dimanche 12 février 2012

Article 120


Kastelórizo ou Megísti est une île de Grèce baignée par la mer Méditerranée orientale et située à moins de cinq kilomètres de la côte Sud de la Turquie, environ 110 kilomètres à l'est de Rhodes.
Le 23 avril 2010, Georges Papandréou s'y rend, pour nous annoncer par un très mauvais direct télévisé et en moins de six minutes que « la Grèce accepte le Mécanisme de soutien économique, institué par le Fond Monétaire International, l’Union Européenne et la Banque Centrale Européenne (…) les marchés ne nous laissent pas le temps (…) Mais les partenaires de la Grèce, nous offrent cette possibilité, afin de conduire notre navire dans les eaux d'un port alors protégé, pour pouvoir ainsi le réparer, utilisant des pièces solides et fiables (...) ».

Notre dernière île si loin au large a été depuis surnommée par les journalistes, «île du Mémorandum ». Mais plus maintenant, et de manière officielle.
Car son maire, Pavlos Panigiris, vient de proclamer « le retour à la drachme et ainsi à l'indépendance » de son île : « Nous reviendrons à la drachme, car sous l'euro notre patrie n'est plus souveraine, pour rester libres et Grecs, il faut partir (…) Nous ne voulons plus les voir ici [ces politiciens] plus jamais » (journal des Municipalités – aftodioikisi.gr).
Papandréou donc n'ira plus à Kastelórizo donc. Mais il n'ira pas à Naxos non plus, car l'Union Interprofessionnelle de cette grande Cyclade vient d'appeler toute la population à venir manifester ce Dimanche, contre le Memorendum II.
23 avril 2010, Georges Papandréou à Kastelórizo
Les bancocrates, et les despotes éclairés depuis Bruxelles, tapent du poing sur la table. Ils exigent tout et maintenant. Ils ont ainsi malmené la marionnette Venizelos, « notre ministre », « alors Monsieur, votre P.S. est crédité de 8% dans les sondages, donc vous serez où après les élections, devant vous, il y a trois partis de gauche », et la suite fut « logique », « amenez-nous des preuves formelles... qu'en fait, ces gens signeront, s'engageant aussi dans la poursuite de notre politique et ceci, indépendamment des résultats des élections». Il n'avait pas bonne mine ce Venizelos expliquant son ultime humiliation devant les cameras de la télévision. Ils n'auront plus jamais bonne mine nos pantins. 
Place de la Constitution 09/02/2012
Nous les observons depuis une semaine, cela se voit tellement désormais. Papandréou ce midi avait bien l'air d'un cadavre. Samaras (chef de la droite) aussi, faisant son grand chantage sur nous et sur ses députés qui ne sont pas finalement si soudés derrière lui. Entre amis, au café à la petite ville voisine, c'était le principal sujet de la conversation, à part les derniers vols de fioul à trois écoles du département ! « Leur psychologie est autre, les gars, ils sont dans un état de choc, leurs yeux, leurs paroles, le ton, tout y est, un truc de psychopathe ». « Tu sais, j'étais dans cet état là, lorsque j'ai vu mon père mourir, il y a trois ans », explique mon ami Yannis. « Ah... Et qui sera alors le mort demain, jour du vote ?». « Eh bien, selon cette caste monstrueuse, les morts sont autour de nous et autour de cette table, tous les clients de ce café en somme et de celui d'en face, nous, nos enfants, même ceux qui ne sont pas encore nés, le pays entier... sauf que.... ». « Tiens, notre ami l'instituteur, il ne vient plus au café il n'a plus de fioul ? » « Ne vous moquez pas de lui, je ne l'ai pas vu, il doit être encore démoralisé, il s'est enfermé chez lui jusqu'à lundi il me semble... ».
Retraité manifestant à Salonique - 09/02/2012
Ensuite, certains ministres ont démissionné et des députes au PASOK mais également à la droite, se déclarent prêts à ne pas voter le Mémorendim II. Papadémos vient d'annoncer à la télévision "qu'il faut à tout prix dire oui ou sinon la faillite c'est pour après demain et donc le pays vivra des moments dramatiques" etc. Donc c'est si dramatique en effet, cette perte pour les "bailleurs" ? (voir également: "le temps qu’il fait, le 10 février 2012", sur le blog de Paul Jorion).
En effet l'année 2012, sera décidément celle de la nouvelle conscience mais à certaines conditions. Tout est affaire de temps. Il faut aller vite. Une radio (radio 9) sur laquelle un économiste et activiste anti-Troïka se produisait dans une émission quotidienne, lui interdit désormais l'antenne. On lui a expliqué qu'il pouvait critiquer le personnel politique local, être même très dur avec la classe politique grecque, mais qu'il fallait alors cesser toute critique vis à vis de la Troïka et de l'UE. Sinon rien, et tel fut le résultat. Car la radio change de cap. Donc la dictature avance, on le voit c'est rapide, et on suppose que le point de rupture n'est peut-être pas si loin. Et à part la Grèce, les autres pays suivront.
Nœuds de pendu devant le « Parlement »
Samedi matin, une banderole «A bas la dictature des monopoles et de l'Union Européenne » sous l'Acropole ne faisait pas dans la nuance, c'était précisément la réponse du Parti Communiste aux folles exigences de Bruxelles. Les militants de l'autre parti de gauche SYRIZA, ont quant à eux, suspendu des nœuds de pendu devant le « Parlement », c'est une autre façon de réponde à ces mêmes exigences. Mikis Theodorakis, son mouvement, et avec lui, pratiquement toute la Grèce se dit prête à occuper la rue encore, ce dimanche. 
Durant les de football ce dernier temps, des supporteurs déploient des banderoles contre la dictature, «Pour sauver les banques de la faillite ils nous condamnent à la misère et au chômage, ils ont bradé le pays et tous nos biens avec, éteignons la télé, tous dans la rue » (supporteurs de l'équipe de Panathénaikos), « demain vous serez enterrés sans messe » (supporteurs de l'équipe de Panionios). Apparemment la messe sera dite aux prolongations et le championnat durera alors longtemps. Puis, nombreux seront aussi les prêtres ce dimanche, à faire sonner les cloches de leurs églises en signe de deuil. Et même si le Mémorandum II, passe finalement au « Parlement », nous sommes de plus en plus nombreux à réaliser ce qu'il nous reste à faire.
Supporteurs de l'équipe de Panionios
Supporteurs de l'équipe de Panathénaikos
La Constitution grecque adoptée en 1975 après la chute de la dictature des colonels, dispose clairement d’un droit de résistance (article 120) :
L’usurpation, de quelque manière que ce soit, de la souveraineté populaire et des pouvoirs qui en découlent est poursuivie dès le rétablissement du pouvoir légitime, à partir duquel commence à courir la prescription de ce crime.
L’observation de la Constitution est confiée au patriotisme des Hellènes, qui ont le droit et le devoir de résister par tous les moyens à quiconque entreprendrait son abolition par la violence.”
Vivement Lundi.
«A bas la dictature des monopoles et de l'Union Européenne » sous l'Acropole 11/02/2012



6 commentaires

jiemo a dit…

Faudra-t-il reconstituer les brigades internationales ?
Il semble clair qu'en Europe les combats approchent , le bruit des canons de la Troïka se fait entendre de plus en plus intensément !

asty a dit…

Juste un peu de douceur dans cette vague désastreuse et dévastatrice.Jean d'Ormesson grand amoureux de la Grèce avait écrit dans un de ces livres que le port de Mégisti était le plus joli port des ïles grecques. J'y suis donc allée, un petit bijou, un port de Symi en miniature. Partis pour une semaine nous y avons passé un mois, la douceur de vivre, l'éden.Bravo à son maire!
Bon courage à vous tous la bas, on vous observe avec inquiétude et admiration.

Denderman a dit…

Je ne sais pas ce que dit l'Article 15 de la Constitution Grecque, mais dans le Code du MPR ,Mouvement Populaire de la Révolution , parti unique zaïrois Mobutiste des années 1970-80, l'Article 15 c'était "Débrouillez-vous".
Nous risquons dans les mois qui viennent de devoir intégrer cet article si pas dans nos soit-disant Constitutions, du moins dans nos quotidiens. Une manière , entre-autres de tourner le dos aux Condescendances germano-eurocrates. Comme par exemple celle de Martin Schulz, Président du Parlement Européen ,...et futur Chancelier Allemand, pour qui le fait que le Portugal se tourne vers des investisseurs Angolais est une "marque de déclin" pour le Portugal.(Propos tenus le 1 Fevreir à Bruxelles-Solvay) Schulz , Guéant...même combat outrageant ? Mais pas un mot dans la presse nord-européenne. C'est que, comme la Grèce, le Portugal c'est la périphérie, un peu comme le "93" à Paris. Debrouillons-nous.
PS Si votre oncle n'a pas encore trouvé le dosage pour le semis de trèfle, il y a pas mal d'infos sur le net: suivant trèfle fourrage, trèle engrais vert, etc, Agricolement vôtre.

Coma81 a dit…

"Le second plan de sauvetage, qui inclut de nouveaux prêts et plus d’austérité, allant de concert avec des négociations insincères sur un allègement « volontaire » de la dette, doit être annulé" (Yanis Varoufakis, président du département d’Economie Politique de l’Université d’Athènes)

"On impose à la Grèce une austérité d'un niveau mortel afin qu'elle paye ses créanciers étrangers " (Paul Krugman, Prix nobel d'économie)


http://tinyurl.com/Annuler-la-dette

jiemo a dit…

La Grèce vue de Belgique ce soir: http://www.lesoir.be/actualite/monde/2012-02-12/45000-manifestants-contre-la-rigueur-a-athenes-896750.php

Un constat , vous êtes 5 fois plus nombreux que les forces de police !

Courage !

Simon a dit…

J'espère que les Français n'attendront pas d'être dans une situation comparable pour réagir... Je rêve que le FDG passe aux présidentielles, ce serait une bouffée d'air pour toute l'Europe et le monde qu'un grand pays dise stop, ce n'est pas cette Europe que nous avons souhaité. Je suis vraiment désolé pa ce qui arrive aux Grecs.

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