle ne serait plus soumise aux mêmes exigences, les dettes continuant de s'accumuler et d'être réclamées. Donc la question ne porte-t-elle pas d'abord sur la dette à annuler, et ensuite sur la monnaie...la, je n'ai pas de réponse, mais il me semble que si un pays quitte l'union européenne, il et forcé de quitter la zone euro. Or, avec un retour à la monnaie nationale, les choses s'empirent immédiatement. ET je répète, syriza a imaginé un plan b, en cas de sortie...

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