lundi 5 mars 2012

La force sans le droit



À deux pas de l'Agora – Athènes, 03/03/2012

Ces jours-ci, notre histoire patauge un peu. Nos patates... échangistes ont un moment occupé  l'actualité. Ainsi, ce lundi matin la pomme de terre en vente directe, gagne les quartiers chics du nord de l'agglomération athénienne. Dans la presse grecque la probabilité d'un défaut pour la fin de la semaine est de nouveau évoquée, au cas où nous dit on, le PSI (échange des titres de la dette grecque ré-échelonnée, disons volontairement) n'ira pas vraiment jusqu'au bout.

Qui s'en soucie encore parmi nous ? Car à deux pas de l'Agora une vie de chien brode désormais du lien entre les espèces, et les passants passent, sans y prêter trop d'attention.

Plages au sud d'Athènes - casse-croûtes, 04/03/2012
Hier dimanche, nous avons pu profiter d'une belle journée en nous rendant enfin sur les plages au sud d'Athènes. Il a fait beau et chaud sur Athènes, nous avons emmené nos casse-croûtes sur les plages ayant économisé parfois depuis un bout de temps, pour mettre un peu d'essence à 1,76 euros le litre de SP 95 et ainsi pouvoir nous déplacer en voiture. Le casse-croûte sur la plage est d'abord une nouvelle ligne de démarcation sociale voire idéologique, une nouveauté sinon, comme bien d'autres. Ainsi réunis nous nous disions que nous éprouvions tous ce grand besoin de sortir, si possible en dehors des villes, en quête d'un certain silence, d'une coupure. Tel un couple, la petite trentaine certaine, et qui avait emmené en plus du casse-croûte, une bouteille de vin, ils ont voulu nous offrir un verre à une seule et unique condition : ne pas évoquer notre situation respective, sociale, personnelle, existentielle et surtout politique. « Nous en avons assez, toutes les nouvelles sont mauvaises, tous les jours il n'y a que ces interminables mesures qui tuent tantôt l'emploi, tantôt les salaires, nous voulons profiter du moment et que du moment seulement, nous sommes si épuisés depuis deux ans déjà, peu importe... être chômeur, ou encore actif au boulot pour 500 euros par mois, ou n'importe quoi d'autre... ». 

Vue des plages au sud d'Athènes -  04/03/2012

Nous avons commenté alors les conditions de navigation des voiliers de passage et des pétroliers plus loin au large. Près de nous, derrière la plage, une certaine classe moyenne qui consomme encore, occupait les lieux au café et à la taverne voisine, consommant des usages culturels alors d'une autre époque, et un peu honteusement car le clivage entre eux et les autres de la plage devient alors réel. Entre temps, on désherbait déjà devant le café, car finalement tout le monde a le droit d'attendre l'été et ceci pour plusieurs raisons.


Mon ami journaliste par exemple au chômage, qui devait fêter son prénom avant hier, n'a pas été en mesure de le fêter. Des membres de sa famille lui ont proposé une sortie dans une taverne bon marché, « juste pour une bière », simplement, pour ainsi dire deux ou trois bêtises... sérieuses et surtout pour se retrouver. Cet ami n'a pas de voiture, il devait alors prendre un taxi pour s'y rendre, car les transports en commun ne desservent pas cet endroit excentré de la ville, donc la sortie lui aurait coûté déjà trente euros A/R, et cet argent il ne l'a plus. 

En revenant des quartiers sud, je me suis arrêté un bref moment chez un marchant de bois de chauffage. Car j'ai encore ma vieille voiture. J'en ai acheté alors pour douze euros de branches d'olivier sec au prix de 19 centimes le kilo. Je l'ai apporté à mes amis. Un cadeau finalement très festif, car après le beau soleil de la journée, les températures ont vite dégringolé au soir. Il faisait c'est vrai, humide et froid dans leur appartement. Ils ont coupé des tomates, ils ont fait bouillir des œufs et ils ont ouvert une bouteille d'ouzo. Ils ont été si heureux des retrouvailles et du bois. Notre discussion a porté sur ce même sujet qui préoccupe tant également, beaucoup de gens ailleurs qu'en Grèce, « comment et à quel moment notre réaction sera-t-elle enfin effective et efficace ?» aux yeux de tous.

Voilà alors un élément que nous considérons également comme étant crucial dans cet état de protochoqués européens attitrés depuis deux ans, que nous nous trouvons. Et il n'est pas le seul à travers le nœud gordien de notre réactivité, sans doute. On peut ainsi partiellement expliquer une certaine absence de réaction disons radicale et vous êtes assez nombreux à lire ce blog ou à suivre d'autres sources d'information pour en conclure que les Grecs doivent bouger, mais ils ne le font pas, tandis qu'une opportunité leur serait pourtant offerte, pour enfin saisir vraiment leur destin en main, et ainsi devenir des citoyens libres. Comme je l'écrivais récemment en réponse à un commentaire de bon sens sur le précédent billet du blog, la révolte ou la révolution ne résulte pas d'une automaticité quelconque, et pour le dire différemment; il est plus facile de refaire le monde et de théoriser ainsi à l'infini « son » processus des renversements futurs pendant que le salaire tombe tous les mois, et ce monde peut se reconstruire ainsi à l'infini paradoxalement depuis le canapé du salon. Mais ensuite, la mécanique du futur appliqué devient beaucoup plus complexe, croyez-moi, au temps de la paupérisation et de la destruction des liens sociaux. Et je dois dire aux amis éventuellement marxistes, même lointains et contradicteurs toujours les bienvenus, que la prolétarisation n'est pas un processus identique à la paupérisation, de surcroît, au sein de sociétés déjà assez atomisées depuis des décennies.

En plus, et chez nous, les forces politiques anti-mémorandum n'ont pas été capables d'esquisser la moindre réaction réellement coordonnée, pour des raisons que j'explique parfois de temps à autre. En tout cas, mon ami qui n'a jamais été un citoyen dépolitisé, bien au contraire, s'avoue-t-il à présent dépossédé de son identité et de son action politique concrète en interaction avec ses collègues au travail notamment, car désormais, il est chômeur depuis plus d'un an. Et il lui devient alors de plus en plus problématique, toute poursuite  d'une vie sociale même, comme les déplacements en ville, le ticket de métro, le café et donc la sociabilité et ainsi, la réinvention du lien, car la lutte c'est à la base du lien fonctionnel entre les sujets, avant toute autre chose. Et encore dit-il, « je ne suis pas de ceux qui baissent les bras ou qui se suicident ».

Faire donc partie d'une société cobaye, amène également à expérimenter l'anéantissement des réactions avant l'heure. Jusqu'à un certain seuil probablement. Mais comme rien ne s'écrit par avance dans l'histoire, c'est bien connu, cette précarité de l'instantané historique est au moins, la mieux espérée de toutes.

Athènes centre - 03/03/2012
Ainsi nous dépassons déjà de fait, l'adoption du « Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance » (TSCG) et de son bras séculier, le « Mécanisme Européen de stabilité » (MES), car nous nous demandons quelle sera la prochaine trouvaille de la gouvernance méta-démocratique du Mémorandum II que nous subissons depuis la fin quasi officielle de notre existence étatique et bientôt sociale et nationale. Ainsi, les seules véritables autres visions que l’on peut légitimement envisager, une fois les utopies néo-libérales dissipées, ne peuvent passer probablement que par la dissolution de l'Union Européenne car avant d'envisager d'autres visions, y compris au niveau de la coopération entre les pays de la vieille Europe, il faut s'affranchir de tous les Traités de l'U.E. ; ouvrons enfin les yeux, notre temps de réaction possible nous est compté.

Et comme on entend parfois évoquer l'hypothétique solidarité effective entre les différentes composantes de l’Europe après redéfinition des priorités de l'U.E., eh bien ceci ne semble pas possible car ces parties sont inégales, souvenons-nous alors de Thucydide : « le droit n'existe qu'entre égaux » et la solidarité n'a jamais existé entre entités inégales pour la même raison, y compris dans un cadre institutionnel pseudo-égalitaire où de surcroit, les banquiers règnent, sans contre-pouvoir.

Athènes - la grêle 05/03/2012
Lundi après midi c'est de la grêle qui tombe en plein centre ville, et nos chiens errants déjà répertoriés, trouvent refuge dans les cafés. Entre temps, selon Michel Rocard (interview à Libération, 04/03/2012), les mesures d'austérité, « une décroissance forcée », dit-il- imposées à la Grèce posent la question démocratique dans ce pays : « comment fait-on dans ce contexte pour maintenir des élections ? Il n'est pas possible de gouverner ce peuple en lui disant qu'il va perdre 25 % de son revenu dans les dix ans si on tient à payer toutes les dettes. Personne ne le dit, mais il ne peut y avoir d'issue en Grèce qu'avec un pouvoir militaire. (…) Il devient de plus en plus indispensable d'annuler partout une bonne partie de la dette non payable. Mais attention, la grande bulle qui menace, elle est privée ! Une éventuelle crise de la dette souveraine européenne ne serait qu'un petit détonateur. Nous sommes dans l'imbécillité politique collective ».

Nous le sommes également, ainsi... répertoriés sous la grêle et sous Papadémos exactement. Du provisoire encore, parait-il.

Chien errant dans un café - Athènes 05/03/2012

22 commentaires

ilros a dit…

mais enfin ce n' est pas possible de continuer comme ça !! je suis ce blog et d' autres sur la situation grecque tous sont d' un catastrophisme incroyable mais comment la population peut accepter cela, les grecs ont été lobotomisé ou quoi ??j' en arrive à mettre en doute ce qui nous est présenté ici et là franchement si la situation est si grave pourquoi le peuple grec ne se révolte pas en masse ???

madam☆gaspar a dit…

je suis assez d'accord avec ilros ... révoltez vous!! surtout que vous avez beaucoup de soutien des pays limitrophes, les manifestations peuvent grandir, partout, car les gens commencent à ouvrir les yeux sur la situation ... mais lancez vous !!! Vous ne pouvez pas rester comme cela aussi fatalistes ... battez vous comme vous l'avez toujours fait !!!!

Gus a dit…

Bon ! C'est parti pour la mobilisation des brigades internationales, alors ? Nous avons déjà deux volontaires ici. Ils seront à Athènes demain pour réveiller ces "lobotomisés" de grecs qui ne sont pas foutus d'être à l'avant-garde du mouvement révolutionnaire européen ! Apparemment, ils étaient seulement un peu trop occupés à semer la révolte en France le 12 février pour suivre dans le détail l'actualité des pays voisins. Ah là là ! France for ever...

madam☆gaspar a dit…

L'actualité on la connait, en faisant tous parti de cette belle europe pleine de promesses & de lendemains qui chantent... alors révolte des peuples ben oui et france for ever pas tout à fait.

Toutatis a dit…

Avant de se révolter il faut savoir quoi faire. Apparemment aucun mouvement politique ne présente des solutions auxquelles adhère une grande partie de la population.

Il y a sans doute plusieurs raisons à cela. Je suppose que l'évolution de la Grèce durant ces dernières années est comparable à celle des autres pays européens : développement de l'individualisme forcené, renforcé de tous les cotés, y compris sur le plan politique. La droite en établissant le détachement des riches du sort du reste de la population, leur donnant les moyens de s'échapper du sort commun pour former une "hyperclasse" internationale, et les donnant en modèles au reste de la population. La gauche en tentant de détruire ce qui rassemble traditionnellement la population (en particulier en dévalorisant la nation), s'éloignant de plus en plus du "social" au profit du "sociétal". Les soit-disant "grandes conciences" de la gauche se sont arrangées pour que leurs "indignations" ne mettent jamais en péril leur statut social. On compte par exemple chez nous pas mal de riches vedettes délocalisées fiscalement et venant nous donner des leçons.
Les médias et la "sous-culture" dominante enfin ont favorisé le repli sur soi, par exemple dans le discours sur l'immobilier : valorisation de l'accès à la propriété, permettant de se construire sa petite forteresse, multiplication des émissions télé consacrées à l'aménagement de son intérieur. Une fois qu'il n'existe plus que des individus, des "atomes", dès qu'une crise violente surgit il ne reste plus rien à quoi se raccrocher. Les individus ont finalement un but unique, qu'ils partagent d'ailleurs avec les financiers : que tout fonctionne comme avant.

Et puis avant de se révolter il faut savoir ce qui se passe exactement. Cela passe obligatoirement par la compréhension des phénomènes économiques, il faut savoir comment ça marche, et c'est un peu aride. Je vois très peu d' "indignés" capables de donner une description convaincante de ce qui se passe du point de vue économique. C'est pourquoi je regarde ailleurs, et de manière paradoxale les libertariens américains par exemple m'en ont appris beaucoup plus que les français de tout bord politique.

Peut-être serait-il bon aussi de regarder de près les expériences d'autres pays, à commencer par l'Argentine.

nao a dit…

Oui certainement, mais pour qu'on comprendre l'état d'hébétude de la population grecque, il faut prendre conscience que le Système actuel joue sur la Peur et qu'il réussit son plan! Amener le peuple a avoir peur de perdre même le peu qui lui reste...Mais un jour viendra où...

Je suis de tout coeur avec vous!

madam☆gaspar a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
madam☆gaspar a dit…

oui la stratégie du choc... Merci Toutatis, j'imagine que lorsque vous parlez de s’inspirer de l'argentine, vous voulez faire référence à Kirchner, à l'audit qu'il y a eu lieu, ou peut être des révoltes qui ont mené le président à fuir en hélicoptère?? Pouvez vous développer svp ?
D'ailleurs savez vous où en est l'audit grecque actuellement?
http://www.debtocracy.gr/

David a dit…

Les responsables de ce piège ne sont même pas en Grèce. Il n'y a que les pantins de ces gens là qui y sont! Comme dans les autres pays d'Europe d'ailleurs. Ils ne sont même pas face aux peuples comme au bon vieux temps de 1789 et de la guillotine....

Nicolas VDR a dit…

Inciter le peuple grec à se révolter, d'accord, mais nous, en France, il serait temps de le faire. Il ne nous reste que quelques semaines et le vote sera déterminant plus que jamais : ou c'est l'humain d'abord, ce qui redonnera un immense espoir aux peuples européens, ou bien on continue la descente aux enfers et là, cela risque d'être très violent (de tous les côtés)

zozefine a dit…

du texte : "la prolétarisation n'est pas un processus identique à la paupérisation, de surcroît, au sein de sociétés déjà assez atomisées depuis des décennies". on voit toujours mieux la révolution (ou la guerre civile, en l'occurrence), du sang, des larmes, de la violence, des déchirements chez les autres que chez soi (de même, la décroissance : c'est "facile" de renoncer quand on a tout eu. demander la décroissance à des gens qui n'ont plus rien, quel cynisme !). pourquoi les grecs ne se révoltent-ils pas ? mais parce que le prix d'une guerre civile et d'une dictature, ils le paient encore maintenant. parce que pris entre la culpabilité, largement relayée par l'ensemble des spectateurs mondiaux de cette catastrophe, de leur hybris dépensière et consommatrice, et de l'état de leur état et de leurs institutions (ils ont voté massivement pour le pasok en 2009...) et l'absence totale d'alternative et de projet politiques audibles, visibles (à part les élections ?), le sentiment de colère est impuissant à créer une masse critique pour envahir la vouli et prendre le pouvoir. parce qu'entre rocard qui voit une dictature militaire (qui est je suis sûre une crainte permanente ici), les allemands qui veulent la mise sous tutelle comme au XIXème siècle, et les banksters qui bavent en attendant la mise en vente, le bradage devrais-je dire, des bijoux de famille, les grecs sont apeurés et humiliés.

mais j'aimerais quand dire une chose positive : sur la petite île de syros, toutefois importante administrativement puisque chef-lieu des cyclades, un mouvement de monnaie complémentaire se développe, le S.A.NO. de même, partout en grèce, se développent des centaines de réseaux d'échanges, de trocs, d'aide, de renseignements, et la révolution des patates n'en est qu'une manifestation médiatisée. une certaine révolution est en marche, à très bas voltage, mais il faudra compter avec et sur elle pour bouger les choses dans ce pays. j'espère...

A.E. Berger a dit…

Petite remarque en passant, à l'attention des esprits indignés par l'hébétude grecque. La catastrophe détruit tout, à commencer par soi-même, les réflexes, l'espoir, l'indignation, la révolte.

Celle-ci ne naît qu'après un ultime affront. Ordinairement, il faut avoir vraiment tout perdu pour devenir soudain, mais alors là très violemment, d'une seconde à l'autre, un carcajou enragé. L'exemple tunisien est souvent utilisé pour décrire le phénomène : un marchand ambulant s'immole par le feu suite à une humiliation d'une flicaille quelconque. Ce n'est pas la première humiliation, et ce n'est pas le premier suicide. Mais celui-ci, parce qu'il est, mystérieusement, la dernière goutte d'eau, fait tout déborder. Un jour, le peuple grec va exploser, inexplicablement, et ça fera trembler les vitres dans tous les palais européens.

zozefine a dit…

je suis pas sûre que comparer avec l'argentine, à propos de la dette odieuse, soit le plus approprié, étant donné les richesses et les capacités économiques gigantesques de ce pays comparées à celles de la grèce (rien que la masse : superficie de la grèce : 1/21ème de l'argentine, 1/5ème de la france). plutôt l'équateur ? la page wiki est pas mal faite : http://fr.wikipedia.org/wiki/Dette_odieuse

Denderman a dit…

Votre "petite remarque en passant" est très judicieuse et me rappelle la façon dont depuis 50 ans un système kleptocratique militaro-dictatorial, et toléré par nos plus grandes instances internationales telles ONU, FMI, Banque Mondiale, etc,a maintenu , et maintient encore , sous sa coupe les Congolais, puis Zaïrois , maintenant Congolais Démocratiques : "la course au repas du jour ". A lire "Mathématiques Congolaises".
On ne devrait pas en arriver là en Grèce, au Portugal ou ailleurs en Eurozone, mais le principe de base est le même: faire en sorte que la matière écrase l'esprit.

David a dit…

Hé oui ma bonne dame. Quoique les BANKSTERS pensent, nous sommes tous dans la même galère. Ils ne se décarcassent pas comme de "bons diables" pour rien. Ils le savent bien et leur manoeuvre est de plus en plus étroite pour éviter le crash et le reste.... Car l'Europe politique est déjà morte au vue de ce qu'il se passe en Grèce... Et les autres peuples l'ont compris....
Attention à la casse!

Panagiotis Grigoriou a dit…

Vos remarques font justement avancer notre débat. Je suis d'accord sur la notion de révolution à bas voltage pour ce qui est du SANO et des autres initiatives. Vous avez raison aussi d'évoquer "la course au repas du jour ", je pense que la médiatisation et l'instrumentalisation du "mouvement des patates" s'inscrit, je crains dans cette même logique d'anéantissement de l'esprit; je ne pense pas pourtant que les banksters réussiront leur plan jusqu'au bout.

Je vous comprends tout votre énervement humaniste devant notre relative inaction; moi-même je ne suis, ni défaitiste ni pacifiste, je transcris les humeurs de notre temps ici, comme je l'indique dès la création de ce blog; c'est une écriture partiellement ethnographique, comportant une démarche journalistique et un point de vue disons de chroniqueur engagé derrière une idée et une praxis : défaire le mémorandum et si possible contribuer à son échec ailleurs qu'en Grèce, car les autres peuples doivent savoir et agir pour eux mêmes d'abord et pour nous aussi.

Est-ce que vous êtes informés sur une éventuelle démarche parallèle, un blog ou un site qui depuis le Portugal, l'Espagne, l'Italie,ou l'Irlande, si possible en français, nous éclaire-t-il alors sur la vie quotidienne de ces pays.

Merci à toutes et à tous pour notre débat

RED a dit…

Bonjour,

Je vois qu' on vous lit de plus en plus. N' oubliez pas de lui envoyer un peu de fric pour qu' il puisse continuer à payer un peu de bois à ses amis.
C' est votre blog que j' avais envie de lire ce soir ; je lis très mal car ayant pris pas mal de calmants aujourd' hui. Je me dis, qu' où que nous soyions ce serait bien qu' on vous parle un peu de nous, de ce qui a lieu dans notre pays.
Je vis à 35 km de Bruxelles, pauvre dans un quartier et une province riche, aucune crise ici (jusqu' à présent). Donc je vis pas loin de vos assassins. Ne m' intéresse que très peu à la vie politique de mon pays, tous en rang qu' ils sont derrière le néo (ultra)-libéralisme.
En France, c' est le grand débat sur la viande hallal ; débat essentiel pour une campagne présidentielle, vous en conviendrez.De ce que vous endurez, rien dans les médias officiels, de toutes façons je ne les lis pas.

En langage ultra-libéral, l' Etat solidaire se dit Etat Providence ; trois mois que je me bats pour faire reconnaître mes droits, nous sommes en Belgique, pas en Grèce, ceux-ci seront normalement reconnus. Alors, j' ai, s' ils sont reconnus ces droits, une dette, une responsabilité, vis à vis des autres, fussent-ils ailleurs.

Peut-être dire, même si ce ne sont que des mots, un salut, un vous vous en sortirez. Quand et comment est la question. Pour ceux qui ne savent pas, ça fait au moins deux ans qu' ils se battent en Grèce, avec beaucoup de courage, et notre manque de solidarité ou d' intérêt n' est pas à notre honneur.

Effectivement, les pays du Sud feraient bien de se rassembler et descendre sur Bruxelles, tous ensemble. c' est tellement moche Bruxelles, depuis qu' on y trouve des eurocrates, la ville a bien du mal à sauver son âme.

On vous lit, j' ai vécu des épreuves dans ma vie, j' en suis toujours sorti grandi, bien plus que ceux-la qui ont facile et ne doivent rien faire sinon s' enfoncer dans la médiocrité.

Vous n' êtes pas seul. J' ai tiré sur mon imprimante, la photo de Manolis Glezos, il est beau, il est vivant.
J' ai de belles photos, en tout cas une d' Occupy Wall Street : One day the poor will have nothing left to eat but the rich.

Vous êtes la résistance, nous sommes la résistance.

Bien à vous

RED a dit…

C' est juste, il y a une révolution en marche, et ça va de l' Afrique en passant par les US jusqu' ici en Europe.
Trop de gens savent, trop de gens voient l' injustice, même ceux-la qu' avant étaient indifférents.
Qu' elle soit de bas voltage ou pas n' a pas d' importance, elle dépasse les frontières, elles concerne de plus en plus de gens, 99%. Elle ne s' arrêtera pas, parce qu' en face, ils ne s' arrêteront pas non plus, mais plus qu' un clash, je vois venir un changement en force mais peut-être pas si violent qu' on pourrait le redouter ; juste un basculement des consciences et les actions qui s' ensuivront.
Se laisser faire n' a plus lieu quand la vie est menacée, car c' est de ça qu' il s'agit, la vie.

zozefine a dit…

ce qui fait peur, et consterne, c'est que le rouleau compresseur de la logique de la croissance, du progrès, de la consommation, de la sécurité des jours à venir est une logique puissante, et qui fonctionne au détriment nécessaire des cultures périphériques. cette logique ne peut se déployer qu'en standardisant les cultures, qui doivent bon gré mal gré fonctionner avec elle. oui, bien sûr, les banksters, les néo-libs, la troïka, etc. mais il me semble que le problème est encore plus en amont, dans la structure même de nos sociétés. je m'explique mal, désolée.
à part ça, j'aime ce "One day the poor will have nothing left to eat but the rich"... eat the rich !!!! (encore que... quand on voit pangelos, on n'a pas vraiment envie d'en déguster les morceaux de choix...)

GLeboutte a dit…

Relisez donc le billet que vous commentez! C'est justement la réponse à votre réponse....
:)

Xamogelasta a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Xamogelasta a dit…

Je viens de découvrir ce blog et vais m'empresser de le faire partager avec ceux qui essaient bon-gré mal-gré d'avoir des nouvelles de mon pays natal d'adoption.

Né français de parents français "grands-parents français, arrière etc... grands parents français" (cf H.F. Thiéffaine : "Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable" cette chanson me vient à l'ésprit à chaque fois que je me rappelle mes origines.)
Je n'ai jamais connu de sentiment patriotique avant d'arriver en Grèce en 1999. C'est là-bas que je suis né une deuxième fois, entouré de gens vivants, généreux, ouverts, travailleurs (ces sales fainéants...), qui aiment les enfants, la vie, la liberté. Les Grecs, ces êtres humains avec leurs qualités et leurs défauts, mais des être Humains, avec un grand H, et fiers de l'être.
Si un pays doit être le miens, c'est la Grèce. Mais en réalité mon pays c'est plutôt le monde.
Mon monde, notre monde. Il faudrait qu'il se réveille. Nous avons aujourd'hui les moyens d'être un seul monde, il ne reste plus qu'à en avoir la volonté.
Mon coeur saigne quand je pense à ce qui se passe dans beaucoup d'endroits de ce vaste monde,quand je pense à mes amis, ici, là-bas en Grèce et ailleurs et la galère qu'ils traversent.
Et mon coeur rage quand je regarde autour de moi, ici en France, les mêmes zombies encore et toujours, refusant d'ouvrir les yeux. Mais il faut dire que la structure familiale en France est détruite depuis bien plus longtemps qu'en Grèce.
Pas un jour ne passe sans que je cherche un moyen de changer ce monde, de mettre le grain de sable dans le bon engrenage, et beaucoup font comme moi, ici, là-bas.
En Grèce la situation parait intolérable, et on peut se demander pourquoi ils ne font rien.
Mais penser qu'il ne font rien est totalement faux, car effectivement, ils font, ils bougent, ils cherchent, mais pour l'instant n'arrivent pas à fédérer toutes les petites initiatives, les groupes de ci ou de là, en un grand tout suffisamment fort pour renverser la situation.
Tout le monde veut éviter l'explosion, les bains de sangs, la dictature, et le peuple grec aujourd'hui fait preuve d'un courage exemplaire à tenir le coup et à ne pas sombrer dans une violence aveugle.
J’espère vraiment que les petites initiatives, le commerce de proximité, les monnaies alternatives, le troc, vont se répandre comme une traîné de poudre, et permettre en gens de vivre en s'affranchissant de l'euro et des banksters. C'est d'ailleurs très certainement la meilleure façon de s'en débarrasser. S'organiser, à l’échelle mondiale en milliers de petits groupes autonomes, capables de subvenir à leurs besoins sans l'aide du grand capital.

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