mercredi 1 août 2012

Cyclades



Vue des îles, la crise s'atténue jusqu'à disparaître dans la grande bleue. C'est à la fois une illusion d'optique dont les limites se dessinent par les “activités” humaines, et une réalité décidément diachronique et en somme toute simple: la mer Égée en a vu d'autres, crises ou civilisations, ce qui en reviendrait pratiquement à une presque tautologie car il n'y a pas de civilisation sans crise(s).



* Photo de couverture: Hermoupolis. Syros, le 30 juillet

13 commentaires

Anonyme a dit…

nous sommes sur la même pente que vous. xénophobie, peur, déni de la situation, - responsabilisation sur les autres (étrangers, générations précédentes)les 2 semaines qui viennent sont un sas de mise à distance pendant que la méduse capitalistique(20 000 lieues sous les mers) continue son travail d'étouffement et d'emprise.
une fois le constat fait - conservons tous de l'énergie pour intervenir si le moment opportun arrive - merci à vous de vos billets si precieux
Marie-luce

Anonyme a dit…

quand il y aura l'équivalent du pourcentage de clandestins actuellement en Grèce.... en France on verra qui est le plus xénophobe des Français ou des Grecs la main d'oeuvre immigré fait le bonheur des petits et grands "capitalistes "

Anonyme a dit…

http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20120801trib000712059/la-grece-n-a-encore-rien-coute-a-l-allemagne.html

Anonyme a dit…

Mavri mavrila.

zozefine a dit…

inutile de dire que, habitant syros, rencontrer panagiotis et sa merveilleuse famille est une occasion pour moi de lui faire rencontrer des gens que j'aime : ces "amis de l'été", qui viennent ici depuis 10, 20 ans, pour lesquels syros c'est leur autre patrie. ils n'ont pas de maison, ils campent "sauvagement" ou louent des chambres, ils aiment syros, ils aiment la grèce, et ils n'auraient pas l'idée d'aller se reposer ailleurs. et puis ces "autonomes" qui croient que c'est possible de faire autrement, solidarité, potager collectif, activités pour ne pas dire activisme divers, des jeunes qui y croient au monde meilleur, malgré tout (et ce tout est accablant, pourtant). bref le plaisir de rencontrer IRL "notre" panagiotis, et de lui faire partager ce que je vois moi, depuis mon tout petit angle, de syros et de la grèce.

Anonyme a dit…

J'ai séjourné quelques jours à Syros, il y a déjà quelques années. Chez ma cousine Sophia. C'était pendant les fêtes de Pâques. Merveilleux souvenir !

M a dit…

Bonjour Panagiotis,

et merci pour ta persévérance.

Quelques réflexions, qui valent ce qu'elles valent, comme une respiration dans l'écriture devant ce tableau si torturant.

"[notre maison] représente pour nous le retour au pays et nos dures années travaillées à l'étranger, en fin de compte qu'avons-nous fait de mal pour souffrir ainsi ?" se demandent vos amis.
Qu'ont-ils fait de mal ? Ils ont fait comme nous faisons tous, selon les modèles qui font contraintes sur nos réalités.

C'est une torture que d'assister aux effets de... l'effondrement de nos modèles, jour après jour. Force est de constater qu'ils ne fonctionnent pas.

Comment faire pour que nos comportements de gens ordinaires, même quand les gens ordinaires sont de jeunes athéniens de quartiers aisés, aillent moins dans le sens du repli ?
Que ce repli se fasse sur un "ailleurs" improbable ou sur un "ici" identitaire exacerbé ?

Par ordinaire j'entends ces gens que nous sommes dont les comportements et réactions sont malheureusement assez "attendus".

Comment faire pour faire surgir de l'inattendu ?

Le mouvement des Indignés recouvrait quelque chose de cet inattendu à mes yeux. Inattendu de s'emparer ainsi de la chose politique quand les populations font preuve dans les urnes d'autant de résignation. TINA, Democratia real ya!...

Je fais un détour sur notre rapport à la crise via les "informations".

"Un peu d’informations développe l’empathie pour le monde, un excès d’informations ne finirait-il pas par la détruire ?" concluait Serge Tisseron sur son blog le 3 juin 2011* à propos de notre rapport à l'information, qu'il essaie d'analyser dans le cadre de la mondialisation et des technologies qui font parvenir les échos du monde dans nos sphères intimes.

Est-ce le "trop" d'informations qu'il faut incriminer ?
Ou bien plutôt une information exhibée, exhibée sans cesse alors qu'elle s'accompagne d'une outrancière privation des moyens d'agir, d'outrancières "analyses" de la crise.

Par chez moi, personne n'approche plus la radio ou les journaux sans s'être capitonné de protections, quelques-uns ont renoncé, depuis longtemps, depuis plus de 15 ans si je compte bien, voire plus longtemps encore, d'autres s'accrochent non sans ronger la table en chêne ou en pin ikéa c'est selon, y laissant de profondes crevasses, y laissant leurs dents surtout.

En fait ce repli est ancien et il est partout, si je me fie à ce que j'observe chez les miens qui ne sont pas très "conscientisés" mais qui souffrent pourtant. L'effondrement du modèle n'est pas d'aujourd'hui, et il file la métaphore sous bien des formes.

Que ce repli se fasse sur un "ailleurs" improbable ou sur un "ici" identitaire exacerbé, comment faire pour que les comportements soient moins dans le repli donc ?

... =>

M a dit…

=> SUITE

Je lisais aussi ceci, du même auteur (Serge Tisseron)...:
http://memoiredescatastrophes.org/article/ewjh6vau5r8/view

"[...] Malheureusement, si les catastrophes liées à la guerre sont aujourd’hui mieux explorées dans leurs dimensions à la fois individuelles et sociales, les catastrophes climatiques, écologiques ou industrielles qui frappent une ville ou une région sont encore trop souvent traitées comme des sortes de « secrets de famille ». Une fois le désastre couvert par les médias, une chape de plomb tombe sur l’événement : le silence se fait, parfois d’ailleurs à la demande de certaines administrations. « Moins on en parle et mieux ça vaut »

Heureusement, cette situation est en train de changer. Les communes et les régions prennent de mieux en mieux conscience du fait que leurs catastrophes appartiennent à leur histoire, et que, comme pour toute histoire, la meilleure manière de ne pas courir le risque de la reproduire est de la connaître.

Memoiredescatastrophes.org se veut un outil au service de ce travail. En accueillant tous les témoignages sans souci de vérifier leur authenticité, nous souhaitons en outre rappeler que la mémoire n’est pas que devoir, mais aussi invention, et que son rôle principal est moins de commémorer des morts que de créer de liens entre les vivants de façon à organiser un avenir différent.[...]"

... Me disant qu'à catastrophe climatique, écologique industrielle, on pouvait y rajouter et y articuler catastrophe économique (certes organisée). Que quoi ou qu'est-ce de relié au-delà des frontières, nous, Indignés sans frontières, devions créer des liens entre les vivants de façon à organiser un avenir différent, organiser la conscience de cette crise -de civilisation- comme appartenant à notre histoire, celle passée et celle en train de se (dé/re)faire. Que plus on se parlait, mieux ça valait. Se donner à voir dans notre époque, dans notre crise culturelle aussi... Comment ?

Un état des lieux, un inventaire des liens s'impose.

Un peu mièvre mon propos sûrement. Je continue.

Nous Indignés sans frontières, qui ne savons pas trop contre qui ou quoi nous indigner, contre notre voisin, contre nous-mêmes, contre ceux qui ont quitté le navire sans prévenir, contre ceux qui au contraire tiennent la barre droit sur la glace qui naît entre nous, glace des cafés décidément trop glacés, même un jour d'été non loin de la mer, ou contre ceux qui hypothèquent l'avenir commun, nous Indignés sans frontière, redonner du courage et d'abord comme dans les catastrophes, à ceux qui en prennent les effets les plus violents dans l'estomac, mais pour qu'au repli soit substitué du lien, au minimum du lien.

Un état des lieux, un inventaire des liens s'imposent. Où en sont les Indignés aujourd'hui ?

Des liens qui soient apte à élargir la sphère du nous, et à permettre qu'on s'organisent de façon à ce que nous avancions dans la conscience de nous-mêmes et dans la solidarité.

Mais comment faisons-nous lors des catastrophes ?

Quel est le problème ? Nous sommes de cette "civilisation" dont les modèles s'effondrent. Nous le vivons tous mais cherchons encore des solutions à l'intérieur du modèle, parce que nous n'avons pas conscience de nous-mêmes dans notre époque, dans notre crise...

Ce n'est pas les uns contre les autres que nous devons lutter, mais pour des solutions alternatives à ce système.

=>

M a dit…

=> SUITE et fin

Comment faisons-nous lors des catastrophes ?

Quel inventaire des liens, quel inventaire des solutions ?

Il me semble que serait une solution une donne régie par le juridique dont l'esprit serait de considérer nos rapports sociaux et nos rapports à notre environnement, du point de vue du respect de l'altérité nécessaire à leurs préservations réciproques et conjuguées. Locataires de la terre, plutôt que colonisateurs d'icelle, et petits autres parmi d'autres petits autres dans le grand squiggle de la vie. Pour le meilleur, je l'espère.

Comment faisons-nous lors des catastrophes ?

Merci pour cet espace de lecture et aussi d'écriture.

*La rencontre explosive de mon intimité avec celle du monde
http://www.sergetisseron.com/blog/la-rencontre-explosive-de-mon

clomani a dit…

Merci pour ce "récit de voyage" et ces observations précises de ce qu'est le dépeçage d'un peuple par diverses entités devenues folles.

zozefine a dit…

en écho à M, à propos du repli identitaire : je crois - je CROIS ! - que le repli identitaire est une sorte de réaction, un retour de balancier d'une perte d'identité non pas au profit d'une vraie solidarité universelle (serait-elle possible ? souhaitable ? désirable ? atteignable ?), mais conséquence d'une dilution profonde des cultures au bénéfice total et systémique d'une méta-culture dénoncée en son temps par la douce expression d' "impérialisme américain". aucune importance, de savoir si cette dilution se fait au profit des ricains vraiment, car en fait elle se fait au profit d'un capitalisme financier acéphale, qu'on pourrait se représenter dans la vraie vie sous la forme d'une bouteille de coca omniprésente sur terre. il fut un temps où dénoncer l'impérialisme américain, culturel par exemple, était la forme politiquement correcte de ce repli identitaire. quand ça prend la sale tête du racisme, de la xénophobie et de la ratonnade, c'est beaucoup moins correct pour, heureusement, une majorité d'entre nous, encore maintenant. mais pour connaître les autres, il faut avant tout se connaître soi-même. pour avoir envie des autres, il faut avoir envie de soi-même. pour aimer les autres, il faut s'aimer. lorsque tout autour de soi concourt à minorer et à stigmatiser ce qu'on est et ce qu'on a été, historiquement et généalogiquement, au nom d'un horizon d'excellence purement hallucinatoire, comment aller sainement vers les autres ? l'instinct de conservation n'existe pas seulement pour les individus, mais également pour cette sorte d' "organisme" qu'est une culture.

Panagiotis Grigoriou a dit…

Bonjour

Merci pour vos commentaires et remarques. Nous ne pouvons pas éviter les questions identitaires mais nous ne devons pas je crois en être les prisonniers. En Grèce et ailleurs nous touchons déjà les contours de ce qui sera "le monde d'après". Je pense que le "définitif" ou en tout cas le durable historique n'est pas encore arrêté, mais le temps nous serait en quelque sorte compté !

M a dit…

Pour faire suite à zozefine, et pousser ainsi du pied le petit caillou sur le sentier.

Oui comme vous je trouve cette question d'"avoir envie des autres", de s'aimer soi-même pour aimer les autres très importante.

Je comprends la résistance culturelle, la pratique aussi et loin de moi de vouloir jeter la pierre aux Grecs -au cas où mes propos l'auraient laissé entendre.

Mais comment faire pour lui donner un tour qui ne soit pas juste conservatoire ? Qui soit porteur de mouvement, de créativité ?

Peut-être en intégrant le fait que cet horizon d'excellence hallucinatoire fait lui aussi partie de nos histoires respectives, aux uns et aux autres ?

Que c'est peut-être aussi parce que cet horizon s'effondre, que nous sentons menacés d'effondrement -outre qu'il ne s'agit pas juste d'un sentiment mais d'une réalité- et pas seulement parce que ce modèle est porteur de quelque chose qui porte atteinte à l'altérité -aussi parce qu'il en est porteur.

La question devient, à mon sens, comment ne pas nous effondrer avec les modèles qui forment cet horizon en train de s'effondrer ? Comment faire pour ne pas voir nos rapports sociaux s'effondrer avec les modèles qui les organisent ou plutôt qui les désorganisent voire les empêchent ?

Prenant un peu de distance avec l'actualité des marchés, pour mieux y revenir peut-être, il m'a paru intéressant de chercher à réfléchir du côté de la notion d'altérité. Quels modèles trouver qui restaureraient chacun dans sa différence en quelque sorte, pour permettre la relation. Que signifierait une telle altérité transposée sur le terrain économique ? Quel rôle du juridique ? Et comment y associer cette autre altérité qui est celle qu'on entretient, qu'on devrait pouvoir entretenir avec notre Planète ?

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