jeudi 9 août 2012

« Solidarité - Dignité - Désobéissance »


Nord-Ouest de l'île Syros - Août 2012
L'été 2012 est le premier garantissant... la crise plus authentique que jamais, plus quelques bonnes surprises. Le mémorandum toujours en cours « d'approfondissement », on nous explique qu'une fois de plus ce le « gouvernement qui se trouve dans l'impasse » et non pas nous, chiffres à l'appui et bénéficiant de l'appui des chiffres on peut tout faire, maintenant on le sait.
 
Usage de balles en caoutchouc et du gaz CS - reportage Avgi - 07/08
L'actualité de ce mois d'Août s'accélère pourtant dans une certaine indifférence ou peut-être bien, parce que nous ne pouvons plus la suivre. Et à travers les brèves du jour on remarquerait « ces petites retraites qui deviendront encore plus petites, [car] il faut trouver 11,5 milliards d'euros toujours en réduisant des dépenses », par exemple. Puis, et sur le front de la grande braderie, après celle du Crédit Agricole, les privatisations suivantes s'accompliront dans la précipitation : électricité, réseau d'assainissement et de distribution d'eau, bandes côtières, des « filets » selon la terminologie « technique » du moment, sans doute pour bien faire comprendre que l'économie est avant tout un grand estomac.

Dans la région de Chalkidiki au Nord du pays, des habitants s'étaient réunis une fois de plus dimanche dernier, protestant contre la « mise en valeur » de leur espace forestier environnant, par les entreprises « Eldorado Gold » (Canada) et « Aktor » (Grèce). L'État a cédé la forêt aux entreprises car « ayant comme but la croissance, s'agit de « créer les conditions nécessaires afin d'exploiter les mines d'or de la région ». Sauf que ce n'est pas l'avis des habitants, craignant à la fois la dépossession de leurs espaces et les conséquences sur l'environnement ; c'est ainsi qu'ils multiplient leurs actes de résistance depuis des mois, sauf que l'affrontement dimanche dernier fut encore plus violent que « d'habitude ». Car le pouvoir « privatiseur » de la coalition tripartite, usant une fois de plus de sa force policière et répressive, n'a pas hésité à utiliser des gaz chimiques comme le CS (substance interdite) et pour la première fois en Grèce de l'après dictature des Colonels, des balles en caoutchouc (reportages du jour, quotidien Avgi du 7 Août par exemple). Troikanisme et Barbarie, c'est alors aussi... une affaire en or.

Galisas l'île Syros - Août 2012
Ce même week-end dernier, le ministère de l'intérieur a aussi lancé une opération d'envergure baptisée « Zeus des étrangers » (c'est un jeu de mots par renversement des significations, car « Xénios Zeus » était avant tout une divinité considérée comme accueillante à l'encontre des visiteurs étrangers. Ainsi, plus de 6.000 immigrés ont été interpellés et parmi eux, 1.500 ont été mis en état d'arrestation, puis transférés vers le Nord de la Grèce, à destination des camps organisés à la hâte au sein des locaux et installations des Académies de la Police, en Thrace. Certains lecteurs du blog, informés par les médias ont d'ailleurs et à juste titre, posé la question sur ce nouvel épisode depuis... l'ex pays olympien. On ne peut que confirmer.

C'est également dans la précipitation que de centaines de policiers ont été mutés en Thrace, provoquent même la réaction des syndicats des agents policiers, dénonçant « l'impréparation et l'impossibilité d'effectuer [leur] mission correctement dans des conditions humaines » (extrait du communiqué du syndicat POESY, se plaignant du manque de locaux, y compris pour répondre aux besoins d'hébergement des policiers). Pour l'instant et pour y faire face, certains hôtels de la région ont été mis à contribution, Zeus redevenant Xénios (en grec moderne l'hôtel se dit « Xénodocheio », littéralement « réceptacle d'étrangers »), nous sommes alors sur la bonne voie et la boucle des symboles... nous sera alors bouclée. D'autant plus, que le ministre de l'Intérieur Nikos Dendias (Nouvelle Démocratie) vient de déclarer dans une interview accordée à la radio-télévision privée Skai « que le pays est sur le point de disparaître. Depuis l'arrivée des Doriens voilà 4.000 ans la Grèce n'avait jamais connu une invasion d'une aussi grande envergure (...) C'est une bombe posée sous les fondements de la société et de l'État, et c'est ainsi que la société pourrait au même titre être complètement souillée (...) car l'immigration est sans doute un problème plus important que la crise économique, et c'est à ce titre que le ministère demande le soutien des citoyens (…) Solutionner le problème de l'immigration devient alors une affaire nationale [car] nous nous effondrons. Nous devons mettre en place un véritable réseau structurant dans la gestion de l'immigration clandestine sinon, c'est l'effondrement. »

Fermeture définitive - île Syros - Août 2012
Le ministre Dendias n'a pas hésité non plus à se comparer à « un combattant Byzantin, posté sur les rempares de Constantinople le 29 mai 1453 » (date de la conquête de Byzance par les Ottomans). Finalement, entre Xénios Zeus, les Doriens et Constantinople, on admettra que les anachronismes ainsi que les stéréotypes, sont toujours de grande utilité politique, y compris et surtout sous la Troïka.

Cette dernière tournure, c'est alors un comble de trop dans notre... boucle bouclée. Les forces politiques ayant cautionné à la fois « Dublin II », faisant de la Grèce un large espace pour une immigration piégée et bloquée sur place, et la libre circulation mondialisante, y compris des flux migratoires et au même titre que celle des capitaux, eh bien ces coalisés de la Baronnie devenu alors un pays fantôme, trouvent après tant d'efforts, le verbe et le geste pour enfin coller à la peau de l'époque et du peuple qui pour une fois, trouvera les propos du ministre « cohérents », y compris depuis Syros. D'ailleurs il ne faut pas oublier que « l'ogre de Paros » est incarcéré à Hermoupolis ce qui n'est plus une moindre affaire aux yeux de l'opinion.
Nord-Ouest de l'île Syros - Août 2012
L'opinion, la doxa et les stéréotypes résisteront cette année encore à l'harmonie de l'archipel. Pour tout oublier (et encore), il faut emprunter les chemins à l'intérieur ou au Nord de Syros pour descendre par exemple jusqu'à « Grammata » (« lettres – écritures »), une baie inaccessible heureusement en voiture. C'est à Grammata que des « connectés du réseau » ancien, hellénistique et Byzantin, avaient gravé sur les rochets des messages destinés au monde des marins et des partances. On y découvrira également à l'intérieur de l'île certaines chapelles en fête, au beau milieu d'espaces où l'élevage subsiste encore comme un bref rappel.

"A l'intérieur de l'île certaines chapelles en fête"
Ailleurs et aux endroits touristiques, les clients de certains restaurants sont plutôt Français, quant aux Grecs, ils commentent une fois de plus et de trop, les dernières mesures économiques. Nos médias évoquent également cette dernière décision venue tout droit des dirigeants à la tête de la multinationale Shell : « la multinationale décide de transférer le gros de sa trésorerie depuis l'Europe vers les États-Unis, afin de se prémunir contre une crise majeure, voire un effondrement de l'Euro-zone devenue probable à l'approche de l'automne. C'est finalement de la prophétie qui à force d'être répétée, finira par se concrétiser (...) De toute manière dans le chaos redouté et redoutable, la Grèce et son système politique aux commandes, n'a plus aucune stratégie de survie au niveau national, aussi parce que le pays n'existe plus en tant qu'entité géopolitique vis à vis des créanciers déjà » (voir aussi sur le site de l'hebdomadaire satyrique To Pontiki). Mais à croire Der Spiegel, nos politiciens les plus dangereux, se retrouveraient à l'opposition et non pas aux commandes. Le magazine allemand a ainsi classé Alexis Tsipras parmi les dix hommes politiques, les plus dangereux en Europe. 

Syros - Août 2012
"Plage du dauphin" - île Syros - Août 2012
Les éditorialistes au pays du Merkelisme accompli, attribuent même à Alexis de SYRIZA la deuxième position, « [car] depuis qu'il a été aux commandes de l'extrême Gauche (sic) en Grèce et ainsi, il rejète toute idée de participation au gouvernement. Fait aggravant le concernant, il s'oppose également aux privatisations, et ce qui est encore plus dangereux, c'est qu'Alexis Tsipras souhaite légiférer pour faire des privatisations, des crimes inscrits au code pénal. Et pour finir, il s'avance dans une rhétorique selon laquelle, la Grèce ne peut pas être exclue de l'Euro-zone, ce qui rend sa pratique dans la politique d'opposition fort exacerbée » (extraits traduits et présentés par les journalistes de l'hebdomadaire satyrique To Pontiki).

Moments exacerbés et poétiques du néant financier au pays des ogres. On tourne en rond, entre la Côte d'or de Paros et son « ogre », « Eldorado Gold » et l'Aube dorée qui se félicite de l'opération « Zeus des étrangers », puis la Gauche qui en proteste sans trop convaincre, ce mois d'Août serait décidément le moins poétique de tous.

Vasilis Papakonstantinou - Hermoupolis 08/08
 Pourtant mercredi soir, lors du concert  de Vasilis Papakonstantinou à Hermoupolis il y avait de la foule et de l'ambiance. L'entrée était fixée à 12 euros, c'est à dire moitié moins qu'avant la crise, puis un moment donné les portes ont été ouvertes et l'entrée est devenue libre. Le chanteur est toujours très populaire et certaines de ses chansons décidément ne vieillissent pas. Je me souviens d'avoir assister à un de ses concerts il y a déjà... trente ans. Proche de la Gauche et résolument anti-mémorandum Vasilis a su mobiliser les sentiments et les générations, d'ailleurs le public aillant atteint un certain âge supposé plus mûr, remarquèrent que certaines paroles chantées depuis « leur » époque ont pris un nouveau et parfois plein sens de nos jours. Le mémorandum a été dénoncé ainsi que le gouvernement, le nom même de Wolfgang Schäuble a été prononcé lors « d'une critique » disons... expéditrice. La chanson sur Che Guevara a été suivie d'un long applaudissement et Vassilis nous a prévenu que rien ne sera possible sans abandon de « notre position canapé » c'est à dire de l'inaction, prédisant ainsi un automne probablement agité.

Vasilis Papakonstantinou - Hermoupolis 08/08

Saluant son public à la fin du concert, le chanteur a suggéré un nouveau triptyque à adopter dans les attitudes, les faits et surtout les gestes : « Solidarité - Dignité - Désobéissance ». Le peuple aurait pris acte, et c'est à confirmer, d'autant plus, que la révolte n'émerge pas dans une quelconque clairière de l'Être politique. À sa manière, le jeune homme originaire de Syros qui sert l'essence à 1,98 euros le litre aux automobilistes du possible et du compte goute, pense « qu'une étincelle suffira pour que tout s'embrase dans feu... grandeur nature, et pour que nos dirigeants actuels disparaissent à jamais ».

"Un duo bouzouki et guitare" - Hermoupolis 08/08
Sur la place centrale d'Hermoupolis tard dans la nuit et après le concert de Vasilis, on pouvait écouter du Rebetiko par un duo bouzouki et guitare et encore déguster une glace au yaourt, au même prix qu'un litre d'essence sans plomb ou sinon, choisir entre les deux.

Jeudi matin, des navires en partance et déjà au large, cap vers le sud, nous rappellent certains poèmes de Nikos Kavvadias, le poète-marin, chantés la veille par Vassilis. On s'éloigne parfois ainsi de l'actualité, fort heureusement.

"Des navires en partance" - Syros 09/08

P.S. En raison d'une certaine « absence de fait » durant ce mois d'Août, c'est à dire, d'une connectivité devenue aléatoire et très temporaire au réseau Internet, il ne m'est malheureusement pas possible de répondre de manière régulière aux commentaires des lecteurs et amis du blog.

9 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour,
J'aimerais partager avec vous l'idée du "Revenu de base", à savoir donner à chacun un revenu inconditionnel assurant "la base" (toit, nourriture). A chacun ensuite, de compléter (ou non) son temps libéré avec un activité et/ou ses revenus avec un travail.

Cette proposition sera en septembre l'objet d'une pétition européenne ( http://revenudebase.info/initiative-citoyenne-europeenne/ ) pour être portée à l'UE.

L'idée est développée, entre autres, dans ce petit film : http://www.youtube.com/watch?v=FCp-B_3Pi1I

Martine-Bxl a dit…

Merci Monsieur pour votre article!...Vous confirmez ce que je craignais à propos de cette "action" « Xénios Zeus »

"Saluant son public à la fin du concert, le chanteur a suggéré un nouveau triptyque à adopter dans les attitudes, les faits et surtout les gestes : « Solidarité - Dignité - Désobéissance »." ...Vasilis a raison, savez-vous que La constitution « montagnarde » de 1793 mettait en place dans ses articles 33, 34 et 35 un véritable droit à l'insurrection : Article 35

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »....

Catitalia a dit…

"Pourtant mercredi soir, lors du concert Nikos Kavvadias, le poète-marin, chantés la veille par Vassilis. On s'éloigne parfois ainsi de l'actualité, fort heureusement."

Bonsoir,
Je me permets d'ajouter un lien vers un site qui présente une belle sélection de poèmes traduits de Nikos Kavvadias :
http://www.volkovitch.com/F02_48.htm
Et pour aider à desserrer un peu la crispation des machoires que la lecture de votre article a provoquée, de la musique sur un magnifique texte du meme auteur :
http://www.youtube.com/watch?v=Elh5kvX3agM

C'est très bien que Tsipras soit perçu comme dangereux parce qu'il refuse de se compromettre avec le gouvernement, cela lui donne un relief supplémentaire. On peut espérer qu'il se construira enfin une vraie alliance des partis, disons de gauche, européens.

fincaparaiso a dit…

la chasse à l'immigré à l'étranger est une vieille ficelle mais très solide des politiques qui veulent détourner l'attention de la population mais surtout de la rendre complice des forfaits qu'ils vont accomplir très bientôt.
les immigrés arrêtés et regroupés précipitamment dans le Nord de votre pays (de même que la mutation apparamment désordonnée des policiers )ne sont qu'un leurre politique,il est plus vraisemblable que cela soit le début de la création de camps de concentration pour les citoyens Grecs "désobéissants"

M a dit…

Campagne photo d'RESF pour le festival Solidays en France.

https://picasaweb.google.com/104459313086441170297/RESFSolidays2012#5771830046221477458


J'ajoute: dans la crainte de voir le gouvernement dit "socialiste" pervertir les citoyens français en les rendant acteurs actifs ou passifs, directs ou indirects d'une très sale besogne.

Il doit déjà y avoir beaucoup de souffrance parmi les membres des forces de l'ordre aujourd'hui, car l'être humain est ainsi fait que la violence qu'il inflige à l'autre est une violence qu'il se fait à lui-même. Alors à l'échelle de toute une société ?

Voilà.

Ne faisons pas du ministère de l'Intérieur l'antichambre d'une sinistre Guardia Civil.

Ne troquons pas notre dignité contre les borlas moradas d'une vanité très mal placée.

Remercions-nous de nous mettre ainsi en garde, c'est pour notre bien à tous, y-compris celui de ceux qui sont à ce point aveugles qu'ils ne voient pas sur quel chemin ils sont en train de nous conduire.

Sur ce, j'invite à écouter ces mots consolants de TiTi Robin:
http://www.franceinter.fr/emission-qu-importe-le-chemin-titi-robin
Au contraire, importe le chemin!

Anonyme a dit…

« ...le pays est sur le point de disparaître. Depuis l'arrivée des Doriens voilà 4.000 ans la Grèce n'avait jamais connu une invasion d'une aussi grande envergure (...) C'est une bombe posée sous les fondements de la société et de l'État, et c'est ainsi que la société pourrait au même titre être complètement souillée... »
Magnifiques propos de votre consternant ministre de l'intérieur Dendias ! À condition de NE PAS l'appliquer aux immigrés ! Voici comment je vous propose de lire la suite : « car la Troïka est sans doute un problème plus important que la crise économique, et c'est à ce titre que le ministère demande le soutien des citoyens (…) Solutionner le problème de l'infiltration par les Troïkans devient alors une affaire nationale [car] nous nous effondrons. Nous devons mettre en place un véritable réseau structurant dans la gestion de Troïkans clandestins sinon, c'est l'effondrement. »
Voilà la mise au goût du jour du légendaire Cheval de Troïka...
Merci pour votre indispensable chronique

Dominique Gerin

fincaparaiso a dit…

a propos de la protestation des habitants de CHALKIDIKI:
au Panama en 2011 et 2012 les indiens de la région de chiriqui (voisine du costa rica) ont mis en place un système de protestation contre les projets d'installation d'entreprises americaines et canadiennes désirant créer des centrals hydro electriques pour l'exploitation des mines d'or et même de cuivre: les mèthodes utilisées par les indiens ont contraint le gouvernement( qui avait déjà voté une loi pour l'autorisation de l'exploitation de ces terres et montagnes) à renoncer, grâce à leur mouvement, tant en 2011 qu'en 2012, et à faire annuler sa loi en 2011 et en 2012 par le parlement panaméen

olaf a dit…

Et voilà l'travail :

Au moment de la crise de la dette latino-américaine des années 1980, de nombreux commentateurs (j’en fais partie) ont affirmé que si plusieurs pays s’étaient regroupés en un pacte de renégociation de la dette, les politiques du Consensus de Washington, lourdement pénalisantes, auraient pu être évitées. De même, aujourd’hui en Europe un pacte rassemblant les gouvernements de la Grèce, de l’Irlande, de l’Italie, du Portugal et de l’Espagne pour coordonner un retrait simultané de la zone euro pourrait offrir une alternative viable aux programmes d’austérité imposés. Ensemble, le PIB de ces cinq pays est presque quarante pour cent supérieur à celui de l’Allemagne. Mais la probabilité que cette alternative radicale mais réaliste puisse se réaliser est de l’ordre de un sur un million.

http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3225

Toutatis a dit…

Les deux déclarations sont pertinentes, et témoignent de la perte quasi totale de souveraineté de la Grèce, qui ne contrôle plus rien, que ce soit ses frontières, sa monnaie et bientôt toute son économie.
Il est étrange qu'on trouve beaucoup de gens qui déplorent la disparition d'une sorte de souveraineté mais pas de l'autre.

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