mardi 18 septembre 2012

La nostalgie et les camarades


« Vie, où es-tu » sur un mur d'Athènes - Septembre 2012
Temps d'automne. Athènes et ses environs ont renoué avec la pluie et les orages le week-end dernier, et dès ce lundi, nous voilà sous la pluie des mesures encore nouvelles, celle-ci ininterrompue depuis 2010, c'est dire, le premier Mémorandum de ce conférencier de luxe nommé Papandréou. Inlassablement, les médias énumèrent ces mesures, en rajoutent dans la dramatisation, c'est ainsi que la cadence de l'état de choc semble et devient de fait, sans fin.


Automne en Attique - Septembre 2012

Les médecins hospitaliers du pays se mettent progressivement en grève, en commençant par Athènes, tout comme les magistrats, ainsi que les enseignants, ces derniers se contentant des brefs disons débrayages et de leur participation timide à la grève que l'on espère authentiquement générale, annoncée par les syndicats (à la fois du secteur privé et du secteur public pour le 26/09). Entre-temps, et nous venons de l'apprendre ce midi, il va falloir travailler deux années supplémentaires pour espérer à une retraite, et les retraites actuelles, seront encore une fois amputées, y compris les plus élémentaires. Puis, on s'achemine vers la suppression progressive du seuil d'imposition, alors, tout le monde sera imposé du premier euros, en tout cas tout le bas monde, à part les citoyens authentiquement aisés, les amis du gouvernement et les... hétéronomes de dieu, c'est à dire, l'Église et les monastères, avec ou sans offshore d'ailleurs.

Athènes - Septembre 2012
Plus qu'ailleurs à travers le pays, les athéniens ont le regard vide, hébété, ahuri. C'est d'autant plus flagrant dans le métro, où les passagers présentent des symptômes psychosomatiques apparents, graves et répétés dans l'indifférence totale, ou plutôt par habitude. Tout comme la multiplication des sans-abri et des mendiants de tout âge et origine, et on s'y fait aussi. N'empêche, et à contre-courant, certains « inter-comités locaux et régionaux œuvrant dans la solidarité sociale active et humaniste, répondront à l'appel de la Gauche radicale (SYRIZA), se réunissant jeudi prochain à l'École Polytechnique dans le but de coordonner, de réorganiser et d'étendre leurs actions. 

Athènes - Septembre 2012
Un des buts recherchés est d'ailleurs l'autonomie politique et financière des structures existantes, pour sortir le cas échéant, de la logique des subventions. Et il ne s'agit pas de se substituer à la défaillance délibérément organisée de l'État social, mais de faire bouger la société par elle-même » (journal Avgi, proche de SYRIZA, 16/09). Le mot d'ordre semble déjà lancé par Alexis Tsipras lui-même, lors de son discours de Salonique (en résumé) samedi (15/09) : « Nous ne réclamons pas l'organisation de nouvelles élections, je ne serai pas non plus le sauveur du pays, car c'est le peuple qui doit bouger avec nous, pour que nous sortions le pays de la longue nuit mémorandaire dans laquelle il est plongé. 

Et nous ne pouvons pas promettre le prochain miracle, car pour tout dire, nous n'avons pas la baguette magique et je vous explique pourquoi : dans le cas de figure où les nouvelles mesures passent au Parlement et surtout s'appliquent de fait, supposons en plus que le gouvernement tienne, mon discours de l'année prochaine ici à Salonique ne pourra plus contenir, ni les mêmes arguments, et encore moins, se référer au même programme gouvernemental car la destruction de la société aura introduit une réalité encore plus cauchemardesque (...) » (Avgi, 16/09), du moins, nous avons l'impression qu'Alexis devient prudent, évitant la démagogie et la précipitation.

Athènes - Septembre 2012
Certes, SYRIZA vient de faire reculer le gouvernement Samaras sur un (grand) détail, mais ô combien symbolique, à savoir, la « clôture [« bouclage »] de l'affaire Siemens et de son scandale homonyme par une loi d'amnistie dont la présentation à l'examen parlementaire était prévue pour la semaine dernière. SYRIZA, ayant demandé et obtenu le vote nominatif des députés, il a porté un coup fatal au projet qui fut ainsi retiré dans la précipitation. C'est le gouvernement lui-même, s'étant ainsi retrouvé exposé à la désaffection de ses propres députés, qui a retiré le projet de loi, tout en demandant l'avis au conseiller juridique du Premier ministre [Antonis Samaras] Christos Karakostas, lequel fut rémunéré comme on le sait, par les caisses noires de Siemens (sic) » (Avgi, 16/09). D'ailleurs, l'hebdomadaire satyrique To Pontiki, croit savoir, depuis ce printemps (et à travers ses reportages), que « la chancellerie à Berlin aurait expressément exigé auprès des politiciens mémorandistes de la [méta]Grèce, la fermeture définitive du dossier Siemens, si possible rapidement », je préfère ne plus commenter... la corruption serait également la continuation de la politique et de la guerre par d'autres moyens, au demeurant moins coûteux.

Athènes - Septembre 2012
La... morale règne, celle du méta-capitalisme en tout cas, sans doute plus proche de « l'état de nature » des êtres individualisés et privatisés, en grec les idiotès, c'est à dire des idiots, que de quelconque morale humaniste. Cette dernière, considérée comme étant d'abord "naturellement" (et sincèrement) de gauche selon certains, et ensuite plus globalement, issue évidement de l'Occident de la Renaissance. Dans un sens, cet humanisme fut finalement contenu dans esprit du capitalisme « classique »... mais  plus maintenant, décidément, dans quelle époque vivons-nous ? « Vie, où es-tu » peut-on lire sur un mur d'Athènes en ce septembre 2012. Et nous nous creusons la tête, d'abord pour ne pas mourir de faim, ensuite pour ne pas tomber malades ni... devenir fascistes (c'est selon), et enfin, pour (s') analyser, comprendre et agir ! Vaste programme... essorage compris ! 

Ce matin, j'ai emmené en voiture mon ami chômeur à son rendez-vous car depuis son hospitalisation certes brève, et ses crises à répétition, il n'est plus en mesure de prendre les transports en commun. Il va peut-être retrouver son poste, à 100% déclaré et... à 50% de son dernier salaire, pour la même charge de travail : « Je ne peux pas faire mieux, déjà nous ne savons pas combien nous allons encore tenir », lui expliqua son probable futur employeur. Pour me remercier, mon ami a insisté pour régler mon feuilleté au fromage et un simple espresso, trois euros et trente centimes pour la toute petite histoire économique. On s'en souviendra, tout comme des drachmes, dont certains billets sont fièrement exhibés dans une boutique place de la Mairie à Athènes.

"Des drachmes, dont certains billets sont fièrement exhibés..."

« Nous subissons une mutation radicale – pense-t-il mon ami. S'y préparer à la faim et à sa propre fin n'a plus rien de symbolique et dans un sens, ni de gauche ni de droite. À défaut d'autres moyens de subsistance, j'irais me faire nourrir à la première soupe populaire du quartier, Église ou Aube dorée comprises. Le discours théorique de la gauche, issue des trente glorieuses est devenu un véritable corpus de legs caducs. SYRIZA semble avoir compris un peu de quoi (en) est-il question et encore... 

"Propagande" - devant une église - Athènes - 09/2012

Le capitalisme, c'est à dire son épiphénomène de la démocratie bourgeoise comme on disait jadis, est renversé par le méta-capitalisme des banques. Déjà la Gauche devrait se donner clairement comme objectif la restauration d'un certain capitalisme de-mondialisé... pour l'avenir dit socialiste et les autres utopies qui nous tenaient au chaud pendant que la finance rongeait tout sous le canapé de notre salon, les générations suivantes iront (se) démêler les pinceaux, sinon les Aubedoriens feront leur boulot, ou peut-être bien celui des banques, qui sait. Le système est en train d'orchestrer merveilleusement leur promotion et c'est déjà un fait indéniable... Mais je n'irai pas aux manifestations du 26, je n'en peux plus.

Athènes - 09/2012

Avant-hier, me rendant à l'hôtel des impôts pour me faire rembourser un trop perçu de 2.000 euros au bénéfice de l'État (en considérant ma situation de chômeur)... madame la fonctionnaire s'est même moquée de moi : « Ah vous êtes chômeur, et pourquoi êtes-vous propriétaire de deux biens immobiliers ? », sa collègue m'a expliqué qu'elle est si désagréable car son nom figure sur la liste des départs par cette « mise sous réserve forcée » de la Troïka, une sorte de préretraite, donc elle s'en fiche encore davantage de nous. On m'a dit de revenir le lendemain. Hier, la « réserviste » ne s'est pas rendue au travail. Sa directrice « ne pouvant pas reprendre mon dossier » m'a incité à revenir après le 30 septembre. Justement après le 30 septembre, son hôtel des impôts n'existera plus, car il sera fusionné avec celui du district voisin, donc autant... me rendre plutôt à un asile d'aliénés.

L'État grec en réalité, cesse tout paiement à l'intérieur du pays, hormis les salaires des fonctionnaires et les retraites. D'ailleurs, les politiciens ont tout fait pour éviter jusque là, les licenciement dans la fonction publique, histoire de préserver leur administration à 70% clientéliste. Les résultats des élections de juin ont d'ailleurs validé cette politique. Au même moment, nous autres employés du secteur privé nous avons tout perdu, et accessoirement, la Gauche ses arguments. Non camarades, il est impossible de faire la moindre grève dans un pays où la moitié des gens connaissent au chômage. Je ne défends pas les fonctionnaires comme cette dame mais je défends l'idée du service public, dans le sens de sa ré-fondation, débarrassée du clientélisme. Au contraire, ce que la Troïka présente comme étant la ré-fondation de la fonction publique, est en réalité sa mise à mort... après la notre en tout cas... Mais ne perdons pas tout espoir... »

Vendeurs de fruits - Athènes 09/2012

Effectivement ne perdons pas tout espoir, des militants se revendiquant du mouvement Spitha (Étincelle) de Mikis Theodorakis, ont écrit sur l'arbre de Dimitri place de la Constitution : « Nous ne t'oublions pas », c'était la semaine dernière. Mais il y a aussi d'autres... militants dans ce pays : Samedi dernier un militant d'extrême-droite est décédé, suite à ses blessures. Il préparait un engin explosif dans sa région de Sparte, et l'engin lui explosa entre les mains. C'était le 31 Août dernier, mais les médias n'ont pas fait vraiment écho de cette nouvelle. « Paradoxalement - note le journal de gauche Avgi - la police qui en pareils cas, lorsqu'il s'agit d'enquêter sur les poseurs d'explosifs, issus ou prétendument issus de la mouvance anarchiste ou gauchiste, fait appel à son unité anti-terroriste, est devenue pour une fois, fort discrète » (Avgi, 16/09).

À l'orage des mesures annoncées ce midi, s'ajoute l'orage... naturel de l'après-midi (17/09). Sans électricité depuis trente minutes déjà à cause de tous nos orages confondus, je dois interrompre l'écriture de ce billet... décidément de saison, car la batterie de mon notebook, vieux de quatre ans, arrive à son épuisement !

« Nous ne t'oublions pas » - Syntagma - 09/2012

Électricité revenue enfin, nous voilà de retour, comme durant les années de notre enfance que nous avons tendance à idéaliser de plus en plus. « Tout était beau, simple, clair, c'était avant la contamination, avant la mondialisation, avant l'immigration » on entend ici ou là. Cela se nomme le syndrome de la nostalgie (camarades ou pas), le cas échéant, celui de Stockholm en plus. C'est à juste titre que Costas Voulgaris, note à propos de son expérience vécue lors d'une fête « traditionnelle » cet été dans le Péloponnèse, « que la tradition retrouvée dans la manière d'exécuter les morceaux et les danses s'éloignant du lifestyle, répondrait à un besoin nostalgique tourné vers un passé mythique et « sain ». Sauf que la nostalgie, lorsqu'elle devient moteur social, c'est la porte ouverte à toute sorte de tératogenèse et de déviance » (Avgi, 16/09).

Le deputé Aubedorien Kassidiaris dans une émission people 17/09

C'est vrai que j'ai eu l'écho... ethnographique d'une fête « populaire » d'il y a une dizaine de jours sur l'île d'Astypalaia où « les gens, ne dansent plus comme avant, et ils changent de style, deviennant alors plus graves ou plus simples », selon les dires des participants. Pourtant, le lifestyle sait encore porter et se porter vers le spectaculaire avec son habituelle légèreté insoutenable. D'autant plus, que cet après-midi, dans une émission télévisée dite people, il était question du deputé Aubedorien Kassidiaris, et de sa potentielle (et... finalement porteuse), relation amoureuse avec l'athlète exclue des J.O. de Londres pour un tweet contenant certains propos racistes. C'est un pas supplémentaire vers une certaine banalisation, qui d'ailleurs n'a pas attendu les émissions people pour faire... vibrer un certain peuple. À gauche, on s'en rend tout juste compte et déjà, on s'y intéresse dans la mesure où on se dit de plus en plus que la lutte contre les Aubedoriens ainsi que la rhétorique adéquate, devraient se réactualiser. Il y a urgence.

Comme ailleurs aussi dans notre pays. On vient d'apprendre ainsi d'après l'UNICEF, que huit enfants sur dix, dont les parents relèvent du chômage, ne suivent plus aucun programme de vaccination, tandis que les femmes enceintes, pratiquent de moins en moins d'examens préventifs, pourtant indispensables. C'est ainsi que sur cent mille naissances, on enregistre pratiquement mille décès parmi les nouveau-nés, ce qui n'est pas un record bien enviable (reportage – radio Real-FM, 17/09).

"Me rendant dans un hôpital la semaine dernière" - 09/2012

Le système de santé n'est plus un système on le vit tous les jours. Me rendant dans un hôpital la semaine dernière, j'ai pu observer que la situation devient intenable, les patients font la queue dès 5h du matin devant les grilles de son portail pour espérer décrocher un bon numéro, et se faire examiner ensuite dans la journée. Dans un autre dispensaire de la Sécurité Sociale, un médecin refusa la délivrance d'un certificat après examen, à un ami qui souhaite s'abonner à la piscine municipale, par miracle encore ouverte : « passez me voir plutôt dans mon cabinet privé », fut sa réponse, prix de la consultation 50 euros. L'ami ira se faire examiner au dispensaire municipal, l'acte est gratuit. 

"Certaines revues vendues en kiosque" - Athènes 09/2012

Heureusement que de nombreux dispensaires municipaux ou assimilés, proposent de la médecine gratuite, ce qui nécessite désormais une certaine coordination entre eux pour mieux répondre aux besoins en soins d'une population ou potentiellement un tiers des habitants de ce pays, soit ne sont plus assurés sociaux, soit ils n'ont plus les moyens pour faire face, aux dépenses adéquates. Parmi eux, ceux qui souffrent du cancer ou du diabète deviennent des figures emblématiques de cette (autre) nouvelle guerre. Et pour eux déjà, la nostalgie n'y peut plus rien.

Certaines revues vendues en kiosque, font la promotion des Waffen SS, d'autres de Santorin, à deux pas des vendeurs de fruits, car finalement tous nos fruits seraient... frais, comme l'air du temps. L'automne, et nos chats se bagarrent nuit et jour en ce moment...

"Nos chats se bagarrent..." - Athènes 09/2012
P.S. : Ce matin tôt (18/09), un homme âgé de 34 ans, commerçant, s'est suicidé à Istiéa sur l'île d'Eubée, il s'est jeté du toit de son immeuble. Un peu plus tard dans la matinée, un autre homme, âgé de 49 ans, a succombé à un arrêt cardiaque sur son lieu de travail à Héraklion en Crète. Il venait d'apprendre... son licenciement.

23 commentaires:

Anonyme a dit…

Le capitalisme, c'est à dire son épiphénomène de la démocratie bourgeoise comme on disait jadis, est renversé par le méta-capitalisme des banques"

vous vouliez dire quoi en fait ?

Panagiotis Grigoriou a dit…

Que le régime économique et politique que nous connaissions depuis 1945 n'est plus!

Anonyme a dit…

le régime économique et politique

Dictature de la banque.

Disparition du pouvoir national dans des structures fédérales totalitaires. Totalitaire car l'idéologie obligatoire c'est le libéralisme.

Liberté totale de circulation des hommes (bonjour l'immigration de masse ingérable), circulation des marchandises (bonjour le dumping social des pays "low costs") et libre circulation des capitaux (bonjour la spéculation sur la rentabilité maximale à court terme).

Le libéralisme est satanique. La Grèce vit son martyre comme le monde entier qui suit rapidement.

Vous êtes dans la post-démocratie, la ploutocratie matérialiste qui considère la Grèce comme une chose, les grecs comme des marchandises. Tant que le grec n'est pas compétitif avec le dernier chinois au chômage, il faut continuer à serrer puisque l'ajustement compétitif se fait par les salaires et non la dévaluation. Car la dévaluation c'est la drachme, donc la souveraineté de la Grèce, et la souveraineté c'est l'ennemi de la banque. L'esclavage est total.

Le mensonge est bancaire car les aides à la Grèce n'existent pas mais les aides aux banques qui prêtent à l'Etat grec en ponctionnant des intérêts sur les déficits. Prise illégale d'intérêts sur le contribuable grec.

Le pouvoir des usuriers est total puisque c'est la priorité aux usuriers, jusqu'à la privatisation totale de la chose grecque comme garantie hypothécaire aux usuriers.

Solution, retour au drachme, dévaluation pour stimuler en interne la production et les exports. nationalisation des banques prédatrices et moratoire et défaut sur la dette. Bref retour au patriotisme sans les dérives que l'on sait avec un gouvernement transcourants de salut public.

Un miracle de grâce et de bon sens que je souhaite à la Grèce comme l'ont fait l'Islande et l'Argentine et comme devra le faire la France qui suit le même chemin que la Grèce. Il faut briser la bancocratie et mettre en prison les voleurs.

Tout cela est politiquement incorrect.

Y-a-t-il des forces qui poussent en ce sens sans sombrer dans le débile de la violence déréglée?

Cordialement

Olivarus

Anonyme a dit…

Olivarus bonjour , j'aimerai savoir ce que va exporter la Gréce ...

Toutatis a dit…

Tout à fait d'accord. Mais ce que l'on constate c'est que ce genre de solutions n'est défendu que par des marginaux (en particulier des libertariens) ou des gens qualifiés d' "extrémistes de droite".
La gauche est incapable d'aller dans cette direction, puisque son évolution idéologique l'a conduite a stigmatiser toute idée de "nation". Il ne lui reste plus qu'à souhaiter une évolution (révolution ?) simultanée de tous les pays ensemble, évènement fort improbable.

olivier trehard a dit…

On pose la même question à l'Islande

La dévaluation rend bon marché le travailleur grec sans le faire souffrir sur ses achats internes, et donc les multinationales trouveront leur intérêt à investir en Grèce et à exporter depuis la Grèce. L'Argentine a complété sa dévaluation par des droits de douanes sélectifs qui ont recréé la production locale de produits fabriqués avant en Chine, même les téléphones portables.

Les fédéralistes sont contre les monnaies locales mais aussi contre le protectionnisme qu'ils caricaturent à plaisir alors que tous les pays prospères se protègent en jouant les contreparties avec leurs partenaires. L'excès de protectionnisme est aussi débile que l'excès de libre échangisme mais on veut vous enfermer dans un dualisme aberrant.

Les monnaies nationales et les protections mesurées complètent la panoplie des pays qui se redressent.

Attendez vous à ce que des idéologues vous disent que le protectionnisme c'est la Corée du Nord. On a tout entendu pour mieux enfermer les nations dans l'Europe apatride.

Pour les banquiers l'ennemi c'est la nation.

Cordialement

olivier trehard a dit…

La gauche est pilotée par les loges maçonniques et le pouvoir ploutocratique, elle est donc asservie à l'idéologie fédéraliste contre son peuple.

Les journaux propriétés des oligarques considèrent comme d'extrême droite toute réaction patriotique et souverainiste, quitte à encourager en sous main une extrême droite odieuse.

l'enfermement est alors total. (C'est mon analyse pour la France, je n'en sais rien pour la Grèce).

Cordialement

Panagiotis Grigoriou a dit…

La gauche grecque est mal pilotée mais elle poursuit sa tracée dans l'inconnu obligatoire, parfois avec courage et souffrant d'un certain... aveuglement. (La gauche, pas la social-démocratie)

olivier trehard a dit…

Cher Panagiotis,

je ne connais pas la Grèce donc j'aurai tort de transférer ce que je vois en France mécaniquement sur la Grèce. Je suis économiste, je cherche des exemples de réussites dans le monde. Il existe peut-être une revue économique grecque en langue française?
Je n'ai pas encore lu d'économistes souverainistes grecs, comme on a en France des économistes souverainistes et fédéralistes plus ou moins engagés d'ailleurs. Je pèche certainement par ignorance car le débat doit être ouvert en Grèce comme partout.

On peut être de gauche et souverainiste en France (Chevènement) mais la traduction se fait mal en termes d'influence politique. J'imagine qu'en Grèce cela doit aussi être le cas. Je dis cela car la clivage droite/gauche pourrait plus facilement être transcendé si les esprits évoluaient.

Cordialement

En tout cas votre blog est passionnant.


Olivarus

Anonyme a dit…

Bonjour,

Je lis votre blog depuis pas mal de temps maintenant et la situation dans laquelle votre pays est plongé m’écœure depuis bien longtemps et me fait peur quand à l'avenir de votre pays ainsi que de nos pays européens.

Je suis tout aussi sceptique quand à "l'avenir" de ces même autres pays européens avec une telle ligne de conduite politique appliquée sur l'ensemble de l’Europe...tôt ou tard, j'en suis convaincu, ça pétera !

Je veux en venir à cette question où je n'ai toujours pas de réponse...peut-être avez vous des pistes ?

La politique d’austérité :

- crée de la misère
- crée du désespoir
- banalise le fascisme ou autres mouvements extrêmes et dangereux
- crée du chômage en masse

Tout ces ingrédients rassemblés forment un risque d'explosion sociale (comme je l'ai dis plus haut, tôt ou tard il se passera quelque chose).

Nos hommes et femmes politiques sont loin d'être des idiots (j'en suis certain aussi - j'espère ne pas me tromper en affirmant ça).
Donc, je me dis qu'ils doivent connaître ces risques, ils doivent se douter que si ils continuent de "jouer" avec la vie et le travail des gens ils risquent gros sur l'avenir de l'Europe et des pays européens (il suffit de voir les réactions "anti-Europe" de plus en plus présente dans les esprits - normal nous sommes très loin d'une Europe sociale).

D'où cette question :

Qu'espèrent-ils obtenir ? Pensent-ils déjà à l'après ? Est-ce que tout cela est voulu pour obtenir quelque chose de plus important plus tard ?


D'avance merci.

Bien cordialement.

Marc.

Panagiotis Grigoriou a dit…

Je vous remercie pour votre commentaire, ainsi que pour vos remarques, effectivement, si cela a encore un sens (pratique) on peut être de gauche et souverainiste, sans pour autant sombrer dans le nationalisme et ses stéréotypes, l'histoire confirmera ou pas ! Il y a l'économiste Leonidas Vatikiotis, dont certains textes devraient être traduits en français.

Cordialement

Panagiotis Grigoriou a dit…

Je vous remercie de votre commentaire, vous posez une question essentielle à laquelle toute réponse "logique" serait risquée. Le personnel politique est loin d'être "idiot" c'est certain. Je crois que l'U.E., sous l'impulsion d'une partie de ses élites politico-financières organise le monde du futur proche, comme un univers concentrationnaire grandeur nature,c'est à dire adapté à la taille des pays, les uns après les autres. On obtiendra la fin de l'Occident Européen,tel que nous l'avions connu depuis 1945 au moins, et un certain asservissement des peuples ensuite, suivant la géopolitique actuelle et future, d'où la prépondérance de l"Allemagne (et de ses banques) dans ce processus. Il semblerait en tout cas....

Panagiotis Grigoriou a dit…

Tout est possible !

olivier trehard a dit…

"Qu'espèrent-ils obtenir ? Pensent-ils déjà à l'après ? Est-ce que tout cela est voulu pour obtenir quelque chose de plus important plus tard ?"


Question très difficile.


On a essayé de construire l'Europe.




Réponse fédéraliste

J'ai joué au méchant souverainiste. je peux jouer au gentil fédéraliste maintenant.Puisque la classe politique a célébré la grand messe fédéraliste depuis des années sans toujours l'avouer et sans en assumer les conséquences.

Economiquement c'est possible.

Cela suppose que l'Allemagne et les pays nantis de l'Euroland traite la Grèce et cie comme l'Allemagne de l'Ouest a traité l'Allemagne de l'est depuis la chute du mur. A savoir des transferts de plusieurs centaines de milliards d'euros en direction des pays moins développés de la zone, financés par le contribuable de la zone nantie. Personne ne veut le dire car c'est électoralement difficile à vendre et que l'allemand moyen se sent prussien éventuellement mais pas grec ou portugais. Le sentiment patriotique fédéral est une généreuse idée bercée par l'hymne à la joie de Ludwig mais qui se tasse un peu quand on concrétise prosaiquement.

C'est possible, cela veut dire que le fonctionnaire grec touche le même salaire que son collègue berlinois et donc que le pouvoir d'achat du pays est tiré vers le haut par la fonction publique. Le secteur privé lui est en phase de rattrapage du public par le jeu de la consommation des nouveaux nantis. Soit, cela suppose à monnaie unique que la création de richesse par habitant converge entre les deux zones. c'est un pari possible mais pas sûr, en l'absence de convergence certaine il y a problème de balance commerciale à la sortie et donc de compétitivité qui induit à monnaie unique baisse de salaires du plus faible, divergence aggravée. Cela suppose que la solidarité des peuples soit profonde malgré la diversité des langues et des histoires. Que la mobilité soit acquise. Les USA voient leur structure fédérale facilitée par la langue qui permet à un peuple de pionniers de se déplacer à grande distance. pas évident pour la civilisation européenne de mosaiques identitaires très raffinées.

Le fédéralisme est possible, mais il faut aller jusqu'au bout et avoir des règles d'harmonisations sociales, fiscales qui convergent. Autant dire qu'il faut que politiquement les pressions soient cohérentes.

On est en plein inédit. Je ne suis pas sûr que de commencer par la monnaie soit viable. Même sans jouer au cassandre.

A cela se superpose le problème de la création monétaire inconsidérée par les banques et donc le surendettement mais c'est une autre affaire à démêler.

Je ne suis pas sûr que les politiques comprennent bien l'économie.

Réponse timide.

Olivarus

Namurois a dit…

Tout cela est effarant! Si je peux encore comprendre que dans un pays comme la Belgique(pays riche?), on puisse toujours sacrifier autant aux dieux du consumérisme, en ignorant sciemment la lente décrépitude du système et la descente aux enfers de nombre de concitoyens, je ne m'explique pas cette docilité fatale des grecs qui,bien que déjà en enfer, s'accrochent désespérément à l'ancien culte du consumérisme et surtout ses prêtres!
Panagiotis, tu écris dans une de tes réponses: "effectivement, si cela a encore un sens (pratique) on peut être de gauche et souverainiste, sans pour autant sombrer dans le nationalisme et ses stéréotypes.".
Parlant de nationalisme et de stéréotypes, je te livre un scoop dont je viens de parler sur mon blog.
Geertrui Windels se présente au poste de bourgmestre d'une commune belge, sur une liste... nationaliste.
Cela pourrait, par les temps qui courent, paraître banal. Si ce n'est que cette dame est l'épouse d'Herman Van Rompuy, l'homme qui exhorte l'Europe à un sommet contre le populisme et le nationalisme!
Tu vois le niveau de nos dirigeants et la profondeur de leus convictions...

Toutatis a dit…

Toutes ces descriptions me font souvent penser à Dmitri Orlov et à ses prédictions du déclin US (et occidental en général) où il évoque ce qui risque de se passer en se basant sur son expérience de la chute de l'ex URSS. Il distingue "les cinq stades de l'effondrement"
Stade 1 : L'effondrement financier
Stade 2 : L'effondrement commercial
Stade 3 : L'effondrement politique
Stade 4 : L'effondrement social
Stade 5 : L'effondrement culturel
Il note aussi que les conséquences sur la population russe ont été limitées par la résilience de certains aspects du régime communiste, en ce qui concerne en particulier l'approvisionnement en produits de base et la santé. Que se passera-t'il dans des sociétés où cette résilience sera impossible ?

David a dit…

On voit poindre dans le laboratoire grec, ce que les fascistes financiers veulent installer en Europe sous son oeil bienveillant, le 4ème Reich.

La vie se trouve dans ce beau tag “vie où es-tu” sur les murs d’Athènes. Tag de désespoir. Tag d’espoir....

Jacoti a dit…

Une interview en fin de reportage de Roberto Lavagna, ancien ministre de l'économie argentin. Il parle de la Grèce.

http://www.youtube.com/watch?v=DuFE8ATBt7g&feature=player_embedded#!

Magne a dit…

250 OOO Islandais n'ont pas les mêmes problèmes que les 13 000 000 de Grecs , pays ou la main d'oeuvre clandestine pèse en masse sur les travailleurs Grecs pays ou l'industrie est plus que faible
quand à comparer à l'Argentine ou tout ne va pas si bien loin de la voir les dernières manifestations , on n'est absolument pas dans les mêmes problématiques

Panagiotis Grigoriou a dit…

Remarque : en Grèce le stade 5 précède tous les autres !

olivier trehard a dit…

Vous avez en partie raison, il faudrait multiplier les exemples. mais la Grèce a une balance des paiements positive pour le tourisme qui peut se renforcer avec une dévaluation. Donc c'est vrai qu'il y a des différences mais la Grèce a aussi des atouts, ce n'est pas le désert des tartares.

Ce qui est vrai dans les deux cas c'est que la dévaluation n'a pas été la catastrophe annoncée mais la solution et cela ne plait pas à tout le monde. N'attendez pas du système qu'il chante les mérites des islandais, ils ont mis en faillite les banques prédatrices et fait défaut sur les banques étrangères. C'est politiquement incorrect.

Oui c'est vrai l'Argentine n'a pas résolu tous ses problèmes mais regardez de quel gouffre elle vient.

je ne vous vends pas des miracles mais on cherche à vous dire que la sortie de la Grèce de l'euro serait l'apocalypse alors qu'ils sont déjà dedans.

Vous sentez bien que nous sommes en guerre idéologique. Mais n'importe quel économiste honnête doit vous énoncer les avantages et inconvénients des solutions.

Cordialement

Olivarus

olaf a dit…

Désolé, mais le stade 5 succède aux précédents. C'est de la logique matérialiste marxienne. Évidemment loin du platonisme des idées directrices suspendues dans l'éternel.

Anonyme a dit…

En passant :

L’austérité, mais dans le calme par Lordon

http://blog.mondediplo.net/2012-09-19-L-austerite-mais-dans-le-calme

Cré-@ctivement votre

Sinsé

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