vendredi 28 septembre 2012

«Mr. Schäuble will we sign a memorandum for our weelchairs ?»


Athènes - 27/09
Le... « mémorandum rend libre », et au rythme où vont les choses, nous finirons vraiment par l'admettre. Déjà, depuis un moment, on se laisse dire que la bancocratie serait aussi l'affaire juteuse d'un si bon plat... partagé entre initiateurs-initiées en excluant tous les... autres. Il est évident que dès que l'on saisit l'essence subjective de notre nouveau régime, ses initiateurs sont vite désignés : « créanciers », traders, ou politiciens de l'Europe « d'en haut », comme Mr. Schäuble par exemple.

Athènes - 27/09
Sans oublier, et nous ne les oublierons sans doute plus jamais, ces gens bien d'ici et (encore) de maintenant, autrement-dit, appartenant à notre si nombreuse « caste des intouchables » entre Athènes et l'archipel égéen. Sans les nommer, les politiciens issus des rangs du PASOK, ainsi que leurs autres frères... « Siciliens » de la Nouvelle Démocratie, plus certains patrons et entrepreneurs de la saison pluvieuse... de la dernière pluie de subventions de l'U.E., par exemple, et des corruptions diverses et variées à n'en plus finir ! Car historiquement, nous peinons à franchir ce dernier (et terriblement court) demi-siècle grec. Nous voilà donc... aux temps des haricots ou plutôt à leur fin. Nul besoin d'être un grand épistémologue averti et expérimenté pour reconnaître cette... énorme imposture attribuée au destin. Plus précisément, nous avons perdu le destin de notre vie.

"Chez Mr. Schäuble pour son anniversaire"
Athènes - 27/09
 Nous remercierons à ce propos et dans l'ordre, l'École de Chicago, ses épigones à Bruxelles, ainsi que la moitié du corps électoral (grec) depuis juin dernier. Tous remerciés pour avoir réussi cette... prouesse méta-historique : nous faire revivre Weimar et le gouvernement de Vichy en une seule et unique séquence. Car, si l’histoire doit se répéter sous forme de farce, parions qu’il « n’est plus temps de se lamenter, et agissons », comme on entend dire ici ou là. Facile à exprimer mais plus compliqué à réaliser.


"On dirait que la capitale avait rapidement retrouvé son habituelle « normalité »"
"Pacotille à un euro pièce" - 27/09

Au lendemain de la manifestation du 26 septembre, on dirait que la capitale avait rapidement retrouvé son habituelle « normalité » : les vendeurs de pacotille à un euro pièce, les mendiants, les cafés du centre fréquentés, plus les imperturbables emplettes des... chanceux. Les médias et autres violons sur le pont du navire, s'accordent pour nous enfoncer déjà la tête sous l'eau : « Vous n'étiez pas vraiment si nombreux hier à la manif les gars » et sur ce, le gouvernement s'est vite empressé, marquant une fois de plus l'épiderme du temps et certainement la nôtre, d'annoncer ses nouvelles mesures le soir même de la manifestation.


C'est ainsi que jeudi soir (27/09), la grande nouvelle grecque ne pouvait être que celle-ci : « les trois partis du gouvernement s'accordent sur des mesures de rigueur ». C'est ce que suggère Le Monde, qui révèle que « [l]es trois dirigeants s'étaient déjà réunis plusieurs fois depuis début septembre pour tenter de finaliser cet accord sur des mesures controversées qui prévoient de nouvelles coupes dans les salaires, les retraites et les aides sociales. Le temps presse pour boucler ce plan, car le gouvernement doit présenter lundi son avant-projet de budget pour 2013, incluant une partie des mesures, et l'objectif est d'avoir fait voter les nouvelles mesures au Parlement avant le sommet européen du 18 octobre. »

Athènes - 27/09
Et la moins grande nouvelle du jour, toujours selon le... grand journal : « [c'est qu'au] lendemain de manifestations monstre et d'une grève générale en Grèce, des associations de défense des handicapés sont à leur tour descendues dans les rues pour protester contre les coupes budgétaires prévues par le gouvernement et qui devraient directement les toucher, alors qu'ils reçoivent en moyenne 640 euros par mois. »

Sauf que les coupes budgétaires déjà effectuées par les gouvernements du mémorandum, touchent depuis 2010 les handicapés directement et indirectement. Sauf que le reportage du Monde ne rapporte rien de l'essentiel de cette... énième matinée athénienne, à savoir l'émotion.

l'exception notable..." - Athènes - 27/09

Effectivement, nous étions assez nombreux à les suivre, à les soutenir et à les admirer. Les passants s'arrêtèrent au passage du cortège, à  l'exception notable de certains lecteurs du journal des sports. À chacun son match et les pénaltys pour tous, tel est aussi l'état d'une société défaite par deux mémorandum à zéro. Néanmoins, et je retiens surtout cela, ces moments furent beaux et grands, souriants mais graves, aussi, car il n'était pas un seul instant question de compassion, mais seulement de dignité et de lutte : « Nous ne voulons pas mourir, nous ne nous laisserons pas mourir, notre vie a toujours été une lutte, tout est lutte et d'abord la dignité.... Après le carnage déjà perpétué sur nos pensions (sic) et nos retraites, suite au coût des médicaments devenu insupportable, je dois survivre avec 340 euros par mois. Je suis enchainé voyez-vous, mais je reste debout et je marche. Ces gens sont des assassins, la dictature loge dans le Parlement en face, et nous, gens handicapés, nous considérons Schäuble comme un Colonel de ce régime, honte... ».


Athènes - 27/09

Ils étaient tous là, occupant toute la rue du Stade entre Omonoia et Synagma (Place de la Constitution). Handicapés moteurs, malvoyants, malentendants, gens souffrant de pathologies rares ou chroniques, et dialysés, arrivés devant le Parlement d'une démocratie en dialyse. Et pour l'anecdote, mardi dernier, les employés d'une entreprise sous-traitante de la Régie d'Électricité, techniciens certainement « de spécialité » comme on nous apprend à dire, ont coupé le courant à la clinique de « Saronikos » (sur l'île d'Égine), pendant que les patients étaient encore sous dialyse. Heureusement que les groupes électrogènes de la clinique ont aussitôt pris le relais. Car l'établissement, privé du remboursement des soins depuis plusieurs mois par les Caisses de Sécurité Sociale, n'a pas pu à son tour, honorer ses factures électricité. 

Athènes - 27/09

"Nous ne voulons pas mourir..."
 Ces Caisses, dont une bonne partie des avoirs, ont été « tondus » sur ordre de la Banque de Grèce, c'est à dire raflés par les « marchés », à l'occasion rêvée de la « restructuration financière » - le fameux PSI au printemps 2012- sur certains portefeuilles de la dette grecque. C'est peut-être la raison pour laquelle au passage de la manifestation, les portes de la Banque de Grèce se sont vite fermées, laissant certains clients dehors et stupéfaits. « Veuillez patientez un peu s'il vous plaît, la Banque rouvrira les portes de ses agences dans une petite heure Madame ».

"Veuillez patientez un peu s'il vous plaît..."
Le reportage du Monde, n'a pas non plus montré notre chien (vraisemblablement) Loukanikos, réapparu place Syntagma au moment où le haut du cortège se positionna devant le barrage policier, ce grand et omniprésent protecteur de notre Parlement depuis 2010. Il n'a pas non plus informé ses lecteurs jusqu'au bout, car peu après midi, les policiers ont chargé à coups de matraques des groupes de manifestants. Et ce matin (28/09), même sur la chaîne de télévision publique NET, les journalistes n'ont exprimé que de l'écœurement.

"Nous ne voulons pas mourir..."
"Je suis enchainé voyez-vous..."

 Quoi dire d'autre, si ce n'est que nous nous déshumanisons ne sachant plus que souhaiter à Mr. Schäuble pour son anniversaire. Il l'a fêté récemment à Berlin bien entouré paraît-il, selon Der Spiegel, aux côtés d'Angela Merkel et de Christine Lagarde, sauf qu'aucune nouvelle n'a filtré de cette réunion sur notre sort... donc tout va bien ! Notre presse a également rapporté cet événement heureux sous forme d'un fait divers, c'est son droit diraient certains, ou peut-être bien son devoir. Mais chez d'autres, sa perception change et bien radicalement : c'est vrai que parmi nos handicapés-manifestants, il y a en a qui ont souhaité « la pendaison »... disons symbolique du ministre fédéral des Finances. C'est triste, mais il faut dire que dans notre contexte, on s'éloigne facilement et imprudemment de toute... Critique de la faculté de juger.

Athènes - 27/09
"La "pendaison "... disons symbolique du ministre fédéral des Finance"
 Ce vendredi au marché, les dialogues du jour et de la saison n'ont pas cessé : « Nous nous débrouillons mal, notre retraite ne suffit plus, les enfants sont au chômage, il n'y a plus une seule famille sans « chômeur maison » (...) ah oui, je connais aussi le cas d'un casseur agissant de manifestation(s) qui vient d'être accepté au sein la Police, donc voyez-vous, ce sont les mêmes (…) Les haricots blancs sont à 3,60 et les pêches de montagne à 1,5, vers 14h les prix baisseront, j'y reviendrai ».

"Ce vendredi au marché...." - Athènes - 28/09
"Les haricots blancs..." - Athènes - 28/09
"Aussitôt, les pompiers sont arrivés..." - Athènes - 28/09

"Une petite voiture a pris feu..." - Athènes - 27/09
Temps des haricots, petites et grandes catastrophes, joies et espoirs. Une petite voiture a pris feu sur la rocade hier, tout comme la cuisine chez les gens d'en face aujourd'hui. Aussitôt, les pompiers sont arrivés sur place et tous les voisins... étaient de la fête, « tout de même, Kyriakos, le pays tourne et tournera dans l'urgence, je ne cesse de te le répéter depuis les élections de juin (…) Madame, vous avez laissé votre friture sans surveillance, même sans trop de dégâts, l'État, c'est à dire nous, porterons plainte contre vous, c'est automatique. Au train où vont les choses, vous serez convoquée devant un juge dans cinq ans... n'ayez pas peur, l'essentiel est déjà fait ». Au rythme où vont les choses... c'est évident. L'essentiel ?

Loukanikos (?)  - Syntagma - 27/09

10 commentaires:

olaf a dit…

Le concepteur assez mal inspiré de l'Euro c'est un français ayant pour nom François Mitterrand qui d'ailleurs ne connaissait rien en économie, il était avocat...voilà comment on fabrique une machine infernale. F Hollande est un de ses fils "spirituels" :

"Guy Abeille, l’avoue aujourd’hui : les 3 %, inventés en une heure un soir de juin 1981, ne reposaient sur aucune théorie économique mais, pour cette raison sans doute, il convint parfaitement à François Mitterrand"

http://www.leparisien.fr/economie/l-incroyable-histoire-de-la-naissance-des-3-de-deficit-28-09-2012-2184365.php

Quant à Kant, je préfère Hegel ou Descartes, plus proches de la dialectique du réel.

Michel a dit…

Bonjour,
Vous écrivez "Car, si l’histoire doit se répéter sous forme de farce, parions qu’il « n’est plus temps de se lamenter, et agissons », comme on entend dire ici ou là. Facile à exprimer, mais plus compliqué à réaliser."

Oui en effet, encore plus aujourd'hui, ici aussi. Une des explications se trouve là, elle permet en tout cas, un début de réflexion qui se résumerait en un "Principe de noyauter les opposants !".

Anonyme a dit…

Pas sûr que ce soit Loukanikos, le "riot dog" sur la photo:

- Le bout de sa queue, dont les poils me semblent plus longs, n'était pas blanc contrairement au chien photographié à Syntagma le 27.9, mais je peux me tromper;

- J'ai aussi trouvé l'info (à recouper) qu'il aurait pris sa retraite à Chalkida (60 km d'Athènes) > lire http://www.keeptalkinggreece.com/2012/09/18/athens-riot-dog-loukanikos-protester-career-is-over/

Ceci dit, ce chien a toute ma sympathie, comme le peuple grec en lutte, sans oublier vos chroniques…

Courage!

Panagiotis Grigoriou a dit…

Bonsoir, merci pour les commentaires, quoi dire de plus sur l'euro et surtout comment faire et par qui ? Certaines déclarations des politiques et technocrates du type : "l'euro est irréversible" me font gentiment rire, et c'est l'historien qui se permet cette petite réflexion (et sans être un grand disons adepte de Kant non plus !) J'ai lu aussi le lien proposé par la suite, effectivement il y a un problème de ce point de vue : les opposants "appartiendraient" de ce point de vue aussi au système qui sait les intégrer. En Grèce on commence à (se) dire que la gauche par exemple fut instrumentalisée consciemment ou pas dans son rôle d'opposition... Pour ce qui est du chien, je crois que vous avez raison, ce n'est probablement pas Loukanikos, mais, une sorte de Loukanikos II, je vous dirai davantage j'espère sur le sujet !

Anonyme a dit…

Et on attend toujours l'étincelle.
Celle qui fera s'embraser tout ce système corrompu en pleine décomposition.
Ici , à Madrid, à Lisbonne ou ailleurs !.

Anonyme a dit…

Monsieur,

Comme j'ai aimé votre texte !
La justesse de vos propos,la passion teintée de tristesse qui les anime.
Une sensation étrange à la lecture de ces mots que j'aurais aimé écrire.
Dans votre plume, L'évocation d'un monde en perdition et la vision terrible de nos peuples ruinés et abandonnés.
La réalité d'aujourd'hui dépeinte sans artifice,et la vision du futur sordide et déshumanisé que l'on nous réserve .
La mise en esclavage du monde et des hommes se jouent comme un remake malsain.
Place au profit, à l'argent , à la pensée unique.

Comment des peuples forgés par les millénaires, des pays si fiers si beaux peuvent t' ils à ce point être trahis, asservis, dominés par un système financier sacrificel qui, sournoisement décompose les peuples et les nations en les condamnant à la pauvreté et probablement à la guerre.
Oui, ce néant social, cette régression que l'on nous prépare, cette misère qui s'installe et qui se répand doucement comme un cancer, se propage en de multiples métastases de mort et de destruction.
Rassurez vous, les nations de ce monde réagiront tôt ou tard.
Comment en vouloir à ce peuple martyrisé mais encore debout, travaillant à en crever, persécuté par l'impôt ,terrorisé par la peur de l'avenir.
Nous tous , des millions forcés à l'immobilisme non pas par lâcheté mais par devoir pour cette famille et ces enfants qui nous obligent.
Comme une punition, servilement accepter un modèle de vie sans saveur, dans une société plus répressive et toujours plus inégale .
Accepter dans le silence la brimade quotidienne des informations truquées, truffées de propagande.
Cet immobilisme dont vous parlez , entretenu par la terreur du crédit et du remboursement détruit les idéaux et les rêves , les vrais pas ceux du loto mais ceux d'une vie douce heureuse.
Cette logique de la rentabilité et de l'ordre mondial amèneront sans nul doute à la La faim et la misère, à la rebellion et à la violence.
L'émergence de cette nouvelle idéologie politique mondiale , interconnectée, liée au profit des marchés fianciers, cette gouvernance pour un ordre mondial des peuples nous amènera brutalement au chaos et à la guerre.
Comme vous j'attends le sursaut, l'embrasement qui ne devrait pas tarder.Vos articles, ma réponse ,le réveil actuel des opprimés et des laissés pour compte en sont aussi la preuve.
Nous sommes encore quelques millions à vouloir un monde plus juste, plus humain, plus solidaire.
Vous l'avez compris, un sentiment de communion parfaite avec votre article ou transparait l'amour de la justice et de l'humain, le refus de la capitulation et de la lâcheté.
Je reviendrai donc visiter votre site et vous lire .
Cordialement Sven

olaf a dit…

Finalement, je me sens assez en phase avec l'idée d'une théatrocratie, merci Platon, dont les rebondissements sont assez imprévisibles, mais nécessitent une mobilisation des populations mises sous (com ?)pression :

"Nous sommes incontestablement à l'une de ces périodes où l'intervention de tous est décisive, mais le moment incertain où il ne s'agira plus seulement de manifester entre-soi. Voilà encore ce qui ne se décide pas mais auquel on peut participer le moment venu, sans oublier donc la dimension théâtrale de la politique que Platon appelait la théâtrocratie."

http://jeanzin.fr/2012/09/29/la-politique-est-un-theatre/

Anonyme a dit…

"l'euro est irréversible" ça me fait penser à Honecker (le président de la RDA) qui disait en 1989 que le Mur de Berlin allait durer 100 ans !

Tony A. a dit…

De la dialectique du créancier et du débiteur, cet extrait de capital.fr
http://www.capital.fr/bourse/actualites/la-grece-serait-assuree-de-toucher-la-prochaine-tranche-d-aide-760643

Le gouvernement grec a besoin du feu vert du parlement à son nouveau plan d'austérité avant la prochaine réunion des ministres des Finances de la zone euro, le 8 octobre.

"Les Grecs vont recevoir une liste de réformes qui doivent être approuvées par leur parlement avant une date précise. L'argent sera versé dès que les législateurs auront voté", a-t-on déclaré de source proche de l'Eurogroupe, selon le Wirtschaftswoche.

"La crainte d'un effet domino dans la zone euro est trop grande" pour ne pas verser la prochaine tranche, a ajouté un responsable européen, toujours d'après l'hebdomadaire économique.

"Le rapport rédigé par la troïka sera tourné de telle manière que l'argent sera versé", indique également le magazine Focus, citant des sources proches du parlement européen.

Anonyme a dit…

L'euro est irréversible comme Le Reich qui devait durer 1000 ans!

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