mardi 14 février 2012

Athènes - CS 199

A vendre - Grèce centrale - 12/02/2012

Retour sur Athènes. Retrouvailles sous le signe de la grande fatigue partagée. Les badauds se précipitent devant les débris encore fumants lundi après-midi. La catastrophe dans toute sa pédagogie. Certains incendies ne sont pas encore complètement éteints douze heures après. Impressionnant, choquant et surtout triste. Un homme la cinquantaine commente à haute voix devant le cinéma ravagé par les flammes : « Toujours les mêmes, les anarchistes, ceux qui ne respectent rien, ils faut de l'ordre enfin ». Aussitôt, un autre homme du même âge, laisse exploser sa colère : « Tout cela c'était bien calculé par tes amis au pouvoir, PASOK [P.S.], la droite et les banques, va voter ton PASOK la prochaine fois, le temps où on nous prenait pour des c... c'est terminé, on a pigé ».

A proximité de ce cinéma, se trouve un bâtiment ayant servi au Front National de Libération (EAM), (1941-1944). Deux autres hommes, assez âgés, s'arrêtent devant : « Oui c'était ici, je voulais te le montrer, tu vois en effet, les époques ne font que tourner, et sans cesse ».

Athènes - 13/02/2012
Je le ressens aussi cet après-midi, rue du Stade, à propos des époques, oui, elles savent tourner ces époques. Ainsi il y a un avant et un après dimanche, 12 février, comme une rupture. Et il y a aussi un bilan, toujours provisoire aux yeux de l'histoire. D'abord je pense que nous nous souviendrons de l'adoption du Mémorandum II, par ces 199 voix pour (sur 300), au « Parlement ». Aussitôt, 22 députés du PASOK (P.S.) ont été exclus du parti, même sanction pour les 21 députés rebelles de Nouvelle Démocratie (droite), leur péché, avoir dit non au Mémorandum. Le chef du LAOS, Karatzaferis (extrême droite) a pareillement rayé de ses listes, deux députés mais ici le schéma fut renversé. Karatzaferis ayant fait volte-face se déclarant hostile au Mémorandum II, la dernière minute. La bancocratie s'installe, le pays est donc livré clés en main aux concessionnaires... de marque, et les historiens du futur évoqueront le « vote des 199 le 12 février 2012» comme on évoque par exemple le « vote des pleins pouvoirs le 10 juillet 1940 ».

L'événement majeur, fut la manifestation très massive, place de la Constitution, étouffée par un usage alors sans précédent, de produits chimiques par la police dite anti-emeute, s'attaquant aux citoyens qui manifestaient. En simultané enfin, une attaque en règle et organisée, d'un nombre assez important d'individus cagoulés, 2000 au moins selon la presse, et l'embrasement d'une partie du centre historique d'Athènes suivi de pillages. Les pilleurs exigeaient alors parfois de certains propriétaires, une rançon, pour ainsi épargner leurs établissements. Nous y reviendrons sur les « casseurs » ou casseurs, c'est selon, mais en tout cas, le caractère organisé de leurs « exploits », ne fait aucun doute, à la jonction des différentes facettes justement de notre crise. Pour ce qui est de cette organisation (partielle en tout cas), tout le monde tombe d'accord, les mouvements et partis qui avaient appelé à manifester, et la Police elle même. « La direction de la police, a déclaré qu'il y avait 2000 individus organisés, lesquels se sont introduits au sein de la manifestation, pour ensuite se diviser en entités plus petites et ainsi mettre le feu à travers la vile », « le chef de la police vient de confirmer cette thèse, à savoir que les individus cagoulés ont pu agir suivant un plan bien précis et élaboré » (quotidien Kathimerini, 14/02/2012 et bulletins radiophoniques du mardi 14/02/2012).
Cargo en flammes - île de Lemnos mer Égée - 12/02/2012
L'Union Syndicale de la Police (POESY) quant à elle, elle se déclare outrée et préoccupée par les catastrophes du dimanche : «Pitié, nous en avons assez des larmes de crocodile. Notre mouvement syndical, condamne la violence d'hier au centre d'Athènes, et aussi ailleurs en Grèce. Le résultat était d'empêcher les centaines de milliers de citoyens, dans leur volonté d'exprimer pacifiquement leur opposition radicale contre les mesures ignobles, légiférées alors par les « troïkans » (sic), ces maîtres-chanteurs et « fossoyeurs » des rêves de notre peuple. Encore une fois, nous avons constaté que la colère citoyenne se focalisait sur les forces de la Police, sans que les responsabilités chroniques de l'État, des gouvernements, des partis, des syndicats et de la société soient évoquées. Ainsi durant toutes ces dernières années ces porteurs de la violence ont été tolérés, au lieu de les isoler comme il le fallait (…) le tout, dans l'indifférence devant les dizaines de blessés et parfois morts, policiers et citoyens (…)  Encore hier malheureusement, nous avons été les témoins de la facilité par laquelle les «cagoulés » ont pu agir sans en être empêchés, en plus, se mêlant aux milliers de citoyens qui protestait pacifiquement. Les lieux de rassemblement de ces individus ainsi que leurs « points d'attaque », sont alors connus depuis plusieurs jours, n'ont pas été contrôlés. (...) Pourquoi les responsabilités de toutes les parties impliquées ne sont pas prises, et ainsi la Police grecque et ses agents deviennent continuellement les victime expiatoires de ceux qui inventent et exécutent ces plans qui minent nos institutions démocratiques. Nous appelons enfin le gouvernement, à cesser d'utiliser la force répressive contre les luttes populaires (...) ».
Notre bonne vieille librairie francophone - Athènes 13/02/2012
Pour les partis de gauche (SYRIZA et KKE – P.C. grec), c'est clair, « ils s'agit d'un plan de l'État en cours d'exécution, ayant comme but de terroriser et de réprimer le peuple (...) il s'agit de ces mécanismes qui incendient des bâtiments pour faire admettre toute la scénographie de la catastrophe, alors infligée au peuple par le Mémorandum II. Nous avons donc vu que les MAT (CRS) et les « porteurs de cagoules » ont alors œuvré de concert, afin de briser les manifestations du peuple, alors très massives (…) » (déclaration officielle du P.C. - 13/02/2012).

Certains éditorialistes à la radio ne disent pas autre chose. Parmi eux, Georges Trangas sur Real-Fm, il est de droite mais en rupture vis à vis du parti de Nea Dimokratia (la droite de Antonis Samaras), et il se montre très virulent (zone matinale du 14/02/2012) : « C'est évidement un coup monté de la part du para-État. Les Papadémiens ont voulu imposer la loi de la cagoule, la police a voulu d'abord protéger le Parlement, suivant le raisonnement suivant, laissons Athènes brûler tant que rien n'arrive aux députés, entravant éventuellement la marche du Mémorandum II. Certains à la police prétendent ne pas avoir des informations sur les plan des cagoulés, eh bien c'est faux. Par mes amis dans la Police je sais que des appels interceptés entre certains individus se trouvant dans la manifestation et les « bataillons de cagoulés - incendiaires » en vue de coordonner l'opération, donc on sait que ces gens sont des pions du système bipartite ayant comme but de rependre la peur à monsieur tout le monde. Ces individus, n'ont rien à voir avec la gauche, ni avec tous les autres citoyens de gauche, de droite ou de rien du tout, qui tout simplement participent au front anti- Mémorandum (…)».
Athènes - 13/02/2012
J'ai rencontré certains de mes amis ayant vécu la manifestation du dimanche. Tel Dimitri, portant une petite blessure à sa tête. « T'a été frappé par les policiers ? ». « Ah,non, mais je suis tombé par terre au moment où une grenade policière a explosé très près de moi. C'est de la nouvelle chimie, je t'assure, rien à voir avec ce que nous avions vécu ensemble durant toutes le manifestations de l'été dernier. Je ne me suis jamais senti dans un tel état. Je n'arrivais pas à déterminer dans quel type de choc je me trouvais. [Dimitri est médecin]. Je ne sais pas combien d'instants je me trouvais ainsi gisant par terre, c'est en tombant que je me suis blessé. J'ai commencé à retrouver mes esprits pendant que deux autres manifestants, un homme et une femme, un couple de médecins comme j'ai compris par la suite, m'ont mis à l'abri, abrité ainsi devant le porche d'une boutique rue Hermès, hier c'était l'enfer ».

Hier lundi, l'ordre des médecins à Athènes, par la voix de son président Georges Patoulis, a demandé l'intervention de la justice, « car la santé d'un grand nombre de citoyens a été directement et délibérément mise en péril, par l'usage de produits chimiques, étant à l'origine des brulures dangereuses et des problèmes respiratoires, susceptibles à entrainer des pathologies chroniques. Le centre d'Athènes fut ainsi transformé en chambre à gaz (sic). Nous saisissons alors la justice, afin de déterminer si la composante CS, classé arme chimique, fut incluse dans l'arsenal de la police ».

Dimitri n'a plus de doute sur le déroulement des faits. « Je suis arrivé sur la place relativement tard. Venant par la rue de la Métropole [reliant la place de la Constitution et le quartier de Monastiraki], la police ne nous laissait pas avancer, les casseurs étaient déjà là, nous avons l'habitude ils sont reconnaissables, certains manifestants se joignaient à eux, mais j'insiste, le but principal de la police était de nous éloigner de la place avant et durant le vote des députés. C'est la première fois que je voyais ceci, nous avons tenté et repris la place au moins dix fois sous un déluge chimique, tu te souviens, durant l'été, au bout de deux à trois fois on abandonnait. Puis, nous avons compris que les cagoules, certes mélangées à de manifestants en colère, font partie d'un plan. En tout cas, la police s'acharnait sur nous... L'autre nouveauté tient du langage utilisé. Au lieu des insultes habituelles à l'encontre des flics, on leur criait « traîtres », je pense qu'ils ne sont pas insensibles, si il sont Grecs en tout cas, car selon la dernière rumeur, certains policiers n'utilisaient pas le grec entre eux, mais je ne suis pas en mesure de le confirmer. En partant du... champ de bataille, traversant Athènes en flammes, nous avons alors crié, nous reviendrons, tu vois, de toute façon pour moi c'est clair, il y a un avant et un après. Moi j'ai toujours été un centriste, mais je sens qu'actuellement être centriste c'est comme on disait avant communiste on va vers la gauche, inimaginable avant ».
Cinéma...  Athènes 23/02/2013
Dans la soirée, une autre facette des événements m'a été conté, par un ami chômeur, militant au sein d'un parti de gauche, Th., qui n'est pas à sa première manifestation.

« Nous étions sur la place parmi les premiers et assez proche du cordon des policiers. Très tôt, mais vraiment très tôt, pendant que les gens arrivaient encore par milliers, précisément au moment où Mikis Theodorakis et Manolis Glezos étaient là. Il y a eu un jet d'oranges et d'une bouteille sur les policiers, et rien de plus grave, et ceci a été alors le prétexte de l'attaque que nous avons reçu. Une attaque sans commune mesure avec le passé. Je suis un habitué des manifestations, la police nous empêchait dans chaque tentative à reprendre la place, nous avons été poursuivis et tabassés par les policiers des brigades [CRS] durant deux heures, nous, puis les autres membres des partis et organisations de gauche, y compris ceux du P.C. lesquels finalement n'ont pas eu le temps d'atteindre la place de la Constitution et ainsi rejoindre les autres manifestants. Nous avons eu peur que Mikis Theodorakis et Manolis Glezos succombent. Au même moment, les cagoulés ont commencé. Il y a eu aussi des manifestants qui attaquèrent alors les policiers, c'est normal dans ces cas précis. Ce que je retiens, ce n'est pas la provocation, issue des casseurs avec la complicité apparente de la police, car elle « s'occupait » davantage de nous que d'eux, mais finalement le timing. Car bien beaucoup plus tôt que par le passé, les donneurs d'ordre ont voulu briser la manifestation à son début, faire peur aux gens, nous dissuader de toute action ».


Petites histoires emboitées dans la grande en gestation. Et beaucoup de rumeurs. J'ai reçu des messages, y compris depuis la France sur le fait que des gens ayant manifesté dimanche à Syntagma ont déclaré avoir remarqué avec étonnement que certains policiers ne parlaient pas le grec. Alors des préparatifs ou des prémices de l'intervention de l'EUROGENDFOR ? La force européenne spéciale, en Grèce, car la crise économique accompagnée d'une agitation sociale donnera à Bruxelles l'occasion de tester la capacité de réponse du groupe secret qui a été créé pour lutter contre les troubles et les soulèvement populaires en Europe. Eh bien, cette rumeur circule depuis des mois déjà en Grèce, et on sait que du temps du gouvernement Papandréou, un campement lui était destiné à proximité de la vile de Larissa (centre du pays), informations alors issues de la presse écrite. Les journaux avait mentionné des informations selon lesquelles, cette unité avait en partie débarqué en Grèce en Octobre 2011 en provenance d'Italie, et par voie maritime, utilisant les liaisons maritimes entre les deux pays. Le gouvernement avait alors démenti. Mais sur la présence effective de cette... « unité-cadeau » de l'U.E., je n'ai pas d'information précise. Seulement, l'avenir court parfois plus vite que les rumeurs.

La stratégie du choc devient-elle également celle du chaos ? Instaurer de nouveau la peur par des déclarations du genre « sans le Mémorandum II la Grèce restera sans médicaments et sans hôpitaux, les retraités sans pensions, les enfants vont faire la queue à la soupe populaire » (Papadémos, Papandreou, Samaras), sauf que nous y sommes. Ensuite il fallait briser la manifestation et les manifestants sur la place, (laisser) faire brûler une partie du centre ville et ainsi annuler médiatiquement la portée du vote, ralentir le processus de sortie du choc, entamé par la société grecque depuis quelques semaines, après deux années pratiquement de... Mémorandisme.

Faisant un tour au centre ville, j'ai vu de près effectivement, les bâtiments ravagés par le feu, et cet... arôme chimique encore dans l'atmosphère et sur les lieux, très gênant, dont les effets se faisaient encore sentir. J'ai vécu une variante moins élaborée de ce même plan directement, lors des manifestations de l'été 2011. Évidement la violence est dans l'air. Les bandes de pillards existent, le mélange des genres fait partie de la pire cuisine du bistrot de la crise. Beaucoup de gens passent aussi à l'acte, surtout lorsqu'il s'agit de saccager les locaux politiques des élus Mémorendiens, un appel du genre parait-il circule sur Facebook encore ce mardi. Je sais que notre dignité est blessée, ainsi nombreux sont ceux qui désirent incendier le Parlement, voir les députés et ministres en prison, pour ne pas dire leur infliger la peine capitale pour trahison. Car la « trahison » devient aussi un terme d'époque. Il y a aussi d'autres certainement, qui réagissant à la mécanique de la violence policière-étatique vont répliquer, si possible de la même façon.
Sauf que nous savons maintenant, que le mélange des genres entre toutes les colères, organisées, récupérées, spontanées ou pas, peut sous certaines conditions, arranger les metteurs en scène de la stratégie du choc. Aussi finalement et pour détourner le regard de la catastrophe qui constitue le Mémorandum II et ses conséquences, pour annuler si possible les effets et les images d'un grand rassemblement populaire, les télévisions par exemple, ont consacre plus de 40 minutes aux incidents et autres incendies et seulement cinq minutes sur les conséquences et suites du vote des 199.
En tout cas, le vrai séisme s'opère il me semble encore et déjà dans les représentations. Rupture, aussi à cause de l'adoption du Mémorandum II, rupture aussi parce que d'autres formes d'actions désormais, restent à déterminer. Entre hier et aujourd'hui les occupations des mairies et des administrations se sont multipliées à initiative surtout des comités locaux, dans les quartiers.
Nous savons que le processus en cours sera long, nous nous y préparons. Nos amis Espagnoles nous rappellent aujourd'hui que nous ne sommes pas les seuls à être dévorés par les « marchés ». Pendant qu'à Athènes on nettoie les graffitis sur les murs des banques au Kärcher, nos amis au reste de l'Europe et bien au-delà, s'organisent pour nous dire ce 18 février qu'ils sont alors tous Grecs. Merci.

19 commentaires:

Toutatis a dit…

Cette division de la classe politique en deux camps que vous décrivez me fait penser à celle qu'on a observé en 2005 en France lors du référendum sur la constitution européenne. Peut-être le clivage important lors de notre prochaine présidentielle est-il entre les partisans du oui et ceux du non de 2005, et pas entre les soit-disant droite et gauche. Les deux favoris sont clairement dans le camp du oui, et la presse (en particulier télévisée) fait tout pour limiter le débat entre ces deux là.
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D'autre part il semble qu'en Grèce la presse est plus diverse qu'en France, puisque vous faites état d'éditorialistes anti-memorandum. Alors qu'en France ils étaient quasi-unanimement pour le oui. Il est vrai qu'ici la presse est controlée par des banques, des multinationales ou l'état.

jean a dit…

ils veulent l'esclavage des peuples. Plutôt la mort que l'esclavage. Pourquoi pas une grève de la faim de tous ceux qui n'ont plus rien à perdre. Les télévisions du monde entier ne pourraent pas passer sous silence un mouvement de masse non violent.

Christian a dit…

Encore une fois merci !
Votre effort de donner un compte-rendu et un décryptage des événements est vraiment précieux. On sent un léger changement de ton dans les médias français par rapport à la souffrance du peuple grec, mais évidemment RIEN sur ces groupes cagoulés, cette 'EURO-police', cette guerre chimique...
Courage. Notre force est la multiplicité et la diversité des actions, et l'intelligence.

Arnaud Ferrat a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Arnaud Ferrat a dit…

Diviser, dissocier, isoler la colère des "cagoulés" et celle des gentils citoyens, relayer les rumeurs ailleurs démenties et les jérémiades des syndicats policiers… pas sûr que ça fasse bien avancer une situation certainement très compliquée, mais qui mérite mieux que les éternelles théories conspiratives, d'autant plus que les vidéos et les photos des manifestations grecquees témoignent d'une réalité différente de celle que vous décrivez.

Et si l'on veut vraiment parler des cagoulés, alors qu'on est anthropologue, je pense qu'il faut se donner la peine de faire un tour à Exarchia, à la fac de droit occupée, ou encore rencontrer les supporters de l'Olympiakos ou du Panathinaïkos, pour commencer de tenter de comprendre quelque chose à la situation.

Toutatis a dit…

A tout hasard je voudrais signaler cet article

http://www.monde-diplomatique.fr/2011/07/HALIMI/20760

si vous ne le connaissez pas déjà. S'il est dans le vrai ce qui se joue en Grèce est important pour l'Europe toute entière, car les "bancocrates" ne s'arrèteront pas là.

TETR a dit…

Je me joins au commentaire d'Arnaud qui présente une critique très pertinente sur le traitement fait aux "cagoulés" dans cet article. En effet, l'histoire démocratique grecque depuis la fin du régime des colonels et l'importance du tissu anarchiste en Grèce (bien plus profond qu'un usage au sens figuré de ce concept) et les tensions avec les partis traditionnels que cela engage, mériterait un meilleur traitement de cet aspect qu'une simple ode à la non violence qui ne fait que servir les intérêts des classes dirigeantes (cf. livre de Peter Gerlderloos). Faire référence à la police ou à certains membres d'une gauche institutionnelle ne permet pas de comprendre ce que représente ces insurrections urbaines. (PS. J'espère que ces commentaires ne seront pas supprimer...)

lejournaldepersonne a dit…

Je m'appelle Hélène...

http://www.lejournaldepersonne.com/2012/02/je-mapelle-helene/

Je m’appelle Hélène…Je suis grecque… la Grèce… quelle étrange tendresse ?
Ma ville natale ne s’écrit plus en lettres capitales
ATHÈNES mère, marraine !
J’ai décidé sous l’œil de cette caméra
De mettre fin à mes jours
De m’arroser d’essence et de m’immoler par le feu
Parce que je n’ai pas envie de te céder
Pour une poignée d’euros
Ni de concéder une goutte d’hydrogène et deux gouttes d’oxygène pour combler un trou que l’Europe a creusé pour nous abuser toutes les deux.
Athènes, mère, marraine !
Je n’ai pas envie que tu meures
Je n’ai pas envie qu’on t’assiste
Pour respirer, manger ou bouger
Je n’ai pas envie de te confier à un tiers
Ni te mettre entre les mains de quelques pervers europhiles… des financiers déguisés en justiciers pour te sous-traiter comme une vulgaire marchandise avant de te retirer tes organes vitaux et te vider de ton sang et jeter tes mémoires dans les poubelles de l’histoire…
Pour eux, ta vie ne vaut pas un euro
Et un euro qu’est-ce que ça vaut ?

Panagiotis Grigoriou a dit…

Merci pour vos commentaires, non il ne seront pas supprimés; je tiens compte de tous les points de vue; les insurrections urbaines et le tissu du mouvement anarchiste existe évidement et sa tradition en Grèce comme ailleurs ne date pas que d'hier. Les réalités sont davantage entremêlées parfois, y compris chez les supporteurs des équipes de football. En tout cas, le résultat voulu et/ou exploité, j'en ai parlé aujourd'hui avec pas mal de gens qu'y étaient à la manifestation du Dimanche, était d'annuler la dynamique d'un mouvement très déterminé et très massif. Encore merci pour le débat.

georges a dit…

Merci pour vos articles. Auriez vous de plus amples informations concernant l'EUROGENDFOR? j'ai touve ca: http://www.wikistrike.com/article-l-eurogendfor-la-force-speciale-europeenne-aurait-debarque-en-grece-fin-2011-99373056.html et http://lesmoutonsenrages.fr/2012/02/15/eurogendfor-la-force-de-gendarmerie-europeenne-sapprete-a-intervenir-en-grece/

Nosotros a dit…

Bonsoir,

C'est étonnant comme dans vos articles vous opposez toujours casseurs, qui en provocant et détruisant (des symboles du capitalisme) ne feraient que le jeu du Pouvoir et les gentils manifestants pacifistes.

Etes vous bien sûr que Dimanche dernier ces deux catégories de la foule ne se sont jointes à aucun moment ?
Sont elles toujours si distinctes que ça ?

J'ai lu sur des blogs qu'à certains moments la foule a encouragé en masse les "bataillons" anarchistes qui partaient à l'assaut.
Vous relatez vous même dans votre dernier article que les provocations sont bien venues des policiers en 1er.

La violence des casseurs, comme vous le répétez dans vos articles, ferait le jeu de la répression et de la Réaction...
Pourtant un de vos amis lui même témoigne que dimanche la police s'en prenait plus aux manifestants qu'aux casseurs, avant même qu'elle ne soit vraiment attaquée...

C'est bien clair : les casseurs ne sont qu'un prétexte pour réprimer et de toute façon dimanche il y a eu violence et emploi d'armes chimiques contre la foule pacifique ...

Tout ça devient contradicoire à l'extrême.

Les anarchistes agissent en Grèce jettent à la face du monde cette réalité brute qu' il n'y a déjà plus de démocratie (même représentative), seul comptera le rapport de force et l'équilibre de la terreur.

Question subsidiaire : à quoi peuvent peuvent servir une succession sans fin de manifestations pacifistes face à un gouvernement qui n'en tient aucun compte et qui de toute façon votera les plans de rigueurs et se pliera aux désidératas de l'oligarchie capitaliste européenne ?

Bien à vous,

Jacoti a dit…

Je pense à la mort de Lambrakis !!!
Le livre Z, de Vassili Vassilikos, puis le film de Costa-Gavras qui fit connaître à l'étranger ce qui s'était passé.
Bien à vous !!!

hypothèse a dit…

C'est là où je ne comprends pas !
Il suffirait que nous fassions tous un pas de côté, tous les européens et les 99% en acceptant de rendre le monde libre et gratuit. Et toutes leur mafia, leur argent, leur violence, leur certitude, leur calcul, leur bénéfice, leur légitimité, TOUT tombe à l'eau

Sophie K. a dit…

Soyons clairs : la casse, d'où qu'elle provienne, sert toujours le pouvoir en place. Elle permet la contre-attaque violente déculpabilisée, suggérant que la foule entière, quoique pacifique, est complice des casseurs. Par leurs actions, les casseurs justifient l'usage des gaz et autres armes contre tout un chacun.

En outre, quoi qu'on en dise, le fait de défoncer des vitrines ou de brûler des banques ou des cinémas ne sert strictement à rien, sinon à se défouler, et à conforter les dirigeants dans l'idée que le peuple est trop con pour avoir son mot à dire sur les sujets importants.

Il ne faut pas confondre les barricades de résistance et les combats justement menés pour la liberté avec le pillage en bande.

Nosotros a dit…

" la casse, d'où qu'elle provienne, sert toujours le pouvoir en place"

C'est un point de vue légaliste qui a ses limites.
A un moment il peut commencer à y avoir "retournement" d'une foule majoritairement méfiante jusqu'alors vis à vis de "casseurs" et "pilleurs" (terminologie des classes dirigeantes, on pourrait aussi écrire "révoltés")
Le Pouvoir parlera toujours d'émeute, l'histoire dira plus tard révolte...ou début d'insurrection.
Les choses ne sont pas si simples et gardons bien en tete que médias et Pouvoir feront tout pour toujours distinguer le plus longtemps possible casseurs et manifestants et créer des catégories à l'intérieur de ceux qui s'opposent.


"En outre, quoi qu'on en dise, le fait de défoncer des vitrines ou de brûler des banques ou des cinémas ne sert strictement à rien, sinon à se défouler, et à conforter les dirigeants dans l'idée que le peuple est trop con pour avoir son mot à dire sur les sujets importants".

Peu importe ce que pense la classe possédante du peuple, puisque son but est d'abord de rester en place, que les gens d'en bas soient "dignes" de la remplacer ou non.
Les manifestations pacifiques ne les ébranleront pas, et l'économie continuera de tourner.


"Il ne faut pas confondre les barricades de résistance et les combats justement menés pour la liberté avec le pillage en bande."

Vous confondez légalité et légitimité. Vous gardez le point de vue légaliste des classes dominantes et du système médiatique mis en place.
Jusqu'à quel point d'absurdité du système économique (en Grèce la population paye pour le reste de l'Europe et ses baquiers) ceux qui n'ont plus rien à perdre doivent ils se contenter regerder les boutiques pleines...au lieu d'aller se servir.
Surout je ne suis pas sur que ce soit à à nous de dire à partir de quel moment certains , j'écris certains parce que les actes qui plus tards seront jugés comme justes ne sont jamais livrés dès le départ par une majorité franche de la population mais juste par des groupes minoritaires, ce n'est pas à nous donc de dire à partir de quel moment certains ont raison ou pas de se révolter.

Babinicz a dit…

Panagiotis témoigne d'un légitime écoeurement face à l'écran de fumée produit par les casseurs et la médiatisation dont ils ont fait l'objet, tandis que derrière se joue le destin d'un peuple. Et au seuil de la guerre civile, je comprends qu'un Grec exprime des réticences et des doutes à voir sombrer son pays dans le chaos. Ce qui ne relève pas d'un pacifisme béat, loin s'en faut, beaucoup de ses précédents articles nous montrent au contraire que l'auteur est très lucide attentif à la radicalisation de la société. Je crois qu'il faut y être pour vraiment comprendre ce qui peut se passer dans le coeur des Grecs. Ce blog nous y aide. Merci à lui.

Panagiotis Grigoriou a dit…

Pouvons nous clore pour le moment s'il vous plait le débat sur la violence, les "casseurs" et les insurgés. Puis pensez y, tout discours est significatif, même manipulé et/ou manipulateur, donc je ne trouve pas inintéressant par exemple que de s'occuper parfois de ce que les syndicats des policiers veulent dire (ou occulter), ceci peut contribuer à mieux saisir les enjeux, je ne prétends pas proposer une explication globalisante ou exhaustive de la situation, et sur le reste (rôle des parties impliquées sur le terrain), certainement, l'histoire nous dira plus tard si c'est une révolte...ou un début d'insurrection, ou sinon encore une autre situation.

Merci

Amartia a dit…

Personnellement, ce qui m'a le plus frappée, ce n'est pas tant la violence dans la rue (elle était prévisible), mais bien celle qui a eu lieu à l'intérieur même du parlement. Personne n'en parle, mais ce Mémorandum n'est pas passé comme une lettre à la poste. Les échanges ont été violents (verbalement s'entend) et je pense qu'un certain nombre de députés se voyaient mal rentrer dans leur région après l'avoir voter. Ce que la télévision ne montre pas, c'est la colère qui gronde même dans les villages les plus reculés. Et celle-là n'est pas à négliger, car elle n'a rien à voir avec la manipulation ou non des "encagoulés".

fx a dit…

Pas que verbalement, il y a des livres qui ont voles a un moment !

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