| Dans l'espace aérien français - 12 avril 2012 |
J'étais
dans l'avion du retour vers Athènes depuis Paris hier, lorsque j'ai
remarqué un dossier paru dans le journal « Le Monde »
(daté du 12 avril 2012), consacré au « cloud computing ».
Dans un article intitulé : « La souveraineté des
données en voie de devenir un enjeu commercial », il est
évoqué justement, ce casse-tête, que constitue la souveraineté
sur les données sensibles, d'un pays comme la France, où, [il
n'est] « pas question en effet de les laisser dans le
« nuage mondial » [c'est à dire hébergées sur des
infrastructures informatiques de stockage], hors du contrôle des
autorités locales. C'est la raison pour laquelle, à l'instar du
Royaume-Uni et de l'Allemagne, la France a décidé de créer un
grand cloud national qui aurait pour premier objectif d'accueillir
les données des administrations mais aussi celles émanant
d'entreprises hexagonales travaillant sur des sujets sensibles
(défense nationale, nucléaire...). Une nécessité si l'on en croit
Loïc Rivière, délégué général de l'Association française des
éditeurs de logiciels (Afdel) : « Le cloud computing est
une révolution technologique, économique et sociétale que l'État
ne peut manquer. Mais, pour les données stratégiques, cela passe
forcement par un cloud souverain ». Un discours auquel le
gouvernement a répondu positivement puisque le cloud (outre le
projet Andromède) fait partie des projets financés par les
investissements d'avenir pour près de 100 millions d'euros
(...) ».
L'utilisation
des termes ici est significative, car on dépasse l'implicite :
« investir aussi dans un avenir souverain », se
protégeant par la même occasion des menaces extérieures.
| Publicité manquante - Athènes 12 avril 2012 |
Ce
souverainisme alors soudain, dévoile d'ailleurs cette contradiction,
entre les discours et les pratiques courantes d'une certaine
mondialisation, présentée souvent comme étant « fatalement
incontournable ». Mais, me concernant, j'ai eu le sentiment,
que ce « cloud national », se dissipait, au fur et à
mesure de mon éloignement de l'espace aérien français. Au survol
de l'Italie, on pouvait encore méditer sur « La riforma –
Flessibilità, precari, licenziamenti è pressing per le nuove
modifiche », (selon « La Repubblica » du même
jour), pour ainsi vraiment... atterrir en Grèce préparé. Terminus
et descente du nuage.
Après un
court séjour à Paris, me voilà depuis hier de nouveau, dans le
bocal du laboratoire, autrement dit, la Grèce... en zone occupée.
Réagissant à un billet fort intéressant sur le blog de Paul Jorion
(pauljorion.com/blog/?p=35841), j'ai voulu préciser, que
l'expérience bancocrate qui se déroule chez nous, ayant pour
objectif de permettre d’évaluer les conditions de réplicabilité
de la suppression de la croissance dans les pays dits « avancés »,
est en train de « réussir », pour l'instant en tout cas.
Par contre, la suite peut ne pas s'avérer aussi bien prévisible. Je
souligne juste, un seul parmi ses aspects : une facette de
« l'expérience » grecque, consiste à nous accabler par
des mesures dites d'austérité (en réalité il s'agit d'une mise à
mort des notre univers, réel et symbolique), à un point
inimaginable. Justement, c'est cet « inimaginable » qui
tétanise l'action, empêchant une réflexion plus créative, donc
plus efficace, y compris dans la lutte et l'invention du sens et par
conséquent du réel à venir.
Des
mesures accablantes, souvent contradictoires déferlent au quotidien
à un tel point, que pour beaucoup de gens, le simple « traitement »
de cette « information » devient impossible. Ainsi
certains, se détournent des médias, et ceci, pas seulement en
réaction à la pensée parfois trop unique car contrôlée. Et
lorsque ce choc ne suffit pas pour « calmer les esprits »
et les manifestants, on y ajoute en plus, la répression par
« l'infiltration de la peur » à tous les niveaux.
Évidemment, l'avènement de ces « arts appliqués » de
la bancocratie n'est pas une construction si « solide ».
De ce fait, elle doit reposer sur certains leviers indispensables,
qui peuvent rappeler une certaine systématisation totalitaire, pour
ne pas dire, un univers concentrationnaire particulier, à l'échelle
d'un pays, comportant tout de même en somme, les germes de son
(auto)destruction possible, ce que les laborantins, savent aussi très
bien.
| Sur l'autoroute au nord d'Athènes - 13 avril 2012 |
Sur Athènes,
le temps était mitigé ce vendredi-saint des orthodoxes, et,
nombreux ont été ceux qui ont quitté la ville pour rejoindre leurs
familles à la campagne, car Pâques, est une grande fête et ces
moments festifs instaurant la coupure, sont plus précieux que
jamais. Les départs en vacances, sont bien moins nombreux
« qu'avant », comme « tout était autre, avant »,
selon une expression très en vogue chez nous. Il y avait donc du
monde sur l'autoroute, mais sans les embouteillages. Ainsi, et par un
interlude, les citadins vont bénéficier du potager familial, pour
se projeter peut-être, un hypothétique « retour à la terre
qui ne ment pas », autre petite chimère, sous les Cariatides
et autres jeunes filles de la « grande crise ». Je me
suis rendu également chez la famille, au centre du pays. Seulement,
j'ai décidé de passer par Delphes et ensuite par Galaxidi, une
bourgade pittoresque sur la rive nord du golfe de Corinthe, avant de
reprendre la dernière portion de route vers le nord.
| Vue depuis Delphes - 13 avril 2012 |
| Pompiste à Delphes - 13 avril 2012 |
| Restaurant à Delphes - 13 avril 2012 |
À Delphes
sous la pluie, les premiers touristes étaient arrivés et en même
temps, des vacanciers grecs de passage s'arrêtèrent, pourtant, à
l'heure du déjeuner les restaurants étaient presque vides. À
Galaxidi, il y avait du monde, « mais c'est moins qu'avant,
ainsi nous souhaitons mettre en place, un système de baisse des
tarifs de manière coordonnée entre nous, commerçants,
restaurateurs et hôteliers, car nous redoutons tout de même la
situation d'ici l'été prochain. Seulement, les gens sont pour
l'instant trop égoïstes pour se plier aux règles du bon sens, le
tourisme a procuré pas mal de revenus jusque là, voyez-vous...»,
affirmait un commerçant, dont la boutique donne sur le port. Je
remarque que dans pareils cas, les signes extérieures d'une certaine
richesse chez les visiteurs, c'est à dire les automobiles,
trahissent une redéfinition sociale aussi, dans l'usage des
vacances. Les plus aisés demeurent ainsi encore... aisés, sur la
tranche la plus haute, de cet agglomérat englobant de la classe
moyenne. J'ai bu un café facturé deux euros, avant de reprendre la
route. Au café, les discussions n'étaient pas politiques au sens
strict, évoquant c'est à dire, les élections législatives du 6
mai prochain. « Tant que possible, nous partirons, nous nous
évadons ainsi de la frénésie d'Athènes et du Mémorandum, nous en
avons vraiment assez des nouvelles, des bulletins d'information et de
tout cela, nous voulons tout oublier », a remarqué une
femme relativement âgée, s'exprimant devant ses amis. À côté,
autour d'une autre table, trois hommes plus jeunes, se préoccupèrent
des mauvaises finances dont souffrent les équipes de football,
parait-il. À les entendre tous, j'ai eu l'impression, que pour
réveiller une certaine classe alors vraiment moyenne, il va falloir
jouer les prolongations, seulement la Troïka, tire déjà ses
pénaltys.
Le temps
aujourd'hui est donc maussade et pluvieux. Drôle de pays au temps
des cohabitations sociétales, sous une suspicion en plus, assez
partagée. Le regard des gens change aussi, mais si on n'est pas
dogmatiques dans le catastrophisme, on peut au moins en rire. C'est
enfin drôle également, que d'observer les mutations dans les
déplacements, ainsi, en prenant hier notre version méta-balkanique
du RER athénien et sur une portion parallèle à la rocade
autoroutière depuis l'aéroport, j'ai remarqué que les voitures
roulaient beaucoup moins vite que le train désormais. Voir tous
ces... concitoyens dans leurs autos, parfois des grosses cylindrées
fabriquées chez Madame Merkel, rouler comme du temps de la 2CV,
c'est très... instructif en tout cas.
| Roissy - Aérogare 2D - 12 avril 2012 |
En arrivant
d'ailleurs, d'un pays comme la France par exemple, on remarque tout
autant facilement, ces grands panneaux publicitaires à proximité de
la rocade et de la voie ferrée, car ils sont désespérément vides,
et ceci depuis bien des mois. Ce qui est frappant aussi, tient des
commerces également fermés et laissés à l'abandon, plus d'un
tiers de nos boutiques ont succombé sous le régime des banques,
depuis bientôt deux ans. Pour ce qui est du reste pourtant, certains
« lieux communs » entre la France et la Grèce,
rappellent précisément l'unicité dans le destin, entre les pays
de la zone euro déjà : il s'agit des mendiants et des
personnes généralement sans domicile, « rencontrés »
partout en ville et ailleurs, y compris dans les aérogares.
| Galaxidi - 13 avril 2012 |
| Café à Galaxidi - 13 avril 2012 |
Et là, il
ne s'agit pas je crois, d'un phénomène issu de la parousie soudaine
de la décroissance, mais plutôt de la « restructuration »
économique ; toute la planète y passe d'ailleurs. Arrivé au centre
du pays, pour retrouver une partie de ma famille, les discussions, se
sont vite transformés en débat politique autour des prochaines
élections. J'ai trouvé tout de même, que les arguments des uns et
des autres manquaient de vision géopolitique. Comme si, le PASOK, la
Nouvelle Démocratie et la gauche de notre baronnie, vont (pouvoir)
refaire la pluie et le beau temps à la manière de jadis (ce qui
tenait également de l'illusion). Vivre ainsi, sous une météo de
Mémorandum, laisse peu de visibilité sur le vaste monde. Et à
force de devenir nombriliste, on finit par avoir s'aveugler. Question
de fatigue aussi peut-être. Pour ma part, j'ai juste trouvé la
route un peu longue, j'ai sans doute perdu l'habitude, car depuis
longtemps j'utilise le train. Traversant les montagnes sur la vieille
nationale, j'ai aussi constaté, que les travaux sur la nouvelle
autoroute en construction, restent au point mort, mais à presque
deux euros le litre de SP-95 à la pompe (comme en Italie), il était
certainement grand temps. Comme en outre je viens de lire dans les
colonnes du « Monde » datant d'hier, que l'Inde veut
faire construire 20 kilomètres d'autoroute par jour, et ceci sur
cinq ans, je comprends alors mieux.
P.S. Je
tiens à remercier toutes et tous, les autres intervenants, ainsi que
les organisateurs, pour leur contribution essentielle au débat
d'avant hier, rue d'Ulm à Paris (voir le billet du 31 mars). Un
grand moment de vérité et dialogue.
| A Galaxidi - 13 avril 2012 |
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4 commentaires:
Austérité oui, mais en même temps opérations de sauvetage des riches...
http://www.bloomberg.com/news/2012-04-12/europe-s-capital-flight-betrays-currency-s-fragility.html
(cliquer sur le graphique)
Bonjour, à propos du Cloud que vous abordez, je suis heureuse de ne pas être un Octet! Pourvu que cela dure...
Bon, c'est de l'ironie, quoique...
J'ai trouvé par hazard ce poem, écrit par DIMITRIS TSALOUMAS, il parait, en 1983.
http://corfublues.blogspot.it/2012/01/dimitris-tsaloumas-australian-poet.html
Malhereux le peuple qui n'ecoute pas ses poetes
(j'ai essaié une version en italien, à paretir de l'anglais, bien sur). En français?!
ΑΣΩΤΟΣ
Χρειάζεται νοικοκυριό και μάτια τέσσερα.
Σου το ʼπα κι άλλοτε. Περνάμε
απάνθρωπους καιρούς, ακόμα και οι τράπεζες
θα ζοριστούν, κι έχει πολλούς
που ψάχνουν κιόλας στα παλιά τους τεφτέρια.
Δεν είναι ώρα για δάνεια.
Βολέψου όπως μπορείς. Στα περιθώρια
της αγρυπνίας και του ύπνου τα σύνορα
περιφέρονται ύποπτα σχήματα και σκιές,
κι αν βάνεις τʼ αφτί σου κι αφουγκραστείς
στης νύχτας τις ρωγμές θʼ ακούσεις ψιθύρους
θανάσιμους. Άκου που σου μιλώ.
Πάρʼ τα παιδιά σου και πήγαινε στην εξοχή.
Περάσανε τα χρόνια της σπατάλης
Merci et voilà sa traduction en français :
Dissolu
On a besoin d'un ménage et de quatre yeux
Je te l'ai déjà dit aussi il y a longtemps. Nous entrons dans du mauvais temps,
ce temps est inhumain, même les banques en souffriront, et il y en a certains, qui fouillent déjà dans leur vieux calepins.
Ce n'est plus le moment pour des emprunts.
Tu t'en sortiras comme tu pourras. À travers les marges de l'insomnie et les frontières du sommeil, des ombres et des figures suspectes se baladent,
et si tu poses ton oreille sur les fissures de la nuit pour mieux entendre,
tu t'apercevras alors des chuchotements mortels.
Il faut écouter ce que je te dis.
Prends tes enfants pour les emmener à la campagne.
Les années du gaspillage sont bien derrière.
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