vendredi 2 mars 2012

Air Otages



Depuis le Mémorandum II, notre psychologie devient peu à peu celle des otages et comme dans pareils cas, les ravisseurs restent maîtres du destin, jusqu'à renverser le rapport des forces en présence. La toute récente rhétorique des médias va dans ce sens, “c'était inéluctable, il n'y a pas d'autre choix, attendons patiemment les mesures d'accompagnement...



* Photo de couverture: Alexis Tsipras, chef du parti de gauche SYRIZA selon une certaine presse en Allemagne

17 commentaires

Toutatis a dit…

Je trouve ce texte un peu ambigu. Puisque sous la critique de la politique actuelle vous décrivez un début, timide pour l'instant, de recomposition de l'économie. La délocalisation d'Air Méditerranée sonne presque comme une justification de la baisse des salaires. Et si ça marchait ?

donosson a dit…

ON ne parle pas ici de création d'emploi, mais de destruction au "profit" (si on peut dire, vu que le profit est avant tout pour les patrons et actionnaires) de travailleurs exploités.
si on part sur ces bases, alors vivement qu'en France on se fasse écraser à notre tour, qu'on ait un smic à 400 euro pour re-piquer l'emploie à ces maudits grecs !

Panagiotis Grigoriou a dit…

Je pense qu'il y a pas d'ambiguïté.La recomposition supposée de l'économie n'est pas celle souhaitée par les salariés grecs et plus largement par les français et les autres européens. Vivre à Athènes avec les salaires proposés ici, y compris par Air Méditerranée est un outrage à la dignité déjà, seulement cette pratique se trouve inscrite dans la logique de la faillite grecque et d'une manière plus profonde à celle des politiques de l'U.E. c'est à dire réduire encore et encore les salaires. Cette recomposition économique peut alors marcher au profit des tenants du pouvoir actuel en Grèce et en Europe, mais dans ce cas elle sera davantage nuisible aux intérêts du plus grand nombre chez les citoyens. Ainsi il faut certes recomposer nos économies mais autrement.

Merci pour vos remarques et commentaires

Filougrec a dit…

Qu'est ce qui peut "marcher" ? Toujours délocaliser pour réduire les salaires ? J'avoue ne pas très bien comprendre.

Toutatis a dit…

je pense que ce qu'on essaie de faire en Grèce c'est une "déflation compétitive". Normalement on devrait assister à une baisse de prix de tous les produits en Grèce (sauf les produits importés comme le pétrole). Par exemple vous mentionnez souvent des gens qui prennent un café et le payent quelques euros; le prix du café là-dedans c'est peut-être 10 centimes seulement; si tous les frais annexes baissent vous paierez votre café 1€ ou 50cts. Ces baisses devraient atténuer toutes les baisses de revenus, mais le problème c'est qu'elles seront progressives alors que les revenus baissent tout de suite. Vous vous retrouverez ensuite peut-être comme dans les pays de l'Est ou en Turquie.

Toutatis a dit…

Une méthode encore plus radicale pour faire une déflation compétitive aurait été de quitter l'euro il y a deux ans, en faisant défaut sur la dette. Mais cela aurait supposé que les Grecs choisissent de prendre leur destin en main en quittant l'Europe.

Blogoo'Sphère a dit…

http://www.youtube.com/watch?v=TLjq25_ayWM&feature=g-vrec&context=G29a29c1RVAAAAAAAABA

Christian a dit…

Votre chronique à nouveau éclaire les perspectives de toute l'Europe. On voit bien l'évolution qui se dessine aussi du côté de l'Espagne aujourd'hui... L'exemple d'Air Méditerranée est très parlant et devrait faire réfléchir, car il annonce un écrasement des revenus du 'peuple' toujours au profit du Capital.
Merci de poursuivre vos efforts d'écriture. Ils sont une aide pour nous... alors que nous aimerions tant pouvoir vous aider.
Ici la mobilisation semble grandir peu à peu. Espérons qu'elle rejaillira un jour positivement vers vous !
Unis de coeur et d'âme...

Denderman a dit…

Eclaire ... ou assombrit les perspectives de toute l'Europe ? Si la Grèce est le champ,(si pas encore le camp ), d'expérimentation de la "déflation active" (cfr Toutatis et Air Méditerranée), pour réfléchir il est trop tard. Mais comment agir ?

Patrick35 a dit…

Mercredi dernier, le 28/02/2012, Anna Vagena a pris la parole au parlement grec. Une parole sensée et pleine de colère. Elle met en garde la classe politique contre la fureur grecque qui s'annonce. Un discours plein de bon sens qui fait mouche.

http://www.youtube.com/watch?v=Pw5yzPx7m0w&feature=player_embedded

Pourriez vous nous dire qui est Anna Vagena

Merci et bon courage à vous

Agan a dit…

La fureur grecque qui s'annonce? Soyons sérieux, les grecs se sont écrasés comme les français qui refusent d'aller manifester dans les rues lorsque l'occasion se préésente. Les grecs sont des cobayes et ils ne saisiront pas l'opportunité qui leur est offerte de devenir des citoyens libres. Ils vont rentrer tranquillement chez eux la queue entre les jambes. Les ploutocrates le savent très bien.

Panagiotis Grigoriou a dit…

Anna Vagena est une parlementaire initialement du PASOK, le P.S. grec. Elle fut suppléante jusqu'à la démission d'un député peu avant le vote sur l'adoption du Mémorandum II, car ce député ne voulait pas se prononcer en faveur de ce texte. Aussitôt installée dans l'hémicycle, Anna Vagena a refusé le Mémorandum et elle a été exclue du PASOK mais elle n'a pas voulu démissionner. J'ai suivi son discours à la télévision. Une vraie parole enfin, elle était visiblement émue et troublée, pourtant ce n'était pas du cinéma, pas du tout, car Anna Vagena est une actrice connue. Ce discours a été remarqué par les Grecs.

Je dois vous dire également que vous vous trompez sur "l'opportunité offerte aux Grecs de devenir des citoyens libres" mais je sais que vous ne pouvez pas tout sentir. C'est bien le contraire ce qui se passe, au moins jusqu'à présent. La révolte ou la révolution ne résulte pas d'une automaticité quelconque, pour vous le dire différemment; il est plus facile de refaire le monde et de théoriser ainsi à l'infini le processus des renversements futurs lorsqu'on a un salaire qui tombe tous les mois justement depuis son canapé du salon. Ensuite le mécanisme devient beaucoup plus complexe croyez-moi lors de la paupérisation et de la destruction des liens sociaux. Le tout dans des sociétés déjà assez atomisées depuis des décennies. En plus, les forces politiques anti-mémorandum n'ont pas été capables d'esquisser la moindre réaction réellement coordonnée, pour des raisons que j'explique parfois à travers les billets du blog.

Être cobaye c'est également ceci, se voir la réaction anéantie. Mais rien ne s'écrit par avance dans l'histoire.

Merci pour vos commentaires et le débat.

zozefine a dit…

bonjour. ce qu'anna vagena dit de faire est à la fois simple à faire, et impossible pour les gens à qui elle s'adresse : elle leur dit simplement de regarder autour d'eux. de descendre de leur bagnole et de marcher dans la rue, où il y a les gens. les autres gens. les gens de la vraie vie. magnifique discours, magnifique femme.
je me pose une question : étant donné la faiblesse de la gauche (et donc j'exclus le pasok), et les difficultés d'un discours commun, est-ce que cela ne serait pas judicieux, fûté, à quelques semaines des élections (si elles ont lieu. mais bon, si on nous les sucre, là, c'est émeutes probables, un petit état d'urgence, et on se retrouve tous sur giaros à discuter en live de ce qu'il aurait fallu faire...), que le syriza non seulement commence à se faire voir à l'étranger (si attac peut se déplacer à athènes, tzipras peut aller à paris - et ailleurs) mais également prenne contact avec les gauches des pays cigales périphériques, bref ces pays de salauds de pauvres, je pense avant tout au portugal, mais aussi à l'espagne (qui vient de dire un petit merde à leur troïka à eux, assez réjouissant) ? bref, qu'en est-il d'un front possible de résistance des pays méditerranéens ?

Kay a dit…

Ce qui m'apparait comme de la folie, c'est que les ultra-liberaux et autres capitalistes ne semblent pas se rendre compte qu'en ne versant plus les salaires, ils tuent leur propre marché, se tirant une balle dans le pied.
Ou alors ils font exprès ?
Vos articles sont décidément passionnants et dramatiques.

Sel et Soufre a dit…

C'est bien là le "capitalisme du désastre" comme l'a si bien décrit Naomi Klein... Les gouvernants ne sont plus là pour protéger leur population, mais les spéculateurs...

Amicale Francophone des Amis de Syros a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Giuditta a dit…

@ Kay ils savent très bien ce qu'il font! Les enjeux sont plus important de ce que on croit. Sel et Soufre nous donne un indice ...

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