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| Couverture de la revue Unfollow,
no 8, Août 2012 |
Depuis
1974 et dans ce pays, « on » fêtait la « Démocratie »,
son retour en tout cas déjà daté, et pas qu'historiquement.
C'était par une variante de « garden party », que
notre... décoratif Président de la République honorait « démos
et son pouvoir », en y conviant le personnel politique, plus
quelques écoliers de circonstance, ce qui alourdissait les frais de
la Présidence d'une somme invariablement raisonnable... en jus
d'orange. Déjà, en juillet 2011, la fête considérée...
finissante et « mal placée » en pleine « crise des
indignés », les convives de sa version 2011 ont été tous
abreuvés de jus d'orange, car « c'était
le contexte de crise et de litote »
qui obligea à une telle réduction, avait précisé Carolos
Papoulias... alors Président des boissons sobres et de la portion
congrue et amère. D'ailleurs et en cette lointaine époque, les élus
SYRIZA et si j'ai bonne mémoire ceux aussi de la gauche communiste
(KKE), avaient décliné l'invitation. Les masques du consensus
démocratique étaient déjà tombées.
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| Antonis Samaras - Source : tsantiri.gr |
En
ce juillet 2012, c'est purement et simplement la « fête de la
Démocratie » qui a été supprimée, officiellement « pour
soutenir l'effort national dans le redressement des comptes de
l'État », et officieusement pour ne pas avoir à inviter
les élus de l'Aube dorée, ces derniers ayant ouvertement affiché
une certaine nostalgie de l'ancien régime des Colonels, mais au
point où nous en sommes, plus grand monde vaillamment issu du vaste
peuple, n'ira contester les nostalgiques de toute sorte. À défaut
d'avenir, toute nostalgie se croit alors légitime, vaste peuple
et... encore plus vaste progrès !
En
réalité, la suppression de ce demi-lieu de mémoire est un acte
délibéré et surtout réfléchi, pour « en terminer enfin,
avec ces symboles qui n'en demandent guère mieux », par ce
zeitgeist où même Platon aurait du mal à reconnaitre son...
banquier et surtout le nôtre. Ce n'est pas Papoulias bien évidemment
qui est l'initiateur de cette rupture car sans la carrure politique
et dépourvu de rôle institutionnellement adéquat, il n'y a guère
de doute, d'emblée la décision a été prise par les vrais tenants
du pouvoir mais avant même, la fête serait bel et bien finie.
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| Salamine 27/07 |
En
plein été grec on entre certainement à la « demi-saison de
la démocratie », pour ne pas dire déjà que nous franchissons
l'automne des libertés et par la même occasion de certaines luttes.
Car à part la « fête », c'est par un mauvais simultané
de la micro-histoire que la grève des ouvriers métallos du Pirée
s'est officiellement terminée, après avoir été réprimée,
c'etait déjà la semaine d'avant, par la main visible des compagnies
prétoriennes de sécurité envoyées sur place, par ordre du Premier
des ministres. Et on se souviendra de ce ministère, comme étant
parmi les plus maudits, médiocres et dangereusement insignifiants
depuis la fin de la dictature. Décidément... « c'est vraiment
notre fête » car cet ultime règne de l'insignifiant peut
s'avérer fatal comme déjà pour bien de régimes politiques.
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| Jeunes au café - Athènes 26/07 |
Sauf
que c'est toujours l'été grec. Dans les quartiers plutôt aisées
d'Athènes de jeunes gens, filles et garçons s'amusent comme ils
peuvent, et apparemment ils le peuvent bien, entre deux cafés glacés
placés sous le signe de l'inquiétude et la prochaine escapade sur
Mykonos ou Sifnos, devenue pourtant difficile. Au même moment,
c'était vers la fin de la semaine dernière, Samaras et les autres
serviteurs du panthéon des « créanciers » ont décidé
le transfert des actifs du Crédit Agricole grec (une banque publique
à 97% ayant financé les projets agricoles à hauteur de 70%), vers
une banque privée de « leur » choix, et aussi par ce
transfert, du 40% des terres agricoles du pays, potentiellement
contrôlées par le Crédit Agricole, plus d'un certain nombre
d'industries et de coopératives dans le domaine agroalimentaire, une
affaire « bouclée bien et vite ».
Ce qui de toute
manière n'ira pas jusqu'à émouvoir ces jeunes, ni troubler
davantage leur café glacé. D'ailleurs, et d'après leur discussion,
ces jeunes Grecs espèrent tous pouvoir émigrer ailleurs, pour y
travailler pensent-ils. C'est vrai que la nouvelle perspective et
déjà semi-réalité de « l'employé Chino-européen »,
n'est guerre enviable. On comprend alors ces jeunes, sauf que cela
risque d'être... désormais un peu plus fort de café, car les
contours de cet « ailleurs » s'avèrent progressivement
indiscernables. Une bonne partie de la vieille Europe patauge, et
selon certains reportages, les jeunes diplômés Belges ou Français,
souhaiteraient pareillement se faire une place « ailleurs »,
n'en parlons plus des Italiens, des Espagnols ou des Portugais.
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| Le Bac vers Salamine - 27/07 |
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| "Se restaurer
chez Kanakis du coin" - Salamine 27/07 |
Mais
répétons-le, comme c'est l'été et on n'y pense plus tellement.
Entre notre vent du Nord de saison et les canicules à répétition,
Athènes se vide, même si en fin de semaine (dernière) il n'y avait
pas par exemple grande foule, à emprunter le bac pour Salamine.
Pourtant, ses supermarchés bien locaux sont réputés pour leur
cuisine et autres plats à emporter bien abordables. Ainsi, les
retraités du coin comme ils le savent bien, s'y rendent souvent car
finalement, après avoir bien calculé, ils trouvent que se restaurer
chez Kanakis du coin, leur coûte moins cher que de cuisiner chez
eux : « un
plat à 3 euros c'est de la varie restauration pour nous les
retraités, mais ensuite et comme nous le craignons, en cas de
réductions encore plus drastiques de nos retraites, eh bien, nous
irons à la soupe populaire, il n'y a plus aucun doute, déjà que
nous ne nous soignons plus chez le médecin, mais au moins, nous
aurons encore de quoi se mettre sous la dent »,
se disaient entre eux ces retraités de l'île historique. Pourtant
c'est déjà « acquis », la démolition du système de
santé se poursuivra, « le
gouvernement prévoit la diminution du secteur hospitalier à hauteur
de 30% pour bien montrer sa docilité envers la Troïka car la seule
politique prévue par le cabinet Samaras c'est bel est bien le
mémorandum, ni plus, ni moins et sans aucun soi-disant aménagement »
(reportage du journal Avgi – 29/07). Du coup et toujours dans l'air
du temps, des comédiens connus, se produisant de passage à
Salamine, proposent une théâtralité bien de saison : « Le
Mémorandum fait mal »,
théâtre itinérant tout comme les stéréotypes qu'il véhicule
finalement, expressément anti-allemands,
On
ne peut pas facilement demander au théâtre d'être ce que la
société n'est pas, on a le théâtre qu'on mérite,
tragique ou pas finalement.
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| Salamine 27/07 |
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| « Le
Mémorandum fait mal » - Salamine 27/07 |
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| Affiche du mouvement de Mikis
Theodorakis - Salamine 27/07 |
C'est
à Salamine également que l'antenne locale du mouvement de Mikis
Theodorakis (de ce qui en reste en tout cas), invitait tout le monde
à une soirée-débat, vendredi 27 juillet. Supposons après la pèche
à la ligne, entre une traversée du bac et le passage d'un petit
cargo turc à destination d'Eleusis, car il y a certains rythmes qui
ne changent pas, fort heureusement. Et on y ajoutera à ces
« rythmes » le nouveau mendiant posté devant le
supermarché, témoignant à sa manière d'une certaine constance
dans l'existentialisme de saison à ne plus sous-estimer. C'est
autant vrai, que nous ne pouvons plus prétendre que rien ne bouge,
SYRIZA par exemple, organise des réunions de quartier, ouvertes à
tous en ce fin juillet, c'est pour « débattre des
privatisations mafieuses », mises en place par l'administration
Samaras. C'est ainsi que la Baronnie se priverait de ses derniers
biens nationaux, «
Carthago delenda est »,
et une fois de plus terminus. Sauf que les retraités du pays peuvent
encore lire leurs journaux avec passion, ou regarder un match de
football sur un écran géant, aux cafés en plein air, gérés par
les municipalités, car les consommations coûtent un peu moins cher
qu'ailleurs.
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| Réunion SYRIZA |
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| "Café géré (indirectement) par la municipalité" |
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| Salamine 27/07 |
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| Salamine 27/07 - cargo turc de passage |
C'est tout autant vrai que certains journaux du système
ont brusquement « découvert » la semaine dernière que
« la
Grèce serait sur le point de se faire exécuter par
l'Allemagne »
rien de moins grave, images d'archives issues de la guerre de 1940 à
l'appui. Sinon, ces mêmes journaux, consacrent leur « une »
à madame Markel et à la Bundesbank, donc quoi qu'on en dise,
l'Allemagne est certainement un pays à succès.
En
attendant les prochaines décisions de la Bundesbank, on peut alors
mettre en vente nos dernières petites sportives italiennes, jadis si
populaires auprès des jeunes, ou boire son café « de base »
à 0,70 euros, se contentant d'un hot
dog... gastronomique
au
même prix. Les patients souffrant de pathologies psychique à
l'établissement public de Leros déjà affamées, « se
verront désormais leurs retraites saisies à la source par
l'établissement, et c'est pour financer leur hospitalisation car
l'État a réduit son budget attribué aux structures de santé
psychique de 55% »,
d'après le directeur de l'établissement (reportage de la revue
politique et culturelle Unfollow,
no 8, Août 2012).
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| "On peut alors
mettre en vente nos petites sportives italiennes, ou boire son café « de base »
à 0,70 euros" |
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| « La
Grèce serait sur le point de se faire exécuter par
l'Allemagne »
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« Vivons
notre mythe en Grèce »
fut le slogan pivot d'une campagne publicitaire du ministère du
Tourisme datant déjà de l'année dernière, oui, vivons-le
décidément, mais jusqu'à la mort. Entre temps et selon certains
reportages, on croit savoir que les Merkelistes de service
exigeraient de SYRIZA et d'Alexis Tsipras leur signature en vue de
mettre en place le Mémorandum III sans entraves. Mythes grecs et
mythomanes Allemands, toute une histoire... à suivre.
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| Supermarché d'Attique, le... nouveau mendiant - 28/07 |
4 commentaires:
ouh là , j'espère que syrisa va pas s'embarquer là dedans !!!!!!
géographiquement, en grèce qui est un pays très montagneux, contrairement à ce que les gens croient, n'ayant en tête que les îles enchantées, il y a moins de 19% de terres arables, déjà bien bouffées par le béton et les routes. la nouvelle de cette cession des actifs du crédit agricole (je te cite : "le transfert des actifs du Crédit Agricole grec (une banque publique à 97% ayant financé les projets agricoles à hauteur de 70%), vers une banque privée de « leur » choix, et aussi par ce transfert, du 40% des terres agricoles du pays, potentiellement contrôlées par le Crédit Agricole, plus d'un certain nombre d'industries et de coopératives dans le domaine agroalimentaire)" aux banques privées est une très très très mauvaise nouvelle pour les agriculteurs grecs, qui essaient de survivre, plutôt mal, de leurs productions, déjà plombées par l'absence de protectionnisme agricole (0,43 euro/k les papates françaises, 0,98 euro/k les patates grecques à marinopoulos cet hiver...), et qui vont se retrouver, via leurs emprunts, la gorge offerte au couteau du privé. 40% des terres arables, c'est presque la moitié...
Terrible tableau dans ces chroniques. Peut-être suis-je naïf mais, ici, de France, j'ai grand espoir que les travailleurs grecs, les intellectuels réussiront à s'organiser afin de débarrasser la Grèce de la botte de fer des capitalistes locaux et étrangers. Je n'imagine pas que l'histoire soit écrite et que le peuple grec se rende à l'austérité définitive sans dévoiler ses forces. Or, s'il utilise sa puissance et son intelligence, le camp prolétaire grec est plus fort que tous les bourgeois réunis, même avec leur belle police plus ou moins bien équipée.
Depuis quelques semaines, je savoure vos écrits. Parfois, je ris jaune, l'estomac noué.
J'ai entendu parlé, à plusieurs reprises que "l'Europe" obligerait la Grèce a acheter de l'armement, des tanks pour 1 Milliard d'Euros.
On peut très bien imaginer le programme culturel qui en découlerait.
Infos ou intox. Avez-vous entendu parler de cela ?
Jacques Genève
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