| Manolis Glezos, héros de la Résistance contre les nazis |
Athènes
sous Mémorandum II et sous la pluie. Les passants s'arrêtaient un
instant devant les écrans, c'était lundi, en direct de l'Eurogroup et du
nouvel accord nous concernant. En face, les boutiques vendaient du
carnaval pour quatre sous. Comme nos parlementaires automates avec la
démocratie. C'est annoncé pour le 1er mars, la fin des salaires
encore entiers, la fin des retraites, et celle de la dignité, mais pas encore la
leur. La Constitution violée, doit être modifiée au plus vite pour
s'aligner sur le droit anglais des « créanciers », ainsi
Theodoros Pangalos, vice Président du Conseil, déclare sur "Europe
1", qu'il a toujours été partisan de l'abandon de la souveraineté.
Depuis le Mémorandum II je crois bien que les suicides deviennent
plus fréquents, ou sinon, c'est la presse qui en dit davantage. En
tout cas, sur l'île d'Eubée, un homme de 56 ans se tire une balle,
seul sur la plage, car selon le reportage «ce
père de deux enfants, rencontrait des problèmes financiers... ».
Apparemment, le Mémorandum II n'apporte pas la pierre philosophale,
donc... on se tire ailleurs... comme on peut, dans ce pays.
On
proteste aussi comme on peut, par exemple, lors des commémorations
officielles pour les 99 ans de la libération de la ville de Ioannina
de la domination ottomane, les écoliers et les citoyens présents,
ont encore une fois insulté le
pré
carré de
la tribune des officiels. Anna Diamantopoulou, la ministre des
écoles sans chauffage ni manuels scolaires, a exprimé sa vive
colère, « laissons
les enfants en dehors des divisions politiques »
a-t-elle déclaré. Mais nos enfants peuvent hélas craindre le pire authentique. Une nouvelle drogue pas chère,
la "sissa", parait-il fait des ravages chez nous, elle contient
également dans sa composition du liquide de batterie. La Grèce devient
alors vraiment un... pays branché. Comme l'Argentine lors de
l'introduction du "el paco". Et ce n'est pas terminé.
| Les passants s'arrêtaient un instant devant les écrans |
| Carnaval... à un euro |
Une
autre femme politique, Liana Kanelli, député PC, prend désormais
le micro dans une représentation d'une pièce - parodie musicale de
notre temps, c'est aussi une façon d'exprimer peut-être autrement, sa parole
devenue inutile au « Parlement ». Et Trangas, le vieux
journaliste de droite, excessif parfois dans ses propos, s'est fait
taper sur les doigts par le CSA de notre Baronnie, justement pour
« propos excessifs » sur Madame Merkel. Il
expliquait encore mercredi matin sur sa radio, que « ce
n'est pas tant l'amende (trente mille euros), qui menace l'émission,
mais plutôt le chantage direct des tenants du pouvoir, ainsi exercé
sur le directeur de l'antenne, en ce qui concerne la publicité qui
nous fait (encore) vivre ».
La
grande thématique à Trangas est « l'occupation allemande »
sur notre pays, et, il y a six mois, ses jeux de mots nous faisaient
sourire, plus maintenant. Une personne appartenant au microcosme
politique de la droite et qui n'appréciait pas Trangas à cause de
son style, m'a dit alors sans hésiter : « Je ne
l'aime pas, il est trop populiste, mais depuis quelques semaines
déjà, je me dis que sur l'Allemagne il a raison, par contre à un
moment si crucial de notre histoire, nous n'entendons plus du tout
parler des Américains, ils sont hors jeu ou quoi ? Je ne le
crois pas finalement ; il doit se passer quelque chose... Tiens
j'ai vu mon ami Aristos, il est haut fonctionnaire aux impôts tu ne
le connais pas, c'est la catastrophe a-t-il dit, il a envoyé ses
gars aux petites et moyennes entreprises, c'est pour faire verser la
TVA. Avant ils fraudaient, aujourd'hui, ils ne peuvent plus payer
vraiment ; d'ici l'été, ils vont faire faillite, on se demande
d'où viendra l'assiette fiscale désormais... ».
| City Sightseeing Athens & Piraeus - 22/02/2012 |
L'atmosphère
est sinistre, les conventions collectives par branche
sont vidées de leur substance par les lois Mémorandiennes II, et le
ministre de l'intérieur, le "socialiste" Papoutsis (ex-commissaire de
Bruxelles), vient de déposer un projet de loi, rendant toute
poursuite à l'encontre des forces de l'ordre « dans
l'exercice de leurs fonctions »,
quasiment impossible à faire aboutir. L'étau se resserre en
effet. Manifestons librement nous ne risquons plus rien !
Pourtant,
parmi nous, certains espèrent et attendent. « Nous
en avons bien vécu le pire »,
disent-ils. Ainsi récemment, j'ai rencontré une figure de la
Résistance (1940), Manolis Glezos. Il est l'auteur du premier acte
de résistance en Grèce sous l'occupation et probablement un des
tout premiers en Europe occupée. Le 30 mai 1941, il est monté au
sommet de l'Acropole en compagnie d'Apóstolos Sántas, et il a
dérobé le drapeau nazi qui flottait sur la ville depuis le 27 avril
1941, date de l'entrée des troupes allemandes dans Athènes. Manolis
Glezos et Apostolos Santas furent condamnés à mort par contumace
par les nazis. Le 24 mars 1942, il fut arrêté par les Allemands et
torturé. Il a 90 ans et toute sa vitalité. Il sent que l'époque
change radicalement comme il dit. Des documentaristes français lui
ont posé la question sur son appréciation de l'état de la société
grecque actuellement, eh bien, il a répondu par une analyse de fond,
économique et géopolitique de la crise grecque, tout simplement
parce qu'il n'a pas saisi toute leur démarche (de méta-analystes). Il est
resté et avec brio, dans son rôle de vrai pédagogue et de
défenseur de la cause grecque, s'adressant aux médias du monde et
de la France en particulier. Il a tout de même exprimé son
inquiétude, c'est à dire, voir s'installer une certaine violence
anomique dans la société grecque, annulant ainsi toute résistance
utile.
| La police a fermé le jardin botanique - 22/02/2012 |
Ensuite
je l'ai questionné en dehors de l'entretien sur la gauche grecque
(il en fait partie). Eh bien il a exprimé ce que d'autres expriment
également, depuis le début de la crise à gauche : « nous
entrons dans une nouvelle époque, il faut en saisir le moment
opportun, la gauche reste dans l'ankylose marxienne ; Marx, Engels ou
Lénine seraient-t-ils présents ; leur analyse aurait pris une autre
forme et tournure »; donc et selon
Glezos, « soit il y aura un
minimum d'entente [entre
les partis de gauche] soit nous
entrerons dans une très mauvaise phase et pour longtemps »,
mais il se dit tout de même optimiste. Il s'est souvenu d'un petit
épisode vécu, lors de son transfert en caïque entre deux îles
d'exil. Un paysan-pécheur alors embarqué en tant que passager et
non pas en détenu politique, pose la question suivante à un détenu
politique justement, paysan également mais appartenant au groupe de
Glezos : « Pourquoi êtes-vous dans
cette situation ? » Réponse : «Parce
que le rapport entre les forces productrices et les structures
productrices n'est pas encore arrivé à maturité... »
C'est cette même réponse que notre gauche répète encore et
encore, selon Glezos. Et le paysan-pécheur de 1947 n'avait rien
compris.
| Le chat du palais présidentiel - 22/02/2012 |
Hier
mercredi, le rassemblement sur la place de la Constitution à
l'initiative des syndicats, n'a pas attiré les foules. La police
avait fermé les stations du métro deux heures avant, ainsi que le
jardin botanique. Sous la pluie. M'y rendant à pied, les
policiers postés partout m'ont indiqué un parcours plus long et
surtout obligatoire. Paradoxalement, je me suis tout de même retrouvé sur
le trottoir du palais présidentiel. Pour rester dans le détail de
l'histoire, j'ai appris que les fonctionnaires détachés à la
Présidence ou sinon des voisins, auraient financé l'opération chirurgicale, pratiquée
sur un chat errant du coin. C'est en effet un bel acte, car depuis la
crise, les cas de mise à mort et de torture sur des chiens et chats
errants se multiplient. Chez nous, ces animaux, nous les appelons,
« adespota »,
littéralement « sans despote »,
sans maître, donc supposons-le, alors libres. Et nous ? Au même
moment, de l'autre coté du jardin botanique, c'est la
chirurgie « sociale » de la Troïka qui triomphe. À deux
pas des institutions supposées directionnelles de notre pays, les
nouveaux sans abri se réchauffent comme ils peuvent. Un peu plus
loin sur les stores fermés d'une boutique, on peut lire :
« Nous ne voulons plus être
sauvés ».
| Chirurgie « sociale » de la Troïka - Athènes 22/02/2012 |
| « Nous ne voulons plus être sauvés » - Athènes 22/02/2012 |
Sur
la place de la Constitution avant le rassemblement, un dernier car
touristique s'apprêtait à faire découvrir Athènes et le Pirée,
« City Sightseeing Athens &
Piraeus » pendant que les MAT
(les CRS en Grèce), se positionnaient déjà autour. Devant le
« Parlement » et le cordon policier, une femme âgée
criait alors de toutes ses forces : « Vous
êtes des vendus, vous êtes des prétoriens, si vous avez des c...
laissez-nous passer, laissez-nous pénétrer dans le bâtiment,
mettre le feu, nous voulons les tuer tous ces traîtres. Salopards,
nous mourons de faim, pourquoi ?
».
| "Une femme âgée criait alors de toutes ses forces" - 22/02/2012 |
Un policier très jeune laisse alors un long sourire
s'échapper sur ses lèvres, pas forcement ironique d'ailleurs. Le
voyant, un homme parmi les manifestants, a laissé toute sa colère
exploser : « Espèce de
porc, cela te fait rire, tu devrais baisser tes yeux, t'agenouiller
même, cette femme c'est ta mère ou ta grande mère, et toi, tu
protèges les assassins de cette femme, honte et encore honte, un jour je te
réduirai en poussière... ». Un
gradé de la police a fait alors signe à ses hommes de rester
calmes, les pulsions furent ainsi en quelque sorte déchargées et la
relève de la garde Evzone s'est mise en route pour prendre place
devant le monument du soldat inconnu. Sous la pluie.
| Relève de la garde Evzone - 22/02/2012 |
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6 commentaires:
Plus je vous lis et plus j'ai du mal à garder mon calme face à ceux qui chez nous, et sont la majorité, sont pour le Mécanisme Européen de Stabilité. Le PS joue un jeu dangereux, mais j'ai peur que le dégoût de la politique général, et la désinformation, fassent que les gens ne se rendent pas compte à temps de ce qui se joue dans notre prochaine élection présidentielle. Il se passe indéniablement quelque chose de nouveau et de grand à gauche mais l'inertie des convictions populaires est grande, la peur est grande aussi et mauvaise conseillère.
Bravo pour votre blog et vos témoignages, que je lis depuis la France.
C'est très très important de faire circuler une autre information que les mensonges pervers délivrés par les médias.
Je ne comprends pas vos remarques sur la gauche grecque que je connaît très peu.
Je vois le PASOK comme un équivalent du PS français, ce qui au passage n'est pas très rassurant pour nous.
Je connais très peu les autres partis.
J'ai eu l'occasion de dialoguer avec un communiste grec en septembre dernier. J'étais un peu surpris. Il paraissait gêné de s'opposer à l'europe, d'avoir peur d'être taxé de nationalisme, et n'osait pas vraiment revendiquer la sortie de l'euro et le défaut de paiement, qui, pour moi, vu d'ici, paraît depuis longtemps la seule solution raisonnable.
Du coup, je ne comprend pas vraiment la remarque de Manolis Glezos.
merci de vos complements éventuels.
Quand le plus fort tirage de la presse quotidienne ment effrontément dans sa une à propos de la Grèce et de ses manifestants :
http://bellaciao.org/fr/spip.php?article125625
Amicalement votre.
Nous sommes appelés à voter pour un parti (le PS) qui ne se prononce pas clairement sur les affaires européennes. Il y a toujours le vieux clivage entre les partisans du non et ceux du oui lors du référendum de 2005. Mais quand on voit ce qui se passe en Grèce, on se rend compte que cette question européenne est plus importante que toutes les autres, et ne peut donc pas être passée sous silence.
Autrement dit : pas de chèque en blanc lors des élections !!
Voir :
http://www.marianne2.fr/Avec-le-MES-l-Europe-s-approche-de-l-ere-post-democratique_a215805.html
J'ai mal en vous lisant, le tort fait à la Grèce est insupportable. Merci de continuer à nous informer. J'ai recommandé la lecture de votre blog sur mon journal facebook en appelant à la solidarité avec le peuple Grec , c'est bien peu, que faire d'autre? Votre sort est celui qui nous menace tous à court terme, la solidarité entre les peuples est tout ce qui nous reste; j'espère que les consciences vont s'éclairer et réaliser que NOUS SOMMES LE MONDE et qu'il est temps de se serrer les coudes.
C'est toute la Grèce que je serre dans mes bras en vous embrassant. Courage.
Affectueusement
Lise Medini
Ce n'est pas accolades que ça prend, c'est de l'action. Révoltez-vous.
Schäuble est en train de dire que le plan d'aide ne sera pas suffisant, dixit, de nouveaux prêts seront nécessaire avec de nouvelles mesures d'austérité. C'est une blague tragique.
http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0201917284818-plan-d-aide-a-la-grece-le-ministre-des-finances-allemand-emet-des-doutes-294275.php
Pendant ce temps Draghi (l'ancien de Goldman Sachs) enterre le modèle social européen: il estime que le filet social et la sécurité d'emploi sont affaires du passé. http://www.lecho.be/actualite/economie_politique_europe/Draghi_enterre_le_modele_social_europeen.9163753-3323.art
Wake up tous.
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