![]() |
| Savas Metoikidis - source : pontosandaristera.wordpress.com |
« Les
résultats du premier tour de l'élection présidentielle en France,
sont sources de grand espoir pour le changement en France et en
Europe. Les citoyens français, ont démontré avec clarté, leur
volonté d'apporter une réponse différente aux grands problèmes
économiques et sociaux. Ils ont ainsi plébiscité une campagne
électorale sérieuse et responsable, faite dans un esprit de
rassemblement, et par l'ensemble des forces socialistes.
L'extrême
droite reste pourtant présente [dans
le paysage politique], comme l'indique le renfoncement du
Front National. Se situant aux antipodes de l'attente politique
progressiste rejetant toute perspective sociale basée sur la logique
de la peur et de la polarisation, l'option du Front National ne
propose aucune solution, garantissant les droits démocratiques des
citoyens.
Je
souhaite à l'ami et camarade François Hollande, une large victoire
au 2ème tour. Cette victoire, sera en plus, très significative pour
l'ensemble de la famille progressiste à l'Internationale Socialiste.
Georges Papandréou, Président de l'Internationale Socialiste – 23
avril 2012 » (source : real.gr)
Faut-il
encore commenter les propos de Georges Papandréou ?
![]() |
| Venizélos, chef du PASOK, à Heraclion en Crète - 20 avril - Source : newsnow.gr |
Au lieu de
se taire, l'homme des spéculateurs mondiaux, de la stratégie du
choc, de la violation de notre Constitution, du mensonge avéré, et
de la bancocratie, préside toujours l'Internationale « Socialiste »
et parle en son nom. Pourquoi ? Je suppose que cette déclaration
« Papandréiste » sera ignorée par les médias français,
et pour cause. François Hollande pourrait sans doute se passer d'un
tel soutien.
Nos
démocraties occidentales étaient bien trompeuses depuis longtemps.
Mais elles conservaient pourtant ce « mérite » de
l'existentialisme représentatif, institutionnellement fantasmé. Je
crains fort que ces élections en France, en Grèce ou ailleurs,
seront pratiquement les dernières de « l'ancien régime »,
car le pouvoir directement exercé par les « créanciers »
ou les « actionnaires », passera bientôt l'éponge sur
ces pratiques, « gênantes et coûteuses ». Comme au
Chili, il y a déjà un moment, l'expérience du «marché »
sans la « démocratie » a préparé la seule véritable
issue au méta-capitalisme. Puis, il y a eu la découverte soudaine des « dettes souveraines »,
permettant la poursuite de l'expérience chilienne en Europe,
derrière les instances de l'U.E., co-fécondatrices de l'ordre
nouveau. Sous la conduite des affaires également,
par un certain dirigisme allemand, dont les initiateurs auront
peut-être du mal à convaincre durablement du bien-fondé de leur
démarche, y compris devant le peuple allemand.
![]() |
| "Les partis de gauche ont installé leurs kiosques à idées" - Athènes 20 avril 2012 |
D'où certainement
cet attentisme artificiel et précaire en Europe, lié au calendrier
électoral de l'Allemagne. Néanmoins, ces questions (la bancocratie,
l'Europe et l'Allemagne), finiront par être ouvertement posées
après les élections en France, et partout ailleurs en Europe. Ce
n'est un secret pour personne hélas, chez nous. Mais à une
différence près : en Grèce le 6 mai, nous voterons
(pratiquement) en toute connaissance de cause, pas encore en France,
me semble-t-il, ce qui ne nous met aucunement à l'abri de l'hybris
du vote pro-mémorandum, j'en suis bien conscient, même si dans la
Grèce antique, l’hybris était considérée comme un crime.
Savas
Metoikidis, en toute connaissance de cause également, s'est échappé
de l'hybris, et définitivement. Cet instituteur, âgé de 45 ans,
syndicaliste connu sur le terrain de la lutte politique, a adopté
jusqu'à sa fin, un comportement « normal ». Jusqu'à 14h
samedi dernier, il partageait certains moments de sociabilité au
café de Stavroupolis, bourgade dont il était originaire, en Thrace,
au nord de la Grèce. Il a même salué tout le monde, car vers 18h,
il devait entamer le voyage du retour dans le « monde
ordinaire » d'Athènes où il résidait, c'était aussi la fin
des vacances scolaires.
Il
s'est rendu dans la demeure familiale, où il a retrouvé pour un
dernier repas ses parents et son frère. C'est après 16h, que le
père de Savas a découvert son corps inanimé dans une annexe de la
maison. Il s'était pendu laissant deux lettres. Dans la première,
adressée à ses proches, il règle ses dernières affaires
familiales, puis, à travers la seconde lettre, adressée à un ami,
également syndicaliste, il revendique son suicide comme étant un
acte de protestation politique, une sorte de manifeste, dénonçant
les conséquences de la crise, introduite par les politiciens et les
banquiers, (ces derniers jours, il y a au moins un suicide par jour
en Grèce, mais les médias en rendent moins compte qu'avant).
Ainsi,
et une fois de plus, la politique du « socialiste »
George Papandréou, celle du banquier Papadémos et évidemment celle
de Samaras, chef de la droite « garant de l'orientation
européenne de la Grèce » (selon ses propres propos), est
une politique déjà, très précisément mortelle. Les partis de
gauche SYRIZA, et ANTARSYA, dont Savas était un proche, ont
officiellement communiqué sur sa disparition, publiant certains
textes écrits par Savas lui-même dans le passé, comme celui-ci :
« Mesdames et Messieurs, soyez les bienvenus dans nos
métropoles du chaos ! Installez chez vous une porte blindée et
des systèmes d'alarme, allumez la télévision et savourez le
spectacle, car la prochaine révolte sera encore plus sanglante, à
la mesure du pourrissement de cette société... Ou sinon, prenez les
rues, mettez-vous du côté de vos enfants, faites grève, osez
revendiquer la vie qu'on vous a volé, rappelez-vous qu'un jour, vous
étiez ces jeunes qui ont voulu changer le monde ».
C'est
le troisième suicide, « ouvertement » politique depuis
un mois en Grèce. La gauche doit enfin comprendre que lorsque ses
enfants s'en vont, adoptant cette manière, ce n'est ni par
faiblesse, ni par quelconque lâcheté. Mais, elle peut aussi ne
pas comprendre, et ainsi poursuivre pour un temps encore, dans la
désunion et la lenteur. La gauche, et par extension, tous les autres
mouvements sincèrement positionnés contre le mémorandum. Dans ce
cas, il y a à craindre que l'histoire lui sera alors brève et
comptée, car la bancocratie impose un autre cadre spatial et
temporel, que celui du commun des autres mortels, gens de gauche
compris. S'agissant dans ce cas, d'une posture obligatoirement
méta-géographique (globalisante), poste-historique et para-humaine,
car la bancocratie n'a plus d'autre choix que d'imposer son
capitalisme « matrixien » ou sinon, imploser. Sa rapidité
est en train de suivre de près la modernité informatisée de « nos
instantanés », dont elle est également porteuse.
![]() |
| Dimitris Papadimoulis (assis à droite) - 20 avril 2012 |
![]() |
| « Diner à gauche », organisé par les militants de SYRIZA - 20 avril 2012 |
![]() |
| "Les militants ont dansé et chanté" - 20 avril 2012 |
![]() |
| Gastronomie crétoise - 20 avril 2012 |
Samedi
soir (21 avril), j'ai rencontré Dimitris Papadimoulis, député du
parti SYRIZA, (je ne le connaissais pas personnellement). C'était à
l'occasion d'un « diner à gauche », organisé par les
militants de SYRIZA des quartiers nord d'Athènes. C'est un ami
écrivain qui m'en a informé. La gastronomie participative, copieuse
et joyeuse fut crétoise, le prix était fixé à 10 euros par
personne. Les participants, femmes et hommes d'un âge un peu mûr,
étaient plutôt optimistes. D'ailleurs, la nouvelle du suicide de
Savas, n'était pas encore connue. J'ai répété à Dimitris
Papadimoulis, que l'histoire bancocrate nous sera peut-être brève
et surtout « comptée », il en est bien conscient aussi.
« Eux, ils ont trente ans d'avance, c'est une course contre
leur temps », a-t-il répondu.
En
attendant, les militants ont dansé et chanté. Pour certains, c'était
enfin et surtout l'occasion de se remémorer les moments de lutte du
passé, au sein du mouvement de Mikis Theodorakis dans les années 1960,
ou durant la lutte contre la dictature... du 21 avril (1967). Ils
pensent que de nos jours, nous luttons dans une certaine continuité,
liée à ce passé. Pas si évident je pense, car le capitalisme
« matrixien » n'est plus « simplement » ni
automatiquement une version en 3D du film « Z », de Costa
Gavras. Et comme pour les élections, l'essentiel n'est plus contenu
dans le film, mais dans le DVD... bonus que nous regarderons après.
En
tout cas, le 6 mai prochain nous irons voter. Tant que c'est
possible, nous voterons. Ces derniers jours, et jusque dans les
quartiers résidentiels aux pieds du mont Hymette, les partis de
gauche ont installé leurs kiosques à idées. « Contre-attaque »
(KKE, parti communiste), « L'heure de la révolte est
arrivée » (parti anticapitaliste ANTARSYA), « Renversement
en Grèce – Message pour l'Europe » (parti de gauche
SYRIZA), idées parfois simples, qui coexistent sur une même place
publique, mais qui ne se parlent pas directement entre elles.
![]() |
| Nikos Costopoulos (Nouvelle Démocratie) par son dépliant - 20 avril 2012 |
La
droite de Samaras quant à elle, préfère les dépliants, comme
un certain Nikos Costopoulos, candidat à la députation sous le
slogan : « Vous voulez – Je peux ». Ce
candidat de la Nouvelle Démocratie, pense alors sérieusement que
nous voulons devenir plus « compétitifs », et à ce
propos, il fait savoir que lui, est un « expert
compétent », car il a étudié l'économie et le droit à
« Fernuniversitaet Hagen » (Allemagne) et la gestion des
« ressources humaines » et le management à la « Zurich
Elite Business School » (Suisse). Ainsi, pense-t-il, il sera au
prochain... « conseil d'administration » au Parlement des
banquiers. Pas si évident non plus. À droite,
nombreux sont ceux qui considèrent Samaras comme étant un « traître
de la patrie », puisqu'il soutient le Mémorandum. Le
journaliste Trangas, de droite aussi mais dissident, car positionné
d'emblée contre le Mémorandum, n'hésite pas à prétendre
publiquement que « Samaras est
un grand menteur, qui ne peut plus se cacher, y compris devant le
monde de la droite » (radio
realfm, 23 avril 2012). Entre-temps, toujours ce 21 avril, sur la
terrasse d'un bistrot par loin d'Athènes, des membres de l'extrême
droite (« Aube Dorée » - Chrysi Avgi), ont arrosé
d'eau, d'insultes et de café, Petros Eftimiou, cadre au PASOK,
ancien ministre de l'Éducation et candidat à la députation.
Venizélos, chef du PASOK, dans un meeting public à Heraclion en
Crète le 20 avril, (l'île est un ex-bastion du PASOK), n'a même
pas réussi à remplir un gymnase de taille moyenne. Signe précurseur
?
![]() |
| Plages d'Attique - 22 avril 2012 |
![]() |
| "Patate française" - Attique - 22 avril 2012 |
![]() |
| "Patate grecque" - Attique - 22 avril 2012 |
Dimanche
22 avril aussi, les terrasses des cafés en bord de mer étaient
pleines, les plages d'Attique déjà bien fréquentées et
certains marchands de fruits et de légumes sont restés ouverts
jusqu'au soir. Ces derniers, proposaient des pommes de terre
importées de France à 0,39 euros le kilo, puis, celle produite dans
le Péloponnèse à 0,69 centimes. C'est encore une affaire de
l'Élite Business School je présume... finalement je n'avais pas
besoin de pommes de terre.
![]() |
| Vitrines des magasins en faillite - 20 avril 2012 |
![]() |
| Les grillades de "La Drachme" - 20 avril 2012 |
Dans ces quartiers comme ailleurs, des magasins encore ouverts à
Noël ont fait faillite. Seuls les
marchands d'or, nouveaux et anciens semblent perdurer. « La drachme » vient
également de baisser le prix de ses grillades, encore en euros. Sur
les vitrines à l'abandon, on dessine alors des graffitis ou on colle
des affiches, pour spectacle ou encore pour le festival du film
italien. Une voiture de marque, emblématique de la bonne production
allemande, était garée avant-hier, devant une vitrine dans
une rue ex-marchande, en voie de désertification économique.
Instantanéité d'une image furtive de nous mêmes et de nos
contradictions. Ce n'est finalement ni le Tiers Monde, ni le Quart
Monde, mais l'Europe, entière.
![]() |
| Voiture de marque allemande et vitrine - Athènes 21 avril 2012 |



















Message plus récent

8 commentaires:
Quelques remarques sur les élections et l'Europe.
En 2005 il y a eu en France un référendum sur la Constitution européenne. Ceux qui s'opposaient à cette constitution ont gagné. Les deux candidats qui restent pour le second tour de notre élection présidentielle étaient partisans du "oui" à la constitution.
Ensuite, quand Sarkozy est devenu président en 2007, il a fait passer une loi par l'Assemblée Nationale acceptant la plupart des termes de la constitution rejetée en 2005. Cette loi bafouant le référendum de 2005 a été votée par les deux grands partis, représentant Hollande et Sarkozy aujourd'hui.
ça rappelle un peu quand même ce qui se passe en ce moment en Grèce (en bien moins dramatique).
Je ne sais pas si c'est la même chose en Grèce, mais les partis dits "de gouvernement" ont constamment laissé passer ou approuvé des décisions européennes auxquelles la majeure partie de la population était opposée. Ensuite ils justifiaient l'application de ces décisions en disant : "ça ne vient pas de nous, c'est l'Europe".
Enfin, une grande spécialité de l'Europe en ce qui concerne les élections, c'est de toujours faire re-voter les gens qui se sont opposés par référendum à une nouvelle loi européiste. Re-voter jusqu'à ce que finalement cette loi soit acceptée. Mais on n'a jamais revoté pour revenir en arrière.
Je pense que dans le cadre d'un référendum certes hypothétique, sur la question de la poursuite de l'aventure de l'U.E., organisé simultanément dans tous les pays de l'Union, et notamment chez les anciens membres, les résultats ne seraient pas "automatiquement" acquis en faveur de l'U.E., y compris du côté du peuple allemand, évidemment, en permettant en même temps un débat libre et équilibré à travers la sphère des médias...
Un référendum européen ainsi organisé, ce serait acte fondateur, à la limite quel qu'en soit le résultat
Si Papandreou estime que les résultats des élections en France sont source de grand espoir pour le changement, eh bien moi, j'estime que Papandreou est un grand adepte de la médiocrité.
Si je puis me permettre, voici un lien pour signer une pétition "Solidarité avec la Résistance Grecque" :
http://www.humanite.fr/politique/ils-ont-signe-la-petition-en-solidarite-avec-la-resistance-grecque-490182?x
Et si le vrai problème était que nous grecs, français, espagnols, belges, portugais et autres, aurions béatement accordé trop de "crédit" à l'idée Europe, pour nous trouver maintenant,résignés devant le principe paralysant du "too big to fail" et prêts à passer sous "les fourches caudines" des memoranda, pactes de stabilité et autres joyeusetés comme la "fin du modèle social européen © Mario Draghi "
too big too fail, ce n'est qu'un autre slogan = ça sert à empêcher de penser, comme le There Is No Alternative,
regardons l'Islande, l'Argentine, ou même le Troisième Reich (au début, quand le programme des banquiers a enrayé la crise économique, les banquiers peuvent être utiles, quand ils sont correctement encadrés)
le "modèle social européen" c'est: libre renard dans libre poulailler
il faut une nouvelle construction avec une nouvelle monnaie calée sur la richesse réelle, un nouveau Bretton Woods, autrement ce sera le chaos et la misère, dans l'euro ou hors euro, en Grèce et en Allemagne (ses banque et ses lander sont dans une très mauvaise posture, et tiennent seulement grâce aux capitaux qui s'échappent du "club Med"
Enregistrer un commentaire