mercredi 18 juillet 2012

Figues de septembre


Athènes - lors des manifestations de juin 2011
Ce mois de juillet est déjà bien plus accablant que d'habitude. On circule moins, on respire moins et finalement d'année en année on a aussi l'impression de... moins vivre. C'est ainsi qu'on regarde parfois en arrière allant de surprise en surprise. Il y a un an, à Athènes, place de la Constitution et ailleurs en Grèce, c'était l'éclosion du mouvement des « Indignés », censément spontané, prometteur, et qui s'est finalement avéré bien prométhéen par certains de ses aspects. C'était d'ailleurs au 15 juin 2011 que la photographie disons emblématique figurant sur ce blog a été réalisée. Au même moment sur la Place de la Constitution, la peur de l'avenir rencontrait, non sans détours, l'envie de lutter, la rage du renversement. Je n'oublierai pourtant jamais en tout cas, cette grande joie qui régnait sur la place, ainsi que la redécouverte du sens collectif, et du sens peut-être, tout simplement.

Athènes - lors des manifestations de juin 2011
C'est précisément cette ambiance joyeuse, donc porteuse d'avenir, que représente la photographie du blog, prise au hasard, et montrant une jeune femme anonyme, indignée mais souriante, assise devant les unités des CRS grecs, que l'on nomme ici les « MAT ». Sauf qu'on s'approchait déjà à la fin d'une étape. C'était en 2011, loin derrière. En prenant ce cliché, et sans aucune mise en scène, j'ai aussitôt été conscient qu'il s'agissait bel et bien d'un instantané historique et ceci pour une raison déjà évidente : elle incarne l'espoir d'un renversement rapide du mémorandum, et l'espoir tout court du renouveau, mais d'un renouveau déjà difficile à cerner avec précision.

Mise à part toute synchronie avec les auters mouvements en Europe, la dynamique propre du mouvement des Indignés en Grèce a été une première synthèse déjà, d'une année sous le Mémorandum. Il cristallisa ainsi la fin de certaines illusions sur le caractère prétendument passager de la crise, tout comme le mouvement de désobéissance : « Je ne paie plus », illustré notamment dans sa lutte, assez controversée il faut dire, contre les péages autoroutiers depuis l'été 2010. Plus que par le passé dans l'histoire récente du pays, « les Indignés », ont été ceux parmi les citadins, qui n'avaient pas auparavant manifesté, et ceci depuis de longues années ou très probablement, jamais. Sauf qu'une deuxième illusion est venue s'y greffer un an plus tard: « la fin du Mémorandisme étant potentiellement annulable par les mouvements populaires » et en l'état dont se trouvaient ces derniers.

Athènes - lors des manifestations de juin 2011
J'étais présent, place de la Constitution en ce mai et juin 2011. La foule fut disparate à l'image de notre classe moyenne, et il y avait toute sorte d'indignés, de tout âge, des familles entières avec enfants et jusqu'aux vieillards. Parmi eux, il y avait de nombreux électeurs encore tout récents des partis dits de gouvernement, du PASOK et de la Nouvelle Démocratie. Ils étaient facilement reconnaissables, tous ces gens n'ayant jamais manifesté, sauf dans les stades pour certains, en filigrane, toute cette sociologie à l'image du pays, c'est-à-dire soudaine et anxieuse. En observant leur façon d'être vêtus, on pouvait remarquer sans se tromper qu'ils vivaient encore dans un certain confort, seulement désormais ils avaient déjà mis un pied au labyrinthe de la paupérisation.

À la mi-juin (2011), durant la discussion du projet de « loi-cadre d’orientation économique 2011-2014 » (oubliée depuis mais toujours valable), devant le Parlement et sur la Place de la Constitution (Syntagma), la police a fait usage de sa force avec une violence inouïe. Les CRS grecs ont visé les indignés et une quantité, puis variété jusque là inégalées de produits chimiques, ont visé les manifestants alors de tout âge. J'ai vu des vieillards tomber comme des mouches, des enfants hurler, des gens n'ayant aucune « culture protestataire », en état de choc. Tel était finalement le vrai but du pouvoir, anéantir les consciences, leur psychologie et leur combativité en provoquant l'état de choc.
Athènes - lors des manifestations de juin 2011
La sociométrie et les dynamiques de la Place, ont beaucoup intrigué déjà, les participants eux-mêmes, et comme c'était attendu, les nombreux analystes qui se sont aussitôt penchés sur le phénomène. Car en réalité, ce pluri-mouvement des indignés, a été une école inachevée, enseignant le nouveau sens (bon et mauvais), dans la conduite des affaires publiques mais sans aller jusqu'au bout de l'invention. C'était je crois impossible. Je pensais alors en observateur participant à ces faits et gestes politiques que pour une fois, et ceci depuis si longtemps dans la capitale, mais aussi ailleurs dans le pays, nous avions retrouvé un peu de cette réflexivité abandonnée depuis les années 1960, abandonnant par la même occasion également tout questionnement sur soi, créateur à la fois des institutions et de la démocratie, dans la mesure où les citoyens, (jusqu'à un certain seuil en tout cas), devraient être conscients de ce qu'ils font. Mais d'habitude ils ne le sont pas. La preuve, les élections législatives de juin 2012.

À travers les messages portés et les visages alors multiples de la place de la Constitution de l'été 2011, d'emblée on a distingué le rassemblement dit de la « haute place », et celui de la « place basse ». Le premier, situé près du monument du soldat inconnu, il était d'habitude composé d'individus plutôt jeunes, visiblement issus des quartiers populaires et pratiquant la sociabilité et la culture des stades de football. Colériques, ces jeunes usaient des slogans et des signifiants issus de leur seul univers « politique » connu, à peu de choses près, pas grand chose, sauf sur la certitude que notre pays sombre « sous le complot des banques et le côté obscur de la force, de surcroît planétaire ».

Athènes - lors des manifestations de juin 2011
Souvent considérés comme apparentés à l'extrême droite par les autres manifestants (et l'Aube dorée avait déjà pénétré la « place haute »), sauf que cette appartenance concernait une partie seulement des manifestants, alors indéterminée. Ces jeunes, les cranes rasés, tatoués aux bras, portant des drapeaux grecs, ont été disons, la composante déjà « populiste » des indignés, et il est vrai qu'ils se sont montrés aussi critiques et hostiles vis à vis du « reste populaire » de la place. Surtout vis à vis de celle située plus à gauche « de la place basse », qualifiée même par eux comme résultant d'un « carnaval des progressistes ». Les slogans de la « haute place » étaient alors simplistes et radicaux comme notamment, « la Grèce appartient aux Grecs », un slogan tout de même introduit en Grèce dans les années 1970, par les socialistes d'Andréas Papandréou et du... PASOK, par la suite slogan officiel de l'Aube dorée. Ces jeunes, criaient aussi souvent que possible « voleurs - voleurs », en montrant en direction de l'édifice du Parlement, mais chantaient également certaines chansons de Mikis Theodorakis, issues du patrimoine et des représentations politiques de hémisphère disons gauche des indignés. C'est ainsi que tout « étiquetage » trop hâtif des composantes de ce mouvement, m'a semblé délicat, à l'époque.

Athènes - lors des manifestations de juin 2011
Les « Indignés » ont été délogés de la Place Syntagma et par vagues successives dans la répression entre juillet et Août 2011. C'était déjà en plus l'été grec, encore un. Par analogie, je dirais qu'une certaine idée de la protestation a été autant délogée de l'espace symbolique et politique en juin dernier aux élections. Et durant cet troisième été mémorandaire, tout laisse croire qu'un nouveau cycle du chaos est sur le point d'être entamé.

Ce mercredi 18 juillet, le meltem a enfin soufflé, ce vent étésien de nord (souvent soutenu) s'établissant entre juin et septembre. Sa force maximale sur l'échelle de Beaufort étant 8 (et exceptionnellement plus), hier déjà, on a mesuré un vent de force 7 sur l'île de Salamine. Donc on respire, ou presque. Mon ami Th., (journaliste au chômage) après son malaise médico-social l'ayant conduit aux urgences de l'hôpital mourant (c'est l'hôpital qui est mourant), est parti dans le Péloponnèse, accompagné de son épouse médecin, l'hébergement à la mer étant offert par leurs amis. Pourtant le malaise persisterait, tout comme la Troïka : « J'ai envie de tout effacer de ma tête, m'adonner à la mer et à mes lectures, lectures évidement hors sujets liés à crise, c'est clair. Mais je ne me sens pas bien. Hier, après une courte balade, j'ai cru que j'aurais besoin d'oxygène, j'étouffais, ma femme m'a encore porté secours. Tout est devenu si interminable, heureusement que notre mer l'a toujours été, heureusement... », a-t-il confié ce matin par téléphone.

« Massa », cargo battant pavillon Togolais - Salamine juillet 2012
 Avant de quitter Salamine, j'ai salué pour une dernière fois, les cargos et autres pétroliers tenus à l'encre en attente des futures cargaisons à proximité de l'île historique, dont le « Massa », un cargo battant pavillon Togolais. J'ai également salué madame Voula, originaire du Pirée et installée sur l'île depuis plus de quarante ans. Visiblement elle souffre. « J'ai 85 ans désormais, mon stimulateur cardiaque, implanté dans mon corps ne délivre plus des impulsions électriques correctes au cœur. Je vais mourir je crois, j'en suis trop fatiguée de tout et de tous. J'attends la fin du mois pour savoir si mon cadeau annuel de l'été doublant ma retraite sera maintenu, elle est plafonnée à 480 euros par mois. C'est seulement après, que je téléphonerai au médecin, car il faut tout payer maintenant. Ou sinon je ne ferai rien, pour offrir cet argent à Nikos, mon fils. Il est au chômage depuis un an. Il est ouvrier très spécialisé et jadis très recherché pour cette raison sur tous les grands chantiers difficiles. Le nouvel aéroport d'Athènes et le pont entre le continent et le Péloponnèse c'était aussi lui. Il déprime, sa femme, par crainte de se retrouver au chômage a opté pour la préretraite disons offerte par les récentes lois, ils vivent comme dans un poulailler tous deux et leurs deux enfants, 450 par mois c'est pour mourir et non pas pour vivre. J'en ai donc assez, je voudrais encourager mon Nikos mais c'est impossible, il pense sans cesse à toutes ces années où il travaillait gagnant bien sa vie. J'ai peur qu'il fasse une connerie. Puis je ne sais plus que faire des chats. J'ai toujours nourri tous les chats du quartier ayant élu domicile chez moi. J'enlève maintenant de ma propre nourriture pour en acheter pour eux, c'est intenable. Et en plus, il y a les portées et les chatons, six déjà... Je ne sais pas si cela vaut la peine de vivre davantage, je dis cela pour moi, pas pour les pauvres bêtes... »

"J'ai toujours nourri tous les chats du quartier" - Salamine juillet 2012
Les grands travaux et les pauvres bêtes c'est aussi la Grèce en ce juillet 2012. Je me souviens qu'Anna, une amie exerçant son métier d'ingénieur avait également travaillé pour les deux consortium ayant construit le nouvel aéroport et le pont entre la Grèce centrale et le Péloponnèse. Respectivement, le premier était majoritairement allemand, et le deuxième français. L'Europe tel un « grand marché », et en or pour certains, la seule. Depuis, Nikos est au chômage en fin de droits, et Anna est embauchée par une multinationale française pour superviser ses chantiers hors Europe. Contrairement à Nikos au moins, et à part son maintien au sein du monde du travail (global et... savamment divisé), elle ne subirait plus le bombardement incessant dans les mauvaise nouvelles de nos médias sous la bancocratie.

"Immeubles en ruine et ceux, toujours plus nombreux à vendre"
Athènes juillet 2012
Appartement à vendre - Athènes juillet 2012
Ce mercredi par exemple, à part l'évacuation des faubourgs de la ville de Patras sous la menace d'un incendie d'envergure, à part le cas de tuberculose détectée chez certains employés d'un établissement huppé dans restauration donnant sur la place de la Constitution, nous avons eu droit à de nouvelles mesures annoncées par la Troïka de l'intérieur, autrement-dit par le gouvernement tripartite, déjà sous tension. Il est évident que les maigres promesses électorales « des amis de l'Europe » ne sont plus tenables aux dires de la Troïka de l'extérieur et aux yeux de tous. Austérité, réductions, et grande braderie. On s'y prépare à démanteler et à vendre la Société nationale des chemins de fer, ce qui a déjà provoqué la colère des partis de gauche et notamment celle du parti communiste. Du coup, et d'après le site de la radio-télévision hyper-mémoradienne Skai (elle appartient à un armateur), « Deutsche Bahn s'apprêterait à embaucher des cheminots des pays du sud de l'Europe actuellement au chômage, car elle manquerait de personnel » (reportage du 18/07). Pour une fois que ce n'est pas du STO, remercions alors Madame Merkel, qui d'ailleurs ne bénéficie toujours pas de très bonne presse en Grèce en dépit des efforts de l'Ambassade de la Métropole et des journalistes qui lui sont fidèles et... sincèrement chers, ici à Athènes.
Affiche en décor - Athènes juillet 2012
"Madame Merkel, qui d'ailleurs ne bénéficie toujours pas de très bonne presse en Grèce" - juillet 2012
Le journal de la gauche radicale, Avghi, dans son édition du dimanche dernier, croit préciser « qu'un certain arrangement a été conclu entre François Hollande et Angela Merkel pour ce qui relève de l'instauration chez les sur-endettés de l'Union Européenne, d'une variante de la Treuhand, de cette agence fiduciaire de droit ouest-allemand chargée de la privatisation des biens de la République démocratique allemande (RDA) après la réunification du pays, autrement-dit, de sa braderie. Cet organisme a déjà vu le jour en Grèce bien évidement, et ce processus serait applicable ailleurs, au gré des parcours mémorandaires des pays en question ». Si c'est vrai... Radio Paris serait de nouveau allemand alors (?)... pour se souvenir un peu de Pierre Dac et de l'air de la Cucaracha, mais comme l'histoire ne se répète pas, il nous faut trouver d'autres explications, plus complexes et donc plus contemporaines dans toute leur géopolitique, avant d'évoquer bêtement une quelconque Propaganda Abteilung Frankreich.

Bijoux de pacotille en bord de mer à Salamine - juillet 2012
On apprend aussi ces derniers jours, que pour les vaccins de leurs enfants, de nombreux parents s'adressent désormais aux structures médicales d'aide et de soins d'urgence, car ils ne peuvent plus se payer ce luxe, d'où sans doute, la recrudescence des maladies comme la tuberculose. Temps de crise, donc malades. On achète pourtant des bijoux de pacotille en bord de mer à Salamine, ou du moins, on fait semblant tandis que sur son marché de poissons, de nombreuses espèces pélagiques sont plus inabordables que jamais. La rupture sociale entre poissons des pauvres et poissons des riches... est définitivement consommée. C'est bien connu, le poisson du riche a toujours dévoré la sardine du pauvre ! C'est la loi de la mer. Pourtant, lundi après-midi sur une de ses côtes situées à l'Ouest, des enfants scouts et leurs accompagnateurs laissaient déborder leur bonheur de la plage retrouvée. 

Enfants scouts à la plage - Salamine juillet 2012
C'est vrai qu'à certains moments de nos existences, le mémorandum disparaît complètement. Nous rassemblerions alors à ces soldats permissionnaires de 14-18, sauf que dans les trains de permissionnaires et les gares régulatrices l’indiscipline a toujours régné. Pour les... heureux participants à la Troisième Grande Guerre des dettes souveraines et du siècle d'après, et peut-être même de trop, la permission est devenue un processus autrement plus complexe, puis, les gares régulatrices appartiennent elles aussi aux banques.

"Rupture sociale entre poissons des pauvres et poissons des riches"
Salamine - juillet 2012
Néanmoins, des permissions existent. À Athènes, certains accrocs aux autres formes de vie que celle des hommes, affichent des avis de recherche pour les chatons égarés. La gauche quant à elle, elle affiche déjà sa volonté à manifester à Thessalonique, au moment du discours annuel du Premier ministre à l'occasion de la foire commerciale, qui n'est que l'ombre de elle-même, tout comme « notre » sinistre Antonis Samaras. Sauf que tout cela c'est pour début septembre. Une autre affiche, appelle à se rendre à la fête annuelle de la jeuneuse communiste à Athènes, également courant Septembre. Étant... résolument gouvernés par un théâtre des ombres, notre gauche attendrait alors l'automne et les figues de septembre. N'empêche, ici où là, certains téméraires manifestent en cortège jusqu'au centre de la capitale, tantôt les ouvriers métallos en grève, tantôt les employés du secteur hôtelier, tantôt les médecins ou les marins au chômage. Mais c'est du sporadique, comme l'espoir en ce moment.

"Des avis de recherche pour les chatons égarés" - Athènes juillet 2012

Appel à manifester à Thessalonique - Athènes juillet 2012
Affiche : fête annuelle de la jeuneuse communiste - Athènes juillet 2012

Les passants jettent parfois un coup d'œil furtif aux journaux accrochés aux présentoirs, la feuille d'impôts dans la main, comme ce midi, mais à quoi bon ? Le Journal de l'Aube dorée fait son titre sur le « racisme exercé sur les Grecs par le gouvernement du Mémorandum et la Gauche », et à côté Avriani, une feuille populiste précise que « la Troïka réclame encore du sang », tandis que Rizospastis, le quotidien historique du KKE (P.C.), prétend que « le peuple peut freiner la privatisation de Société nationale des chemins de fer ». Heureusement dans un sens et pour un peu d'exotisme, Avghi de vendredi dernier, faisait sa « Une » sur les 8.000 suppressions d'emplois en France, chez PSA.

"Les passants jettent un coup d'œil aux journaux" - Athènes juillet 2012
Journal de l'Aube dorée - Avriani et Rizospastis - 18/07/2012
"Avghi faisait sa « Une » sur les 8.000 suppressions d'emplois chez PSA"
Le peuple, mon ami Th., madame Voula, plus certaines vieilles photos et autres prises de vue dans les rues d'Athènes, mises en vente au centre ville. Du passé faisons... table d'hôtes, entre les immeubles en ruine et ceux, toujours plus nombreux à vendre. Mois de juillet, accablant et pourtant encore accueillant.

"Vieilles photos et autres prises de vue dans les rues d'Athènes" - juillet 2012

20 commentaires:

Anonyme a dit…

Premières impressions au retour de Grèce.
3 îles des Cyclades et un passage à Athènes.
Il n'y a pas de signe patent de la crise, visible de façon évidente. A Athènes, on voit une boutique sur 2 fermée en périphérie, mais je me souviens m'être déjà fait cette réflexion les précédentes fois où je suis venu. En ville de nombreux commerces semblent fermés, mais il n'est pas évident de savoir si c'est massif ou non. Les signes visibles sont plutôt le relatif faible nombre de touristes: je me souviens de Plaka avec un monde fou, même hors saison. Là, j'ai trouvé le quartier calme, les terrasses étaient pleines mais l'ambiance restait paisible.
Sur les îles, la même impression domine. Les hôtels n'étaient pleins nulle part, alors que tous les guides conseillaient de réserver quelques mois à l'avance pour la période de mi-juillet.
A Santorin, j'ai trouvé Oia et Thira très vides, normalement il est impossible de se frayer un chemin dans les ruelles principales. Ces jours-ci, il y avait du monde, certes, mais en nombre très très supportable. Et les hôtels semblaient tous avoir de la place, nous n'avons jamais dû attendre pour un bar ou un resto.

Anonyme a dit…

Avec les élections de juin, j'ai appris que malheureusement la plupart des gens sont des moutons, et que les moutons on une déconcertante envie de se faire tondre...Triste monde mais finalement les élites n'ont pas tort, il ne peut rien leur arriver. Les gens préfèrent toujours sacrifier leurs libertés au détriment de l'ordre. Ainsi naissent les dictatures, et la dictature Europe n'en est qu'à ses débuts...

David a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
cil'vie a dit…

arrivée sur l'île de Naxos depuis le mois d'avril, je vois les propriétaires (hotels bars restaurants) désepérer de jour en jour .. j'étais venue 2 semaines l'année dernière et à peu près tous disaient avoir fait une excellente saison et se préoccupaient assez peu de ce qui pouvaient se passer dans le reste du pays, d'ailleurs la majorité des îles ont voté N.D si je ne me trompe pas ... seulement voilà cette année ils sont touchés à leur tour .. les touristes ne sont pas au RDV .. un propriétaire de "pension" est persuadé qu'il n'est pas inscrit sur les bons sites internet et ne veut pas entendre que "la crise" est à leur porte .. la banque le harcèle suite au crédit qu'il a prit pour rénover ses chambres cet hiver ... la femme de ménage travaille pour 10e par jour, c'est mieux que rien m'a t elle dit .. les transports sont hors de prix ... c'est par ce biais que les îles sont en train de rejoindre le continent, mais est ce pour autant que le peuple trouvera l'unité pour combattre la troika ?
car si la vie parait normale elle ne l'est que pour les touristes ...

David a dit…

Une amie revient de Crète et elle me fait le même constat. Tout est normal pour les touristes français en Crète. Les gens accueillant un peu moins bien le touriste dit-on, mais on vit normalement et on trouve de la nourriture et on me dit que les oranges sont à 0.25 euro le kilo.... Donc les gens qui viennent en Grèce passent à côté de la réalité profonde. Ils sont là certes pour oublier leurs propres soucis... Ceci expliquant cela sans doute.

Que pensez-vous de cette vision extérieure?

M a dit…

Beaucoup de densité dans tous ces billets...

Voici un poème de Laadi FLICI auquel je pense en vous lisant.

Rue Ben M’Hidi
(extraits)

une terrasse de café, des rires
un caïd, un garde champêtre, un melon
des partis, des pastis, des paniers, un arabe
un jeu de boules, une famille hernandez, une autre
un yaouled, un vote, un petit paquet, un kabyle
une campagne électorale, une arrestation
une carte blanche, un colon, une descente
un 380 francs journalier, un popaul
une fatma, un bachaga, un soleil, un chaouch
un pied noir, un autre, un cinéma majestic
un bab el oued, un lopez, un lynch
un square bresson, des ânes, des tournées
un bugeaud, un randon, une a.g.e.a
un vive le gallia, une personnalité religieuse
un mouloudia, un enfant de la casbah, un autre
un kabyle intelligent pas comme les autres
un barman, un pied noir, un directeur
un messier libéral très distingué, un notable
un spectacle de la semaine, un autre, un autre pluriel

vous qui savez ce que sont
la noblesse de l’esprit
et l’élévation de la pensée
la dignité humaine
et la liberté totale
témoignez et criez
tout haut !

Source:
Quand la nuit se brise
Anthologie dirigée et présentée par Abdelmadjid Kaouah

cording a dit…

ai improvise um voyage dans votre pays et reside a l'hotel zeus rue sophocle A Athenes. Cordialement. A demaim peut-ETRE.

Panagiotis Grigoriou a dit…

Bonsoir et merci pour tous vos commentaires ainsi que pour poème. Vos remarques concernant le "regard du touriste" sont fort intéressantes. Déjà, le touriste n'étant plus le voyageur, il n'est pas censé voir donc par définition. Ensuite, les professionnels du tourisme ont tendance à minimiser les effets de la crise devant leurs clients, j'en connais un certain nombre et je sais qu'ils agissent de la sorte, ce qui est compréhensible. Ensuite, la crise et ses drames savent parfois se cacher ! Le pays est à -22% sur son PIB depuis le début de la crise, donc, la situation fait penser, toute proportion gardée, à celle de l'Argentine. Le taux de chômage officiel a triplé et un commerce sur trois a fait faillite. Et à travers un système de santé sur le point de s'effondrer, un habitant sur trois n'a plus aucune couverture santé, d'ailleurs j'en fais partie de ces... citoyens qui font attention à leur forme dans un sens ! Sans parler des suicides, des pathologies psychiques et les autres... perles de la crise que vous connaissez également à travers la lecture de ce blog. Voilà pour la réalité. Sauf qu'elle ne concerne pas toute la population, ou pas toute la population de la même manière. Je considère qu'entre 20% et 30% de la population sont suffisamment épargnés pour l'instant, et ces gens remplissent entre autres, les terrasses et les cafés. Mais pour se rendre sur les îles c'est un peu plus compliqué.Déjà, le prix des billets (bateau ou avion) sont exorbitants, entre 400 et 700 euros pour une traversé AR et les îles depuis le Pirée, pour une famille composée de quatre personnes et leur voiture par exemple. C'est d'abord une certaine clientèle grecque qui manque et qui manquera durablement des Cyclades par exemple. J'ai connais une famille qui s'y rendait chaque été à Mykonos ou à Paros faisant dans le lifestyle et non pas pour une quelconque envie de découvrir et de redécouvrir l'harmonie des lieux. Ils étaient bons clients en plus, pour les mêmes raisons. Cet été, ils vivent grâce à la solidarité familiale et encore. Et ce n'est qu'un cas bien parmi d'autres. J'étais à Paros en Septembre 2010 et on parlait déjà de la crise en montrant l'immobilier mis en vente.Dernier point, les îles et Crète, avant la crise, avaient le taux de chômage le plus bas du pays et une certaine richesse indéniable et indéniablement acquise et si peu de temps en réalité, ainsi et pour un moment des effets de la crise semblaient amortis. Plus pour longtemps. Le tourisme ne sera plus de masse et surtout pas de n'importe quelle masse, celle de la classe moyenne ou même ouvrière je crois.

Ultime remarque, il semblerait que certains touristes allemands, venant en Grèce avec trop de stéréotypes et le faisant savoir haut et fort, ne seraient pas toujours bien reçus, mais ceci relève d'un autre débat.

Encore merci pour vos commentaires

Panagiotis Grigoriou a dit…

Pouvez-vous m'envoyer un mail svp

merci

Anonyme a dit…

N'oublions pas que les malheurs du peuple Grec, Espagnol, Portugais, Irlandais, Islandais, etc... sont la conséquence directe des agissements mafieux du plus grand réseau criminel du XXI° siècle : la banque Goldman Sachs :

Pour se souvenir et ne pas oublier les tenants et les aboutissants de la crise financière mondiale : Séance "Nostalgie" avec l'économiste James Galbraith :

http://www.dailymotion.com/video/xfifs6_economistes-atterres-james-galbraith_news

Jacoti a dit…

Je vous invite à regarder ce docu sur Goldman Sachs, effrayant...!!

http://rutube.ru/video/8126acce09774791212eebb5fae57f2e/

Anonyme a dit…

Merci à vous pour vos magnifiques reportages.
Je suis pour la 11ème fois dans le Pélion, ici, les gens semblent s'en sortir grâce aux jardins. Les terrasses ne sont pleines que le week-end. Les gens de notre âge (45 ans environs) ne parlent pas trop de leurs problèmes, j'ai l'impression qu'ils ne veulent pas nous importuner. Cela fait plus de 20 ans que je viens en Grèce, j'adore ce pays, sa culture, sa langue (très difficile)... L'hospitalité est toujours aussi grande, la générosité incroyable.Il faut dire qu'ici,chez vous en Grèce, on adore les enfants.
Continuez à écrire vos articles! C'est vrai que c'est dure, mais l'intelligence des analyses, cela donne du courage!
Bien à vous
Nathalie

Lionel a dit…

Le capital est sans frein et ceci n’a pas de précédent.
Si le capitalisme épouse les méthodes mafieuses, une sortie de la Grèce de la zone euro est légitime voire nécessaire, sans quoi la situation ne fera qu'empirer, elle deviendra désespérée et sans recours. Le danger serait entre autres celui du remplacement d’un peuple par d’autres habitants, un appauvrissement permettant de se saisir des terres et d’en faire le jardin d'une caste de nantis.

J’espère que le génie grec inventera une alternative, l'inverse n'est pas concevable.
Je lis vos notes avec inquiétude sur le présent et l'avenir d'un pays que je parcours pendant mes vacances. Des îles rugueuses, brûlantes, brassées d'azur et de vents, par endroits d'une beauté sauvage, rare. Lieux où les habitants peuvent encore vivre en intelligence avec leur environnement, même si cela peut être dur.

Plus que jamais le tourisme est indispensable à la survie des îles. La Grèce possède de nombreux atouts pour résister à une mutation imposée. Nos amis grecs devront éviter les querelles intestines car la partie qui s’engage est inouïe. Il s'agit maintenant de prendre la mesure de ce qui est essentiel.

Nous marchons dans vos pas.
Lionel

M a dit…

Pour changer vraiment la donne, il faudrait de toute façon en passer par les grandes structures.

Lesquelles grandes structures choisissent pour l'heure le chemin des politiques austéritaires. Ce qui nous rapproche plus de la Solution finale, de la tombe, de la barbarie, du chaos, que de la dignité humaine.

Ça crève les yeux et le coeur mais "on" préfère précipiter les sociétés dans l'abîme que reconnaître qu'"on" s'est trompé, d'ailleurs "on" le voit bien mais "on" est incapable de concevoir en quoi, et "on" préfère se comporter comme des irresponsables plutôt que d'avoir à renoncer à d'abjects privilèges, "on" est trop occupé à brasser de l'air, "on" est trop occupés à danser les danses incestuelles de l'entre-soi des élus de la particule argentière, à mépriser les autres d'autant pour se ré-hausser soi. Sur des colosses aux pieds d'argile. Et alors le ridicule tue. Les autres.

Certains sentant le vent tourner préparent quelques réaménagements. De pure forme. Tels des toupies se laissent à peine dériver sur les bords du cadre que forme leur idéologie, pour capter juste ce qui sied à leurs retournements de veste, point trop n'en faut. Tels des chats cherchent à retomber sur leurs pattes. Mais les chats sont gras et lourds. Mais passons sur ces intestins-là nourris aux petits fours.

A quelques encablures, "on" vote contre son prochain, "on" vote contre la société, "on" lave son camping-car rutilant pour la troisième fois en trois jours, "on" s'étonne qu'il y ait si peu de familles sur les routes des vacances, si peu de touristes, autant de tempes grises, en haute saison. "On" prépare un barbecue, "on" promène son chien dans le camping, "on" serre la main du voisin qui dîne d'une boîtes de saucisses-lentilles, le chômage, un divorce, le camping. La faute à la crise. C'est bien triste mon pauvre monsieur. A pôle emploi, mettre ses doigts dans ses pouces et dire oui Madame à la nouvelle zélée en herbe. Intérioriser cette violence. La tourner vers soi. Ce qu'il faut pour montrer patte blanche. Ce qu'il faut pour ne pas déranger les esprits clivés de la normopathie ambiante, les schizophrénies des citoyens capitaliseurs. Bonne soirée messieurs dames, la nuit sera fraîche sous la tente, ici l'été se fait attendre, mais cet hiver c'était bien pire. On se salue encore. Et puis on rentre "chez soi".

Indignez-vous - Révoltez-vous a dit…

Je crois que la Gréce aurait du choisir la sortie de l'€uro lors des dernières élections. Probablement quelques mois difficiles mais ensuite une compétitivité retrouvée et des jours meilleurs (et libres..)
La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé hier vendredi 20 juillet ne plus accepter pour le moment que les banques déposent en garantie auprès d'elle des titres de dette émis par la Grèce, dans l'attente du rapport de la troïka sur l'état d'avancement des réformes dans le pays.
Les banques grecques pourront obtenir les liquidités nécessaires auprès de leur banque centrale nationale, "en vertu des dispositions existantes dans l'Eurosystème"
Cette décision intervient alors que l'accord sur les garanties apportées par la zone euro à la BCE pour accepter les titres grecs prend fin le 25 juillet.
Les chefs de la troïka, formée par l'Union européenne, la BCE et le FMI, doivent se rendre en Grèce la semaine prochaine
Selon la presse grecque, le rapport définitif de la troïka n'est toutefois pas attendu avant la fin août.
La zone Euro est la seule zone monétaire AU MONDE à laisser le contrôle de sa masse monétaire aux banques privées . S'il en était de même pour tout le monde pourquoi pas, mais là c'est n'importe quoi et c'est le citoyen qui paye les pots cassés . En même temps les banques s'en foutent car les dépôts sont garantis par l’État et les activités ne sont pas séparées donc le Casino n'est pas prêt de s’arrêter .
Bref, tant que les états seront prêt à sacrifier leur populations sur l'autel du système bancaire européen sans rien demander aux banques en retour, on n'est pas prêt de voir le bout de cette absurdité .
On a fait du peuple le souverain, et on a proclamé que personne n'avait le droit d'exercer cette souveraineté à sa place.
Voila le monde aujourd'hui : en porte-à-faux entre l'impossibilité de cette souveraineté collective par le peuple et l'illégitimité de quiconque de l’exercer à sa place.
Ou vit-on jamais le peuple souverain ? La politique est ce mélange de mauvaise conscience et de mauvaise foi, dont la moindre acrobatie n'est pas pour les gouvernements de tenter en permanence de faire croire au peuple que c'est lui qui gouverne : source de toutes les mystifications et de toutes les servitudes.
Nous devons retrouver notre LIBERTÉ

garlaban a dit…

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garlaban a dit…

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Panagiotis Grigoriou a dit…

Bonsoir, je vous remercie pour votre commentaire et témoignage sur Pélion,un de mes amis originaire de cette région, m'a raconté que le tourisme intérieur vers Pélion, et celui de WE seraient sur le point de s'effondrer, de nombreuses tavernes et cafés n'ont même pas ouvert pour cet été.

Panagiotis Grigoriou a dit…

Merci pour vos autres témoignages et prises de position. "La nuit sera fraîche" je crois pour les peuples mais jusqu'à quel moment ? Espérons l'Aube (pas dorée) ! Sur la question de l'Euro, je crois que durant les prochains moins on... verra "mieux".

Encore merci

zozefine a dit…

panagiotis, toujours je t'aimerai pour une phrase comme celle-ci : "À Athènes, certains accrocs aux autres formes de vie que celle des hommes, affichent des avis de recherche pour les chatons égarés". je partage ce désespoir suspendu comme un point d'orgue. pas mal de mes "ami(e)s-de-l'été" sont arrivés. ils sont contents, pas trop de monde - ouf, et les prix ont baissé, et puis, ah, le soleil, et la mer. et l'hospitalité. tout ça tout ça. ils n'en voient rien, de cette crise, rien, le soleil les aveugle. l'iceberg se délite par en-dessous, par en-dessus, c'est encore joli. pourquoi leur gâcher leur plaisir ?

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