| Dessin canadien - "Elefterotypia" édition spéciale des journalistes grévistes - 16/06 |
Dimanche des
élections à Athènes. Des embouteillages dès le matin et tôt.
Visages graves, sans pour autant perdre le sourire. Peu de
discussions, le temps de la discussion est révolu. On en rediscutera
après, et après la baignade, car sur les plages, c'est aussi la
cohue. J'ai voté peu avant 9h ce matin.
Ce matin
aussi, très tôt également, Dimitri, le voisin dentiste
et son épouse ont déménagé. Dorénavant, ils habiteront un
appartement, appartenant à leur famille, donc sans loyer. Ils iront
ensuite voter dans l'après-midi, « contre les
salauds et la pourriture ». Mon ami S.P. l'instituteur, ira
voter également. Sauf qu'il a changé d'avis depuis sa mésaventure
avec la banque : « ces salauds n'ont pas voulu
accepter que je retire mes économies [5.000 euros]. J'ai fait venir
Christos, un ami avocat, rien à faire. J'imagine la suite, surtout
si c'est SYRIZA qui passe. Je ne voterai pas Tsipras comme en mai,
avec les autres, on aura au moins une stabilité, l'Europe quoi... ».
| Au bureau de vote - 17/06 |
Donc la peur
est un facteur de vote et de risque. Nous affrontons la peur, la
Grèce finissante et le systémisme local et eurocrate. Vendredi, au
meeting de la Nouvelle Démocratie, place de la Constitution, il n'y
avait pas foule, à la hauteur d'un « grand mouvent de la
droite populaire et populiste ». Un ramassis de gens apeurés,
enfants du népotisme, beaucoup d'agents de l'État, le leur,
personnes âgées, tellement petits, plus quelques immigrés,
embauchés du jour pour tenir les pancartes, tout comme ceux qui ont
travaillé pour préparer la place. L'esprit d'entreprise de Samaras
s'est toujours résumé à l'utilisation de la fonction publique
comme dépotoir des espoirs perdus et payants en termes électoraux
et à de marchés toujours truqués, voilà la « force
responsable » sur laquelle mise la caste dirigeante de
euro-centre en ce moment. « Détail » intéressant, les
Néodémocrates ont brisé une plaque commémorative, posé sur
l'arbre de Dimitri. Nos morts sont des adversaires politiques
redoutables pour les valets de Mme Merkel.
| Déménagement de Dimitri - 17/06 |
La Nouvelle
démocratie, n'est ni « nouvelle », en encore moins
« démocratie ». Elle est un bateau pirate affrété par
les rois nus, dont la maitrise irrationnelle exercée sur notre monde
atteint désormais l'hybris. Et Nemecis n'est guère loin,
indépendamment des résultats de ce soir d'ailleurs, si on se met à
compter le temps par son historicité. « L'affaire grecque »
vient d'échapper, à Angela Merkel, à Nicolas Sarkozy et à
François Hollande réunis, car les élections « arrivés »
presque par accident, ont rappelé que les peuples devraient être
souverains. Seulement souverains, ils ne le sont nulle part dans le
cadre des institutions de l'Union Européenne qui incarne une hybris
à la démocratie, à la culture Européenne et à l'esprit des
Lumières, et Syriza est venu (presque malgré lui) à le rappeler.
Ce n'est pas l'euro la question centrale, ni la dette, ce qui se joue
ce soir et par la suite en Europe, c'est la démocratie.
| Travailleurs immigrés... préparant le meeting Nouvelle Démocratie - 15/06 |
| Meeting Nouvelle Démocratie - 15/06 |
Chez Syriza
on le sait. Et on livre bataille pour que le cadre de cette
démocratie, dite aussi bourgeoise puisse survivre des totalitarismes
qui menacent ouvertement, car elle demeure le seul cadre à partir
duquel on peut inventer une meilleure « commune mesure ».
Jeudi soir,
au meeting Syriza il y avait cette grande « sociométrie »
qui à travers les âges et les couches sociales pense l'avenir.
Heureusement que nous pouvons encore espérer changer notre sort et
peut-être bien, contribuer à inspirer le changement chez les autres
peuples en Europe, par le vote.
Il y
avait beaucoup de monde et on sentait une certaine tonalité déjà
plus grave que lors du meeting du mois de mai. La vraie gauche est
toujours plus consciente et consciencieuse lorsqu'il s'agit d'agir
dans la responsabilité gouvernementale, c'est tellement rare
d'ailleurs, qu'elle soit vraie et qu'elle puisse accéder au pouvoir
gouvernemental. En interne, chez Syriza, l'inquiétude reste de mise,
tandis que sa composante se trouvant plus à gauche (Panagiotis
Lafazanis et iskra.gr), est très violemment attaquée par les médias
du système. Au même moment, l'intervention de François Hollande
n'a pas été accueillie dans allégresse, c'est le moins qu'on
puisse dire.
| Meeting SYRIZA - 14/06 |
Vendredi
soir, au meeting du parti communiste, très suivi, les visages
étaient graves également. Gens de tout âge et parmi eux beaucoup
de jeunes, déterminés mais visiblement résignés. Une partie du
peuple « non élu », non magouilleur, citoyens
majoritairement travaillant dans le secteur privé, également de
petits commerçants. L'élue Kanelli était présente (elle a...
frappé l'élu Aubedorien Kasidiaris en utilisant le journal
communiste Rizospastis pour aussitôt recevoir les baffes en direct
et toute la planète a visionné la séquence), puis la secrétaire
du KKE, Aleka Papariga, a expliqué encore une fois, « comment
et combien Syriza serait sur le point de devenir une sorte de
nouvelle social-démocratie devant un auditoire conquis d'avance,
car aucun changement significatif n'est possible dans le cadre
de l'Union Européenne et dans celui du capitalisme ».
| Meeting KKE - 15/06 |
| Aleka Papariga |
| Liana Kanelli |
Mais
c'est précisément de ce cadre que désormais certains d'entre nous
sortent à leur manière et de ce fait il y a urgence. Une crétoise,
âgée de 32 ans, a « volé » jeudi (15/06) dans un
supermarché d'Héraklion, trois briques de lait et une glace,
causant un préjudice de 20,77 euros à l'enseigne. Depuis plusieurs
jours, ses quatre enfants, étaient nourris exclusivement aux pâtes
à l'eau. Prise en flagrant délit, la jeune chômeuse a été
aussitôt mise en détention. Elle vient d'être libérée
aujourd'hui (vendredi 16/06), et la plainte a été finalement
retirée, grâce à la mobilisation de l'intersyndicale ouvrière de
sa ville et aussi, grâce à la médiatisation de ce fait
décidément... pas trop divers.
Jeudi
soir, un homme âgé de 55 ans, chômeur... de longue durée, s'est
suicidé dans son jardin à Agrinio, au centre du pays, il a utilisé
son fusil de chasse. « C'était
dans une mare de sang ont affirmé les voisins, choqués »
selon le reportage. Ainsi le fait politique sous les « Troïkans »
se réalise aussi par la symbolique et la pratique du sang versé.
C'est déjà « acquis » dans les mentalités et à
travers le syllogisme collectif, les pulsions de mort sont
réveillées, thanatos
est sur le point de devenir un lien politique. Le regretter n'a plus
de sens, nous ferons avec, mais alors comment ?
En
Grèce, on retourne encore une fois à l'essentiel, survivre, mourir,
verser son sang et (pour l'instant) voter. Donc, le viol exercé sur
la société, est en train de légitimer dans les faits, toute
violence. Contre soi-même et contre autrui, et ce n'est plus un très
grand moment historique dans la reconnaissance et l'appréciation de
l'altérité que nous vivons en ce moment. Les attaques indécentes
et incessantes (dernière en date, le papier de Franz-Olivier
Giesberg au Point « Et
si l'on rendait la Grèce à la Turquie...
») stigmatisant les Grecs en tant que nation et les propos
humiliants de certains dirigeants politiques en provenance de
l'euro-centre, n'arrangent rien.
En
cheminant (jeudi) vers les quartiers nord d'Athènes, je suis tombé
sur le meeting Aube dorée, sous la statue équestre du Maréchal
Papagos, vainqueur de la Guerre civile (contre l'armée communiste en
1949), située en face du Ministère de la défense.
Effectivement,
il s'agirait d'un « groupuscule » nazifiant, mais ce
niveau d'analyse est malheureusement dépassé, car sa récente
dynamique politique, renvoie à un mouvement en cours de
massification. J'ai observé les participants, beaucoup de jeunes,
très jeunes, une « sociographie » en somme très
populaire, celle des enfants du Pirée, tels rencontrés déjà en
automne 2011, tous stagiaires à l'École de la marine marchande,
ouvriers-marins au chômage et « Aubedoriens » dans
l'âme, déjà. Sous la statue du Maréchal Papagos ce jeudi, s'y
trouvèrent également certains hommes âgés (et leurs épouses),
visiblement issus des astéroïdes et autres serviteurs...
inoubliables du régime des colonels. Ces hommes, portent alors une
petite moustache très caractéristique, ils sont habillés
pratiquement de la même façon qu'en 1974. Les revoir ainsi, cela
nous replonge dans nos souvenirs d'enfance. À l'époque, ces mêmes
"messieurs" alors chargés de la sécurité de l'État,
notifiaient à domicile, la peur et la mise en déportation chez tous
les démocrates de gauche et parfois même de droite. Le style... ne
ment pas, décidément.
Sur place, les méta-nazis de l'Aube dorée vendaient de leur camelote, dont les incontournables emblèmes des colonels. Les miliciens de l'organisation jubilaient. Parmi les slogans : « des baffes, des baffes à la lesbienne », « les immigrés dehors », « la Grèce aux Grecs » (ce dernier, était aussi un slogan d'Andréas Papandréou et du... proto-Pasok entre 1974 et 1985). Il n'y a pas à commenter je pense.
Le
premier orateur fut Ilias Kasidiaris (le député agresseur de deux
élues de gauche sur le plateau de la télévision Ant-1), enfant
du Pirée, chimiste (exerçant son métier), spécialiste de la
sécurité sanitaire et de la qualité des aliments,
moniteur en arts martiaux, ancien parachutiste et... romancier
occasionnel. Il a promis de faire de son acte, « une
base de l'action politique future et à tout niveau, mieux apte que
quiconque, à rencontrer Angela Merkel »,
une violence que la population semble bien l'accepter si je crois mes
oreilles et les autres signaux du temps qui change.
| Meeting Aube dorée - 14/06 |
| Ilias Kasidiaris |
La
rhétorique anti-mémorandum, alors très radicale de l'Aube dorée
ressemblerait à celle de la gauche, sauf sur sa sémantique du
futur, et les citoyens n'ont plus les réflexes de la distinction. Et
même si la Grèce appartiendrait effectivement aux Grecs et pas aux
bancocrates, il faudrait alors savoir et déterminer pour quelle
organisation du fait politique. On s'éloigne je le crains, de
l'idéal d'une société véritablement autonome, responsable,
citoyenne et humaniste, prônée par Cornelius Castoriadis.
Entre Aristote et Platon et bien au-delà, il y aurait polarisation du fait politique en Grèce. Le monde de la gauche ou de la méta-gauche, et la droite « si possible » extrême. Et ce « si possible » devint alors (aussi) possible. Nous luttons face au « monstre doux » de la financiarisation ainsi que des variantes de l'Oeucumène « TINAliste » qui en découle, mais au même moment, l'extrême droite qui prétend véhiculer une autre forme du rejet de ce même monstre, est portée par les alizés de la mondialisation et s'y prépare à « solutionner » l'énigme, intronisant son propre monstre. La tâche de l'Aube dorée est plus facile que celle de la gauche, car il n'y a pratiquement rien à faire par ce temps de crise, en Grèce cela crève les yeux. Syriza, la gauche (la méta-gauche et tous ceux qui se sentent concernés), humanistes des Lumières et humanistes tout court, nous devons accomplir presque un miracle : le réveil culturel et philosophique à grande échelle, pas évident.
Entre Aristote et Platon et bien au-delà, il y aurait polarisation du fait politique en Grèce. Le monde de la gauche ou de la méta-gauche, et la droite « si possible » extrême. Et ce « si possible » devint alors (aussi) possible. Nous luttons face au « monstre doux » de la financiarisation ainsi que des variantes de l'Oeucumène « TINAliste » qui en découle, mais au même moment, l'extrême droite qui prétend véhiculer une autre forme du rejet de ce même monstre, est portée par les alizés de la mondialisation et s'y prépare à « solutionner » l'énigme, intronisant son propre monstre. La tâche de l'Aube dorée est plus facile que celle de la gauche, car il n'y a pratiquement rien à faire par ce temps de crise, en Grèce cela crève les yeux. Syriza, la gauche (la méta-gauche et tous ceux qui se sentent concernés), humanistes des Lumières et humanistes tout court, nous devons accomplir presque un miracle : le réveil culturel et philosophique à grande échelle, pas évident.
| On danse à Athènes - 15/06 |
| Plage Athènes Sud - 17/06 |
Nous y
songerons lundi 18 juin, dès l'aube. Mais aujourd'hui, nous avons
aussi une pensée pour Manos Hadjidakis, ll mourut le 15 juin 1994.
Il avait composé « Les Enfants du Pirée ».
Samedi soir,
de nombreux citoyens ont fêté dans la rue la qualification de
l'équipe grecque à l'Euro 2012, celui du football. « On
ira en finale contre l'Allemagne », disaient alors
certains, mais il semblerait que l'avenir est plus compliqué à
gagner.
| Athènes - 15/06 |
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8 commentaires:
Espoir?
je ne sais pas, mais déjà,
écoutez l'émission "terre à terre" de FranceCulture, ce dernier samedi matin
http://terreaterre.ww7.be/grece-2-ecologie-reponses-crise.html
ou aussi encore,
écoutez "le temps qu'il fait" de ce dernier vendredide Paul Jorion
http://www.pauljorion.com/blog/?p=38271
Comme à une autre époque, vous avez le choix de collaborer ou pas avec l'Allemagne....(certains pays n'ont même pas ce choix...)
Et voilà...les résultats seraient tombés ... ND l'emporte, la peur a gagné...on reste avec les mêmes, ceux qui ont conduit au chaos et on resigne pour les mesures injustes et inhumaines d'austérité qui ne font qu'agraver la situation du pays... je suis déçue, je ne comprends pas très bien...le masochisme est-il de rigueur ? L'ère des suicides, de la faim, de l'exode, de la pénurie de soins et de médicaments ne fait que commencer... Par peur des menaces (et je comprends que quand il reste un tout petit peu de patrimoine on a peur de la perdre, surtout quand on a des enfants et des responsabilités), une majorité de Grecs tournent le dos au changement... Nul ne sait si Syriza aurait pu améliorer les choses mais par ce résultat, il est certain que ce ne sera pas le cas ...
Analogie avec le football : Hier l'espoir s'est réveillé quand le petit poucet grec, à qui on ne donnait aucune chance, s'est qualifié pour les quarts de finale de l'EURO - Top 8 européen !!
Il y a de fortes chances que les Grecs vont rencontrer l'allemagne et malgré moi, malgré le fait que l'équipe allemande soit très forte, je me laissais aller à rêver d'une miraculeuse victoire du petit contre la domination du grand, ultra puissant...
A l'heure actuelle, mon rêve a éclaté, tout rentrera dans l'ordre et il y a de très fortes chances que le 22 juin au soir les Grecs rentreront à la maison...
En politique comme au football, finalement tout reste dans l'ordre établi... les gros restent les gros, les petits restent à leur place et comme disaient la chanson :"Non, non rien n'a changé; tout tout va continuer"
On sacrifie tout un peuple sur l'autel du profit, de la "phynance", des magouilles...et par peur (compréhensible)une majorité de ce peuple donne son accord ... Je ne suis pas en colère, je ne me le permettrais pas, vivant en Belgique, je ne peux juger, seulement essayer de comprendre mais je suis ...triste !!! J'ai mal à ma grécitude, j'ai mal pour mes amis grecs, pour leur no future...
Léonidas...tu as été oublié...Molon Labe ??? Quesako ???!!! Aujourd'hui les Perses sont passés...
Alla...ellada mou, s'agapao pio poli...
Le système a besoin de nous pour survivre, nous nous n'avons pas besoin du système pour vivre :
http://terreaterre.ww7.be/grece-2-ecologie-reponses-crise.html
Ne nous décourageons pas
Cesse d'espérer, et tu cesseras de craindre...C'est un grec qui a dit ca!
Bonjour,
Enfin des solutions véritables pour changer le monde et stopper la spirale de la dette, voici un communiqué de presse extraordinaire : RT @communiques : Dette européenne et mondiale : comment stopper la spirale infernale... http://www.communique-de-presse-gratuit.com/?p=102658
Resterait-il des humains sur cette planète qui veulent un changement profond du système ?
Amicalement
Camille
Allons bon, les grecs ont élu un gouvernement de droite. Je me demande jusqu’à quel point un peuple doit être humilié pour qu’il arrête un jour de voter pour les mêmes escrocs. Apparemment on peut aller très loin, c’est assez décourageant.
En France les medias sont ravis. Ils titrent "le candidat pro-euro l'a emporté". Ce qui sous-entend qu'Alexis Tsipras serait anti-euro. En réalité c'est un candidat pro-troïka qui l'a emporté. La malhonnêteté des journalistes m'étonnera toujours.
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