mercredi 11 juillet 2012

Terre brûlée


Touristes - Syntagma 11/07
« Lorsqu'on est ministre on ne compte plus ses heures », phrase jadis stéréotypée, un cliché presque. Chez nous par contre, on les compte, surtout depuis l'investiture du gouvernement Samaras. Déjà deux ministres ont démissionné, Rapanos à l'Économie, officiellement pour des raisons de santé et Vernicos à la Marine marchande, depuis le « rappel » fait par SYRIZA sur ses activités offshore.
Eh bien, les heures des ministres de la coalition gouvernementale, de cette « Troïka de l'intérieur », sont déjà comptés. Treize heures après le vote d'investiture, Nikos Nikolopoulos, alors vice-ministre du Travail (!), a donné sa démission, motivée par inadéquation entre les positions préélectorales de la Nouvelle Démocratie sur la re-négociation du Mémorandum, et la réalité post-électorale, imposée unilatéralement par les seuls « créanciers » et par la Troïka. Visiblement, les « naïfs » dans ce pays ne sont pas que des électeurs « libres et égaux ».
L'arbre de Dimitri - Syntagma 11/07
Par une lettre « très confidentielle » (et finalement connue et reproduite par touts les médias de la baronnie), adressée directement à Antonis Samaras, Nikos Nikolopoulos souligne « qu'accompagnant le ministre [du Travail] Yannis Vroutsis lors de la rencontre programmée avec la Troïka à la date du 06/07, c'est avec grande surprise et dans une douleur pénible (sic) que j'ai constaté que les représentants des créanciers n'acceptent aucunement, quelconque ré-négociation (même pour ce qui est des aspects secondaires), pour ce qui relève du droit du travail, de la Sécurité Sociale et des prestations sociales. De ce fait, et dans l'essentiel, nos engagements électoraux sur la ré-négociation sont abandonnés, et ainsi ton texte d'investiture, rédigé de concert avec les deux autres chefs politiques, n'engage et suit plus notre stratégie et notre pratique politique. J'étais presque terrorisé (sic) en entendant Yannis Vroutsis, assurer les représentants de la Troïka « que notre seule priorité demeure la poursuite de la même feuille de route dans le respect des termes du Mémorandum et ceci avec pugnacité », ayant par la même occasion, confirmé ces assurances répondant à la question alors posée (par les représentants de la Troïka) : « y compris en se mettant en porte à faux vis à vis des engagements programmatifs du nouveau gouvernement tripartite ? (…) »

Place Syntagma - 11/07
Cette douleur est effectivement pénible, mais la tromperie de son côté, serait tout autant immense. On vient par ailleurs d'annoncer les prochaines « mesures chiffrées » à plus de 3 milliards d'euros, à enlever d'une façon ou d'une autre et de priorité aux heureux votants du pays. Les recettes de la TVA s'effondrent, il manquerait déjà un milliard d'euros et dans certains hôpitaux et dispensaires de l'Assistance Publique on n'imprime plus les listes des patients, faute de papier et d'encre pour faire tourner les imprimantes. Par contre, une autre liste imprimé noir sur blanc, comportant les noms des 60 premiers établissements hospitaliers privatisables et ainsi « libres de suite », circule sous le manteau des Troïkans. Certains députés de la Gauche Démocratique protestent déjà auprès de leur chef Fotis Kouvelis, « nos engagements sur allègement du Mémorandum, doivent être tenus », la musique est connue mais les souris, c'est à dire nous tous, n'ont pas l'air de danser. Acculé devant l'inadmissible, Fotis Kouvelis assure ce soir (mercredi 11/07) « que finalement la négociation du Mémorandum aura lieu », et... nous irons dormir enfin tranquilles ou se faire hospitaliser... ailleurs.

Il fait très chaud ces derniers jours et le pays déjà à moitié mort tourne au ralenti. Excepté les Troïkans, le « gouvernement », autrement-dit les « préparateurs de commandes », et certainement l'Aube dorée par ses nuits et jours de cristal. C'est ainsi que les cristaux liquides de notre écran social s'assombrissent de jour en jour. N.K., résistant des années 1940, opposant au régime des Colonels ayant trouvé refuge en RFA, et ancien journaliste à la radio allemande (service en langue grecque) rencontré par hasard, estime que le danger fasciste serait ante portas, sauf qu'il demeure sous-estimé par tout le monde. « Ma fille qui vit en Allemagne, vient d'organiser des actions de solidarité pour aider le peuple grec et c'est un succès, tous les Allemands ne portent pas le nom Merkel », ajouta-t-il. C'est vrai aussi que la communauté allemande demeurant sur la partie ouest de la Crète proteste également ; temps étrange et visiblement pluriel dans ses sémantiques.

Une jeune historienne rencontrée dans les locaux d'une Fondation privée pour la culture et la recherche historique se demande si tout cela vaut vraiment la peine, c'est à dire, y travailler bénévolement dans le seul but de ne pas perdre le contact avec sa discipline : « une autre thésarde a trouvé un travail à mi-temps dans un centre d'appels pour 186 euros net par mois, donc nous mourons vraiment, ma génération est dans la tombe déjà » ajouta-t-elle sans trop éprouver de l'émotion non plus. Ayant travaillé dans le passé pré-troïkan sur ce fond d'archives comportant 2.500 lettres du front, adressées aux marraines de guerre, j'ai été sollicité tout aussi bénévolement, afin d'indiquer certaines orientations de recherche concernant la collection. Les soldats, leur sociabilité au front, leurs représentations des moments paroxysmiques de la bataille, mais c'était sans doute dans une « trop autre » guerre. On se disait que « les archives ne manquent pas », mais il ne faut plus du tout compter sur l'État pour avancer la recherche.
Des abris de fortune « flambant neufs » - 11/07
Des abris de fortune « flambant neufs » ont fait leur apparition au centre ville, à moins de cent mètres des locaux de la Banque de Grèce. Des « lettres mortes du front 2012» à leur manière je dirais. Les touristes s'y attardent un bref moment et encore, les Grecs, même pas.
J'ai remarqué que sur la Place de la Constitution, l'arbre de Dimitri s'est fait dépossédé de toutes ses offrantes et autres messages agrafés ou déposés à l'endroit où Dimitri Christoulas, le pharmacien, s'est tiré une balle dans la tête en avril dernier. Déjà, lors du meeting de la Nouvelle Démocratie sur les lieux peu avant les élections de juin dernier, ce nouveau lieu de mémoire a été profané. À présent, son dépouillement total sous ordre des « autorités », ou de la municipalité (pour ne pas évoquer les éventuels « volontaires » qui seraient également... légion par les temps qui courent ).
Les Syriens de la Place Syntagma - 11/07
Le Mémorandum n'est pas négociable mais la mémoire de la Résistance récente est effacée sans hésitation. À l'heure... comptée des « ministres » le peuple compterait pourtant encore, car même ses morts sont devenus très gênants. Seule la nouvelle « baraque de la lutte politique » des Syriens, opposants au régime de leur pays est autorisée à défendre sa cause place Syntagme. Finalement, les passants restent plutôt indifférents.
Mercredi soir tard, les trois chefs des partis de la coalition, se déclarent déterminés « à négocier le Mémorandum dans la mesure du possible ».
Un fonctionnaire des impôts s'est tiré une balle dans la tête en Crète, mais ce nouveau suicide ne fera pas la une. Au contraire, le journalisme de saison serait en train d'accorder ses violons pour demain : « notre gouvernement fait de la résistance » et autres euphémismes de la dernière pluie. Elle est déjà loin elle aussi, temps très sec, terre brûlante et terre brûlée... L'église fait la promotion des prochaines fêtes, heures comptées pour... l'éternité...
"L'église fait la promotion des prochaines fêtes" - 11/07
 

8 commentaires

fincaparaiso a dit…

la chaleur accablante serait elle complice de l'apathie apparente des Grecs , voire de la morbidité de la jeunesse qui considère déjà sa génération dans la tombe face à cet assommoir que l'on appelle Troikans?
En espagne le ministre Rajoy a fait l'objet d'un standing ovation de la part de ses députés lorsqu'il a annoncé qu'il abandonnait son programme électoral pour réaliser 65000 millions d'euros d'économie
au Portugal ceux sont les médecins qui descendent dans la rue pour protéger leurs revenus,les malades,eux, n'ont même plus les moyens de se payer un car pour manifester en ville.
En France, HOLLANDE se prépare lui aussi à abandonner son programme éléctoral mais avec toute la rouerie de ses fonctions de secrétaire géneral de Parti pendant 10ans.
les populations de ces 3 pays pour ne citer qu'eux ,semblent de plus en plus insensibles aux peines d'austérités qui leurs sont administrées, un peu comme un autiste qui semble toujours absent de son corps et de son âme lorsque l'on s'adresse à lui ou que l'on lui impose d'avaler une potion ....

Anonyme a dit…

Vous parlez des privatisations prévues de 60 hôpitaux. la question que je me pose, c'est comment fonctionneront ils, fussent ils privatisés? Car cela suppose des gens pour se faire soigner, et si la "sécu" grecque ne rembourse plus les soins( et pourquoi pourraient ils mieux rembourser si privé que si public), si les gens n'ont plus de revenus ou de fortune personnelle pour se soigner, il n' y aura tout simplement plus de clients.
A moins que l'on privatise les structures tout en sommant l"état d'assurer un flux constant et conséquent de financement des soins.
Qu'en pensez vous?

Panagiotis Grigoriou a dit…

Merci pour votre commentaire, je ne dirais pas que les peuples soient vraiment insensibles, mais en paraphrasant (Raffaelle Simone), j'y ajouterais à votre juste remarque que la bancocratie nouvelle, non seulement elle détruit les sociétés, mais elle empêche aussi de naître. (R. Simone avait écrit : "La droite nouvelle, ne détruit pas, elle empêche de naître" - "Le Monstre Doux - L'Occident vire-t-il à droite ?" - 2010).

Panagiotis Grigoriou a dit…

Merci pour votre questionnement de bon sens. Justement et à vrai dire nous ne savons pas encore tout sur cette affaire et sur ses contours. Je crois qu'il s'agit d'une première annonce "préparatrice" de l'opinion publique. Cela prendra un certain temps et je crois que la privatisation de ces hôpitaux et/ou services, offrira déjà les infrastructures existantes aux prétendants du secteur privé, pour un prix dérisoire. Ensuite, l'impossibilité croissante dans la quelle se trouvent les citoyens, c'est à dire financer leurs soins, restera insoluble, mais je ne pense pas que cette situation serait en train d'effrayer les initiateurs des "reformes". Affaire à suivre !

jml a dit…

Le sol se dérobe pour les plus fragiles, et personne ne réagit, ils (troikans)appliquent leur funeste programme en toute connaissance de cause. Peut-on les qualifier de criminels, criminels d'une guerre économique contre le peuple grec, et contre les peuples européens... Et pas de réactions dans les rangs même de l'extrême gauche en France. Abandonnés à notre triste sort !

Magne a dit…

l'extreme gauche elle pense ses plaies des dernières elections le défaut d'unité cela se paye LO est une quasi secte , le PT un groupuscule et quand au NPA son refus de participer même de loin à une coalition avec le FG se paie ...les Français enfin une majorité d'entre eux ne voulaient plus de Nicolas Sarkozy sans plus .

DidierF a dit…

J'ai beaucoup entendu parler de suicides en Grèce. Je sais que quand un individu subi une violence intolérable, il doit faire quelque chose avec ça. Il n'a à la base que deux choix : la tourner contre lui (suicide), l'infliger à d'autres (meurtre). J'ai peur de l'arrivée des meurtres.

Je comprends pourquoi il y a des suicides. Je présente mes condoléances aux familles. Je vais avoir beaucoup plus de peine à présenter mes condoléances aux familles des banquiers, des ministres, des financiers, des représentants de la troïka. Je le regrette.

Eric B a dit…

J'ai cru comprendre que la sécurité sociale (publique) ne remboursait que le séjour / les soins à l'hôpital public, et qu'il fallait une assurance privée pour se faire rembourser l'hôpital privé (plus cher, mais avec plus de moyens et de meilleure qualité, du moins tant que les gens peuvent payer, bien sûr). Si c'est vrai, la privatisation d'hôpitaux veut dire que la sécurité sociale déremboursera ces hôpitaux, qui deviendront inaccessibles à ceux qui n'ont pas d'assurance privée...

Évidemment, que ce soit dans le public ou le privé, impossible de se faire rembourser le montant qui passe dans les "petites enveloppes". Si on demande à le déclarer (pour pouvoir se faire rembourser) c'est plus cher, pour un remboursement faible dans tous les cas. Le calcul est vite fait...

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