| Gertrud Höhler, et son dernier essai : « Die Patin » |
L'utopie
(utopia)
est déjà un « non lieu », un espace « défait »,
un ailleurs. Souvent, elle renvoie à un temps mort qui n'est
certainement pas le Paradis des chrétiens, et des autres hétéronomes
planétaires. Ce qui en fin de compte rend encore plus rude la tâche
des praticiens utopistes. Nous y sommes, c'est à dire, nous
incarnons ces « praticiens utopistes » d'un « non
lieu » symbolique, social et sociétal, au beau milieu de cet
ex-pays (re)devenu espace, car extirpé du temps, ou plus précisément
de sa maîtrise. Les accidentés de la rocade du temps c'est bien
nous. En d'autres termes, on tourne en rond. Le mémorandum c'est
aussi cela et c'est une réussite. Pour ses initiateurs bien entendu.
| Dans les ruines de la vieille douane du Pirée - 09/2012 |
Hier
lundi (24/09), nos journalistes étaient en grève. Certes, sur
Internet le flux des titres et des liens ne s'est pas vraiment
interrompu, seulement, nous étions épargnés de l'interminable
mille-pattes des informations,
à la radio ou à la télévision, pour ceux qui les supportent
encore. Et
il y a fort à parier que ces
derniers seraient finalement assez nombreux, tout comme les électeurs
de Samaras, souvent les mêmes d'ailleurs, ceci expliquerait donc
cela... S'y ajoute ce dernier temps, la presse de pacotille dont
certains hebdomadaires banalisent les mauvais symboles, que l'on
aperçoit désormais dans nos rétroviseurs brisés de l'après
accident. Comme un illustré, titrant cette semaine : « L'Aube
dorée au pouvoir ».
C'est déjà fatiguant et pas drôle du tout.
| « L'Aube dorée au pouvoir » - 09/2012 |
Plus
sérieusement, « Crash »,
la revue politique bi-mensuelle du journaliste Trangas, publie une
interview de Gertrud Höhler, universitaire et femme des lettres.
Elle fut militante de longue date de la CDU, et conseillère en
communication de responsables politiques, notamment de l'ancien
chancelier Helmut Kohl. Dans son dernier essai : « Die
Patin »
(littéralement « la marraine » aux éditions Orell
Füssli en
Allemagne), il est question d'Angela Merkel, qualifiée par Gertrud
Höhler de « louve
assoiffée de pouvoir »,
une chancelière enfin « qui
est sur le point de bâtir un système autoritaire dissimulé (...)
et en même temps, d'imposer un jeu européen démoniaque ».
Cette interview, évidemment ignorée des autres médias, a trouvé
un large écho médiatique dans la rare presse anti-mémorandum la
semaine dernière.
Il est vrai que Samaras se présente comme étant à la bonne écoute
de la chancelière, et depuis un temps, « ceci
devient réciproque »,
selon l'imagerie médiatique du régime, qui rien que de ce fait, ne
devrait pas accorder trop de publicité à l'essai de Gertrud Höhler.
Son livre en tout cas, sera prochainement traduit en grec et
disponible donc en librairie chez nous. (Et dans le monde de
l'édition francophone ?)
![]() |
| Vangelis Meimarakis - Source : enikos.gr |
Car
à part Antonis Samaras, de nombreux Grecs non germanistes,
souhaitaient en savoir davantage sur le parcours et la vie de Madame
Merkel. Sauf que depuis ce week-end, Samaras notre sinistre...
écouteur, a l'air inquiet et pour cause, son temps politique, vient
de subir à son tour et brusquement, un... accident de rocade. Tout a
commencé avant hier où dans son édition du dimanche (25/09), le
journal « Real-News », a révélé que « le
Président de l'Assemblée nationale, Vangelis Meimarakis, George
Voulgarakis et Michalis Liapis, tous anciens ministres (importants)
du gouvernement Costas Karamanlis
[Nouvelle Démocratie 2004-2009], ainsi
qu'une société immobilière appartenant à Ioannis Karouzos,
auraient été impliqués dans une énorme affaire d'évasion fiscale
et d'enrichissement illicite. Et ceci, selon les dépositions de
certains témoins, produites dans le cadre d'une enquête judiciaire
en cours. Notons qu'entre l'entrepreneur Ioannis Karouzos et l'homme
politique Vangelis Meimarakis, subsistent des liens de compérage.
Cette enquête des Procureurs [d'Athènes], toujours en cours, révèle en effet une affaire de crime financier, et en même temps, un scandale politique d'envergure si cela s'avère exact. Elle porte sur les transactions immobilières datant de la période 2005-2008 concernant certaines zones [d'investissement immobilier] communément appelées « filets » (sic), à Athènes et ailleurs. Selon les témoins déjà entendus, ces transactions, dont les acheteurs furent ces hommes politiques, ne formaient que la « vitrine », servant à dissimuler « l'argent noir »,[et] pour une somme globale dépassant les 10 milliards d'euros.
| Friches urbaines - Athènes centre 09/2012 |
Pour
les fonctionnaires du « Service Vérificateur contre la
Criminalité Économique » (SDOE), ainsi que pour la Justice,
si l'on considère les rapports issus des plaintes, il devient
d'emblée évident, que l'entreprise du constructeur-promoteur et
agent immobilier Ioannis Karouzos, présentait jusqu'en 2004 une
activité fort limitée. Ce n'est qu'à partir de 2005 qu'une
explosion inexpliquée de richesse (sic) s'est concrétisée,
surtout qu'au même moment, cette ex-petite entreprise a accédé au
crédit bancaire, par une facilité jusqu'alors inédite, et pour des
sommes réellement vertigineuses.
Ces
hommes politiques sont ainsi impliqués dans cette affaire suite à
une plainte, déposée depuis Octobre 2010 par l'agent immobilier
Iosif Livanos, un ancien collaborateur de Ioannis Karouzos. La
déposition de Livanos révélait « que les trois ex-ministres
étaient d'emblée mêlés dans cette escroquerie, ainsi qu'un
complice armateur, qui avec l'aide de l'épouse de Karouzos, ont
expédié de grandes quantités d'argent, d'abord vers un pays voisin
grâce à une banque étrangère installée en Grèce, et ensuite
vers d'autres pays en Amérique latine, par l'intermédiaire de
sociétés offshore ». Livanos, dans sa déposition s'exprime
même en ces termes : « À ma grande surprise, j'ai remarqué
d'abord la grande facilité par laquelle
[Karouzos] agissait
de la sorte, puis désigna Vangelis Meimarakis, Giorgos Voulgarakis,
Michalis Liapis, ainsi que de l'armateur Nikolaos Tsakos. Il a
également précisé que la somme ainsi exportée (sic)
atteignait 10,27 milliards d'euros, dont 250 millions d'euros, furent
déposés dans des banques en Angleterre, tandis que lui et son
épouse Rebecca Skaftoura, ne détenaient en réalité, qu'une petite
partie de ce pactole ». « Blanchiment »
[donc] d'argent »
:
| Friches urbaines - Athènes centre 09/2012 |
Plus
graves encore, s'avèrent les dépositions d'un ancien associé de
Karouzos, Giorgos Zografakis, qui est l'actuel propriétaire et
représentant légal des dix-neuf sociétés du Groupe Karouzos.
Dans une lettre d'information qu'il a adressée au Service
Vérificateur contre la Criminalité Économique, G. Zografakis
explique : « Le véritable objectif du consortium Karouzos fut
d'escroquer l'État, c'est à dire, (de) blanchir l'argent des
hommes politiques, notamment celui de certains anciens ministres.
Ayant exercé leurs fonction, évidemment, à la tête de ministères
stratégiques, gérant plusieurs contrats et commissions dans le
domaine de l'armement
[Meimarakis fut ministre de la Défense de 2006 à 2009]. Les
promoteurs du Groupe Karouzos avaient réussi à pénétrer le monde
politique, mais aussi, le système judiciaire. L'argent en provenance
des pots-de-vin des ministres transitait via les entreprises du
groupe, qui le « blanchissaient », avant de le transférer
à l'étranger. Il n'a pas donc servi dans l'investissement
immobilier. Pour leurs services, les entrepreneurs, retenaient une
petite partie du capital « en transit ». Le partage final
de toutes ces sommes s'effectuait évidemment à l'étranger [par
discrétion].
À chaque fois qu'une telle « mission d'argent » vers
l'étranger devenait nécessaire, un crédit bancaire
[leur] était
accordé, suivant des procédures totalement opaques, servant à
faire valoir auprès de la Banque de Grèce la provenance légale de
ces sommes. Désormais, et par ce procédé cet argent devenait
« exportable ». En réalité, c'était le produit du
« recel » qui fut ainsi transféré. »
(journal – Real-News,
24/09).
| Dans le quartier de Sotère le chien - 09/2012 |
Hier
(24/09), Vangelis Meimarakis a annoncé son « auto-suspension
sans démission »
(sic) de ses fonctions. Lundi midi, Giorgos Voulgarakis a déposé
une plainte visant Iosif Livanos, Giorgos Zografakis et Ioannis
Karouzos rendant publique sa position sur twitter
: « C'est de la
calomnie, du mensonge et de la diffamation »
a-t-il noté. Ce matin (25/09), à travers le quotidien troïkan
Ta
Nea
(version
électronique), on
peut lire « qu'en
ce moment ce qui compte n'est pas de savoir si deux ou tente-deux
politiciens sont corrompus, les corrompus existent certes (…)
mais de voir enfin la Grèce conclure rapidement le nouvel accord
avec la Troïka (…) car il y en a assez de toute cette mauvaise
suite qui ne fait que nourrir notre insécurité nationale ».
C'est là dessus, que Nikos Chatzinikolaou, directeur, à la fois de
Real-News et Real-Fm, a répliqué depuis les micros de sa radio :
« D'abord, ceci
dure je rappelle depuis deux ans... ni le « Service
Vérificateur contre la Criminalité Économique » (SDOE), ni
la Justice, n'ont voulu donner réellement suite à cette affaire. Le
dossier d'instruction « hibernait » au fond d'un tiroir,
et je sais qu'un certain nombre de ses pièces à conviction se sont
volatilisées. Dire que la démocratie est menacée par exemple,
suite à notre reportage relève du propos vulgaire. J'ai pris
connaissance de l'existence de ce dossier d'instruction mercredi
dernier, et nous avons décidé sa publication. Je souhaite que les
trois hommes politiques demeurent innocents, sauf qu'ils doivent
désormais le prouver »
(Real-FM, 25/09).
| Affiche SYRIZA - réunion de quartier - 09/2012 |
Véritable
affaire ? Intoxication ? Et pourquoi en ce moment et non
pas avant ? En tout cas, on parle encore, et une fois de plus et
de trop, d'euros et du « légalisme offshore ».
Voilà
comment et combien ce monde « innocent » nous entoure...
jusqu'à étouffement. Les politiciens, les entrepreneurs, les
armateurs, les banquiers et les marchands d'armes sont à l'origine
de l'utopia
de notre temps présent. Les électeurs des Samaras, et des autres
(le cas échéant) « poupées dorées » du néant
politique global, sont tout autant responsables à leur niveau.
Lorsqu'on ne se pose plus aucune question ayant du sens, c'est qu'on
se prépare à sortir du cadre du temps. C'est aussi (en partie)
cela, la Grèce de 2012. Et pour 2013 on avisera.
Le
hasard de l'actualité a fait que c'est également « [à]
propos du billet de Jacques Sapir : « Les paris stupides (II)
(Blaise Pascal, Jacques Prévert et les choix de François Hollande)
», un texte
de Paul Jorion
paru sur son blog (23/09), que j'ai exprimé sous forme de
commentaire la réflexion suivante (une fois de plus à propos de
l'euro) :
« L’euro
pour nous, n’existe plus. C’est presque une monnaie devenue
virtuelle, et depuis sa création déjà, plus chère à acheter que
le dollar (US), en tout cas pour ce qui est des sujets de la baronnie
(Ex-Grèce) et de son ex-État. Les banques n’accordent plus de
crédit, les entreprises restantes doivent tout régler en liquide,
les maisons d’édition par exemple n’arrivent plus à importer du
papier, certains médicaments font défaut, des employés n’ont pas
reçu de salaire depuis plusieurs mois, notre sociabilité en meurt
aussi, car nombreux sont ceux qui s’enferment
chez eux : « Ma maison c’est ma cellule, nul besoin d’un autre
univers concentrationnaire comme jadis durant les totalitarismes
précédents, nous mourrons tous comme les rats… » m’a dit hier
un ami journaliste, au chômage aussi. Puis, dresser toute cette
liste des « sans-euros » nous (et vous) fatiguerait car elle est
interminable. C’est ainsi que depuis Athènes, en pleine économie
démonétarisée nous pouvons suivre ce débat du jour avec le…
scepticisme des mourants ! Europe fantôme ou alors « monstre » ? »
| Athènes centre 09/2012 |
Il
était donc intelligemment aussi question de la zone euro et de ses
suites possibles ou impossibles dans ce billet. Mais à force (et en
attendant), nous ici, nous risquons de passer aussi de l'autre côté
de l'intelligence. « J'ai
plus changé en deux ans de chômage, qu'en 28 ans de travail »,
disait hier mon ami journaliste. Il n'a pas pu encore sortir de chez
lui hier pour se rendre à la manifestation des journalistes
grévistes (et chômeurs). « Mon
corps ne répond plus à rien.... j'ai quarante euros pour finir le
mois et rien pour commencer le suivant. On peut mettre les
politiciens et les banquiers en prison demain matin, cela n'aura
aucun impact sur ma vie... relever un pays c'est encore autre
chose ». Je lui
ai offert une petite aide et une petite glace ailleurs que chez
« Bonne Glace S.A. », car cette entreprise connue du
quartier, a fait faillite. Au moins on pourra faire réparer nos
vieux vêtements à proximité, aux nouvelles merceries de la ville,
pour trois à dix euros le vêtement usé, en non pas pour dix
milliards d'euros (même hypothétiques).
| « Bonne Glace S.A. » - 09/2012 |
| "Réparez vos vêtements" Athènes - 09/2012 |
À
ce propos, on peut pourtant se demander comme l'homme de la rue ce
matin : « mais d'où viendrait cet argent ? » ;
j'y ajouterais, inventé pour servir ainsi, dans sa variante en
provenance des banques, créatrices de crédit. Une telle « richesse
gratuite », accordée aux Karouzos du... Carrousel des
maléfices d'Athènes, ou à ceux des autres Carrousels du monde
actuel, c'est aussi cela l'utopie.
Finissons
donc par revenir si possible un peu dans le temps. D'abord demain,
lors de la grève générale pour insister dans un certain essentiel,
puis, et c'est dans l'anecdotique, en précisant à l'attention des
lecteurs du blog et après enquête, que Sotère, le chien du
précédent biller n'est plus... depuis 2011. Sur la photo que j'ai
réalisé récemment au centre d'Athènes, c'est en quelque sorte son
épigone qui apparaît, un autre chien. C'était donc un chien de rue
nommé Sotère, mort de cancer et soigné par les petits commerçants
du coin jusqu'à sa disparition. « C'est
pour que nous nous rappelions de notre humanité »,
a déclaré un ancien du quartier parmi eux. Reste à trouver les...
justes épigones à l'utopia
et ce n'est pas aussi simple à réaliser que chez les chiens et les
chats errants.
| Athènes 25/09 |

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2 commentaires:
Bonsoir,
Pas de trace de traduction du livre de Gertrud Höhler. Juste un article du Monde… http://www.lemonde.fr/international/article/2012/08/24/angela-merkel-une-marraine-crypto-autoritaire_1751047_3210.html.
Courage, courage, courage. Et j'espère que vous serez nombreux dans la rue demain.
bonjour,
En Espagne et au Portugal les manifestations se multiplient contre les mesures d'austérité qui s'additionnent les unes aux les autres.
En espagne la police a chargé de manière très brutale contre ses citoyens(jusque sur les quais de la gare principale de Madrid );et cela est d'autant plus étrange que les membres de la police avaient eux même manifesté la semaine précédente contre la réduction attendue de leurs salaires; à tel point que l'on peut se demander cette fois ci si les policiers qui ont chargé de manière violente ne sont pas des "auxiliaires" recrutés pour l'occasion ;
d'autre part il semble qu'il y ait une synchronisation et symbiose dans les méthodes des gouvernements grecs , portugais, espagnols:ils annoncent par l'intermédiaire des médias qu'il va y avoir de nouvelles mesures d'austérité,réunissent les parlementaires qui les votent de manière ostensible au moment même où les manifestants sont dans la rue :c'est du pur style troikan, autoritaire, méprisant, dédaigneux ,sûr de lui et dominateur.Désormais en Europe le vote, acte fondateur et garant de la démocratie, détourné de son sens et de son objet par les veritables détenteurs du pouvoir(les membres de la troika)est devenue une arme majeure de coercition contre les populations.
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