vendredi 3 août 2012

Tropismes parallèles



Le temps des “vacances” souvent considéré comme un temps de rupture qui finalement n'en était pas forcement un, ni à travers les faits et gestes est encore moins dans sa constance diachronique, se trouve désormais dilué dans les eaux territoriales de la crise.



* Photo de couverture: “Fêtes locales, réelles ou reconstruites”. Syros, Août 2012

18 commentaires

Mélia a dit…

Bonjour,
Merci pour ces billets.

Savez-vous s'il y a des mouvements de population des villes vers les campagnes afin de se remettre à cultiver la terre (en remplacement de la nourriture qui est devenue trop chère) ?

zozefine a dit…

sur la scène du théâtre grec, "inventé" ici en somme, et sur celle de l'égée dévorée par le soleil, c'est clair : the show must go on. mais si les touristes ne voient pas sous la ligne de flottaison de l'iceberg troïkan, ils constatent, parfois pour s'en réjouir aussi (on est en août, et qui août dit en général cohue) la partie émergée qui les concerne : ils sont peu nombreux. les syriotes vivant du tourisme (une minorité dans cette île peu touristique) ont attendu l'été comme en suspension : peut-être que l'été leur permettra de survivre encore quelques mois ? et bien non, ils sont et resteront dans la même mouise et les mêmes angoisses que les autres.

Anonyme a dit…

en 1969 j'étais en Grèce pour 2 semaines...il faut être bigrement aveugle pour ne pas se rendre compte de ce qu'il se passe dans un pays - même sans parler la langue.

Anonyme a dit…

ben voyons j'ai été en vacance enfant dans l'Espagne de Franco il y avait pas plus de policiers au M2 qu'en France

Aupetitgendre Jean Francois a dit…

…certains lecteurs francophones, également visiteurs des îles de l'Égée et de la Grèce, expriment leur impression « de ne pas avoir observé la crise à un tel point, hormis une moindre fréquentation des lieux peut-être »… Après avoir lu ce passage dans la dernière chronique, je souhaiterais laisser ce message :

A tous mes compatriotes qui décideraient de passer quelques temps en Grèce, j’ai envie de crier qu’ils arrêtent de faire du tourisme de consommation. On peut en effet profiter des merveilleuses plages, déguster son ouzo chaque soir, se régaler de souvlakis ou de moussaka, sans jamais voir ce qui se cache derrière le sourire commercial du serveur, la générosité et l’hospitalité de l’habitant, la joie de vivre qui s’étale dans les cafés et dans les fêtes locales. Nous, touristes, nous permettons, par notre présence, à quelques familles de survivre et celles-ci ne vont pas nous refroidir avec des histoires de crise. Et puis les Grecs sont extrêmement pudiques et sont capables d’afficher un sourire radieux quand ils sont au 36ème dessous.
Chers compatriotes, quand vous mangez votre pita, prenez le temps d’observer la tête du patron quand il se croit seul : son sourire a disparu et on lit l’anxiété, le désarroi sur son visage. Quand vous buvez votre ouzo, trouvez une plaisanterie sur la Troïka, Hollandréou ou la crisis et demandez au garçon qui vous sert si ce n’est pas trop dur ici, en ce moment. Si vous n’obtenez de lui que peu de détails très personnels, vous apprendrez vite qu’il exerce ailleurs un autre petit boulot, qu’il n’est pas déclaré et n’a pas de couverture sociale, qu’il ne rêve que d’émigration mais ne sait plus où aller, qu’il a un très bon diplôme universitaire mais qui ne lui sert à rien etc. Vous verrez comment un simple sourire, une tape sur l’épaule, un signe d’empathie perce la carapace de vos hôtes qui alors vous exprimeront d’un geste, d’une mimique, ce que Panayotis tente de vous décrire à longueur de chronique et qui vous semble exagéré, dramatisé, catastrophiste… Jean-François.

zozefine a dit…

ce qui est irremplaçable avec panagiotis, c'est qu'il pratique l'ethnologie d'immersion, participative : il est à la fois frappé de plein fouet par cette destruction de masse à bas voltage (par bas voltage, j'entends juste qu'il ne s'agit pas de bombes) et qu'il analyse tout cela avec la distance nécessaire pour pouvoir en parler. car le problème de cette catastrophe, c'est qu'elle est difficilement dicible. ce que jean françois dit est tout à fait exact, il suffit de discuter une minute avec empathie avec les grecs, tous les grecs, mais aussi une bonne partie des expatriés, pour qu'ils vous disent quelque chose de cette crise. mais l'érosion terrible des liens sociaux, la bascule vers quelque chose de très inquiétant, rendu visible par l'omniprésence des néos nazis (d'autant plus omniprésents que les médias leur servent la soupe à longueur de journée) est difficilement exprimable. et fait partie de cette sorte d'angoisse constante qu'on ressent en regardant autour de soi. ça me fait penser à ces amis vivant dans des coins plutôt chouettes en france, qui, au lendemain du premier tour de la présidentielle, se rendaient compte qu'une majorité de gens, de voisins, de commerçants du coin avaient voté la pen-la haine.

Anonyme a dit…

Je suis allé en Grèce en Septembre 2010, en partie parce que j'aime bien ce pays et aussi je me suis dit que d'y dépenser quelques centaines d'euros pourrait l'aider, un peu, je ne suis pas Crésus non plus. A l'époque, j'avais pourtant senti une tension, des soucis.

Lors d'une excursion en bus dans les météores, à la fin la guide polyglotte avait clairement dit au micro la situation économique et sociale calamiteuse, évoquant le prix de l'immobilier, des locations...

Bref, je me suis dit déjà à l'époque : "ils sont dans la mouise"

On est sortis du bus, des allemands la plupart, et on a donné notre pour boire compatissant à cette franche et sympathique guide.

Anonyme a dit…

Effectivement, les grecs sont pudiques, n'exposent pas leurs difficultés, pour raisons commerciales touristiques aussi.

Mais, pour moi, le personnel de l'hôtel en Thessalonique me faisait de la peine. Des travailleurs humbles et gentils. Malgré leur gentillesse, je sentais poindre une tristesse quand bien même de la gaieté apparaissait aussi au détour d'une discussion. Il faut que je retourne en Grèce lors de prochaines vacances. Car j'aime bien ce pays et pas qu'en touriste.

Anonyme a dit…

suite ...malgré les fêtes, les sourires, la gentillesse des personnes rencontrées pour les 2 Françaises à sac à dos prenant les transports en commun ou en stop (premières vacances avec premières payes)- nous nous sommes aussi aperçues que des passants qui pensaient que nous avions des problèmes notamment avec la police étaient attentifs et inquiets. Si nous nous étions contentées de visites guidées nous n'aurions rien vu...le silence était à l'époque vital, nous ne nous serions pas perdues et demandé notre chemin...

Âne de Nîmes a dit…

Oui oui, eh bien la Grèce mérite mieux que la charité compatissante. Comme l'Espagne, le Portugal, l'Italie, et toute la cordée, cher Olaf, c'est-à-dire nous tous.
Surtout quand celle-ci s'accompagne d'un complaisant fatalisme austéritaire. Ma pauv' dame, remettons-nous en à la Providence et prions
Comment se porte votre "ami" "Descartes" (Descartes c'est son pseudo) grand adepte à d'autres heures des contorsions trololobiographiques ?

Lionel a dit…

Un copié-collé des résumés de présentation d’un film qui analyse entre autres les difficultés rencontrées par les habitants pour vivre sur leur île. Il faut souhaiter une rediffusion de ce documentaire exceptionnel.
Côté remèdes suivant l’exemple de ce qui est fait ici et là, mettre en place des aires marines protégées en bordure de chaque île, seul moyen de reconstituer la faune marine.

Paysages : l'île de Symi
Réalisateur : Jean-Loic Portron
Auteur : Jean-Loic Portron
Producteurs : ARTE FRANCE, JBA PRODUCTION

(un extrait du film est proposé)
les résumés :
Comment se sont formées les campagnes et les villes ? D'où viennent leur richesse et leur diversité ? La série PAYSAGES propose une lecture détaillée...,Ici, la beauté dissimule une histoire souvent tragique mais essentielle pour le destin de l'Europe ; elle masque l'extrême pauvreté, l'isolement, le travail acharné de populations qui se contentent de peu. C'est ici, dans les Cyclades, que la navigation a pris son essor, au Iième millénaire. Aujourd'hui, le bateau est toujours le gagne pain des îliens. Le tourisme est la dernière venue des activités insulaires. En vingt ans l'équipement hôtelier et la fréquentation ont quadruplé d'importance. La plupart des îles vivent désormais au rythme de la saison touristique, de juin à octobre.

http://www.totalvod.com/25-04-12/location/paysages-l-ile-de-symi-213913.html

La beauté des îles de la mer Égée masque l'extrême précarité de leur situation. Le problème, pour chacune d'elles, a été de vivre de ses propres ressources, de son sol, de ses vergers, de ses troupeaux et, ne le pouvant pas, de s'ouvrir au dehors. Vivre sur une île, c'est vivre avec la mer.
C'est ici, dans les Cyclades, que la navigation a pris son essor, au deuxième millénaire. Aujourd'hui, le développement du tourisme jugule l'hémorragie humaine qui vidait Symi. Mais, alors que l'île avait résisté à des siècles d'invasions guerrières, ces déferlements pacifiques n'en laissent plus que l'apparence.

http://www.film-documentaire.fr/Paysages_LÎle-Symi_(Dodécanèse__Grèce).html,film,5709

Anonyme a dit…

Âne de Nîmes

Savez vous que la France et l'Italie ont un patrimoine public et privé par habitant bien plus important que l'Allemagne :

http://s182403251.onlinehome.fr/spip.php?article886

Alors qu'attendent ils pour le vendre et assumer les gestions publiques ou privées calamiteuses de l'Espagne et de la Grèce ? Personne n'a mis un colt sur la tempe des décideurs de ces pays pour signer des contrats d'infrastructures immobilières idiotes, autoroutes, TGV inutiles, bâtiments olympiques, musées vides, costa del sol bétonnée à outrance...

En matière de comptabilité et d’investissement, eh oui, il faut un peu de cartésianisme, ne vous en déplaise.

Anonyme a dit…

Sinon, vous avez donné à ce jour, ou dépensé, combien de vos deniers personnels pour ces pays à sauver que vous citez ?

J'ai bien peur que ne soyez de ceux qui ne sont généreux qu'avec l'argent des autres, mais pas le votre.

Anonyme a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Anonyme a dit…

J'ai passé l'année passée à Chypre où j'étais entre autres serveuse dans un resto. Au fil des mois, de plus en plus de Grecs viennent à Chypre et prennent les boulots des immigrés moins aimés des Chypriotes (comme les Roumains, les Bulgares etc) mais aussi beaucoup de porte à porte. Je suis allé 3 fois en Grèce pendant l'année (Crète, Athènes et Sérifos) et bizarrement j'ai senti davantage la crise grecque à Chypre qu'en Grèce. A Athènes où je suis allé avec un Chypriote, les gens étaient adorables, les bars étaient plein, je n'ai pas senti de morosité, loin de là, mais des gens adorables plutôt plein de vie. Lorsque je suis allé payé la facture d'électricité et d'eau (dans 2 endroits différents et non à la poste puisque les factures étaient trop anciennes), j'ai vu aucune scène de désespoir. La seule anecdote qui sort un peu de l'ordinaire c'est dans un supermarché, un vieux fou qui a "pris" pas mal de choses et nous les a donné une fois sortie de la caisse, la caissière a un peu rouspété mais sans plus.
En Crète, je suis partie seule en Avril, j'ai pu sentir une autre ambiance, très peu de touriste, des prix cassés sur les hôtels (à Chania et à Sfakia) et des serveurs qui attendent les touristes. A Sfakia, des hôtels à 90% vides à Pâques, une chambre à 15€/nuit au lieu de 35, je pense que c'est le seul moment où j'ai vraiment ressenti quelque chose.
A Sérifos, cette île m'a pas l'air très touristique et il y a si peu d'activité que je n'ai rien vu non plus de "crise".

Je pense que même en tant que touriste on peut comprendre des choses.
Pour finir, contrairement à ce qui est dit dans les commentaires, j'avais pas mal d'amis Grecs à Chypre, et j'ai aussi travaillé avec quelques uns, et j'ai pas trouvé qu'il y avait la pudeur dont vous parlez. Comme tout être humain, le Grec se plaint.

Mon commentaire sert à rien mais bon, j'aime la Grèce et les Grecs et je lis régulièrement ce blog.

fincaparaiso a dit…

Stefan SWEIG a dit(je résume) que les hommes ont beaucoup de patience ce qui permet aux gouvernements autoritaires ou corrompus de rester au pouvoir si longtemps.
le peuple Grec est donc engagé sur ce chemin de l'acceptation,(et donc de la pudeur et de l'humilité),un chemin qui sera long,car le "MONSTRE DOUX" se fait la main sur ce hors d'oeuvre que représente la Grèce.

Toutatis a dit…

En ce qui concerne la France (et peut-être l'Italie) le "patrimoine privé" est constitué en majorité d'immobilier, qui est forcément très élevé puisque nous subissons depuis dix ans une bulle immobilière qui semble heureusement sur le point d'éclater. A la fin combien en restera-t'il de ce "patrimoine" ?
Et si, poussés par une frénésie de civisme, des millions de gens se mettent à vendre leur bien pour rembourser les dettes publiques, les prix chuteront encore bien plus rapidement et deviendront proches de zéro.
Ne pas oublier que le patrimoine ne vaut que ce que d'autres sont prèts à payer en échange.

Anonyme a dit…

En partie d'accord, mais le patrimoine immobilier devrait subir une taxe de revenu implicite pour ceux qui ne louent pas leurs biens, qu'ils habitent ou pas leurs biens. Seuls les loueurs payent une taxe sur les revenus immobiliers. Cette taxe, ce sont les locataires qui la payent in fine. Je trouve ça pas équitable. Comme le signale Sterdyniak :

http://www.ofce.sciences-po.fr/blog/?p=1494

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