mercredi 2 mai 2012

Voie... royale



Chalutier - Golfe d'Eubée - 29 avril 2012
 Ce 1er mai 2012 il n'y a pas eu de surprise. Une mobilisation mitigée du côté des syndicats et des partis politiques de notre gauche divisée. « Ils n'ont pas fait gaffe durant toutes ces années nos grands syndicats : ils arrivèrent souvent main dans la main, côte à côte et tout souriant, le doigt dans le même miel, avec les politiciens du PASOK et de la Nouvelle Démocratie. Ils ont ainsi vendu leur accord sur bien de points, donc nous ne les croyons plus. Attendons les urnes et l'été... le soleil au moins... lui seul brillera », telle fut l'analyse de Manos, un ami... sympathisant (autoproclamé) d'Aristote.

Les divisions du « bloc progressiste » comme on disait jadis, le temps presque estival enfin de la journée d'hier, et les préoccupations liées à la campagne électorale ont considérablement réduit l'ampleur de la mobilisation des ex-travailleurs.

Rassemblement des syndicalistes PAME - 1er mai - source : rizospastis.gr
Rassemblement des syndicalistes SYRIZA - 1er mai - source : tsantiri.gr
Le parti communiste KKE via son organisation syndicale PAME, avait choisi pour lieu de rassemblement (assez massif), l'aciérie en grève près du Pirée, les autres partis de gauche et les « grands syndicats », le centre ville. Quelques échauffourées à la fin, entre les policiers des unités prétoriennes des MAT (CRS) et les jeunes anarchistes et ensuite, des embouteillages dignes du vieux temps... à destination des plages.

Après tout, la mobilisation du monde du travail dans un monde sans travail, c'est peut-être aussi une préoccupation vidée de sens. Surtout que les grands syndicats (en Europe occidentale en tout cas), ont accompagné la fuite en avant dans la financiarisation effrénée du monde depuis trente ans, tout comme leur alter ego politique, à savoir la mouvance des sociaux-démocrates, dont « l'internationale » est toujours « dirigée » par le tout petit Georges Papandréou.

Sauf que les voyages accompagnés, arrivent aussi à destination un jour. Terminus la dette souveraine, tout le monde descend du train. Ainsi que la rame ne prendra plus de voyageurs. Tous virés, morts, chômeurs, précaires, et nouveaux Sisyphes du « monde interdépendant », cas d'étude pour les manuels de géographie scolaire. Interdépendants donc, quoi qu'il advienne, élections ou pas. Car gagner la bataille des élections, renversant les forces du Mémorandum, ou entravant déjà leur « gouvernance », ne serait qu'un début.

Campagne électorale des partis d'extrême-gauche - Athènes 26 avril 2012
Le banquier Papadémos, faisant office de haut-parleur de la Troïka, vient de publier une liste contenant les nouvelles mesures de juin, indépendamment du vote, bien entendu. Ce mercredi, lors du dernier Conseil des ministres (Conseil d'administration), il présentera les « engagements » du prochain gouvernement. Quoi qu'il arrive. Il semble que nous assistons à l'avant dernière phase du coup d'État, en cours en Grèce depuis 2009. Les élections deviennent « inutiles » et ainsi annulées de fait. Et pourtant, les bancocrates ne sont guère rassurés.

Au PASOK, on découvre soudainement que « nous étions le laboratoire de l'Histoire » (Venizélos), et que « la Grèce était un cobaye » (Papandréou), car on sait, que former un gouvernement de pacotille (légalisé par le vote pourtant), n'est plus à la portée du dernier mensonge Pasokien ou de la Nouvelle Démocratie.

« Attendons encore un peu, et attendons toutes les suites, après les urnes, mais entre temps il faut survivre. J'irai voter contre le Mémorandum et contre l'Europe », rajoute Manos. Combien sont-ils comme lui ? Impossible à savoir, les sondeurs n'en savent guère davantage. D'où sans doute cette inquiétude du régime, « car on peut voter n'importe comment, mais pas, contre l'Europe », et toute la presse du régime s'y colle merveilleusement (par exemple « To Vima » : « Quel vote ? Pour ou contre l'Europe ?» (tovima.gr/opinions/article/?aid=450939, par le juriste et universitaire Grigoris Kalfelis, 30/04/2012).

Campagne électorale de la Gauche Démocratique - Athènes 26 avril 2012
Affiche du mouvement anarchiste : "Grève des urnes" - Athènes 26 avril 2012
"Révolution Française - Plan de sauvetage (et) pour la Grèce" - Journal Ta Nea - 26/04/2012
Au parti de la Gauche Démocratique de Fotis Kouvelis (« l'européisme de gauche »), on se déclare « opposé à la dénonciation du Mémorandum pratiquée par SYRIZA, car cette voie nous conduit tout droit hors de l'Europe, et nous, à la Gauche Démocratique, nous voulons à tout prix que la Grèce reste dans la zone euro et dans l'Europe », (représentant de la Gauche Démocratique lors d'une émission à la radio real-fm, 02/05/2012).
Une voix inattendue et historiquement corrompue, venue enfin de très loin, exprimerait la même inquiétude : « Je crois que la Grèce a besoin de l'Europe, et c'est au sein de l'Europe que la Grèce retrouvera sa place, à égalité avec les autres pays », telle serait la déclaration écrite de Constantin II (de la dynastie des Glücksbourg), sixième et dernier roi des Hellènes, déposé par le référendum de novembre 1974, selon le site du quotidien « Proto Thema » (protothema.gr/politics/article/?aid=193323).
L'Europe, voie (et voix) royale ?


Fouilles archéologiques inachevées et interrompues - Athènes - Rue Granikou 26/04/2012

2 commentaires:

Franck Ricaud a dit…

Bonsoir Panagiotis,

Excellent et malheureusement tellement juste :
"Après tout, la mobilisation du monde du travail dans un monde sans travail, c'est peut-être aussi une préoccupation vidée de sens."

Bibi a dit…

Bonsoir, je trouve également malheureusement tellement juste votre réflexion "Après tout, la mobilisation du monde du travail dans un monde sans travail, c'est peut-être aussi une préoccupation vidée de sens."

Mais je pense aussi que sans ouvrier (pour exemple), une machine n'est rien, si une machine n'est rien, il n'y a pas de production vendue.

Par exemple,si tous les travailleurs cessaient leur travail simultanément, ne serait-ce qu'une heure, cela aurait de telles conséquences que, j'ai le droit de rêver, peut-être y aurait-il réelle prise de conscience de qui ne se pose jamais de questions tant son avenir est assuré (et ce pour plus longtemps qu'il reste à vivre à lui et à tous ses descendants), peut-être réaliserait-il que le pain qu'il mange a nécessité du travail, et que tout ne lui est pas du.

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