mardi 14 août 2012

Un été « Alien »


Le ferry - port d'Hermoupolis 10/08
En ce mois d'Août, nous allons de surprise en rebondissement, car entre ses deux lunes les événements se télescopent. Puis les Cyclades décidément, font une fois de plus l'actualité des faits divers, invariablement issus de la crise ou ressentis comme tels. Après « l'ogre », voilà les braqueurs-assassins, toujours à Paros. À bord du ferry qui nous emmena depuis Syros au Pirée, cap vers le nord-ouest, toutes les postes de télévisions allumés, le deuxième drame de Paros tournait en boucle alimentant le gros temps et ses hypothèques sur notre futur immédiat.

"Un lecteur du journal Avgi à bord du ferry de la compagnie bleue"

Se sentir finalement entouré... de tant de nouvelles tragiques et inquiétantes en provenance de la Cyclade d'en face par exemple, en plus de toutes les autres méritant évidemment encore notre attention, nous renvoie inexorablement à un état d'urgence permanent. C'est ainsi que l'atténuation de ce qui reste de notre sens critique, est vraisemblablement une mutation de plus. D'ailleurs, l'opinion dite courante prétend que cette dernière (mutation) ne serait pas (encore) le « stade ultime de notre chute », puisque « nous n'avons encore rien vu ». Paroles de passagers un vendredi à bord du ferry de la compagnie bleue, au large de l'île de Gyaros, une île de déportation du temps de l'autre dictature. Je crois savoir que sur le pont de la proue du navire, seul un couple lisant le journal Avgi (de la Gauche Radicale), eut une pensée pour cette autre histoire de l'archipel Égéen, celui des îles synonymes d'exil, parmi elles, Mykonos et Santorin par exemple. Depuis, et par un formidable renversement des considérations, le milieu répulsif des Cyclades d'autrefois, est devenu synonyme de toutes les attirances et des douceurs. Sauf que les braqueurs de l'agence d'Alpha Bank à Naoussa au nord de Paros, « une bande qui aurait agi aussi ailleurs, à Athènes et sur l'île de Spetses ces derniers mois » selon les suppositions de la Police, ont tiré sur un chauffeur de taxi qui avait tenté de les empêcher de fuir lors de cambriolage de la banque. Le malheureux chauffeur, gendre par ailleurs d'une chanteuse illustre est mort sur le coup. Depuis, on recherche des suspects à Paros et jusqu'aux petites Cyclades, à Naxos et même du côté de Syros. Le reportage à la télévision suggère plutôt « que les malfrats seraient des étrangers, Albanais peut-être ou sinon, la bande criminelle est mixte... Grecs et autres ». On prêche déjà chez les convaincus. Paroles... en mer !

Archipel Égéen - 10/08
Deux passagers commentant ainsi la nouvelle, se sont même prononcés en faveur... de la « suppression des étrangers, car en tout cas ils doivent dégager (sic), car ce problème a pris des proportions incroyables ». Entre temps, « on passe à l'acte » et de façon visible même à la télévision. Le ministre de la Protection du Citoyen (ça ne s'invente pas), vient de déplorer la mise à mort d'un immigré d'origine irakienne et promet « la mise en place du dispositif nécessaire pour arrêter et punir les auteurs de ce crime raciste ». C'était dans la nuit du samedi à dimanche, lorsque cinq motards ont piégé leur victime aux alentours de la Place Omonia au centre d'Athènes. Le Modus operandi est connu, « rodé », et pour tout dire assez fréquent. J'ai assisté à une scène analogue rue d'Athéna il y a deux mois en plein jour. Les « assaillants » n'avaient pas pu « insister » car une partie (mais une partie seulement) de la foule avait alors tenté de s'y opposer. Mais hier la victime poignardée est finalement décédée à l'hôpital quelques heures après. Dimanche également, d'autres chasses à l'homme immigré ont été organisées à l'Ouest du pays tandis qu'en Crète des violences « ont éclaté » entre certains Grecs et immigrés. Puis, toujours à Paros, lors d'une bagarre entre Italiens et Grecs, un habitant de la Botte a été poignardé.
Vari - Syros 09/08
Syros 09/08
Ces « faits divers d'envergure » et tous les autres « de petite portée » de ces dernières semaines, participent à la densification de notre temps politique. On le sent dans la poussière sociale plus mauvaise que d'habitude et que l'étésien, ce vent appelé melteme, n'arrive plus à dissiper. Les élections de juin donnent l'impression d'avoir eu lieu il y a deux ans et de ce fait, le « gouvernement » semble être usé à peine arrivé aux commandes. Mais les manettes, en ce quatrième niveau du video game nommé mémorandum, sont de plus en plus difficiles à manier, le jeu même, s'avère périlleux pour tous. Pour les immigrés et les Grecs devenus vulnérables à leur tour, pour les jeunes qui ne travaillent plus, pour les vieux qui cachent leurs économies restantes sous le matelas, et enfin, pour le « matelas protecteur » du nouveau gouvernement, imaginé par Samaras. Même les bancocrates attitrés, « nos » Troïkans doivent dans un sens trouver le jeu périlleux, ainsi, ils veulent tout privatiser à la hâte, le temps presse aussi alors pour eux. Aux dernières nouvelles, ils exercent toutes les pressions possibles et imaginables pour (enfin) autoriser les banques à vendre aux enchères plus de 100.000 biens immobiliers saisis pour dettes (essentiellement des habitations) et ceci, le plus rapidement possible. La Troïka souhaite ainsi faire baisser et de manière spectaculaire, les prix pratiqués dans l'immobilier. Lorsqu'on dit que le pays est bradé, cela doit s'appliquer partout.

Port d'Hermoupolis 10/08
Les salariés restants d'ailleurs le savent déjà fort bien car certains, après licenciement, se voient proposer par leurs patrons leurs anciens postes, néanmoins, suivant une nouvelle formule : « Tu gagnais 800 euros par mois, maintenant que tu touches 350 euros de chômage viens donc reprendre ton travail mais en non déclaré, tu seras payé 450 euros pour ainsi égaliser ton ancien salaire », sans charges et cotisations, ni statut légal bien entendu. C'est ainsi que le travail non déclaré ou déclaré mais peu rémunéré, 380 euros par mois par exemple, devient progressivement la règle du video game (voir par exemple le reportage du journal Avgi de ce dimanche sous le titre : « Le droit non-exprimé des travailleurs »). 

C'est ainsi que chronos s'accélère et topos se rétrécit dans une promiscuité sociale et symbolique sans précédent. La guerre des pauvres et celle contre les appauvris (la même en somme), est sur le point de commencer, la criminalité explose, mêlée à une ethnicisation certaine, les médias en font un plat et nous picorons tous dans l'assiette, de gré ou de force. Ni société, ni civisme, ni démocratie. Téléviseur allumé donnant le ton du quotidien : « Deux retraitées ont été ligotées par des malfrats étrangers chez elles dans les quartiers sud d'Athènes (…) puis c'est par la force de la prière, que la pluie est tombée assez soutenue sur le Mont Athos, réduisant considérablement l'incendie qui sévissait depuis plus de trois jours », selon le journal télévisé dimanche dernier sur la chaine publique ET3, avant un sujet sur le prix de l'essence frôlant les deux euros le litre. On aura donc du mal... à s'enflammer l'hiver prochain.

Nos jeunes également auront du mal à s'enflammer désormais pour un rien, déjà ils ne se retrouvent plus entre eux  : « Nous ne sommes plus aussi sociables qu'avant, nous ne buvons plus notre café dehors, même lorsque nous travaillons nous ne pouvons plus partir un peu, passer un week-end à la campagne par exemple, tout devient difficile à réaliser même en scooter (…) Je retrouve mes ami(e)s via Internet et sur facebook, je reste cloîtrée chez moi, je ne sors plus, je ne peux plus rien faire dehors ni partager... nos amitiés et nos échanges sont de plus en plus électroniques car autrement nous n'existons plus » (témoignages de jeunes de Salonique – ET3 12/08).

"L'appartement de nos amis était fait cambriolé" - Athènes 10/08
Dans ce même ordre nouveau, et en revenant sur Athènes depuis Syros, nous avons constaté que l'appartement de nos amis était fait cambriolé. Cela nous a pris toute la nuit pour le ranger et... constater. Les policiers nous ont expliqué que c'était le douzième cas similaire dans la journée du vendredi. « Ce n'est pas la peine de relever les empreintes, cela ne servira à rien. Vous savez c'est Août plus la crise, comme chaque année pendant l'été, les cambrioleurs profitent de l'absence des propriétaires... mais cet été c'est l'apocalypse... passez au commissariat déposer plainte après avoir établi une liste des objets perdus par exemple, cela n'est pas urgent ». Mes amis ont perdu deux ordinateurs relativement anciens, des vêtements, un appareil photo et tout le bénéfice des vacances à Syros. Me concernant, j'ai perdu une ceinture acheté aux puces d'Athènes en 2009 ! Les voisins d'immeuble ont été formels et pour une fois, bien trop bavards avec nous : « Nous n'avons rien remarqué, pas un seul bruit mais il y a une semaine, des travaux ont été réalisés dans les parties communes de l'immeuble. Les ouvriers forcement immigrés ont sans doute repéré les appartements fermés et vulnérables, c'est certain. D'ailleurs comme vous savez, notre appartement a été cambriolé il y a un an après travaux similaires, on connait la musique... la situation est incontrôlable ». Nos existences deviennent vulnérables, puis cloitrées et pour finir, intenables. Les marxistes auraient pu parler d'aliénation, sauf qu'il n'avaient pas prévu... internet à temps.

En Thessalie - 11/08

Ce midi à Trikala en Thessalie, j'ai voulu mettre dix litres d'essence chez Miltiade, un ancien camarde de classe devenu pompiste. « Je ne vends plus d'essence, c'est terminé, je me retire du marché, je lave des voitures disons pour le moment, et c'est pour dire enfin quelque chose surtout. Je ne sais plus comment rebondir, c'est la faillite ». Donc j'ai dû continuer sur la rocade pour m'arrêter à la pompe suivante. C'est ainsi que je suis encore passé devant un magasin d'outillage nommé « Alien », impossible de savoir si c'est à cause du septième art que son propriétaire a choisi ce nom pour son enseigne il y a déjà plusieurs années. Mais c'est enfin maintenant que sa... prophétie marchande se concrétise et de toute façon, il n'est pas marxiste (la prophétie peut-être non plus). Juste à côté, une autre enseigne propose des photovoltaïques et du bois de chauffage. Je note que le bois de chauffage est déjà la préoccupation dans le département de Trikala, en altitude dans sa partie montagneuse du mais aussi en plaine.

Magasin nommé « Alien » - Trikala 13/08
"Une autre enseigne propose des photovoltaïques et du bois de chauffage"
On y campe davantage d'ailleurs cette année en montagne que par le passé, « vu le prix de l'essence et notre situation douloureuse il nous reste enfin le camping sauvage, à deux pas de chez nous » explique un connaisseur des lieux. Par accident, la chapelle voisine a été ravagée par un incendie mais les campeurs n'y sont pour rien, « c'était il y a six jours, nous avons même donné l'alerte mais tout s'est passé si brusquement ». En face, un monument érigé à la mémoire du « Partisan inconnu », est encore à moitié détruit, « c'est l'oeuvre des gars de l'Aube dorée » affirment les militants de gauche de la région. C'est vrai que la bourgade voisine a été durant un moment, le chef-lieu de la résistance et du Front National de Libération (EAM), un front de gauche avant tout mais c'était forcement une autre guerre.

"Vu le prix de l'essence" - Trikala 13/08
Un monument érigé à la mémoire du « Partisan inconnu » à moitié détruit - Région de Trikala 13/08
"La chapelle voisine a été ravagée par un incendie" - 13/08

"On y campe davantage d'ailleurs cette année en montagne" - 13/08
Monument érigé à la mémoire du « Partisan inconnu » à moitié détruit

Pertouli - Région de Trikala - 13/08
Elle est déjà loin comme les Cyclades, loin de tout presque. Depuis on fait du comparatisme à souhait, musique, paysages et odeurs, surtout les figues, celles des îles, plus petites qu'en Grèce Centrale mais bien plus sucrées. Sauf qu'au-delà des figuiers, les mêmes causes produisent partout les mêmes effets, temps de crise oblige. En Thessalie, la circulation automobile est très fluide et son tourisme de montagne déjà structurellement délaissé en Grèce, a pratiquement disparu. En ville, (à Trikala), on peut alors flâner et ainsi prendre le temps d'admirer le monument de la Mosquée d'Osman Shah restaurée, célèbre architecture Ottomane, appelée aussi Mosquée Koursoum, une œuvre de Mimar Sinan datant du 16e siècle. 
La Mosquée d'Osman Shah - Trikala 14/08
Sur le marché de Trikala - 13/08

À proximité de la mosquée se trouve l'ancienne prison de la ville, insignifiante certes par son architecture et pourtant historique, car mentionnée parfois dans les chansons Rebetiko de Vassilis Tsitsanis, originaire de Trikala. Il était lié d'amitié avec le frère de mon grand-père, il fréquenta ainsi l'ancienne maison familiale avant la guerre de 1940, selon le récit des anciens. Ensuite il a quitté Trikala pour Salonique et Athènes, mais je me souviens de l'avoir rencontré une fois en famille durant mes années d'enfance, c'est tout le souvenir que je garde de Tsitsanis, à part les séquences filmées ou les émissions de télévision bien évidemment. Markos Vamvakaris, une autre grande figure du Rebetiko était originaire de Syros, et Tsitsanis fut un enfant de Trikala, ainsi transiter entre ces deux univers, demeure toujours une expérience intéressante, néanmoins amoindrie par nos diverses aliénations des temps de crise.

L'ancienne prison de la ville de Trikala et ses occupants...
Le voisin au village thessalien, celui qui se vante d'avoir voté Aube dorée en juin et KKE (PC) en mai, a hissé le drapeau national et celui d'Olympikos du Pirée sur sa maison. Samedi, il rangeait déjà son stock de bois de chauffage pour l'hiver, aidé par son fils. L'hiver se prépare désormais en Aout, le temps d'un été « alien », de surcroît très court.

"Le voisin au village thessalien"
P.S. Lundi soir et on connait déjà la liste des 23 ports « privatisables », petit soulagement, disons précaire, celui de Syros ne figure pas (encore) sur la liste.

Figues - Syros 10/08


17 commentaires:

Sophie K. a dit…

Et pendant ce temps-là, les organisateurs des JO jouent l'hymne Grec et hissent son drapeau entre deux airs de rock sur le thème de la liberté.
No comment.

Anonyme a dit…

Merci Panagiotis. Vos informations sont irremplaçables pour suivre la situation en Grèce depuis ici.
Jean-Michel

Panagiotis Grigoriou a dit…

Bonjour je vous remercie pour vos commentaires et encouragements, c'est vrai que nos situations ne s'améliorent pas... avant et après les insignifiants JO !

Toutatis a dit…

En ce qui concerne l'immobilier, je ne pense pas que la suggestion de la Troïka de mettre sur le marché les 100000 logements détenus par les banques soit une mauvaise chose. Il se passe la même chose en Espagne. Ce pays a connu une bulle immobilière démente, et les banques détiennent des centaines de milliers de logements qu'elles rechignent à mettre en vente. Cela a pour conséquence de ralentir la baisse des prix, alors qu'une forte baisse rendrait les logements accessibles à beaucoup de gens, ce qui relancerait le marché et l'économie, en plus de loger ces gens. Les prix doivent s'adapter aux revenus des éventuels acheteurs. Si les revenus sont divisés par deux il est normal que les prix le soient aussi. Cela participe aussi à une politique visant à favoriser ceux qui travaillent, et pas ceux qui sont assis sur les biens qu'ils possèdent. Cela dit je ne sais pas si la Grèce a connu aussi une bulle immobilière comme l'Espagne (et la France).

Anonyme a dit…

En france aussi il faudrait que la bulle immobilière pête: Elle a contribué à la situation actuelle... tant de gens endettés pour un truc acheté plus de 2 fois sa valeur réelle ces dernières années, pour des durées au delà de 25, voire 30 ans, durée des crédits que les banques accordaient en pleine euphorie.

Eh bien, pendant ces décennies, ces gens sont étranglés par le vendeur et la banque font moins tourner l'économie: Gros achants e, particulier, de véhicule par exemple... ce sera une Logan made-in-Roumanie, alimentant là encore le ressentiment anti-étranger de ceux qui bossent chez Peugeot apprenant pendant leurs vacances de mauvaises nouvelles... au delà même de ceux qui sont sur notre sol.

Cela ne participe pas à atténuer la crise en cours... Cela n'a pas pêté aussi vite que les subprimes aux USA car on emprunte en France surtout à taux fixes... mais cela ne fait que retarder le nécessaire assainissement de ce secteur.

Quand trop de gens ont payé des choses ne valant pas leur prix, cela pose toujours des problèmes. A l'echelle d'un pays et avec un type de bien forcément (vu sa valeur) acheté à crédit, cela pose un problème global.

Ajoutons en prime que nous sommes dans une situation ou les propriétaire sont en général des retraités, ayant profité des 30 glorieuses, qui se montrent des vendeurs très durs.

Vendeurs à qui nous payons des retraites qui ont été très amputées pour les actifs (surtout ceux qui ont fait des études et ont commencé plus tard: 25+42=67 ans mini pour bien du monde... on remplacera le parasol par un déambulateur en cadeau au pot de départ de la boite... si on a du travail jusque là, vu qu'on pousse dehors à partir de 50/55 ans)!

Au delà du racisme ordinaire, le problème risque donc d'aller très au delà et de toucher la cohésion du pays aussi de manière générationelle. Cela devient extrêmement sensible avec ces 25/40 ans qui peinent à loger leur famille décemment, même avec un bon boulot. J'ose à peine penser à ceux qui triment au SMIC et qui sont confrontés à ces vieux proprios qui poussent les prix pour pouvoir passer leur retraite... à voyager... en Grèce et au delà.

En prime ils ont voté Sarko à 80%...

Lionel a dit…

Ce matin sur France Culture à partir de la 36 e minute de l'émission Les matins d'été :
La Grèce, première ruine de l'Europe politique ? Avec Stathis Kouvelakis
http://www.franceculture.fr/emission-les-matins-d-ete-la-grece-premiere-ruine-de-l-europe-politique-2012-08-14

C’est un peu comme la pierre de Sisyphe, puisque les références à la Grèce ancienne sont très en vogue en ce moment… Dans le rôle de Sisyphe, le gouvernement grec, et dans le rôle de celui qui en a imposé l’absurde nécessité : une Troïka (FMI, Banque mondiale et Union européenne) de plus en plus exigeante.
La pierre de Sisyphe parce que les chiffres de la croissance publiés hier le montrent bien : les politiques d’austérité n’ont eu aucun effet pour l’instant, le PIB est en chute de plus de 6%... Et que va devoir faire le gouvernement grec bien ennuyé de présenter de si mauvais chiffres à ses évaluateurs? Serrer encore la vis, sabrer encore dans les dépenses.
La Grèce est entrée c’est officiel dans sa cinquième année de récession… le taux de chômage atteint aujourd’hui 23%, le salaire minimum est passé en-dessous des 600 euros. Un dirigeant d’entreprise publique a été limogé, la semaine dernière, pour avoir refusé de baisser les salaires de ses employés… de 35% en deux ans comme l’exigent les nouvelles règles du jeu.
La semaine prochaine, le gouvernement d’Antonio Samaras doit rembourser plus de 3 milliards d’euros d’obligations détenues par les banques centrales d’Europe. Sa seule solution est de parvenir à les convaincre d’attendre encore.
Mais combien de temps pourra-t-il tenir et à quel prix ?
Grand entretien de 7h35 à 8h30 avec Stathis Kouvelakis, professeur de philosophie politique au King's College de Londres, spécialiste de la Grèce.

Anonyme a dit…

Enfin un intellectuel sur ce site qui à tout compris au monde qui se met en place avec la complicité des gouvernements successifs

NACIRI A. a dit…

Je lis vos chroniques depuis quelque temps, via le site Rezo.net.
J'ai le sentiment de voir la Grèce et les Grecs pour ce qu'ils sont, très différents des prospectus publicitaires pour touristes. Des frères humains quoi, semblables à tous ceux que l'on peut rencontrer dans les quatre coins de la planète. Et cela me donnait de plus en plus envie d'aller en Grèce, hors saison, et hors circuits (je n'en ai ni le goût ni les moyens). Mais je suis triste de constater que des Grecs dirigent leur colère contre plus faible encore qu'eux et non contre les responsables de leur situation ! Mais bon, les Grecs n'ont pas le monopole de ce genre de réactions !
Merci en tout cas pour vos articles, et en français, et quel français.

Anonyme a dit…

La réponse ci dessus concerne anonyme et son message de 20h03

Panagiotis Grigoriou a dit…

Bonsoir et merci pour vos commentaires, remarques et informations supplémentaires que vous apportez sur le blog. Le monde qui se met en place sera bien différent de ce que nous connaissions et il devient difficile de se faire une idée évidement "complète" mais on dispose déjà de nombreuses pièces du puzzle... piégé. Évidement "expérimentation grecque" (puis italienne, espagnole etc) est fort éloquente de la nouvelle situation et comme les portes du futur sont ouvertes pour ne pas dire enfoncées, tout est possible. Les Grecs ne seraient pas différents des autres peuples en Europe en tout cas, en interagissant à de telles situations analogues, en tout cas nous sommes nombreux à penser qu'étonnamment nous ne sombrons pas encore dans une anomie généralisée. Reste à confirmer ou pas pourtant.

denis a dit…

Bonjour Panagiotis.
Je laisse peu de commentaires, mais je tenais a vous remercier pour vos post, qui permettent d'avoir un bon appercu de la situation, et qui sont plaisant a lire.

wesson a dit…

Bonjour toutatis,

Mettre en vente tous ces logements n'est pas forcément une bonne chose pour les banques, car dès lors qu'un logement saisi est vendu à moins que la valeur du prêt qu'il couvrait (ce qui est toujours le cas dans le contexte d'éclatement de bulle), cela matérialise une perte que la banque est obligé d'inscrire immédiatement dans ses comptes. Et ça, effectivement elles ne veulent surtout pas le faire, car cela montrerai que techniquement elles sont toutes en faillite.

Bref, elles gardent tous ces logements, et car si ils le sont, c'est considéré comme un bien liquide (qu'elle peut vendre sans délai) que la banque peut inscrire à son bilan.

Et si déjà ce problème sera particulièrement critique en Grèce, en Espagne ce sera d'une toute autre ampleur: le stock des logements à vendre y est dit-on plus élevé que aux USA, de très piètre qualité, et avaient été achetés à prix d'or et construit dans des endroits ou l'on avait pas réellement besoin - Genre cuidad valdeluz (taillée pour 35000 habitants et livrée en 2006, elle compte aujourd'hui un peu moins de 1300 habitants). On peut tabler sur pratiquement les 2/3 de la valeur totale que les banques devront passer en pertes, ce qui devrait représenter plusieurs centaines de milliards d'euros. La situation ne sera même pas rattrapable par le gouvernement Espagnol ...

Pour en revenir au propos sur la Grèce, si les banques sont forcées de vendre les logements saisis, ça va faire chuter les prix à un point tel que elles y trouveront l'occasion d'aller une nouvelle fois au tapis.

wesson a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
wesson a dit…

Bonjour Panagiotis,

je voudrais vous signaler la vidéo d'une émission qui m'as paru assez intéressante sur France Culture, avec Sthatis Kouvelakis, qui est professeur de philosophie à Londres, mais également a été candidat de Syriza aux dernières élections.

voici le lien

http://www.dailymotion.com/video/xst1n4_les-matins-d-ete-la-grece-aujourd-hui_news?start=183

Par bien des aspects, son récit de la situation est plus inquiétant que le votre. Que pouvez-vous en dire ?

Anonyme a dit…

Le gouvernement grec remboursera bien la BCE le 20 août, comme prévu, grâce à une émission obligataire arrangée. Mais ce répit risque d’être de courte durée. Tout se met en place pour sortir la Grèce de la zone euro, au moment où celle-ci est aspirée par la dépression.
En France la bulle immobilière fait couler le reste de l'économie: les gens sont endettés pour avoir acheté 200 briques et 10 sacs de ciment au prix fort. Et ils paieront pendant tellement d'années. Les Banques s'en foutent : celui qui a acheté paie des mensualités pendant X années ensuite il ne peut plus, alors la banque vend aux enchères. Mais elle a déjà touché des dizaines de mois de remboursement. Faites le calcul : c'est le jackpot pour elle. Pendant ce temps les gens mangent des tranches de jambon avec des nouilles, et roulent en voitures fabriquées chez Renault à Tanger.
Mais bon : en France on a les hommes politiques que l'on mérite : CHIRAC pendant 12 ans, ensuite SARKOZY pendant 5 ans. Tous élus démocratiquement. Bravo

Alain a dit…

Bonjour,

Cela fait plusieurs mois que je suis ce BLOG avec un grand intérêt. Merci de ces informations informelles et si essentielles pour cette description de la situation si précise.Etant si loin en France, seul mes encouragements et un lieu d"hébergement en France peuvent peu-être t'apporter un peu d'espoir............
En tout cas, Milles merci pour ce récit d'un pays à l'abandon et sans doute l'avenir de l'EUROPE

Zoum a dit…

Tant que les peuples du monde sont incapables de dire STOP, nous subirons tous les conséquences de la futilité démocratique. Est-ce clair ?

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