vendredi 7 septembre 2012

« La guerre totale »


Epikaira : « la Guerre totale » (06/09)
Certains concepts ont parfois la vie longue et tumultueuse. Ce jeudi (06/09), l'hebdomadaire politique « Epikaira » consacre sa « Une » à la « guerre totale », dessin à l'appui, c'est symboliquement Verdun et Stalingrad à la fois, la dette en prime, remplaçant... dignement le barbelé, et le no man's land, en lieu et place de la cohésion sociale. Il y aurait un peu de l'exagération dans l'air et dans l'air de notre mauvais temps, c'est indéniable.
 
Panneaux publicitaires à l'abandon - Attique 09/2012
Pourtant, la comparaison n'est pas totalement fortuite car nous ressentons désormais et depuis des mois déjà la crise, comme une variante de la guerre, comme une nouvelle « continuation de la politique par d'autres moyens ». J'avais en quelque sorte « communié » dans ce concept durant mes années de « thésard », y compris auprès des spécialistes, rattachés à l'époque à l'Historial de la Grande Guerre de Péronne. Il était alors question de « court vingtième siècle » inauguré par 14-18, et voilà qu'en 2012 Epikaira, revient sur le concept, peut-être aussi, parce que le court XXIe siècle serait déjà inauguré par nos crises et autres... « Chemins des Dames », et ces... Dames sont bien entendu, « nos » banques.
"Nos médias se focalisent sur les manifestations des policiers" - 06/09
Alexis Tsipras recevant les syndicalistes policiers - 06/09
De ce fait, les raisins de saison, sont aussi les raisins de la colère et pas qu'en Corinthe. Timidement mais certainement, les manifestations reprennent à Athènes puis à Salonique à l'occasion de la foire commerciale annuelle. Depuis deux jours et ce matin encore (jeudi 06/09), nos médias se focalisent sur les manifestations des policiers, militaires et pompiers, par une dramatisation de circonstance. C'est vrai que des policiers-manifestants bloqués devant le Parlement par les CRS est certes une image rare, mais elle ne résumerait pas notre crise à elle seule je crois. Parallèlement, le personnel hospitalier ont annoncé des débrayages, ainsi que (pour une première fois) les magistrats. L'Ordre des avocats du pays, ainsi que celui des ingénieurs, par le biais de certains de leurs membres, ont saisi la Cour Européenne des Droits de l'Homme à Strasbourg, « puisque l'application du Mémorandum, porte attente au droit à la propriété des citoyens grecs, étant donné que la notion de « propriété » comporte de fait, les retraites et les salaires, amputés ainsi et de manière durable, ce qui serait en contradiction avec l'Article 1, du Protocole additionnel au Traité Européen des Droits de l'Homme » (hebdomadaire satyrique To Pontiki, 06/09).

Les militaires annoncent une journée d'action et de manifestations à travers toute la Grèce pour le 13/09, et le Ministère organise des réunions d'urgence, où des officiers « instructeurs » de haut rang, font le tour des casernes pour convaincre les récalcitrants du bien fondé des baisses des salaires. « Non, qu'il aillent se faire f... - a déclaré un officier athénien devant ses amis récemment - je dirai ce que je pense haut et fort et je n'ai pas peur des sanctions. Ces officiers qui nous contactent déjà un par un, afin de nous faire plier sont des marionnettes et des escrocs. Au moment de la retraite ils n'oseront pas franchir la porte des nos associations. Durant toutes ces années fastes de la grande fête, ceux du dehors [les civils] ont bien rempli leurs poches, pas nous, sauf les gradés engraissés par les vendeurs d'armes de toute nationalité. Qu'ils nous laissent tranquilles à présent ces politiques. De toute manière, cette démocratie est plutôt une démocratie oligarchique ». Au même moment, le député Aubedorien Christos Pappas, a souligné depuis le Parlement que « Samaras est un Pinocchio politique (...) sauf que le terrorisme ne passera pas car nous y répondrons par l'assaut (sic) » (quotidien Proto Thema 07/09). Notons qu'un éditorialiste de la revue Unfollow (09/2012), écrivant sous pseudonyme, estime « que Themos Anastasiadis et son journal Proto Thema incarne le rôle de l'hagiographe de l'Aube dorée, cette organisation politique néonazie, néfaste et indigne, jamais apparue en Grèce depuis le temps de l'Occupation. » Et pour mieux... appréhender les... génomes de l'histoire, je note que Christos Pappas lui-même sur son blog, se vante de sa famille « de prêtres et de militaires et de [son] père, le Général de division Ilias Pappas, qui fut un proche collaborateur de Georges Papadopoulos (sic) » (Georges Papadopoulos, chef des Colonels en 1967). Et ce vendredi, l'autre député Aubedorien, Kasidiaris, n'a pas été jugé, bénéficiant de son statut de parlementaire, finalement... l'oligarchie démocratique peut être utile quelque part. Sauf aux retraités du pays par exemple.

"400 retraités ont ainsi surpris le service d'ordre..." - Source : newsite.gr
Cette semaine, 400 retraités ont ainsi surpris le service d'ordre du Ministère de la santé s'introduisant dans ses locaux, et leur acte, bien que symbolique a eu un retentissement énorme, et pour une fois les médias ont laissé un peu de place à nos retraités. L'autre grande nouvelle en gestation ces derniers jours, fut la « bande annonce », c'est à dire le mail ou selon d'autres versions originales disponibles, le « non paper » des Troïkans sur le retour à la semaine des 6 jours de travail dans le secteur privé, sans augmentation de salaire, c'est un truisme que de le rappeler. Indéniablement on progresse : « Nous avons été tétanisés au boulot rien que d'y penser. Nos claviers ont chauffé toute la journée, à la pose café, Aris a même proposé d'y installer son lit au bureau, Alexandra a aussitôt renchéri qu'il s'agira plutôt de son lit de mort et personne n'a rigolé. Nous avons quitté les locaux de notre entreprise en courant », m'a confié lundi un ami qui travaille encore. Les médias du vent mauvais nous annoncent par la même occasion que « le chômage a encore fait un bond ce dernier mois d'Août, pratiquement 25% et c'est le taux officiel, c'est préoccupant » (journal de minuit télévision « Mega » 07/09), plus une récession... totale de 7% cette année, digne d'une économie en guerre. 
 
"La crise frappe partout, les sans domicile..." - Athènes 09/2012
La crise frappe partout, les sans domicile, encore plus nombreux en ce temps de « rentrée », occupent les derniers squares « libres », les trottoirs ou les bancs publiques, nul ne se sent à l'abri finalement. Car il ne s'agit plus que de perdre son travail « tout simplement », mais c'est le sol qui se dérobe sous nos pieds. Sous le titre évocateur « La Guerre civile ante portas », Lefteris Charalambous, rapporte une scène vécue sur une plage Égéenne durant l'été le plus court de la décennie : « (…) Deux amis analysent le prix de la chaise longue demeurée inchangée malgré la crise (…) Le premier, dont l'argumentaire se situe bien à gauche dénonce un système de santé et d'éducation inexistants, le second, déjà au chômage et sachant que la fin de ses maigres indemnités n'est plus si loin, affirme qu'il leur faut des baffes pour qu'ils deviennent enfin raisonnables (…) Crise, chômage, pauvreté, scandales, situation extrême, décisions extrêmes. La scène théâtrale des années 1930 est de retour et sans tarder. Le phénomène fini par être paradoxalement bien acceptable par les gens qui accumulent de la haine et réclament du sang. Allons-nous vers une guerre ? Certains prétendent que nous sommes déjà en guerre économique. D'autres par contre, insistent : la guerre civile est ante portas. » (revue mensuelle Unfollow – 09/2012). Ce midi (07/09), une alerte à la bombe a été donnée concernant une banque située sur la Place Syntagma, puis en Thessalie, dans la région de Trikala plus précisément, des automobilistes sont attaqués durant la nuit pour ensuite subir un vol, les retraités du département sont terrorisés, rien que d'y penser. Décidément, les retraités n'ont plus de chance dans ce pays et des chômeurs, n'en parlons plus.

Salamine 09/2012
Mon ami journaliste, au chômage déjà depuis plus d'un an, devient dubitatif : « Nous ne savons pas sur quel pied danser on se mord la queue et bientôt la tête. Je me suis rendu au bureau de Mikhalis, un ancien collègue. Nous nous partagions le même local, d'ailleurs minuscule, pendant dix ans, au sein du journal F. Il n'a pas voulu me recevoir, sa secrétaire prétendit qu'il était trop occupé. Je me suis senti à la fois inutile et forcement humilié, donc, je commence tout juste à réaliser le sens profond de la crise. Parmi nous, les plus mauvais voient leur cas s'aggraver, et ils deviennent des Aubedoriens, tandis que les bons deviennent mauvais à leur tour. C'est une très mauvaise spirale. Heureusement, qu'un autre ancien collègue travaillant à présent au même journal que Mihalis est venu me consoler. Au bout du chemin je ne vois que la mort, il n'y a plus d'autre mot. Entre temps, je sens que je téléphonerai à Mikhalis lui demandant de me mettre de côté les journaux déjà lus utilisés au sein de sa rédaction. Ce n'est pas pour les lire, mais pour découper les coupons alimentaires que certains quotidiens offrent à leurs lecteurs. Tu sais, on les découpe de la première page et selon le jour, c'est un, ou deux euros de courses offerts, à effectuer auprès des enseignes. C'est vraiment tomber trop bas que d'en arriver là, qu'en penses-tu ? »
Salamine 09/2012 (en face l'île d'Égine)
"La dernière pastèque..." - 09/2012
 J'ai préféré ne plus penser. J'ai accompagné mon ami et sa famille sur une plage de Salamine pour changer d'air et plonger ailleurs que dans la dépression, effectivement il va mieux. Nous avons partagé aussi la dernière pastèque de l'été 2012 acheté la veille au marché, pour 0,49 euros le kilo. J'ai aussitôt téléphoné à des amis du réseau plus vaste, pour déterminer ce qui serait encore réalisable ou même théoriquement envisageable dans sa branche. Rien n'est évident à présent, on le sait. Il y a encore six mois, mon ami était de toutes les manifestations, plus maintenant. Le chômage serait finalement une arme redoutable pour ne pas dire totale. Dans un sens les journalistes de l'hebdomadaire Epikaira n'ont pas eu tort.

Athènes - 09/2012
Nous vivons une fin sans fin. À gauche certains tirent la sonnette d'alarme, le tout est à savoir si ils se trouvent encore à bord du train qui de toute façon déraille. Nous poursuivons certes encore nos habitudes comme si de rien n'était, tout y est, mais d'abord le vide. Pourtant, la sonnette reste audible, surtout que le monde de la gauche sait qu'en arrière fond de toutes nos discussions il y a un trouble indéterminé. En tout cas, les syndicats historiquement corrompus et trop... « systématiquement » combatifs GSEE (Union Syndicale des Travailleurs) et ADEDY (Fonction publique) appellent à manifester à Salonique samedi prochain. On sait maintenant que le plus souvent, ils ont incarné le rôle de la soupape de décompression pour ce qui est de la vapeur sociale. Mais on n'admettra pas aussi facilement que les carottes sont déjà cuites pourtant. À part ces deux syndicats, tout un monde qui lutte véritablement, appelle également à manifester à Salonique et ailleurs. Peut-on dire que nous repartirons dans le sens de la protestation active ? Disons que c'est toujours probable. Alexis Tsipras de Syriza a déclaré à la télévision (06/05) que « la manifestation des policiers est une brèche ouverte sur la muraille au système » (je cite de mémoire), le temps le dira, mais Mikis Theodorakis a réprimandé publiquement le jeune Alexis « pour son manque de flexibilité dans la mise en œuvre échouée d'un front anti-mémorandum de gauche mais ce n'est jamais trop tard », selon Mikis.

Les syndicats GSEE - ADEDY appellent à manifester à Salonique - 09/2012
Le chef de la Gauche radicale (Syriza) déclare de son côté qu'il a « peur de l'aliénation causée par le pouvoir », supposons qu'il arrive aux commandes. « La mise en place d'une Europe fédérale sous l'hégémonie allemande par une politique néo-libérale monétariste exige des décisions courageuses et rapides : créer de l'argent [injecté dans l'économie], une politique monétaire agressive, l'obligation faite à BCI pour qu'elle garantisse l'ensemble de la dette, voire l'annulation des dettes » (interview à la revue Unfollow, Septembre 2012).

"Jeudi soir (06/09), les télévisions... autorisées..."
Jeudi soir (06/09), les télévisions... autorisées ont présenté cette... pâle copie du programme Syrizien, c'est à dire la conférence de Mario Draghi comme une grande avancée pour ne pas dire une victoire. Ces mesures marquent une victoire de fait pour les thèses de la Bundesbank apparemment mais les journalistes prédisent « qu'il s'agit d'un grande avancée ». Dans les cafés, les gens s'approchèrent des postes de télévision pour mieux entendre, mais sans y croire, le temps de la naïveté est visiblement révolu.

"Dans Athènes et sur ses murs..." (09/2012)

"Brochette de viande..."
"Vélo à vendre 190 euros, acheté 480 euros"
Dans Athènes et sur ses murs et autres « surfaces totales », « à vendre », « à louer », « soutien scolaire » et enfin du Zola, Thérèse Raquin au théâtre qui porte le nom de son grand initiateur, Karolos Koun (1908-1987). De la « littérature putride » selon certains dès cette lointaine époque. 

"Thérèse Raquin au théâtre"
 

1 commentaire:

Anonyme a dit…

J'ai le "déplaisir" de vous lire chaque semaine depuis 2011 puisque vous êtes une des rares personnes à rendre compte de ce que vous voyez tous les jours dans la rue. Déplaisir, en raison de la situation que vous décrivez avec hélas surement beaucoup de justesse. Cependant je m'interroge particulièrement sur la décrépitude du système de santé, vous parliez de la probable suppression du tiers payant par le gouvernement et du déconventionnement unilatéral des pharmaciens. Qu'en est il aujourd'hui ? Les pharmaciens ne recevant plus d'argent des caisses de sécurité sociale n'avaient surement pas le choix s'ils veulent tenir quelques mois-années de plus. Mais il est probable que les grossistes en profitent pour faire exploser les prix en faisant "déréguler" les prix fixés normalement par l'Etat ?

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