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| Epikaira : « la Guerre totale » (06/09) |
Certains
concepts ont parfois la vie longue et tumultueuse. Ce jeudi (06/09),
l'hebdomadaire politique « Epikaira »
consacre sa « Une » à la « guerre totale »,
dessin à l'appui, c'est symboliquement Verdun et Stalingrad à la
fois, la dette en prime, remplaçant... dignement le barbelé, et le
no man's land, en
lieu et place de la cohésion sociale.
Il y aurait un peu de l'exagération dans l'air et dans l'air de
notre mauvais temps, c'est indéniable.
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| Panneaux publicitaires à l'abandon - Attique 09/2012 |
Pourtant, la comparaison
n'est pas totalement fortuite car nous ressentons désormais et
depuis des mois déjà la crise, comme une variante de la guerre,
comme une nouvelle « continuation de la politique par d'autres
moyens ». J'avais en quelque sorte « communié »
dans ce concept durant mes années de « thésard », y
compris auprès des spécialistes, rattachés à l'époque à
l'Historial de la Grande Guerre
de Péronne. Il était alors question de « court vingtième
siècle » inauguré par 14-18, et voilà qu'en 2012 Epikaira,
revient sur le concept, peut-être aussi, parce que le court XXIe
siècle serait déjà inauguré par nos crises et autres... « Chemins
des Dames », et ces... Dames sont bien entendu, « nos »
banques.
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| "Nos médias se focalisent sur les
manifestations des policiers" - 06/09 |
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| Alexis Tsipras recevant les syndicalistes policiers - 06/09 |
De
ce fait, les raisins de saison, sont aussi les raisins de la colère
et pas qu'en Corinthe. Timidement mais certainement, les
manifestations reprennent à Athènes puis à Salonique à l'occasion
de la foire commerciale annuelle. Depuis deux jours et ce matin
encore (jeudi 06/09), nos médias se focalisent sur les
manifestations des policiers, militaires et pompiers, par une
dramatisation de circonstance. C'est vrai que des
policiers-manifestants bloqués devant le Parlement par les CRS est
certes une image rare, mais elle ne résumerait pas notre crise à
elle seule je crois. Parallèlement, le personnel hospitalier ont
annoncé des débrayages, ainsi que (pour une première fois) les
magistrats. L'Ordre des avocats du pays, ainsi que celui des
ingénieurs, par le biais de certains de leurs membres, ont saisi la
Cour Européenne des Droits de l'Homme à Strasbourg, « puisque
l'application du Mémorandum, porte attente au droit à la propriété
des citoyens grecs, étant donné que la notion de « propriété »
comporte de fait, les retraites et les salaires, amputés ainsi et de
manière durable, ce qui serait en contradiction avec l'Article 1, du
Protocole additionnel au Traité Européen des Droits de l'Homme »
(hebdomadaire satyrique To
Pontiki, 06/09).
Les
militaires annoncent une journée d'action et de manifestations à
travers toute la Grèce pour le 13/09, et le Ministère organise des
réunions d'urgence, où des officiers « instructeurs »
de haut rang, font le tour des casernes pour convaincre les
récalcitrants du bien fondé des baisses des salaires. « Non,
qu'il aillent se faire f... -
a déclaré un officier athénien devant ses amis récemment - je
dirai ce que je pense haut et fort et je n'ai pas peur des sanctions.
Ces officiers qui nous contactent déjà un par un, afin de nous
faire plier sont des marionnettes et des escrocs. Au moment de la
retraite ils n'oseront pas franchir la porte des nos associations.
Durant toutes ces années fastes de la grande fête, ceux du dehors
[les civils] ont bien
rempli leurs poches, pas nous, sauf les gradés engraissés par les
vendeurs d'armes de toute nationalité. Qu'ils nous laissent
tranquilles à présent ces politiques. De toute manière, cette
démocratie est plutôt une démocratie oligarchique ».
Au même moment, le député Aubedorien Christos Pappas, a souligné
depuis le Parlement que « Samaras
est un Pinocchio politique
(...) sauf que le
terrorisme ne passera pas car nous y répondrons par l'assaut
(sic) » (quotidien Proto
Thema 07/09).
Notons qu'un éditorialiste de la revue Unfollow
(09/2012), écrivant sous pseudonyme, estime « que
Themos Anastasiadis et son journal Proto Thema incarne le rôle de
l'hagiographe de l'Aube dorée, cette organisation politique
néonazie, néfaste et indigne, jamais apparue en Grèce depuis le
temps de l'Occupation. »
Et pour mieux... appréhender les... génomes de l'histoire, je note
que Christos Pappas lui-même sur son blog, se vante de sa famille
« de prêtres et
de militaires et de
[son] père, le
Général de division Ilias Pappas, qui fut un proche collaborateur
de Georges Papadopoulos
(sic) » (Georges Papadopoulos, chef des Colonels en 1967). Et
ce vendredi, l'autre député Aubedorien, Kasidiaris, n'a pas été
jugé, bénéficiant de son statut de parlementaire, finalement...
l'oligarchie démocratique peut être utile quelque part. Sauf aux
retraités du pays par exemple.
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| "400 retraités ont ainsi surpris le service d'ordre..." - Source : newsite.gr |
Cette
semaine, 400 retraités ont ainsi surpris le service d'ordre du
Ministère de la santé s'introduisant dans ses locaux, et leur acte,
bien que symbolique a eu un retentissement énorme, et pour une fois
les médias ont laissé un peu de place à nos retraités. L'autre
grande nouvelle en gestation ces derniers jours, fut la « bande
annonce », c'est à dire le mail ou selon d'autres versions
originales disponibles, le « non
paper » des
Troïkans sur le retour à la semaine des 6 jours de travail dans le
secteur privé, sans augmentation de salaire, c'est un truisme que de
le rappeler. Indéniablement on progresse : « Nous
avons été tétanisés au boulot rien que d'y penser. Nos claviers
ont chauffé toute la journée, à la pose café, Aris a même
proposé d'y installer son lit au bureau, Alexandra a aussitôt
renchéri qu'il s'agira plutôt de son lit de mort et personne n'a
rigolé. Nous avons quitté les locaux de notre entreprise en
courant », m'a
confié lundi un ami qui travaille encore. Les médias du vent
mauvais nous annoncent par la même occasion que « le
chômage a encore fait un bond ce dernier mois d'Août, pratiquement
25% et c'est le taux officiel, c'est préoccupant »
(journal de minuit télévision « Mega » 07/09), plus une
récession... totale de 7% cette année, digne d'une économie en
guerre.
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| "La
crise frappe partout, les sans domicile..." - Athènes 09/2012 |
La
crise frappe partout, les sans domicile, encore plus nombreux en ce
temps de « rentrée », occupent les derniers squares
« libres », les trottoirs ou les bancs publiques, nul ne
se sent à l'abri finalement. Car il ne s'agit plus que de perdre son
travail « tout simplement », mais c'est le sol qui se
dérobe sous nos pieds. Sous le titre évocateur « La
Guerre civile ante
portas », Lefteris Charalambous, rapporte une scène vécue sur
une plage Égéenne durant l'été le plus court de la décennie :
« (…) Deux
amis analysent le prix de la chaise longue demeurée inchangée
malgré la crise (…)
Le premier, dont
l'argumentaire se situe bien à gauche dénonce un système de santé
et d'éducation inexistants, le second, déjà au chômage et sachant
que la fin de ses maigres indemnités n'est plus si loin, affirme
qu'il leur faut des baffes pour qu'ils deviennent enfin raisonnables
(…) Crise, chômage,
pauvreté, scandales, situation extrême, décisions extrêmes. La
scène théâtrale des années 1930 est de retour et sans tarder. Le
phénomène fini par être paradoxalement bien acceptable par les
gens qui accumulent de la haine et réclament du sang. Allons-nous
vers une guerre ? Certains prétendent que nous sommes déjà en
guerre économique. D'autres par contre, insistent : la guerre
civile est ante portas. »
(revue mensuelle Unfollow
– 09/2012). Ce midi (07/09), une alerte à la bombe a été donnée
concernant une banque située sur la Place Syntagma, puis en
Thessalie, dans la région de Trikala plus précisément, des
automobilistes sont attaqués durant la nuit pour ensuite subir un
vol, les retraités du département sont terrorisés, rien que d'y
penser. Décidément, les retraités n'ont plus de chance dans ce
pays et des chômeurs, n'en parlons plus.
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| Salamine 09/2012 |
Mon
ami journaliste, au chômage déjà depuis plus d'un an, devient
dubitatif : « Nous
ne savons pas sur quel pied danser on se mord la queue et bientôt la
tête. Je me suis rendu au bureau de Mikhalis, un ancien collègue.
Nous nous partagions le même local, d'ailleurs minuscule, pendant
dix ans, au sein du journal F. Il n'a pas voulu me recevoir, sa
secrétaire prétendit qu'il était trop occupé. Je me suis senti à
la fois inutile et forcement humilié, donc, je commence tout juste à
réaliser le sens profond de la crise. Parmi nous, les plus mauvais
voient leur cas s'aggraver, et ils deviennent des Aubedoriens, tandis
que les bons deviennent mauvais à leur tour. C'est une très
mauvaise spirale. Heureusement, qu'un autre ancien collègue
travaillant à présent au même journal que Mihalis est venu me
consoler. Au bout du chemin je ne vois que la mort, il n'y a plus
d'autre mot. Entre temps, je sens que je téléphonerai à Mikhalis
lui demandant de me mettre de côté les journaux déjà lus utilisés
au sein de sa rédaction. Ce n'est pas pour les lire, mais pour
découper les coupons alimentaires que certains quotidiens offrent à
leurs lecteurs. Tu sais, on les découpe de la première page et
selon le jour, c'est un, ou deux euros de courses offerts, à
effectuer auprès des enseignes. C'est vraiment tomber trop bas que
d'en arriver là, qu'en penses-tu ? »
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| Salamine 09/2012 (en face l'île d'Égine) |
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| "La
dernière pastèque..." - 09/2012 |
J'ai
préféré ne plus penser. J'ai accompagné mon ami et sa famille sur une
plage de Salamine pour changer d'air et plonger ailleurs que dans la
dépression, effectivement il va mieux. Nous avons partagé aussi la
dernière pastèque de l'été 2012 acheté la veille au marché,
pour 0,49 euros le kilo. J'ai aussitôt téléphoné à des amis du
réseau plus vaste, pour déterminer ce qui serait encore réalisable
ou même théoriquement envisageable dans sa branche. Rien n'est
évident à présent, on le sait. Il y a encore six mois, mon ami
était de toutes les manifestations, plus maintenant. Le chômage
serait finalement une arme redoutable pour ne pas dire totale. Dans
un sens les journalistes de l'hebdomadaire Epikaira
n'ont pas eu tort.
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| Athènes - 09/2012 |
Nous
vivons une fin sans fin. À gauche certains tirent la sonnette
d'alarme, le tout est à savoir si ils se trouvent encore à bord du
train qui de toute façon déraille. Nous poursuivons certes encore
nos habitudes comme si de rien n'était, tout y est, mais d'abord le
vide. Pourtant, la sonnette reste audible, surtout que le monde de la
gauche sait qu'en arrière fond de toutes nos discussions il y a un
trouble indéterminé. En tout cas, les syndicats historiquement
corrompus et trop... « systématiquement » combatifs GSEE
(Union Syndicale des Travailleurs) et ADEDY (Fonction publique)
appellent à manifester à Salonique samedi prochain. On sait
maintenant que le plus souvent, ils ont incarné le rôle de la
soupape de décompression pour ce qui est de la vapeur sociale. Mais
on n'admettra pas aussi facilement que les carottes sont déjà
cuites pourtant. À part ces deux syndicats, tout un monde qui lutte
véritablement, appelle également à manifester à Salonique et
ailleurs. Peut-on dire que nous repartirons dans le sens de la
protestation active ? Disons que c'est toujours probable. Alexis
Tsipras de Syriza a déclaré à la télévision (06/05) que « la
manifestation des policiers est une brèche ouverte sur la muraille
au système »
(je cite de mémoire), le temps le dira, mais Mikis Theodorakis a
réprimandé publiquement le jeune Alexis « pour
son manque de flexibilité dans la mise en œuvre échouée d'un
front anti-mémorandum de gauche mais ce n'est jamais trop tard »,
selon Mikis.
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| Les syndicats GSEE - ADEDY appellent à manifester à Salonique - 09/2012 |
Le
chef de la Gauche radicale (Syriza) déclare de son côté qu'il a
« peur de
l'aliénation causée par le pouvoir »,
supposons qu'il arrive aux commandes. « La
mise en place d'une Europe fédérale sous l'hégémonie allemande
par une politique néo-libérale monétariste exige des décisions
courageuses et rapides : créer de l'argent
[injecté dans l'économie], une
politique monétaire agressive, l'obligation faite à BCI pour
qu'elle garantisse l'ensemble de la dette, voire l'annulation des
dettes »
(interview à la revue Unfollow, Septembre 2012).
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| "Jeudi
soir (06/09), les télévisions... autorisées..." |
Jeudi
soir (06/09), les télévisions... autorisées ont présenté
cette... pâle copie du programme Syrizien, c'est à dire la
conférence de Mario Draghi comme une grande avancée pour ne pas
dire une victoire. Ces mesures marquent une victoire de fait pour les
thèses de la Bundesbank apparemment mais les journalistes prédisent
« qu'il s'agit
d'un grande avancée ».
Dans les cafés, les gens s'approchèrent des postes de télévision
pour mieux entendre, mais sans y croire, le temps de la naïveté est
visiblement révolu.
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| "Dans
Athènes et sur ses murs..." (09/2012) |
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| "Brochette de viande..." |
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| "Vélo à vendre 190 euros, acheté 480 euros" |
Dans
Athènes et sur ses murs et autres « surfaces totales »,
« à vendre », « à louer », « soutien
scolaire » et enfin du Zola, Thérèse Raquin au théâtre
qui porte le nom de son grand initiateur, Karolos
Koun (1908-1987). De la « littérature putride »
selon certains dès cette lointaine époque.
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| "Thérèse Raquin au théâtre" |
1 commentaire:
J'ai le "déplaisir" de vous lire chaque semaine depuis 2011 puisque vous êtes une des rares personnes à rendre compte de ce que vous voyez tous les jours dans la rue. Déplaisir, en raison de la situation que vous décrivez avec hélas surement beaucoup de justesse. Cependant je m'interroge particulièrement sur la décrépitude du système de santé, vous parliez de la probable suppression du tiers payant par le gouvernement et du déconventionnement unilatéral des pharmaciens. Qu'en est il aujourd'hui ? Les pharmaciens ne recevant plus d'argent des caisses de sécurité sociale n'avaient surement pas le choix s'ils veulent tenir quelques mois-années de plus. Mais il est probable que les grossistes en profitent pour faire exploser les prix en faisant "déréguler" les prix fixés normalement par l'Etat ?
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