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| Mikis Theodorakis - photo Avgi.gr |
Dans
la rue, on peut désormais sourire au temps. Les mots planent
partout, la moindre phrase devient significative, et surtout, elle
sonne juste : «On les aura... », « Ils ont
peur maintenant... », « Nous ne savions plus
comment faire, mais nous trouverons le chemin.... ». Comme
ces femmes, travaillant à l'accueil au sein d'une entreprise
athénienne : « Il est temps de montrer nos dents à
l'Europe ; il y a en a assez, mais nous n'irons tout de même
pas sortir de l'euro, l'euro ce n'est pas mauvais en somme, non ? »
La réponse, par une de ses collègues n'a pas tardé : « Qu'ils
aillent se faire.... et leur euro avec, ce n'est pas le nôtre. Je
travaille à temps plein pour 700 euros par mois déjà, et toi Dora,
tu touches déjà moitié moins ». Et Dora le confirme :
« Je viens d'être embauchée à temps complet pour 350 par
mois, je le vois venir, tout le monde sera au même tarif... ».
« Si c'est celui-là notre avenir, alors nous revoterons
SYRIZA ».
Les
heures tournent. Samaras, grand perdant de ces élections aussi, n'a
pas réussi à former un gouvernement. Les journalistes se déchaînent
sur la nécessite « d'un gouvernement responsable ».
Les rumeurs les plus folles circulent sur Internet, les fausses
nouvelles aussi, la guerre psychologique reprend de plus belle. La
bancocratie n'est pas vaincue, et elle est encore capable
d'inventer : « Attendons-nous à des surprises de
taille de leur part », me disait une personne, militante au
parti SYRIZA. Au KKE par contre, les camarades communistes sont
amers : « SYRIZA, prendra la place du PASOK dans la
social-démocratie, Kouvelis avec sa « Gauche Démocratique »
le fait presque déjà, nous ne sommes pas de la dernière pluie au
PC, comment veulent-ils annuler ou même rafistoler le Mémorandum
sans quitter l'U.E., et sans priver les capitalistes du vrai pouvoir
politique et économique, car le pouvoir gouvernemental à lui seul,
ne peut pas suffire ». C'est ainsi que le KKE a rejeté la
proposition d'Alexis Tsipras Mardi, encore une fois, c'est « non ».
Samaras
de la vieille droite, n'a pas pu former un gouvernement Lundi, ainsi,
il s'est souvenu qu'il était « parmi les premiers à
critiquer le Mémorandum ». Les médias affolés suggèrent
des « solutions car le pays a besoin d'être gouverné »,
ainsi, ces journalistes – perroquets de leurs patrons, insistent
sur le « drame dans lequel nous sommes plongés »
depuis dimanche. Sauf qu'ils omettent de dire que nous sommes
toujours gouvernés, mais par les agents des Troïkans. Car il y a le
feu : lundi déjà, on a noté « l'arrivée à Athènes,
de la « Task Force » de la Commission Européenne pour
coordonner la réalisation des reformes et pour auditer le
ministères. Elle est composée par 30 à 40 personnes, lesquels,
vont contrôler les finances publiques, et surtout l'exécution du
budget. Ces agents, se sont installés dans les ministères, d'où
ils contrôleront les recettes et les dépenses de l'État, une par
une. Au même moment, on est en train de former le nouveau
Observatoire Permanent du Mémorandum (Permanent Monitoring) dans
l'urgence. Le chef de cette structure séjournera de façon
permanente à Athènes et ses membres, seront en contact direct avec
les équipes installées au sein des ministères, en temps réel.
C'est une équipe parallèle à celle du FMI; cette dernière est
d'ailleurs hébergée dans un bâtiment appartenant à la Banque de
Grèce » (quotidien TA NEA – 8 mai 2012).
Seulement,
les Grecs savent désormais que cette fameuse “banque centrale”
n'a appartient pas à l'État et ne sert pas l'intérêt commun
(évidemment). Alexis Tsipras et son parti SYRIZA le savent
également. Sa lettre adressée aux bancocrates, c'est à dire aux
dirigeants de l'U.E., nous a fait sourire encore davantage : «
Nous ne reconnaissons pas les signatures des dirigeants PASOK et
Nouvelle Démocratie, nous ne reconnaissons plus le Mémorandum et
les Traités entre la Troïka et la Grèce, car non seulement ces
actes sont illégaux, mais désormais, le peuple dans son immense
majorité les désavoue ». Panagiotis Lafazanis, député
SYRIZA, prévient même, que la présence de la Troika en Grèce est
illégale, ses agents doivent quitter le pays rapidement.
Nous
ne connaitrons pas toutes les suites de l'histoire ce soir même. Le
système prépare sa “solution”, un plan “B” peut-être avec
l'aimable participation de Kouvelis dans un deuxieme temps, qui sait
? Ou encore une autre « nouveauté ». Sauf que les
ingrédients d'un autre futur sont déjà dans la marmite. Dans la
logique instaurée par le « Mémorandisme réel »,
dépasser et surtout désamorcer les politiques de rigueur, puis,
explorer une autre orientation économique et géopolitique pour la
Grèce, oblige à sortir des traités. Ce n'est pas encore très
clair, mais à travers l'opinion publique on désigne déjà
« l'Europe », comme initiatrice de ces politiques, et pas
qu'en Grèce. Ce n'est pas encore clair certes, mais nous y sommes
déjà. « Il faut former un grand parti pro-europeen »,
répète Venizélos, et il sait pourquoi.
Ce
n'est pas impossible, sauf que SYRIZA veut mobiliser le peuple et
créer un front de gauche encore plus large et peut-être pas
uniquement de gauche. J'entends autour de moi de gens qui se disent
fiers de SYRIZA, « pour notre dignité retrouvée »,
c'est déjà un pas vers la liberté. D'autres par contre, avouent
une certaine inquiétude, comme cette personne hier matin pendue sur
son mobile, dans une rame du RER athénien : « Ah, oui
je sais, il n'a pas été élu député, de toute façon c'est la
catastrophe donc c'est fichu, mon affaire ne marchera pas... »
L'ancien
ordre politique s'effondre. Sur les ondes de la radio Real-FM lundi
après midi, lors d'une émission, les deux animateurs ont fait lire
les messages des auditeurs à l'antenne. Pour plus d'un tiers, ces
messages concernaient l'Aube dorée. Les auditeurs, tantôt ils ont
exprimé leur indignation, tantôt les messages de sympathie n'ont
pas non plus manqué : « Je ne suis pas fasciste, mais j'ai
voté pour eux, j'en ai assez de ces voleurs des partis politiques,
des occupants de notre pays et des immigrés clandestins qui occupent
nos villes ». Le raisonnement peut tourner en boucle sans
entraves, sa « simplicité » également tournera en
boucle, car on ne bâtit pas un projet de société humaniste qu'à
partir de la seule partition du désespoir et du rejet. Il en faudra
davantage, à la fois dans la sphère du réel (et de l'action),
puis, dans la composition de l'imaginaire collectif, sauf qu'un tel
imaginaire ne se fabrique pas en une campagne électorale après
trente ans de népotisme, de corruption et de consumérisme. « J'ai
participé au mouvement des indignés; l'été dernier. Finalement,
le Mémorandum m'a obligé à partir. Je vous téléphone depuis
Dubaï, j'y suis car c'est ici que j'ai enfin trouvé du travail,
disons correctement rémunéré. Je ne souhaite cet exil pour
personne, et l'Aube dorée est une honte pour notre pays, j'ai honte
d'être Grec, tout en partageant la joie des amis de SYRIZA »,
a ajouté un autre auditeur qui suivait l'émission sur internet.
Fait
significatif, à un certain moment de l'émission, la co-animatrice,
a informé son collègue, « que le standard est submergé
d'appels « insistants » de certains membres de l'Aube
dorée ». « Fais attention à ce que tu dis »,
a-t-elle lancé s'adressant à son collègue. « Ne
t'inquiètes pas, je connais certains de ces garçons de l'Aube
dorée, car ils aiment la nuit comme moi... Les mecs sont
intéressants... Certes, je suis en désaccord politique avec eux,
mais nous échangeons sur bien d'autres points », a
aussitôt précisé le principal animateur, l'air pourtant gêné,
car ceci devint audible, rien que par le timbre de sa voix.
Évidemment, il y a urgence, car entre « les mecs
intéressants » des quartiers du Pirée, et ceux, tout autant
« intéressants », générateurs de la politique dictée
à Bruxelles ou à Wall Street, il y a de quoi faire, surtout
lorsqu'on considère qu'entre le fascisme bancocrate et son alter
ego de l'Aube dorée, une autre réalité doit se construire.
Notre
paysage politique change enfin. Samaras et sa droite sous la panique,
aspire à réunifier toutes les formations du « bloc
européen », pensant aux prochaines élections. « Un
piètre politicien, comme son copain de chambrée, Papandréou, du
temps de leurs études sur le campus de l'Université américaine,
décidément cette Amérique.... », telle fut la, pensée
du jour sous un abri bus, le premier lundi de la rentrée de
l'espoir, et tout le monde a rit.
« Nous
abrogerons les engagements du Mémorandum » a déclaré le
député SYRIZA Panagiotis Lafazanis (« radio Flash » –
8 mai), « Nous n'irons pas faire entrer par la fenêtre ce
que le peuple a fait sortir par la porte », a rajouté
Nadia Valavani (élue SYRIZA à Athènes), interviewée par les
journalistes de la « radio skai » lundi également.
Il
est évident qu'autour de SYRIZA, un nouveau mouvement s'organise
déjà. « Je soutiendrai de toutes mes forces Alexis Tsipras
dans ses efforts de former un gouvernement qui abrogera le Mémorandum
et qui aura comme but, la reprise en main de la souveraineté
nationale de notre patrie. Je lance un appel à tous les patriotes et
à tous les esprits créatifs de notre pays, il faut contribuer pour
que la Grèce retrouve le chemin de l'autonomie, du progrès et de la
renaissance », a déclaré Mikis Theodorakis (quotidien
AVGI, proche de SYRIZA, dans son édition du 8 mai).
L'empire
contre attaquera sans doute, dès demain, mais il a perdu une
première bataille psychologique. Nous savons que nous pouvons déjà
faire basculer les places boursières, rien que par le vent qui
tourne. La suite sera plus longue et plus incertaine...

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15 commentaires:
"sauf qu'un tel imaginaire ne se fabrique pas en une campagne électorale après trente ans de népotisme, de corruption et de consumérisme."
Effectivement il y a donc un prix a payer pour réparer ces 30 ans....la faute aux autres ?à l'Europe ? C'est tellement plus simpl(ist)e.
Bonne chance dans vos choix.
Stéphane
Y a t'il un plan pour gérer l'immédiat et le concret ?
Car selon les informations que l'on reçoit ici, la Grèce paye ses fonctionnaires grâce à des prèts versés régulièrement. Le prochain vient très bientot. Que se passe-t'il s'il ne vient pas ? Ne pensez-vous pas que l'opinion risque d'être un peu préparée par disons, quelques retards de prèts bien organisés juste avant les élections ?
Le réveil peut être long parfois, il faut laisser le temps au temps...Au moins la Grèce réagit,c'est un signe d'espoir et 30 années sur la durée de l'échelle des sociétés humaines ne représentent qu'un épiphénomène.. bravo la Grèce !
Belle surprise que le résultat de Syriza même s'il ne résout rien dans l'immédiat. Souhaitons aux Grecs de voir Syriza rassembler plus largement gauche et écologie pour devenir le premier parti lors des prochaines élections.
Etonnant quand même que les partis favorables à l'euro et à l'Europe soient très fortement majoritaires. A mon avis ils n'ont aucune chance d'améliorer la situation (à la rigueur ce serait possible si tous les autres pays européens allaient dans le même sens). En ce qui concerne l'économie KKE est bien plus cohérent. Aube dorée je ne sais pas, j'ai été incapable de trouver son programme économique (s'il y en a un).
Merci. Vous avez ouvert la brèche. Résistez, nous sommes avec vous !
Bonnes nouvelles...
Hauts les coeurs !
Ardents à la lutte !
"Les médias affolés suggèrent des « solutions car le pays a besoin d'être gouverné »"
Pas évident du tout, ça. Regardez les Belges, combien de temps ont-ils vécu SANS gouvernement.
C'est une solution provisoire qui en vaut bien une autre. En tous cas, ça plongerait les gnomes de Bruxelles, ceux de Francfort et ceux de Washington dans des abimes de pepléxité.
Bon courage, nous sommes vraiment très nombreux ici à vous soutenir.
Le chantage odieux a commencé : les 5 milliards qui devaient être versés demain par l'Europe... ne seront que 4, décision punitive pour le pays qui a mal voté !!!!
De tout coeur avec vous, que le peuple grec garde courage et vote encore contre la Peur, contre le Μνημόνιο de la honte.
C'est faux, la Belgique n'a jamais été sans gouvernement. L'ancien gouvernement d'Yves Leterme restait simplement au pouvoir en attendant que les négociations aboutissent et qu'un nouveau gouvernement puisse être formé.
Un pays a besoin d'être gouverné !
Comment SYRIZA argumente-t-il la position de maintien dans la zone Euro avec le rejet du mémorandum ? Tout le monde présente cela comme contradictoire ici. Mais ne serait-ce pas une grande victoire d'arriver à découpler la question de la dette de celle des politiques d'austérité ? Car, de deux choses l'une : ou les bancocrates croient réellement que les économies sur les dépenses publiques qu'ils imposent à la Grèce vont directement lui servir à payer sa dette et ils ne savent donc pas compter ou les mesures n'ont pour autre but que de créer un climat favorable et dérégulé pour le retour d'une hypothétique croissance et ils se moquent du monde. La dernière hypothèse est que le rapport entre la dette et l'austérité imposée à la Grèce est purement moral. Les grecs devraient souffrir pour expier les fautes de leurs dirigeants. Rester dans l'Eurozone tout en refusant cette logique c'est remettre la question financière à sa place. Est-ce cela l'argument ? Merci de me répondre si vous pouvez.
Bonsoir et merci pour votre commentaire et pour votre question à laquelle vous répondez déjà suffisamment je crois. Le rapport entre la dette et l'austérité tient du prétexte;les bancocrates utilisent la dette comme une arme pour rendre les populations en esclavage. En même temps, ils peuvent considérablement gagner en pariant sur telle ou telle catastrophe, car je pense que ces gens savent tout de même compter. Donc chez SYRIZA il y a plusieurs positions en interne, mais il y a une ligne décidée et une politique globale de rejet du Mémorandum. Certains et ceci sincèrement, pensent rejeter le Mémorandum tout en restant dans la zone euro, c'est une position intelligente je trouve, car elle contient en elle-même d'autres possibilités, indéfinissables pour le moment. Autrement-dit, un vrai rejet du Mémorandum, obligera les autres pays à redéfinir leur politique, notamment la France et l'Allemagne. En somme, c'est comme si depuis Athènes on disait aux autres pays de la zone euro que comme en réalité le problème de l'euro est de la crise, n'est pas grec à la base, mais induit dans les mécanismes de cette monnaie, eh bien alors réfléchissez sur son avenir. Et nous pouvons alors déjà parier, que par exemple si l'Allemagne (ou la France) ne trouvent plus leur compte comme on dit communément au sein de cette monnaie, eh bien alors ces pays peuvent d'eux-mêmes, initier la rupture monétaire. Dire, vouloir et œuvrer contre le Mémorandum et en même temps instaurer un audit de la dette, est une tactique prudente mais efficace car elle dévoile les faiblesses du système établi, et il ne s'agit pas évidemment d'une révolution bolchevique. Pour finir, là ou la propagande officielle est sur le point d'échouer,consiste à comprendre qu'aucune croissance humainement digne et durable n'est possible sans sortir du cadre actuel. Restons attentifs.
Merci pour cette réponse qui nous encourage à continuer à essayer de nouer des liens de solidarité. De la politique des dirigeants européens dépend l'issue de la lutte grecque et de cette issue dépend le sort de tous les pays européens.
Bonjour les amis de Grèce,
Un message pour vous dire que vous n'êtes pas seuls. Nous sommes des milliers et des milliers en France à parler de vous sur nos blogs et dans nos familles.
Nous vous aimons !
Et nous avons confiance en vous.
Bien sincèrement
Marie
http://partageons-ensemble.over-blog.com/
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