lundi 23 avril 2012

Vote furtif



Savas Metoikidis - source : pontosandaristera.wordpress.com

« Les résultats du premier tour de l'élection présidentielle en France, sont sources de grand espoir pour le changement en France et en Europe. Les citoyens français, ont démontré avec clarté, leur volonté d'apporter une réponse différente aux grands problèmes économiques et sociaux. Ils ont ainsi plébiscité une campagne électorale sérieuse et responsable, faite dans un esprit de rassemblement, et par l'ensemble des forces socialistes.

L'extrême droite reste pourtant présente [dans le paysage politique], comme l'indique le renfoncement du Front National. Se situant aux antipodes de l'attente politique progressiste rejetant toute perspective sociale basée sur la logique de la peur et de la polarisation, l'option du Front National ne propose aucune solution, garantissant les droits démocratiques des citoyens.

Je souhaite à l'ami et camarade François Hollande, une large victoire au 2ème tour. Cette victoire, sera en plus, très significative pour l'ensemble de la famille progressiste à l'Internationale Socialiste. Georges Papandréou, Président de l'Internationale Socialiste – 23 avril 2012 » (source : real.gr)

Faut-il encore commenter les propos de Georges Papandréou ?

Venizélos, chef du PASOK, à Heraclion en Crète - 20 avril - Source : newsnow.gr

Au lieu de se taire, l'homme des spéculateurs mondiaux, de la stratégie du choc, de la violation de notre Constitution, du mensonge avéré, et de la bancocratie, préside toujours l'Internationale « Socialiste » et parle en son nom. Pourquoi ? Je suppose que cette déclaration « Papandréiste » sera ignorée par les médias français, et pour cause. François Hollande pourrait sans doute se passer d'un tel soutien.

Nos démocraties occidentales étaient bien trompeuses depuis longtemps. Mais elles conservaient pourtant ce « mérite » de l'existentialisme représentatif, institutionnellement fantasmé. Je crains fort que ces élections en France, en Grèce ou ailleurs, seront pratiquement les dernières de « l'ancien régime », car le pouvoir directement exercé par les « créanciers » ou les « actionnaires », passera bientôt l'éponge sur ces pratiques, « gênantes et coûteuses ». Comme au Chili, il y a déjà un moment, l'expérience du «marché » sans la « démocratie » a préparé la seule véritable issue au méta-capitalisme. Puis, il y a eu la découverte soudaine des « dettes souveraines », permettant la poursuite de l'expérience chilienne en Europe, derrière les instances de l'U.E., co-fécondatrices de l'ordre nouveau. Sous la conduite des affaires également, par un certain dirigisme allemand, dont les initiateurs auront peut-être du mal à convaincre durablement du bien-fondé de leur démarche, y compris devant le peuple allemand. 

"Les partis de gauche ont installé leurs kiosques à idées" - Athènes 20 avril 2012



D'où certainement cet attentisme artificiel et précaire en Europe, lié au calendrier électoral de l'Allemagne. Néanmoins, ces questions (la bancocratie, l'Europe et l'Allemagne), finiront par être ouvertement posées après les élections en France, et partout ailleurs en Europe. Ce n'est un secret pour personne hélas, chez nous. Mais à une différence près : en Grèce le 6 mai, nous voterons (pratiquement) en toute connaissance de cause, pas encore en France, me semble-t-il, ce qui ne nous met aucunement à l'abri de l'hybris du vote pro-mémorandum, j'en suis bien conscient, même si dans la Grèce antique, l’hybris était considérée comme un crime.

Savas Metoikidis, en toute connaissance de cause également, s'est échappé de l'hybris, et définitivement. Cet instituteur, âgé de 45 ans, syndicaliste connu sur le terrain de la lutte politique, a adopté jusqu'à sa fin, un comportement « normal ». Jusqu'à 14h samedi dernier, il partageait certains moments de sociabilité au café de Stavroupolis, bourgade dont il était originaire, en Thrace, au nord de la Grèce. Il a même salué tout le monde, car vers 18h, il devait entamer le voyage du retour dans le « monde ordinaire » d'Athènes où il résidait, c'était aussi la fin des vacances scolaires.

Il s'est rendu dans la demeure familiale, où il a retrouvé pour un dernier repas ses parents et son frère. C'est après 16h, que le père de Savas a découvert son corps inanimé dans une annexe de la maison. Il s'était pendu laissant deux lettres. Dans la première, adressée à ses proches, il règle ses dernières affaires familiales, puis, à travers la seconde lettre, adressée à un ami, également syndicaliste, il revendique son suicide comme étant un acte de protestation politique, une sorte de manifeste, dénonçant les conséquences de la crise, introduite par les politiciens et les banquiers, (ces derniers jours, il y a au moins un suicide par jour en Grèce, mais les médias en rendent moins compte qu'avant).

Ainsi, et une fois de plus, la politique du « socialiste » George Papandréou, celle du banquier Papadémos et évidemment celle de Samaras, chef de la droite « garant de l'orientation européenne de la Grèce » (selon ses propres propos), est une politique déjà, très précisément mortelle. Les partis de gauche SYRIZA, et ANTARSYA, dont Savas était un proche, ont officiellement communiqué sur sa disparition, publiant certains textes écrits par Savas lui-même dans le passé, comme celui-ci : « Mesdames et Messieurs, soyez les bienvenus dans nos métropoles du chaos ! Installez chez vous une porte blindée et des systèmes d'alarme, allumez la télévision et savourez le spectacle, car la prochaine révolte sera encore plus sanglante, à la mesure du pourrissement de cette société... Ou sinon, prenez les rues, mettez-vous du côté de vos enfants, faites grève, osez revendiquer la vie qu'on vous a volé, rappelez-vous qu'un jour, vous étiez ces jeunes qui ont voulu changer le monde ».

C'est le troisième suicide, « ouvertement » politique depuis un mois en Grèce. La gauche doit enfin comprendre que lorsque ses enfants s'en vont, adoptant cette manière, ce n'est ni par faiblesse, ni par quelconque lâcheté. Mais, elle peut aussi ne pas comprendre, et ainsi poursuivre pour un temps encore, dans la désunion et la lenteur. La gauche, et par extension, tous les autres mouvements sincèrement positionnés contre le mémorandum. Dans ce cas, il y a à craindre que l'histoire lui sera alors brève et comptée, car la bancocratie impose un autre cadre spatial et temporel, que celui du commun des autres mortels, gens de gauche compris. S'agissant dans ce cas, d'une posture obligatoirement méta-géographique (globalisante), poste-historique et para-humaine, car la bancocratie n'a plus d'autre choix que d'imposer son capitalisme « matrixien » ou sinon, imploser. Sa rapidité est en train de suivre de près la modernité informatisée de « nos instantanés », dont elle est également porteuse.

Dimitris Papadimoulis (assis à droite) - 20 avril 2012
« Diner à gauche », organisé par les militants de SYRIZA - 20 avril 2012

"Les militants ont dansé et chanté" - 20 avril 2012
Gastronomie crétoise - 20 avril 2012
Samedi soir (21 avril), j'ai rencontré Dimitris Papadimoulis, député du parti SYRIZA, (je ne le connaissais pas personnellement). C'était à l'occasion d'un « diner à gauche », organisé par les militants de SYRIZA des quartiers nord d'Athènes. C'est un ami écrivain qui m'en a informé. La gastronomie participative, copieuse et joyeuse fut crétoise, le prix était fixé à 10 euros par personne. Les participants, femmes et hommes d'un âge un peu mûr, étaient plutôt optimistes. D'ailleurs, la nouvelle du suicide de Savas, n'était pas encore connue. J'ai répété à Dimitris Papadimoulis, que l'histoire bancocrate nous sera peut-être brève et surtout « comptée », il en est bien conscient aussi. « Eux, ils ont trente ans d'avance, c'est une course contre leur temps », a-t-il répondu.

En attendant, les militants ont dansé et chanté. Pour certains, c'était enfin et surtout l'occasion de se remémorer les moments de lutte du passé, au sein du mouvement de Mikis Theodorakis dans les années 1960, ou durant la lutte contre la dictature... du 21 avril (1967). Ils pensent que de nos jours, nous luttons dans une certaine continuité, liée à ce passé. Pas si évident je pense, car le capitalisme « matrixien » n'est plus « simplement » ni automatiquement une version en 3D du film « Z », de Costa Gavras. Et comme pour les élections, l'essentiel n'est plus contenu dans le film, mais dans le DVD... bonus que nous regarderons après.

En tout cas, le 6 mai prochain nous irons voter. Tant que c'est possible, nous voterons. Ces derniers jours, et jusque dans les quartiers résidentiels aux pieds du mont Hymette, les partis de gauche ont installé leurs kiosques à idées. « Contre-attaque » (KKE, parti communiste), « L'heure de la révolte est arrivée » (parti anticapitaliste ANTARSYA), « Renversement en Grèce – Message pour l'Europe » (parti de gauche SYRIZA), idées parfois simples, qui coexistent sur une même place publique, mais qui ne se parlent pas directement entre elles.

 Nikos Costopoulos (Nouvelle Démocratie) par son dépliant - 20 avril 2012

La droite de Samaras quant à elle, préfère les dépliants, comme un certain Nikos Costopoulos, candidat à la députation sous le slogan : « Vous voulez – Je peux ». Ce candidat de la Nouvelle Démocratie, pense alors sérieusement que nous voulons devenir plus « compétitifs », et à ce propos, il fait savoir que lui, est un « expert compétent », car il a étudié l'économie et le droit à « Fernuniversitaet Hagen » (Allemagne) et la gestion des « ressources humaines » et le management à la « Zurich Elite Business School » (Suisse). Ainsi, pense-t-il, il sera au prochain... « conseil d'administration » au Parlement des banquiers. Pas si évident non plus. À droite, nombreux sont ceux qui considèrent Samaras comme étant un « traître de la patrie », puisqu'il soutient le Mémorandum. Le journaliste Trangas, de droite aussi mais dissident, car positionné d'emblée contre le Mémorandum, n'hésite pas à prétendre publiquement que « Samaras est un grand menteur, qui ne peut plus se cacher, y compris devant le monde de la droite » (radio realfm, 23 avril 2012). Entre-temps, toujours ce 21 avril, sur la terrasse d'un bistrot par loin d'Athènes, des membres de l'extrême droite (« Aube Dorée » - Chrysi Avgi), ont arrosé d'eau, d'insultes et de café, Petros Eftimiou, cadre au PASOK, ancien ministre de l'Éducation et candidat à la députation. Venizélos, chef du PASOK, dans un meeting public à Heraclion en Crète le 20 avril, (l'île est un ex-bastion du PASOK), n'a même pas réussi à remplir un gymnase de taille moyenne. Signe précurseur ?

Plages d'Attique - 22 avril 2012
"Patate française" - Attique - 22 avril 2012
"Patate grecque" - Attique - 22 avril 2012

Dimanche 22 avril aussi, les terrasses des cafés en bord de mer étaient pleines, les plages d'Attique déjà bien fréquentées et certains marchands de fruits et de légumes sont restés ouverts jusqu'au soir. Ces derniers, proposaient des pommes de terre importées de France à 0,39 euros le kilo, puis, celle produite dans le Péloponnèse à 0,69 centimes. C'est encore une affaire de l'Élite Business School je présume... finalement je n'avais pas besoin de pommes de terre.

Vitrines des magasins en faillite - 20 avril 2012

Les grillades de "La Drachme" - 20 avril 2012
Dans ces quartiers comme ailleurs, des magasins encore ouverts à Noël ont fait faillite. Seuls les marchands d'or, nouveaux et anciens semblent perdurer. « La drachme » vient également de baisser le prix de ses grillades, encore en euros. Sur les vitrines à l'abandon, on dessine alors des graffitis ou on colle des affiches, pour spectacle ou encore pour le festival du film italien. Une voiture de marque, emblématique de la bonne production allemande, était garée avant-hier, devant une vitrine dans une rue ex-marchande, en voie de désertification économique. Instantanéité d'une image furtive de nous mêmes et de nos contradictions. Ce n'est finalement ni le Tiers Monde, ni le Quart Monde, mais l'Europe, entière. 

Voiture de marque allemande et vitrine - Athènes 21 avril 2012
 

8 commentaires

Toutatis a dit…

Quelques remarques sur les élections et l'Europe.

En 2005 il y a eu en France un référendum sur la Constitution européenne. Ceux qui s'opposaient à cette constitution ont gagné. Les deux candidats qui restent pour le second tour de notre élection présidentielle étaient partisans du "oui" à la constitution.
Ensuite, quand Sarkozy est devenu président en 2007, il a fait passer une loi par l'Assemblée Nationale acceptant la plupart des termes de la constitution rejetée en 2005. Cette loi bafouant le référendum de 2005 a été votée par les deux grands partis, représentant Hollande et Sarkozy aujourd'hui.
ça rappelle un peu quand même ce qui se passe en ce moment en Grèce (en bien moins dramatique).

Je ne sais pas si c'est la même chose en Grèce, mais les partis dits "de gouvernement" ont constamment laissé passer ou approuvé des décisions européennes auxquelles la majeure partie de la population était opposée. Ensuite ils justifiaient l'application de ces décisions en disant : "ça ne vient pas de nous, c'est l'Europe".

Enfin, une grande spécialité de l'Europe en ce qui concerne les élections, c'est de toujours faire re-voter les gens qui se sont opposés par référendum à une nouvelle loi européiste. Re-voter jusqu'à ce que finalement cette loi soit acceptée. Mais on n'a jamais revoté pour revenir en arrière.

Panagiotis Grigoriou a dit…

Je pense que dans le cadre d'un référendum certes hypothétique, sur la question de la poursuite de l'aventure de l'U.E., organisé simultanément dans tous les pays de l'Union, et notamment chez les anciens membres, les résultats ne seraient pas "automatiquement" acquis en faveur de l'U.E., y compris du côté du peuple allemand, évidemment, en permettant en même temps un débat libre et équilibré à travers la sphère des médias...

Bibi a dit…

Un référendum européen ainsi organisé, ce serait acte fondateur, à la limite quel qu'en soit le résultat

Nicolas VDR a dit…

Si Papandreou estime que les résultats des élections en France sont source de grand espoir pour le changement, eh bien moi, j'estime que Papandreou est un grand adepte de la médiocrité.

Nicolas VDR a dit…

Si je puis me permettre, voici un lien pour signer une pétition "Solidarité avec la Résistance Grecque" :
http://www.humanite.fr/politique/ils-ont-signe-la-petition-en-solidarite-avec-la-resistance-grecque-490182?x

Denderman a dit…

Et si le vrai problème était que nous grecs, français, espagnols, belges, portugais et autres, aurions béatement accordé trop de "crédit" à l'idée Europe, pour nous trouver maintenant,résignés devant le principe paralysant du "too big to fail" et prêts à passer sous "les fourches caudines" des memoranda, pactes de stabilité et autres joyeusetés comme la "fin du modèle social européen © Mario Draghi "

Unknown a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Loredana a dit…

too big too fail, ce n'est qu'un autre slogan = ça sert à empêcher de penser, comme le There Is No Alternative,
regardons l'Islande, l'Argentine, ou même le Troisième Reich (au début, quand le programme des banquiers a enrayé la crise économique, les banquiers peuvent être utiles, quand ils sont correctement encadrés)

le "modèle social européen" c'est: libre renard dans libre poulailler
il faut une nouvelle construction avec une nouvelle monnaie calée sur la richesse réelle, un nouveau Bretton Woods, autrement ce sera le chaos et la misère, dans l'euro ou hors euro, en Grèce et en Allemagne (ses banque et ses lander sont dans une très mauvaise posture, et tiennent seulement grâce aux capitaux qui s'échappent du "club Med"

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